Analyse de texte : "Parfum exotique", Les Fleurs du Mal, Baudelaire - Français - Première L

Analyse de texte : "Parfum exotique", Les Fleurs du Mal, Baudelaire - Français - Première L

digiSchool vous met à disposition une fiche de révision de Français pour le Bac L. Une analyse de texte qui porte sur Les Fleurs du Mal de Baudelaire, "Parfum exotique".

Vous retrouverez une partie "La femme et le voyage" puis "Le voyage mobile et immobile". Pour finir, le document mettra en avant l'incarnation des paradis baudelairiens dans l'oeuvre.

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Analyse de texte :

Le contenu du document

 

NB. Cette lecture analytique de "Parfum exotique" de Baudelaire n'est, bien sûr, qu'une proposition. D'autres problématiques et d'autres plans sont tout à fait envisageables.

 

Les Fleurs du mal de Baudelaire, recueil publié en 1857, contient de nombreux poèmes sur le thème du voyage, dont le sonnet "Parfum exotique" fait partie. Placé dans la partie "Spleen et idéal", les alexandrins du poète évoquent un voyage onirique, inspiré par l'odeur de la femme aimée – qui était, selon toute évidence, son amante Jeanne Duval, métisse venant d'un pays que les biographes n'ont pas su identifier avec exactitude. Rêvant aux lointains incertains, l'amant évoque différentes visions du paradis baudelairien.

Pourquoi peut-on dire que le voyage rêvé par le poète est une vision des paradis baudelairiens ?

Après avoir considéré que la muse est le point de départ du voyage poétique, nous verrons que ce voyage, à la fois mobile et immobile, confronte le lecteur aux visions des paradis baudelairiens.

 

LA FEMME ET LE VOYAGE

 

Comme souvent dans la poésie baudelairienne, la contemplation de la femme est à l'origine du voyage onirique.

 

L'INTIMITE ENTRE LA MUSE ET LE POETE

Cette femme, évoquée dans le premier quatrain du poème, pourrait être l'amante du poète, comme le suggèrent de nombreux indices indiquant l'intimité entre le poète et la femme.

Ainsi, l'alternance entre les pronoms personnels de la première et de la deuxième personne ("je" et "tu") évoque une relation personnelle. Par ailleurs, la femme semble être dénudée lors de cette première évocation, puisque le poète évoque au deuxième vers "ton sein chaleureux" : ce "sein" symbolise l'intimité du couple, mais aussi la maternité, ce qui n'est pas étonnant dans la poésie baudelairienne, où la femme aimée peut souvent évoquer des liens familiaux (cf. Le premier vers de "l'Invitation au voyage" : "Mon enfant, ma sœur").

Par ailleurs, la mention du "soir" au premier vers évoque l'intimité amoureuse, de même que la mention de "l'automne", saison où s'éteint le soleil, peut évoquer métaphoriquement le soir qui tombe.

Enfin, le champ lexical de la chaleur ("chaud", "chaleureux", "feux", "soleil") dans la première strophe, alors même que le poète commence à peine à évoquer le voyage onirique, peut être compris comme une évocation de la chaleur amoureuse, érotique.

 

UNE FEMME FRAGMENTEE

Cette muse, dont la vision guide le poète vers un voyage onirique, n'est pas perçue dans son entièreté, mais plutôt à travers une esthétique fragmentée. Ainsi, le corps de la femme n'est pas considéré dans son ensemble, mais par bribes : le "sein" au vers 2, mais aussi l'oeil, comme le suggère l'allusion aux "deux yeux" du poète au premier vers, ainsi que celle de "l'oeil" des femmes de l'île, au vers 8, qui semble être décrit par rapport aux yeux de la muse : "des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne".

Ces deux parties du corps féminin sont généralement privilégiées par Baudelaire dans ses descriptions poétiques.

Par ailleurs, notez que cette description fragmentée du corps féminin n'est pas sans rappeler l'esthétique du blason (le blason est un court poème célébrant une partie du corps féminin, très à la mode au XVIème siècle).

 

La fragmentation du corps féminin permet au lecteur du poème de se concentrer sur une dimension immatérielle de la femme : son parfum, qui va guider le poète vers des horizons lointains.

 

UNE FEMME GUIDE

En effet, le "parfum exotique" de la muse, qui donne son titre au poème, va guider le poète vers un voyage onirique.

Ce lien entre le parfum féminin et le voyage est particulièrement perceptible aux vers 2 et 3 : "Je respire l'odeur de ton sein chaleureux / Je vois se dérouler des rivages heureux". Ici, le parallélisme de construction du début des vers, qui présentent tous deux le pronom personnel "Je" en anaphore, suivi immédiatement d'un verbe de perception ("respire", "vois") induit une relation de cause à effet : c'est parce que le poète respire, qu'il voit se dérouler les paysages du voyage.

Ce lien de cause à effet est repris, de manière encore plus explicite, au vers 9 : "Guidé par ton odeur vers de charmants climats".

Il est également suggéré par l'entrelacement des champs lexicaux dominants de la vue et de l'odeur.

