Nana - Commentaire composé - Zola

Nana - Commentaire composé - Zola

Nana - Commentaire composé - Zola
Cours

Par Antoine

Mise à jour le 28-09-2011

Télécharger ce document

→ Téléchargement disponible après inscription

20,00/20

0 Avis > Donne ton avis

10 téléchargements

> Partager !

Extrait du document

Ce roman d'√Čmile Zola a fait scandale en son temps. Se sont multipli√©es les caricatures " nanaturalistes " et "nanatomiques" raillant les th√©ories litt√©raires du romancier. Lui-m√™me, dans L'√Čbauche du roman, √©crit cr√Ľment : " Le sujet est celui-ci : toute une soci√©t√© se ruant sur le cul. Une meute derri√®re une chienne, qui n'est pas en chaleur et qui se moque des chiens qui la suivent.

 

 

 

Extrait étudié

 

"On vit alors une chose superbe. Price, debout sur les √©triers, la cravache haute, fouaillait Nana d'un bras de fer. Ce vieil enfant dess√©ch√©, cette longue figure, dure et morte, jetait des flammes. Et, dans un √©lan de furieuse audace, de volont√© triomphante, il donnait de son cœur √† la pouliche, il la soutenait, il la portait, tremp√©e d'√©cume, les yeux sanglants. Tout le train passa avec un roulement de foudre, coupant les respirations, balayant l'air ; tandis que le juge, tr√®s froid, l'œil √† la mire, attendait. Puis, une immense acclamation retentit. D'un effort supr√™me, Price venait de jeter Nana au poteau, battant Spirit d'une longueur de t√™te.


Ce fut comme la clameur montant d'une mar√©e. Nana! Nana! Nana! Le cri roulait, grandissait, avec une violence de temp√™te, emplissant peu √† peu l'horizon, des profondeurs du Bois au mont Val√©rien, des prairies de Longchamp √† la plaine de Boulogne. Sur la pelouse, un enthousiasme fou s'√©tait d√©clar√©. Vive Nana! vive la France! √† bas l'Angleterre! Les femmes brandissaient leurs ombrelles ; des hommes sautaient, tournaient, en vocif√©rant ; d'autres, avec des rires nerveux, lan√ßaient des chapeaux. Et, de l'autre c√īt√© de la piste, l'enceinte du pesage r√©pondait, une agitation remuait les tribunes, sans qu'on v√ģt distinctement autre chose qu'un tremblement de l'air, comme la flamme invisible d'un brasier, au-dessus de ce tas vivant de petites figures d√©traqu√©es, les bras tordus, avec les points noirs des yeux et de la bouche ouverte. Cela ne cessait plus, s'enflait, recommen√ßait au fond des all√©es lointaines, parmi le peuple campant sous les arbres, pour s'√©pandre et s'√©largir dans l'√©motion de la tribune imp√©riale , o√Ļ l'imp√©ratrice avait applaudi. Nana ! Nana ! Nana ! Le cri montait dans la gloire du soleil, dont la pluie d'or battait le vertige de la foule."

 

 

 

 

I. Introduction

 

Paru en 1880, Nana est le neuvi√®me roman de la s√©rie des Rougon-Macquart. Zola fait appara√ģtre Nana dans L'Assommoir o√Ļ, d√©j√† marqu√©e par la sensualit√© et le vice, elle pla√ģt aux hommes. Elle repr√©sente le type classique de la fille perdue : Nana est une actrice enrichie gr√Ęce √† ses amants fortun√©s. Au chapitre 11 du roman, Nana, d√©j√† en pleine gloire, assiste √† une course hippique pour se montrer plus que pour appr√©cier la performance sportive de la pouliche qui porte son nom. La sc√®ne pourtant est digne d'√™tre contempl√©e : le mouvement s'imprime d'abord √† la course elle-m√™me puis √† la foule enti√®re. Mais ce spectacle se charge imm√©diatement de valeurs symboliques, notamment par le jeu des images proprement √©piques.

 

 

 

 

II. Partie 1

 

Nous assistons ici au Grand Prix de Paris du 8 juin 1879. Le romancier naturaliste qui s'était essayé à ce genre de chronique journalistique en 1876, veille à utiliser le vocabulaire des courses : le jockey de petite taille (" vieil enfant desséché ", pourvu d'"étriers" et d'une "cravache", " jette Nana au poteau, battant Spirit d'une longueur de tête ". Le cadre est bien celui d'un champ de courses : on retrouve " la piste, l'enceinte du pesage " et " les tribunes "

 

Les noms propres (le " Bois ", " le mont Valérien ", " Longchamp " et " Boulogne ") tracent un périmètre plus vaste à la scène. Puis des lieux indéterminés élargissent encore l'angle de vision : " allées lointaines ", " sous les arbres ".

