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Germinal - la vision rouge de la révolution - Chapitre V partie 5 - Zola

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  • Germinal, milieu minier, ouvrier dans le Nord de la France. Histoire d'une grève qui devient une révolte parce qu'elle échoue : fin tragique. Pèriode de la révolution industrielle : accentue fossé ouvrier/bourgeois.
    Problématique : Plongé au coeur de la description d'un peuple en révolte, nous devenons témoin d'une scène violente qui, par la peur qu'elle engendre se transforme en une vision apocalyptique dans l'imaginaire des bourgeois.

     

     

     

    Extrait étudié

     

    Lors de la réunion au Plan-des-Dames : les mineurs ont décidé de contraindre à la grève les rares puits où le travail ne s'est pas encore arrêté. Mais le lendemain cette action dégénère. Des installations industrielles sont saccagées et une foule de mineurs, enragés de faim après deux mois de grève et de privations, se dirige vers le siège régional de la compagnie minière à Montsou. Depuis une grange où ils se sont dissimulés, des bourgeois, parmi lesquels la femme du directeur de la mine, regardent passer l'émeute.

     

    Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes, aux cheveux épars dépeignés par la course, aux guenilles montrant la peau nue, des nudités de femelles lasses d'enfanter des meurt-de-faim. Quelques-unes tenaient leur petit entre les bras, le soulevaient, l'agitaient, ainsi qu'un drapeau de deuil et de vengeance. D'autres, plus jeunes, avec des gorges gonflées de guerrières, brandissaient des bâtons; tandis que les vieilles, affreuses, hurlaient si fort, que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre.

     

    Et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs, une masse compacte qui roulait d'un seul bloc, serrée, confondue, au point qu'on ne distinguait ai les culottes déteintes ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse. Les yeux brûlaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant la Marseillaise, dont les strophes se perdaient en un mugissement confus, accompagné par le claquement des sabots sur la terre dure. Au-dessus des têtes, parmi le hérissement des barres de fer, une hache passa, portée toute droite; et cette hache unique, qui était comme l'étendard de la bande, avait, dans le ciel clair, le profil aigu d'un couperet de guillotine.

     

    « Quels visages atroces ! » balbutia M Hennebeau.

    Négrel dit entre ses dents :
    " Le diable m'emporte si j'en reconnais un seul ! D'où sortent-ils donc, ces bandits-là ? "

    Et, en effet, la colère, la faim, ces deux mois de souffrances et cette débandade enragée au travers des fosses, avaient allongé en mâchoires de bêtes fauves les faces placides des houilleurs de Montsou. A ce moment, le soleil se couchait, les derniers rayons d'une pourpre sombre ensanglantaient la plaine. Alors, la route sembla charrier du sang, les femmes, les hommes continuaient à galoper, saignants comme des bouchers en pleine tuerie.

     

    " Oh ! superbe ! " dirent à demi-voix Lucie et Jeanne, remuées dans leur goût d'artistes par cette belle horreur.

     

    Elles s'effrayaient pourtant, elles reculèrent près de MI' Hennebeau, qui s'était appuyée sur une auge. L'idée qu'il suffisait d'un regard entre les planches de cette porte disjointe, pour qu'on les massacrât, la glaçait. Négrel se sentait blêmir, lui aussi, très brave d'ordinaire, saisi là d'une épouvante supérieure à sa volonté, une de ces épouvantes qui soufflent de l'inconnu. Dans le foin, Cécile ne bougeait plus. Et les autres, malgré leur désir de détourner les yeux, ne le pouvaient pas, regardaient quand même.

     


    C'était la vision rouge de la révolution qui les emporterait tous, fatalement, par une soirée sanglante de cette fin de siècle. Oui, un soir, le peuple lâché, débridé, galoperait ainsi sur les chemins; et il ruissellerait du sang des bourgeois, il promènerait des têtes, il sèmerait l'or des coffres éventrés. Les femmes hurleraient, les hommes auraient ces mâchoires de loups, ouvertes pour mordre, Oui, ce seraient les mêmes gueniiles, le même tonnerre de gros sabots, la même cohue effroyable, de peau sale, d'haleinie empestée, balayant le vieux monde, sous leur poussée débordante de barbares. Des incendies flamberaient, on ne laisserait pas debout une pierre des villes, on retournerait à la vie sauvage dans les bois, après la grande ripaille, où les pauvres, en une nuit, videraient les caves des riches. Il n'y aurait plus rien, plus un sou des fortunes, plus un titre des situations acquises, jusqu'au jour où une nouvelle terre repousserait peut-être. Oui, c'étaient ces choses qui passaient sur la route, comme une force de la nature, et ils en recevaient le vent terrible au visage. Un grand cri s'éleva, domina la Marseillaise :
    " Du pain! du pain! du pain ! "

     

     

     

     

    I. La description d'un peuple en marche

     

    2 description :

     

    • 1ère description : point de vue du narrateur (l1 -19) : focalisation zéro (narrateur omniscient)
    • 2 ème description : point de vue bourgeois (l41 à fin). Conditionnel : imaginaire.

