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TRIER PAR
MATIÈRE
Antoine
Bac +4 ES
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Le Misanthrope ou l'Atrabilaire amoureux est une comédie de Molière en cinq actes et en vers jouée pour la première fois le 4 juin 1666 au Théâtre du Palais-Royal. Elle est inspirée du Dyscolos de Ménandre.
Le Misanthrope est une comédie de caractère écrite par Molière en 1666. Alceste, le personnage principal, hait la société. Il est cependant contraint à la fréquenter, car il doit régler deux affaires : assister à son procès et demander à Célimène de vivre avec lui. Dans la scène 4 de l'acte II, il se retrouve piégé dans le salon bourgeois de Célimène. Celle-ci se livre, avec ses invités, au jeu du portrait. Cette scène constitue donc une parodie littéraire. Nous analyserons ce passage en deux axes : l'art du portrait et la critique sociale.
Dans cette scène où les invités s'amusent à dépeindre d'autres personnes, on distingue deux animateurs : Clitandre et Acaste. Leur rôle consiste à présenter celui dont on doit faire le portrait. Tous deux commencent par un portrait de quatre vers. Puis Célimène prend la suite, puis elle devient progressivement la seule.
Au fil de la conversation, les portraits sont plus longs. Ceci crée un effet de crescendo, qui culmine avec le portrait de Damis. Or, ce dernier portrait est la version masculine de Célimène. En critiquant Damis, elle se critique et ne s'en rend pas compte.
Au départ, Clitandre et Acaste se posent en victime des défauts des autres. Clitandre se plaint d'avoir eu à supporter le ridicule de Cléonte. Quant à Acaste : « Damon, le raisonneur, qui m'a, ne vous déplaise Une heure, au grand soleil, tenu hors de ma chaise. » Ces paroles leur permettent de justifier leur mépris et leur médisance. Cependant, ce procédé s'effondre à la fin : Célimène dit de Damis : « Il est de mes amis » Mais elle poursuit par une longue critique. La médisance n'est donc plus du tout justifiée.
Eliante est en désaccord avec ce jeu de portrait. « Ce début n'est pas mal ; et contre le prochain La conversation prend un assez bon train. » Philinte représente l'honnête homme. C'est donc en toute logique qu'il pousse Célimène à faire son propre portrait sans qu'elle s'en aperçoive, et donc à se critiquer elle-même.
Pour dépeindre les autres, les personnages emploient beaucoup d'hyperboles : « de la tête au pied » (vers 586) « il assomme le monde » (vers 590) « je souffre le martyre » (vers 605).
Tous ces portraits sont monographiques : ils représentent un type humain. Cléonte : l'original, l'extravagant Damon : le raisonneur, celui qui parle pour ne rien dire Timante : le mystérieux, qui croit faire des révélations Géralde : le snob Bélise : la sotte qui n'a aucune conversation Adraste : l'orgueilleux, celui qui est imbu de lui-même Cléon : le gastronome, qui se fait valoir par la nourriture Damis : l'homme d'esprit, qui se croit supérieur et critique tout le monde
On peut les comparer aux portraits que fait La Bruyère dans Les Caractères. A la différence de ceux-ci, les portraits de cette scène ont un aspect comique, puisque ce sont des personnages qui en jugent d'autres. Il s'agit d'un comique de situation. De plus, tous ces portraits soulignent les relations sociales de ces personnages, ils sont dépeints par rapport à la société. Or, tous ces portraits sont faits devant Alceste, le misanthrope, et ne font que renforcer son sentiment de haine.
Pour finir, on remarque qu'il y a beaucoup plus de portraits d'hommes que de femmes. Ce choix révèle que ce sont les hommes qui donnent de l'importance à la société mondaine. L'auteur fait ici la caricature de cette mentalité.
A travers ces portraits, on peut percevoir ce qui est important dans cette société:
le lever du Roi : quand on y participe, soit on se fait remarquer (Cléonte) soit on en parle (Clitandre).
un train de vie luxueux : Acaste parle d'une chaise à porteur, ce qui est cher et nécessite d'avoir au moins deux laquais. De même, Cléon se fait valoir par son cuisinier, ce qui sous-entend qu'il a les moyens de l'entretenir.
Lle titre de noblesse et ses privilèges : la chasse à cour et le tutoiement des nobles (à cette époque, le tutoiement est réservé aux serviteurs ou aux amis intimes). Géralde joue donc l'intimité avec les nobles.
les termes « emploi, charge ni bénéfice » à propos d'Adraste. Il s'agit du droit d'acheter un métier, que l'on ne pratique pas mais dont on touche les bénéfices. Ainsi, on gagne de l'argent sans rien faire : c'est la caricature du rentier.
La conversation : il est important de savoir parler avec brio, comme le fait Célimène. Elle en est félicitée, tandis que le peu de conversation de Bélise est critiqué.
D'autre part, Molière fait la critique du salon mondain. Les conversations de salon demandent normalement de l'instruction. Ici, ce n'est pas le cas, et les conversations mondaines se transforment en potins mondains.
Tous ces portraits permettent de trouver les caractéristiques de l'honnête homme par opposition. L'honnête homme doit donc être discret, franc et concis, il doit maitriser l'art de la conversation, être intelligent, humble, modeste et tolérant.
Pour finir, Molière a un but moralisateur : il ne remet pas en cause la société, mais les gens qui la composent, c'est pourquoi toutes les personnes sont désignées par leur prénom. Ces personnages sont issus des personnes réelles, dans lesquelles les spectateurs doivent se reconnaître.
Cette scène ne fait pas avancer l'action de la pièce, elle n'a donc pas d'intérêt dramatique. Elle comporte cependant un intérêt psychologique. Tout d'abord, elle nous révèle le caractère de Célimène. Celle-ci est très critique, elle est également hypocrite et médisante. Le salon qu'elle tient n'a rien d'un salon littéraire, c'est un salon de médisance, une cour d'admirateur dont elle profite. Elle devient cependant sa propre victime en faisant, sans s'en apercevoir, son autoportrait. Cette scène permet également à Molière de faire le portrait de l'honnête homme.
On peut comparer ce passage avec un autre extrait de cette scène, la tirade de Bélise (vers 711 à 730). Les deux femmes font toutes deux des portraits, mais avec des techniques différentes. Tandis que Célimène grossit les défauts, Eliante les tourne en qualités. Cette différence s'explique par la nature des deux femmes : Eliante parle d'amour alors que Célimène est une égoïste, elle n'aime qu'elle-même et n'éprouve aucune compassion. Il s'agit d'un duel verbal. Célimène sait qu'elle ne pourra pas le gagner, elle abandonne donc la conversation : « Brisons là ce discours ».
Pour finir, cette scène nous permet de nous rendre compte d'un autre problème de relation entre les personnages. On connaissait la misanthropie d'Alceste, qui est un problème social, on découvre la méchanceté de Célimène, qui relève de l'ordre moral.
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