Correction Bac Blanc de Français - Bac L Décembre 2017

Correction Bac Blanc de Français - Bac L Décembre 2017

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Pour rappel, l'objet d'étude était "Écriture poétique et quête du sens du Moyen-Âge à nos jours". Notre professeur vous propose une correction détaillée de la question de corpus, mais aussi des 3 sujets d'écriture (le commentaire, la dissertation et l'écriture d'invention).

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Correction Bac Blanc de Français - Bac L Décembre 2017

Le contenu du document



CORRECTION

I. Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points)

Ces quatre textes donnent-ils de la poésie une vision commune ?

Ces quatre documents ont trait à la poésie mais trois d’entre eux seulement sont des poèmes. « La Fonction du poète » de Victor Hugo, extrait des Rayons et des ombres et « Tristesse » de Musset, ont été écrits la même année, en 1840. Le premier pose une définition du travail de poète quand le second fait un bilan négatif sur la vie passée de son auteur. « La Beauté » de Charles Baudelaire, sonnet extrait des Fleurs du mal en 1857, peut être considéré comme une tentative de définition esthétique ; enfin, le dernier document est une lettre adressée par Flaubert à Baudelaire pour lui signifier son admiration pour les Fleurs du mal, la même année.

Ces documents ne donnent pas de la poésie une vision commune en revanche, ils cherchent tous à donner de l’art et de l’artiste une définition. 

« La Fonction de poète » affirme clairement que le poète est d’abord un guide, une sorte de prophète qui doit être auprès des hommes : « honte au penseur (…) qui s’en va ». Pour autant, cet homme est autre, il est différent : « Homme, il est doux comme une femme/Dieu parle à voix basse à son âme ». Cet homme d’exception qu’est le poète a un devoir : « il doit qu’on l’insulte ou qu’on le loue (…) / Faire flamboyer l’avenir ». Porteur de lumière et d’espoir, le poète guide « à dieu (…) rois et pasteurs ».

Musset se montre moins optimiste et ce sonnet lyrique qu’un de ses amis trouve un matin chez lui et publie un an plus tard dit combien le poète se sent seul et désarmé : « j’ai perdu ma force et ma vie (…) / Quand j’ai connu la vérité » ; le message est clair et désespérant : la vie du poète est de chercher une vérité et lorsqu’il la trouve, il sombre dans le désespoir. Mythe faustien ou lyrisme d’un romantique qui sent le temps lui échapper, le sonnet se termine sur une pointe qui réaffirme que la poésie, si elle est un calvaire, est incontournable : « Le seul bien qui me reste au monde/Est d’avoir quelquefois pleuré ».

« La Beauté », de Charles Baudelaire, sous la forme d’une prosopopée, donne la parole à ce concept qui s’amuse de voir les poètes dont les jours « se consumeront en d’austères études » pour chercher à percer son mystère. Opposée à ce monde de l’ici-bas, elle reste un inaccessible : « un amour éternel et muet ainsi que la matière ». Le poète ne peut atteindre à la beauté. 

La lettre de Flaubert à Baudelaire nous permet de comprendre un enjeu qui n’est plus si évident aujourd’hui, pour le lecteur moderne : la poésie est un art dynamique, éminemment vivant et qui évolue sans cesse : « vous avez trouvé le moyen de rajeunir le romantisme » dit-il à son confrère. Ce que dit Flaubert ici, ce n’est ni plus ni moins que l’art se transforme, mute, et que le poète est celui qui peut favoriser ces mutations. 

A leur façon, chacun de ces textes interroge le rôle de l’art, du poète et de la poésie. 


II. Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants (16 points)

1 : Commentaire

Vous commenterez le texte B, « La Beauté », les Fleurs du mal, Charles Baudelaire, 1857.

Plan détaillé de « La Beauté », les Fleurs du mal, Charles Baudelaire, 1857.

Le travail qui suit est un plan détaillé du commentaire littéraire. Nous donnons l’introduction entièrement rédigée. 

Introduction :

L’exercice de l’écriture confronte celui qui écrit, romancier, dramaturge ou encore poète à s’interroger sur l’esthétique et le rapport du fond à la forme. Ainsi la poésie pourrait-elle sembler être, parfois, cet accord de l’un et de l’autre, cet équilibre parfait entre un message supérieur et une esthétique indiscutable. « La Beauté » de Baudelaire, sonnet extrait de la section « Spleen et Idéal » pose la question de l’esthétique poétique baudelairienne. Ainsi le poème développe-t-il d’abord le thème de l’allégorie de la beauté, donnant à cette dernière la parole à travers une personnification. Par ailleurs, le texte, écho du Spleen, est bâti sur des oppositions entre le haut et le bas, le beau et le laid, le Spleen et l’Idéal, oppositions chères à Baudelaire. Enfin, le poète évoque et chante les relations difficiles qu’il entretient avec la beauté. 