 

C'est le regard qui est d'abord sollicit√© : " On vit alors une chose superbe ". Le verbe, neutre, prend un sens grandiose avec l'adjectif "superbe". La bri√®vet√© de la phrase et l'ind√©termination de " chose " laissent attendre les d√©tails de cette vision. L'ind√©fini " on " renvoie √† tous les participants : spectateurs, narrateur et juge, " l'œil √† la mire ". Le couple du jockey et de son cheval aux " yeux sanglants " est sous le regard attentif de la foule qui elle-m√™me deviendra spectacle de d√©lire dans la seconde partie du texte.

 

A la profusion des éléments visuels s'ajoutent deux types de notations auditives : une clameur vague, puis des exclamations. La première phrase du texte est parallèle à celle qui ouvre le second paragraphe: " Ce fut comme la clameur montant d'une marée ". Nous y trouvons la même indétermination (" ce ", " comme une clameur "), le passé simple d'action ponctuelle, et l'attente de détails. Il y a même anticipation du cri sur la victoire : " une immense acclamation retentit " ; la raison de cet enthousiasme (la victoire de Price et Nana) n'est donnée qu'après. Trois termes dénotent ce déferlement auditif : " acclamation ", " clameur " (que l'étymologie rapproche du terme précédent) et enfin " cri " qui est l'expression la plus élémentaire d'une émotion.

 

Le texte est ponctué par le nom de Nana et l'élan de chauvinisme qui en découle. Nana, la France et l'Angleterre sont associées au centre du second paragraphe. Mais l'acclamation par la foule du nom de Nana encadre ce paragraphe, selon une structure en chiasme : " Ce fut comme la clameur... Nana ! Nana ! Nana ! " " Nana, Nana, Nana... Le cri montait ".

 

Entre ces deux mentions, s'√©labore une s√©rie de mouvements effr√©n√©s. Le texte suit une chronologie tr√®s rapide. √Ä un pass√© simple (" vit ") succ√®dent des imparfaits qui donnent l'impression d'un mouvement continu. Le proc√©d√© se reproduit dans le second paragraphe, o√Ļ les imparfaits permettent de transcrire des actions simultan√©es.

 

La course est narr√©e en un rapide fragment de phrase ternaire : " Tout le train passa avec un roulement de foudre, coupant les respirations, balayant l'air ". La seconde partie du passage d√©crit les r√©actions f√©briles de la foule au moyen d'une accumulation verbale. Zola proc√®de d'abord par redoublement de verbes de mouvement: "roulait, grandissait"; "sautaient, tournaient " ; " s'enflait, recommen√ßait ". Il joue sur la valeur d'action en cours de r√©alisation des participes pr√©sents : " coupant les respirations, balayant l'air " ; " emplissant " ; " vocif√©rant ". En outre, les sonorit√©s proches des verbes se font √©cho : " s'√©pandre et s'√©largir " ; " r√©pondait [...] remuait " ; la terminaison en " ait " des imparfaits donne √† l'ensemble une unit√© sonore et rythmique que la longueur relative des phrases ne brise pas. Interviennent enfin des balancements : " Les femmes [...] des hommes [...] d'autres " ; " Sur la pelouse [...] de l'autre c√īt√© de la piste ".

 

 

 

 

III. Partie 2

 

L'intensit√© de la sc√®ne tient surtout √† un grandissement qu'apporte une s√©rie d'images significatives. La premi√®re image, celle de la mer, marque le mouvement. D'embl√©e, la pouliche est "tremp√©e d'√©cume ". C'est le signe d'un r√©seau qui va de la vague au cataclysme : " Le cri roulait, grandissait, avec une violence de temp√™te " ; la rumeur " s'enfle " √† la fin avant de " s'√©pandre ". Cette m√©taphore maritime permet d'√©largir la sc√®ne aux dimensions de " l'horizon " o√Ļ se rejoignent les " profondeurs du Bois " et les " all√©es lointaines ". La " pluie d'or " qui inonde cette foule en d√©lire fait le lien avec l'autre m√©taphore clef : celle de la lumi√®re.

 

Le soleil éclaire le spectacle, mais il n'est mentionné qu'à la fin du texte, dans sa " gloire " à l'image du triomphe de Nana. Cette ultime phrase est construite en chiasme : " cri... soleil / pluie d'or.. foule " : la foule est ainsi enveloppée dans cette lumière violente et symbolique qui suit un double mouvement ascendant ( " montait " ) et descendant ( " battait " ).

 

Mais au soleil s'ajoute une forme plus violente de lumière : le feu. Il parcourt le texte de ses éclairs : la figure de Price " jetait des flammes " et le délire de la foule est " comme la flamme invisible d'un brasier ". Là encore l'image confine à la catastrophe : les chevaux passent " avec un roulement de foudre " et les " points noirs des yeux " sont peut-être le signe de cette consomption généralisée.