 

Au-delà du guide vers un pays enchanteur, la femme partage certaines caractéristiques avec ce pays enchanteur rêvé par le poète : ainsi, le parfum exotique qui est, dans le premier quatrain, celui de la muse, devient celui de l'île dans le dernier tercet : "Le parfum des verts tamariniers" (v. 12).

Ce parfum est vraiment le guide du poète vers l'ailleurs, comme le suggère l'avant dernier vers du poème, dans lequel le parfum "circule dans l'air et m'enfle la narine" : ici, le parfum est personnifié, comme le suggère l'emploi du verbe de mouvement "circuler", lui-même évoquant le voyage. Le parfum est à l'origine de l'action, et même d'une action de déplacement. Par ailleurs, le parfum "enfle la narine" du poète : normalement, la narine se gonfle par l'effet de la respiration d'un parfum, ici les rôles sont inversés. L'odeur est le début de toute action.

Notons enfin que l'air "enfl[ant]" la narine, appelle l'image d'une voile qui se gonfle sous l'effet du vent : il s'agirait donc d'une métaphore, suggérée par le rapprochement avec la métonymie du vers 10 : "de voiles et de mâts".

 

La femme aimée devient muse inspiratrice : son odeur emmène le poète dans un voyage, caractérisé à la fois par sa mobilité et son immobilité.

 

LE VOYAGE MOBILE ET IMMOBILE

 

En effet, si le voyage est animé par une description vivante, il n'est pas acté, mais rêvé.

 

UN VOYAGE ONIRIQUE

La forte présence de l'onirisme, grand thème baudelairien, nous permet de comprendre que ce voyage est rêvé, et non pas acté.

Le premier quatrain est celui de l'endormissement, du début du rêve. Il est suggéré par l'insistant pléonasme "les deux yeux fermés" du vers 1, mais aussi par le terme "soir", ou encore "automne", saison qui pourrait être une métaphore de l'endormissement des sens.

Le deuxième quatrain est celui de la vision du lieu rêvé, vision paradisiaque, comme le suggère l'impression d'abondance : des vers 6 à 8, un parallélisme syntaxique présent en anaphore, constitue également une énumération de tout ce qu'on trouve sur l'île : "Des arbres ... des fruits / Des hommes (...) / Et des femmes". L'usage systématique du pluriel contraste avec l'épithète "singuliers", au vers 6, qui vient souligner de manière comique que tous ces éléments sont uniques, exceptionnels.

 

UN VOYAGE EXOTIQUE

La vision rêvée est exotique, ce qui constitue un autre grand thème baudelairien. Ainsi, "l'île paresseuse" évoque des ailleurs exotiques – possiblement autobiographiques, puisque Baudelaire a fait un voyage qui l'a mené aux îles Maurice et de la Réunion. L'absence de toponymes est par ailleurs caractéristique de l'exotisme baudelairien : le poète ne rêve pas à un endroit en particulier, mais à un ailleurs exotique, où il aimerait être emporté. L'usage d'articles indéfinis en anaphore dans  tout le deuxième quatrain apporte également une

Le primat de la nature est une caractéristique de cet exotisme : "la nature donne" (v. 5) ; l'enjambement entre les vers 5 et 6 suggère la plénitude, l'évidence du don de la nature. Les arbres et les fruits sont visiblement différents de ceux auxquels le poète est accoutumé : "des arbres singuliers" souligne cette différence.

Enfin, les hommes et les femmes même sont différents, dans la vision baudelairienne : il décrit le corps masculin dans son entièreté au vers 7, ce qui pourrait suggérer la nudité de ces hommes. Par ailleurs, les femmes sont plus franches que ce à quoi il a été accoutumé : "Des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne".

 

UN VOYAGE MOUVEMENTE

De plus, bien que le voyage décrit dans "Parfum exotique" soit un voyage rêvé et donc immobile, la description qu'en fait le poète est particulièrement vivace. On pourrait parler d'une hypotypose tout au long du texte.

Cette vivacité du tableau se ressent d'abord dans les différents éléments abordés, souvent caractérisés par leur dualité : éléments marins, éléments terrestres ; éléments humains, éléments végétaux.

Mais elle est également perceptible à travers les nombreuses personnifications qui émaillent le texte : "rivages heureux" (v. 3), "qu'éblouissent les feux d'un soleil" (v. 4), "la nature donne" (v. 5), "fatigués" (v. 11), etc. Ces personnifications se doublent parfois de verbes de mouvement, qui contribuent à rendre le tableau encore plus vivant : "je vois se dérouler des rivages heureux" (v. 3).

Par ailleurs, les éléments évoqués sont souvent mobiles : c'est le cas bien sûr des bateaux, qui transparaissent dans la métonymie "des voiles et des mâts" (v. 10), mais aussi du parfum, qui devient l'air qui gonfle les narines (v. 13).

 

Ainsi, la poésie permet à Baudelaire de rêver un voyage qui n'a pas réellement eu lieu.

 

L'INCARNATION DES PARADIS BAUDELAIRIENS

 

Le lieu du voyage, objet du rêve, permet au poète d'y incarner différents idéaux personnels, et d'en faire une vision du paradis baudelairien.

