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Analyse de texte : "L'invitation au voyage", Baudelaire : Les Fleurs du Mal - Français - Première L

Analyse de texte : "L'invitation au voyage", Baudelaire : Les Fleurs du Mal - Français - Première L

digiSchool vous propose un document de Première L en Français sur l'analyse de texte : "L'invitation au voyage", de Charles Baudelaire : Les Fleurs du Mal (1857).

Une courte introduction sera faite, puis il y aura une partie consacrée à la femme et au désir de voyage, puis au voyage mobile et immobile. Ensuite vous découvrirez une partie sur "l'ailleurs idéal".

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Analyse de texte :

Quiz de Français :

Quelle métaphore surréaliste célèbre Eluard a-t-il écrite ?

  • A.La terre est bleue comme une orange
  • B.La terre est orange comme une planète
  • C.La terre est ronde comme une orange
  • D.La terre est bleue comme une ciel
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Le contenu du document

 

INTRODUCTION

 

"L'invitation au voyage", poème constitué de trois strophes entrecoupées d'un même distique répété trois fois, fait partie de la section "Spleen et idéal" du recueil les Fleurs du Mal, que Baudelaire publie en 1857. Ce poème, composé en vers hétéromètres, est supposé avoir été écrit pour sa muse, Marie Daubrun, une actrice dont les "yeux verts" ont longtemps hanté les textes baudelairiens – devenus ici de "traîtres yeux" (vers 11). Comme souvent dans la poésie baudelairienne, le corps de la femme est prétexte à rêverie : dans ce texte, c'est à un rêve de voyage que la vision du corps féminin amène le poète.

En quoi le voyage immobile auquel se prête le poète décrit-il l'idéal baudelairien ?

Après avoir considéré l'amour de la femme comme point de départ de la rêverie, nous considèrerons le thème du voyage, mobile et immobile, dans le poème. Ce voyage permet à Baudelaire d'exprimer sa vision d'un idéal, comme l'indique la sous-partie du recueil dans laquelle le texte s'inscrit.

 

NB. Cette problématique et ce plan sont bien entendu des propositions, qui visent à aider l'élève dans sa compréhension du travail de Baudelaire, dans sa préparation du commentaire de texte, ou encore de l'oral de baccalauréat.

Il est donc tout à fait possible d'évoquer le texte sous un autre angle, en envisageant des axes de lecture différents. De même, ils ne permettent pas de décrire les différents aspects du texte dans toute leur exhaustivité.

 

LA FEMME ET LE DESIR DE VOYAGE

 

C'est la muse du poète, en ce cas précis Marie Daubrun, qui déclenche le rêve du voyage.

 

LE POINT DE DEPART A LA REVERIE

Ce voyage n'est pas effectif : il s'agit d'une "invitation", comme l'indique le titre ; et donc à la fois d'une suggestion et d'une invocation.

Cette invocation s'adresse à une femme, comme on le voit lors de la double apostrophe du premier vers : "Mon enfant, ma soeur". L'usage du pronom possessif "mon", ainsi que de deux termes évoquant une famille que le poète n'a jamais eu (Baudelaire n'avait ni enfant, ni soeur), montre assez l'affection, la proximité qu'entretient le poète avec la femme qu'il veut faire voyager.

L'usage de l'impératif ("Songe" v. 2, "Vois" v. 30) suggère l'insistance du poète, qui veut entraîner la femme dans un voyage onirique ; tout comme le ton laudatif ou encore l'anaphore et l'hyperbole que présentent les vers 3 et 4 ("Aimer à loisir / Aimer et mourir"), avec le caractère définitif porté par l'usage de l'infinitif, suggèrent la persuasion dont veut faire preuve le poète.

 

L'INTIMITE

Le poète entretient une relation intime avec la femme aimée. Cela se comprend dans l'alternance des pronoms personnels de la première et de la deuxième personne du singulier dans la première strophe ("mon", "ma" v. 1, "te", v. 6, "mon" v. 9, "tes" v. 11, etc) ; ainsi qu'à travers l'adverbe "ensemble", suivi d'une exclamation (v. 3).  De même, l'alternance des rimes masculines et féminines des premiers vers évoque l'intimité d'un couple.

Le champ lexical onirique, mais aussi la mention de la chambre avec le pronom possessif "notre" au vers 17 suggèrent l'intimité sexuelle, tout comme les mentions des "rares fleurs" (v. 18), le champ lexical de l'odorat ("odeurs", "senteurs") ou encore la mention de la "langue" au vers 26, qui s'entend d'abord dans le sens de "langage", mais qui prend également la forme d'une syllepse de sens (double sens) pour évoquer la bouche aimée.

