Vous êtes ici : Accueil > Document > Littérature et Français > La fortune des Rougons Chap 1 - La colonne des insurgés - Zola
TRIER PAR
MATIÈRE
Antoine
Bac +4 ES
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Ce passage appartient au chapitre 1 qui relate la journée du 7 décembre 1851. Ce chapitre est le point de rencontre entre deux histoires; M et S, et l'histoire du coup d'Etat de Napoléon III, vu de province avec le soulèvement des républicains. On a la présentation d'un personnage important du récit: la C des insurgés républicains. Cette C apparaît dans presque tous les chapitres du livre, à tous les moments clés du récit. Elle reflète la chronologie des évènements centraux depuis le dimanche soir jusqu'au dimanche 14 où les insurgés se font massacrer.
- C'est une masse humaine:
Ce qui apparaît d'abord, c'est cette idée de masse, de groupe; on parle, en effet, "de bande"(1), "petite armée"(30), "masse noire"(6) qui sont des termes collectifs. De plus, on utilise des pluriels: "les flots vivants"(5), "les insurgés"(25). Cette masse nous est présenté soit comme énorme: "quelques milliers d'hommes"(3), "peuple innombrable"(24), "flots vivants"(5), "masses"(6), soit comme réduite: "la bande"(1), "la petite armée"(30). Elle nous est présenté également comme organisé: "petite armée"(30), "derniers bataillons"(9), ou encore sans aucune organisation: "la bande"(1), "la coulée grouillante"(36), "masses noires"(6), "flots vivants"(5).
- Les hommes sont à peine visibles:
Termes de "masses noires"(6), "peuple invisible"(24), "indistincte dans l'ombre"(37), "cachés"(27). Ils sont à peine éclairés par "les bleuâtres clartés de la lune"(23). Le symbolique: le peuple qui était resté longtemps caché et qui ne pouvait se faire entendre, sort de l'ombre et fait entendre sa voix: la Marseillaise
- Une foule en mouvement:
La foule descend le coteau pour arriver à la Viorne: "la bande descendait"(1), "descendit la côte"(31), "approchaient du pont"(37). C'est un mouvement rapide: "torrent"(4), "flot"(4), "tempête humaine"(8). C'est un mouvement ininterrompu: "qui semblait ne pas devoir s'épuiser"(5). Ce mouvement symbolique, c'est la République en marche et cette mobilité est exactement à l'opposé des bourgeois de Plassans (conservateurs)
Mais cette colonne est surtout perçue par son chant.
- Le chant monte et envahit l'espace:
Le chant va aller en crescendo: "les chants enflaient de plus en plus"(7), "il y eut un éclat assourdissant"(9), et ce chant envahit l'espace, il envahit le ciel: "emplit le ciel"(10), la terre: "elle ralentit jusqu'aux entrailles"(15), l'eau: "au fond des creux de la Viorne"(25), l'air: "dans l'ébranlement de l'air et du sol"(29).
- La Marseillaise est un chant de guerre:
La Marseillaise est un chant guerrier qui est accompagné des instruments qui suivent les troupes: les cuivres: "sécheresses de cuivre"(12), le tambour: "ainsi qu'un tambour que frappent les baguettes"(14), trompette: "monstrueuses trompettes"(11). Il y a une allitération, les sons du tambour qui reviennent dans les mots: "roulait"(4). Egalement chant guerrier car: "note ardente du chant national"(16), "vengeance et liberté"(30). C'est un chant qui est crié: "la campagne criait"(29), "le rugissement populaire"(31), "la longue coulée mugissante"(36). Violence dans la façon de chanter ce chant. La M a toujours été considéré par les gouvernements comme chant révolutionnaire et Napoléon III l'a remplacé par un autre.
On a affaire à une masse en mouvement caractérisé par un chant. Le narrateur veut montrer que le peuple surgit de l'ombre où il s'était caché, muselé par les pouvoirs successifs. Il surgit enfin (insurgés < insurgere = se mettre debout, se lever).
- S et M regardent cette foule:
"S, blanc d'émotion, écoutait et regardait"(34). Il observe de l'extérieur. La colonne est dans le noir, elle fait irruption: "que l'irruption de ces quelques milliers d'hommes"(3), "quand les derniers bataillons apparurent, il y eut un éclat assourdissant"(9)
- S éprouve des émotions
Il trouve que la colonne est belle: "superbe"(1), "irrésistible"(1), "grandiose"(2). Il éprouve une certaine peur: "blanc d'émotion"(34) ou encore "la campagne frissonna tout entière"(14)
- La C est assimilée à la nature:
Il y a la métaphore du flot "roulait des flots vivants"(4) et elle est filée car "tempête humaine"(8), "les chants enflaient"(7). La force est une force naturelle qui est inépuisable et pleine de colère.
- La foule réveille la campagne et celle-ci devient chant:
La campagne était endormie: "plongée dans une paix morte et glacée"(3), "la campagne endormie s'éveilla"(13). Puis elle est passive: "retentit"(15), "répétant"(16). La campagne est ensuite active car elle chante en reprenant le chant: "ce ne fut plus seulement la bande qui chanta ..."(17). C'est une force naturelle qui s'oppose au salon jaune qui ce dernier n'a rien d'une force naturelle..
- M et S sont deux enfants de la nature:
La nature est leur milieu car leur prénom correspondent à la nature et ils ont vécu leur idylle dans la campagne de Plassans. Ils sont donc naturellement amenés à rejoindre la colonne. Mais, en la suivant, ils vont vers leur mort.
S les voient comme "un flot géant et gigantesque" alors qu'ils ne sont pas très nombreux: "quelques milliers"(3), il y a u grossissement. En plus de la nature, les objets: "large amphithéâtre"(21) et les hommes: "bouches géantes comme des monstrueuses trompettes"(11). On peut rapprocher la C avec l'histoire des Titans parce comme les Titans, ils surgissent de la nature, se révoltent contre le pouvoir en place afin de retourner dans la terre.
On a un style épique qui vient confirmer la valorisation héroïque de la C: présence de l'hyperbole: "terriblement grandiose"(2), "bouche géante"(10), "monstrueuses trompettes"(11), opposition entre le silence initial et l'éclat du chant assourdissant qui va remplir la campagne et élargir la scène. Cela a pour but de montrer que le chant se répète dans toute la campagne.
Ce personnage présente le personnage collectif de la B des I qui joue un rôle important dans le roman. Cette bande s'oppose à une force contraire, celle du salon jaune, c'est à dire, des réactionnaires de Plassans. P et F voient aussi dans cette bande des opposants à leur fortune. Ses insurgés sont vus par le regard de S. ce regard est proche de celui de Zola.
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