 

Par le jeu de ces images et de ces métaphores filées, l'espace a pris des dimensions épiques, comme si le monde entier était la proie de cette folie. Le juge seul est " très froid ", substitut du narrateur ou du journaliste.

 

Le grandissement épique de la scène s'accompagne d'une série de symboles, notamment sur l'association entre la pouliche et la femme qui donne son nom au roman. Zola est explicite à ce sujet : le propriétaire de la pouliche (Vandoeuvres) est l'un des anciens amants de Nana. Lorsqu'elle demande, juste avant le texte : " A combien suis-je ? ", l'on ne peut qu'associer le cheval et la prostituée.

 

Le jockey sur le cheval mime un amour bestial : il est anim√© d'un " √©lan de furieuse audace, de volont√© triomphante ". Les images de l'animalit√© sont r√©currentes dans le roman et il ne faut gu√®re s'√©tonner d'assister ici √† un orgasme g√©n√©ralis√©. L'" enthousiasme fou " et les " rires nerveux " des hommes marquent leur bestialit√© : ils ne sont plus que " petites figures d√©traqu√©es ", " bras tordus " et " bouche ouverte ". L'" agitation [qui] remuait les tribunes " est la r√©p√©tition de l'exploit de Price dont Zola nous dit ensuite que " cela ne cessait plus, s'enflait, recommen√ßait ". Pour √īter toute ambigu√Įt√© quant √† l'assimilation du cheval et de la femme, la suite du texte pr√©cisera : " L'on ne savait plus si c'√©tait la b√™te ou la femme qui emplissait les cœurs. "

 

Ces personnages sans retenue sont comme des marionnettes. Le texte présente, par le biais de ce concours hippique, un tableau de la corruption sociale. Les objets mondains (ombrelles et chapeaux) agités frénétiquement permettent d'exprimer la liberté des sens : " les femmes brandissaient leurs ombrelles " ; les hommes " lançaient des chapeaux ". L'espèce humaine est asservie au sexe : c'est la grande leçon que veut donner Zola.

 

La d√©nonciation de la d√©pravation des mœurs sous le Second Empire √©tait √† la mode. Mais, ici, le Pouvoir lui-m√™me cautionne ce d√©ferlement sensuel : " dans l'√©motion de la tribune imp√©riale [...] l'imp√©ratrice avait applaudi ".

 

 

 

 

Conclusion

 

Ainsi ce passage admet plusieurs niveaux de lecture ce qui fait son extr√™me richesse. √Čmile Zola manie en ma√ģtre les notations √† la fois r√©alistes et symboliques : le naturalisme peut donc √™tre √©pique. Que dire d'ailleurs du cheval perdant, Spirit, autrement dit " esprit " ? Ce que les hommes ont perdu, c'est justement cela, la raison. Gustave Flaubert avait bien saisi la port√©e du roman lorsqu'il √©crivait : " Nana tourne au mythe sans cesser d'√™tre une femme. "

Télécharger ce document

Donne ton avis !

Rédiger votre avis

(50) Valider
Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac-Es.net le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Les avis sur ce document

Ca commente

Nouveaux | Les + commentés

Lorenzaccio, Musset - Fiche de Lect...

Lorenzaccio d'Alfred de Musset...

(8) commentaires

400 fiches de révisions du bac de F...

Doc Etudiant vous propose une ...

(6) commentaires

L'Homme dans les genres argumentair...

Cette fiche sur l'Homme dans l...

(4) commentaires

Les deux coqs - La Fontaine - Fiche...

Les Deux Coqs est une fable de...

(3) commentaires

au sujet de On ne badine pas avec l'amour : Acte I scene 1 - Analyse - Litterature Bac L

«Ce commentaire est tr√®s bon ! Malheureusement il n'y a pas de Bilan/Transition entre chaque ax...»

au sujet de Les Essais - Livre III Chapitre VI - Montaigne

«Parfait :) tr√®s bonne fiche de r√©vision, bien faite merci»

au sujet de Commentaire Candide - "La Guerre" - Chapitre 3 - Litterature Bac L

«un doc d'un Pro, Merci Mooon pour ce effort tr√®s pro»

au sujet de Littérature et langages de l'image - Cours Littérature Bac L

«encore un doc de la part du Doc Justine; merci bcp»

Questions / Réponses

EN DIRECT DES FORUMS

1240 messages 3623 réponses

Les Bac L qui participent le plus
BRAVO !

bolly...

35 points

lepet...

28 points

Cassi

31 points

Classement

Moteur de formation

Zoom ecole

Je m'inscris

Accéder directement au site