 

LA FEMME-MONDE

La femme aimée est non seulement le point de départ du voyage onirique qu'entreprend le poète, mais aussi sa destination : "Au pays qui te ressemble !" (v. 6). Aussi le poète n'hésite-t-il pas à faire une analogie entre des paysages et les yeux de la femme, analogie basée sur la brume du ciel pour l'un des comparés, et causée par les larmes pour l'autre : "Les soleils mouillés / De ces ciels brouillés / Pour mon esprit ont les charmes / De tes traîtres yeux" (v. 7 à 9).

De même que le voyage rêvé du poète se subordine à la femme, le monde se subordine à elle : le poète peint à sa muse le tableau d'un monde qui serait à ses pieds. Ainsi, du vers 32 au vers 34, il prétend que les "vaisseaux" sont venus du bout du monde pour subvenir aux besoins de la femme : "C'est pour assouvir / Ton moindre désir / Qu'ils viennent du bout du monde".

Le champ lexical de la totalité, qui marque la fin du poème en particulier, rappelle la totalité de la femme, et nous renvoie à son importance dans l'univers baudelairien : "tout" (v. 24), "ton moindre désir" (v. 33), "bout du monde" (v. 34), "la ville entière" (v. 37), "le monde" (v. 39).

 

VOYAGE MOBILE, VOYAGE IMMOBILE

 

Ce voyage, auquel le poète invite la femme aimée, est un voyage certes rêvé, mais qui donne lieu à une description très vivante.

 

UN VOYAGE ONIRIQUE

Le voyage, dans ce poème, est paradoxal : s'il est le thème principal du texte, il est pourtant un voyage rêvé, non précisé. Il s'agit d'un voyage immobile, qui se fait au travers d'un rêve : l'onirisme est prégnant.

Il se manifeste à travers un champ lexical : "songe" (v. 2), "chambre" (v. 17) ; mais aussi à travers l'idéalisme qui s'exprime dans le distique répété à trois reprises, sous forme d'épanadiplose ("Là, tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme, et volupté").

Le caractère non accompli du voyage se comprend également à travers l'usage du conditionnel dans la deuxième strophe ("décoreraient" v. 17, "parlerait" v. 24).

L'aspect "mystérieux" (v. 10) des espaces à découvrir va également dans le sens de l'onirisme. La diérèse souligne l'adjectif.

 

UN AILLEURS FLOU

L'onirisme du voyage se développe dans la description très peu précise, absolument floue, des lieux que les voyageurs seraient amenés à visiter.

Ainsi, aucun toponyme n'est mentionné. Au contraire, de nombreuses sortes de paysages se succèdent, sans logique : des "champs", des "canaux" (répété, v. 29 et 37), la "ville" (v. 37), mais aussi la mer, suggérée par des termes comme "vague" (v. 20, adjectif qui peut constituer une syllepse de sens – s'entendre dans les deux sens). La seule indication géographique pointe vers l'est, point cardinal vers lequel le jeune Baudelaire avait entrepris un voyage forcé en 1839 : le poète évoque ainsi la "splendeur orientale" (hyperbole) au vers 23. A noter que l'orientalisme était une mode à la moitié du XIXème siècle, quand Baudelaire rédige son recueil.

L'atmosphère des paysages se caractérise par son manque de visibilité : "Les soleils mouillés / De ces ciels brouillés" : notez ici l'adjectif "brouillé", qui évoque la brume à travers une métaphore, ainsi que l'oxymore "soleils mouillés", et le jeu d'allitérations en consonnes liquides, imitant le bruit de l'eau.

 

UNE PEINTURE VIVANTE

Bien que ce voyage soit un voyage immobile et rêvé, la peinture que le poète en fait est avant tout vivante. Le procédé de l'hypotypose (tableau animé) est ainsi utilisé dans les deuxième et troisième strophes : le tableau que fait le poète des endroits visités durant le voyage est animé, mouvant, vivant.

La personnification de certains éléments décrits vient soutenir cette hypotypose, le plus souvent au moyen de verbes d'action : "mêlant" (v. 19), "parlerait" (v. 24), "dormir" (v. 30), "dont l'humeur est vagabonde" (v. 31), "Ils viennent du bout du monde" (v. 34), etc.