     

    - Description par accumulation et énumération : " femmes ", " jeunes ", " vielles ", " hommes ". Peuple dissocié (1 groupe épars, caractérisé par son sexe ou son age, ou son métier). Nombreux pluriels : effet de multitude, de masse. Effet de grandeur, avec des allongements syntaxicaux (phrases longues)

    - Scène de mouvement. Nombreux verbes (l 8, 10, 16 : il faut les nommer)
    Rétrecissement. Plan général vers particulier et les détails (soucis du détail : " culottes déteintes ", " tricots de laine ou de loques ")

    - Certaine esthétique réaliste : misère, précarité du peuple, habits mais problème pour reproduire la réalité telle qu'elle est (réalisme) : reconstruction par les phrases donc subjectivité.

     

    - Dimension du regard, notion de point de vue (prédominance du regard) : " distinguer, voyait ". Au début du texte, la notion de " vision " s'associe à un conditionnel pour nous donner le caractère imaginaire qui se dévelloppe chez les bourgeois. Opposition entre deux regards : neutre (narrateur) et totalement impliqué pour les bourgeois.

     

    Opposition entre deux mondes : 1 en mouvement, l'autre statique. 1 en révolte, l'autre campé sur sa peur et son pouvoir. Marche vers le progrès social (meilleures conditions sociales) // bourgeois campés sur leur argent. Mais cette révolte s'accompagne d'une image de violence.

     

     

     

     

    II. Une révolte inscrite sous le signe de la violence

     

    - Champ lexical de la violence : " guerrières ", " vengeance ", " brandissaient des batons " : Peuple a une grande volonté, il semble invincible. " guerrièresé : image qui évoque les Amazones (réel --> mythe)

    - Champ lexical autour du sang : " rouge ", " boucher ", " tuerie "

     

    - Violence s'inscrit par le caractère dépréciatif (univers terreux, fangeux) qui va peu à peu déshumaniser ces mineurs. Finit par une métaphore filée de l'animalisation, de la bestialisation : " troupeaux, bêtes fauves ", " mugissement ", " claquement des sabots ", " galoper ", " machoir de bêtes fauves " : cheval (folie), bêtes (fauves, férocité).

    - Violence par les hyperboles : " gorges gonflées de guerrières ".

    - Hache (c'est une métonymie : prendre un ensemble pour le tout) : emblème de la Révolution de 1789 (guillotine, Marseillaise) + barres de fer donc révolte.

     

    - Collectif devient 1 et 1 seul, indivisible, soudé. Idée de force. " comme une force ", puissance qui fait peur.

    Cette violence qui trouve son échos dans la révolution française va susciter chez les observateurs un imaginaire à caractère épique d'où une vision apocalyptique (raz de marée).

     

     

     

     

    III. Une vision apocalyptique

     

    - Idée de destruction totale (physique, corporelle et matèrielle). accumulation de verbes : activité très intense --> déferlante, raz de marée " balayant le vieux monde ". Destruction matèrielle : villes.

    - Prédominance de la couleur rouge (sang versé + feu = apocalypse). L44 : " incendies "

    - Caractère hyperbolique (exagéré) qui amplifie la scène à travers de nombreux pluriels, les hyperboles (" une pierre des villes " : opposition singulier/pluriel), les répétitions anaphoriques ("plus rien, plus un sou" : l10...)

    - Dimension épique d'un peuple qui va tout dévaster (" c'étaient ces choses " : force de la nature) pour reconstruire un monde meilleur (" nouvelle terre repousserait "). Peuple magnifié par la tonalité épique. On quitte le réel pour l'épique et le mythique.

     

     

     

     

    Cnonclusion

     

    Cette scène n'est pas une simple révolte dans le nord d'un groupe de mineurs. C'est une fin du monde pour les bourgeois effrayés devant un peuple affamé et en colère qui marche vers le progrès.

    C'est un thème récurrent au XIXème siècle qui peut conférer à ce texte une valeur symbolique.

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