 

LA DIMENSION RELIGIEUSE

La dimension religieuse n'est pas absente de ce lieu rêvé. Ainsi, la description du deuxième quatrain peut évoquer le mythe biblique du jardin d'Eden : l'île rappelle l'espace clos du jardin, et le deuxième vers du quatrain évoque la nature et les "fruits savoureux" peuvent être une référence plus directe à la pomme. Par ailleurs, la description du corps masculin dans le troisième vers du quatrain suggère la nudité, nudité qui caractérisait également Adam et Eve au temps de leur innocence. Enfin, la mention de la "franchise" étonnante de la femme rappelle l'accusation de trahison qui a porté sur Eve.

 

LA PRESENCE DE LA SENSUALITE

La sensualité, grand thème baudelairien, est une autre caractéristique qui fait de ce lieu rêvé une vision du paradis baudelairien.

 

Volupté

Cette sensualité est d'abord physique : il s'agit de la volupté, de l'érotisme. Cette volupté se retrouve dans l'intimité du couple décrite dans le premier quatrain, mais dans le thème de l'entremêlement masculin / féminin développé en fin du poème. Ainsi, la métonymie "des voiles et des mâts", désignant l'ensemble du bateau, se compose de deux éléments antithétiques : un élément rappelant le féminin (les voiles, voiles qui couvrent le corps et les cheveux, voiles qu'on peut enlever pour dénuder) et d'un élément rappelant le masculin (le mât, symbole phallique).

En outre, le "parfum", caractéristique féminine, pénètre le corps du poète ("m'enfle la narine"), ce qui appelle l'image de l'entremêlement, au tout dernier vers.

 

Synesthésie

Mais la sensualité n'est pas qu'érotique, elle est aussi un appel aux sens. Dans le poème, les deux champs lexicaux les plus développés sont ceux de l'odorat et de la vue, ce qui s'explique par le lien de cause à effet que le poète établit : c'est parce qu'il respire le parfum de la femme aimée, qu'il lui est donné d'avoir des visions exotiques. Cependant, les autres sens sont également évoqués : le toucher est suggéré par la mention du "sein chaleureux" (v. 2), le goût par les "fruits savoureux" (v. 6), et l'ouïe par le "chant" (v. 14).

L'entrelacement des cinq sens, mentionnés de manière exhaustive, suggère la synesthésie, c'est-à-dire l'association de différents sens. En poésie, la synesthésie est une caractéristique du mouvement symboliste, dont Baudelaire est l'un des précurseurs.

 

LA TRANQUILLITE ET L'APAISEMENT

Enfin, la notion de tranquillité, d'apaisement, est une caractéristique essentielle de la vision du paradis baudelairien.

 

Thèmes

Cette tranquillité se retrouve tout d'abord dans les thèmes évoqués, et particulièrement dans le lexique qui permet de les évoquer : ainsi, l'île est "paresseuse" (v. 5), l'abondance y règne, etc.

La dualité de certains éléments, présente dès le premier vers dans le pléonasme "les deux yeux", appelle également au calme : le vers 6 mentionne arbres et fruits en parallèle, les vers 7 et 8 mentionnent les hommes et les femmes, le vers 10 les voiles et les mâts (métonymique pouvant également fonctionner comme une métaphore pour désigner le masculin et le féminin), etc.

 

Versification

Mais le calme, tant recherché par le poète, se retrouve également dans la forme du poème : Baudelaire choisit en effet un sonnet, forme poétique classique, au schéma rimique classique (sonnet type Peletier). L'alexandrin, mètre classique, comporte souvent une césure à l'hémistiche, témoin d'une grande régularité. Les enjambements ne viennent pas perturber le rythme du poème. Aucune diérèse, ni synérèse, ne vient perturber le rythme du mètre.

 

Sonorités

Enfin, la musicalité est une dimension importante de la poésie (surtout pour Baudelaire, cf. Son poème "La Musique"), et celle de "Parfum exotique" appelle également au calme et à l'apaisement. Ainsi, l'effet de répétition de "l'odeur", présent au vers 2 puis au vers 9, pour rappeler le titre du poème, évoque plus un écho recherché qu'une véritable insistance ; de même que l'anaphore de "Je vois" aux vers 2 et 10.

Par ailleurs, l'assonance en A du premier tercet évoque également le calme. Son effet berçant se retrouve dans la mention redondante de la "vague marine" au vers 11.

 

CONCLUSION

 

La femme, grâce à son parfum, devient la muse du poète. Elle l'emmène dans un voyage rêvé, mais pourtant très vivace. Ce voyage est l'occasion pour le poète d'évoquer certains des idéaux baudelairiens. Ainsi, la femme, point de départ du voyage, devient également raison et but de ce voyage.

Ce poème, baigné d'exotisme et d'onirisme, et évoquant le voyage à travers le corps féminin, présente des similitudes avec d'autres poèmes des Fleurs du mal, comme bien sûr "L'invitation au voyage", ou encore "le Serpent qui danse".

Fin de l'extrait

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