La comparaison des paysages au corps féminin est un autre moyen de rendre vivante la description : vers 7 à 11.

 

L'AILLEURS IDEAL

 

Ce voyage rêvé est l'occasion pour le poète d'évoquer ses idéaux.

 

UN TABLEAU LAUDATIF

Tout d'abord, le ton choisi par le poète est extrêmement laudatif. Les champs lexicaux qui le marquent en sont de bons exemples : champs lexicaux de la lumière, de la beauté, de la richesse, de l'exotisme, de la sensualité.

Le ton généralement enthousiaste, rythmé par les exclamations, tient également de la description méliorative ; tout comme l'usage des superlatifs ("les plus rares fleurs" v. 18).

L'abondance d'épithètes dans la deuxième strophe souligne le caractère positif de la description.

 

UN TABLEAU COMPLET

Cette abondance d'épithètes nous rappelle également que le tableau qui est créé par le poète est un tableau complet : il décrit dans les moindres détails, puis résume sa description par l'adverbe totalisant "tout" au vers 24, mais aussi à chaque début du distique ("Tout n'est qu'ordre et beauté (...)").

L'usage des pluriels ("leurs odeurs" v. 19, "vagues senteurs" v. 20, "Les riches plafonds / Les miroirs profonds" v. 21 et 22, etc) ramène encore à une description totale, de même que la diversité des paysages évoqués (cf. II), et aussi la mention des sens (ouïe – "parlerait", vue, odorat – "fleurs", "odeurs").

 

UN TABLEAU MUSICAL

Le voyage imaginé l'est sur un ton très musical, la musique étant une thématique très importante de la poétique baudelairienne (cf. Poème "la Musique").

Ainsi, les jeux sur les sonorités (paronomase aux vers 7 et 8, par exemple, ou encore sonorités similaires des vers 18 et 20) réveillent une tonalité musicale du texte, déjà rendue évidente par la répétition de trois distiques, au moyen d'une épanadiplose : "Là, tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme, et volupté". Ce rappel constant de deux vers, qui contrastent par leur brièveté avec le reste des strophes, évoque évidemment la structure d'une chanson populaire, avec son alternance couplets / refrain.

De même, le rythme des vers est absolument musical : le choix de l'hétérométrie, et de l'alternance entre pentasyllabes et heptasyllabes, n'empêche pas le poète de conférer une certaine régularité à son texte : les diérèses (v. 10 et 11 par exemple) venant toujours rattraper un pied manquant.

 

LA SOMME DES IDEAUX BAUDELAIRIENS

L'ailleurs, évoqué de manière extrêmement positive, est donc l'occasion pour le poète de rappeler ses idéaux, qu'il égrène dans les distiques constituant l'épanadiplose : "Là, tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme, et volupté". Ces vers, plus qu'une énumération, présentent une accumulation des idéaux baudelairiens.

 

L'ordre

Rappelons-nous que Baudelaire classifiait soigneusement ses poèmes ! C'est le cas évidemment dans le recueil les Fleurs du mal : les sous-parties contiennent des poèmes classés selon les thèmes évoqués.

 

La beauté et la volupté

La beauté et la volupté féminines sont deux grands idéaux baudelairiens, qui lui valurent notamment sa condamnation pour outrage aux bonnes mœurs lors de la publication des Fleurs du mal. Ils s'expriment notamment dans le poème, à travers des évocations déjà relevées (I).

 

Le luxe

Le luxe, la richesse, l'opulence, est une obsession de la poétique baudelairienne. Elle peut s'expliquer par la biographie du poète, qui a toujours été dépendant financièrement de sa famille (mise sous tutelle par son beau-père, l'officier Aupick).

 

Le calme

Le calme, l'apaisement, qui reviennent comme des leitmotivs dans une poésie qui est, par accès, torturée, se comprend ici dans le rythme apaisé des vers, ainsi qu'à travers l'imagerie évoquée (canaux, bateaux, chaleur du soleil, etc).

 

CONCLUSION

 

C'est à travers la femme, point de départ et destination à la fois, que Baudelaire peut rêver un voyage immobile, qui lui permet d'évoquer ses plus grands idéaux de poète. Cette thématique du voyage onirique, mais aussi du voyage lié à l'évocation sensuelle du corps féminin, se retrouve dans d'autres poèmes du recueil, à l'instar de "Le Serpent qui danse" ou de "la Chevelure".

Fin de l'extrait

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