I. Une allégorie de la beauté

- Une allégorie est une représentation imagée d’une idée, d’un concept. Au sein de ce sonnet, une allégorie de la beauté permet à Baudelaire de définir le beau. Notons tout d’abord une comparaison, V1 « je suis belle (…) comme un rêve de pierre », donnant à la beauté les qualités de la froideur, de l’immuabilité, de ce qui ne change pas. Définition à contre-courant de la beauté.

- Par ailleurs, l’énonciation du sonnet, « je », donnant la parole sous forme allégorique à la beauté, concept esthétique, peut être associée à la prosopopée en ce sens que la beauté tient un discours et se caractérise : « je suis belle » V.1 ; « je hais » V.7, éléments qui personnalisent le concept de la beauté. 

- Revenons au thème de la froideur, assimilable à une absence de sentiments et qui se retrouve au V2, « mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour », paradoxe en ce sens que le sein est habituellement un symbole érotique ou nourricier. Ici, le sein est vecteur de mort et non de vie ou de plaisir. Le lecteur ne peut s’empêcher de rapprocher cette image (féminine) de la beauté du mythe des sirènes qui leurraient, elles aussi, leurs soupirants par des appâts, leurs chants, quand la beauté laisse approcher ses « dociles amants » jusqu’à son sein où ils se meurtrissent comme sur des récifs.


Transition : l’allégorie de la beauté prend à contrepied la classique définition que l’on donne du beau. Froideur, immobilité et mort sont autant des cadeaux qu’offre la beauté aux mortels. La relation qui pourrait s’établir entre la beauté et les hommes apparaît alors comme problématique.


II. Un texte bâti sur des oppositions

- Rappelons tout d’abord que « La Beauté » se situe dans la section Spleen et Idéal du recueil (voir fiche sur le Spleen et l’Idéal)

- Ce jeu d’opposition qui traverse la poésie se retrouve dans l’interjection « Ô mortels ! » V1 qui met en scène la beauté dans une perspective verticale : elle est en hauteur. Par ailleurs, le « je » de l’expression s’oppose clairement au pluriel de la multitude de « mortels » + « chacun s'est meurtri tour à tour ». Deux oppositions donc, pour commencer, le haut et le bas, l’unicité et la pluralité.

- Cette position physiquement supérieure permet à la beauté de s’affirmer dans une position qui la relie à une divinité « je trône dans l’azur » V.5, position olympienne qui s’affirme avec plus de force encore par la comparaison à un « sphinx » V.5 plus incompréhensible qu’ « incompris ». C’est bien en ce sens que le PP employé comme adjectif doit être entendu : la beauté n’est à ce jour comprise par personne. Bien plus, le sphinx est une créature monstrueuse qui déchiquette ceux qui ne savent répondre à ses énigmes. Cette comparaison rappelle la cruauté de la beauté et sa dangerosité, voire sa monstruosité, la coupant de toute relation normale ou normative avec l’humanité. 


III. Le poète et la beauté

- Notons tout d’abord que la raison d’être de la beauté semble être le malheur du poète : « et mon sein (…) /  Est fait pour inspirer au poète un amour/ Éternel et muet ainsi que la matière » V.3/4. Le CC de but « pour … » souligne cette nécessité, cette fatalité qui consiste à aimer dans une relation univoque et stérile : si le poète aime la beauté, elle n’aime personne. 

- Ce mépris culmine dans le groupe nominal qui sert à désigner les poètes comme de « dociles amants » V.12, l’adjectif docile étant ici porteur d’une charge péjorative évidente et qui met en exergue le rapport injuste du poète et de la beauté. Ainsi « les poètes (…) consumeront leurs jours en d’austères études » est un vers qui affirme d’une part la certitude de l’inutilité de la mission du poète, « dire le beau », certitude véhiculée par le futur de l’indicatif.

- D’autre part, ce disant, la beauté se présente comme un leurre, sur le mode de la facticité dans les vers 13/14, à la chute du sonnet : ces miroirs « qui font toutes choses plus belles » sont là pour « fasciner » ces « dociles amants », rendus à l’état servile de celui qui se laisse aveugler. C’est bien ainsi qu’il faut entendre le terme fasciner.

- Nous voyons que ce sonnet est porteur de considérations esthétiques sur le rôle du poète et les finalités de la création poétique.


2 : Dissertation

La poésie a-t-elle encore une place dans notre société ?

Vous vous appuierez sur les textes du corpus, les œuvres que vous avez étudiées en classe ainsi que sur vos lectures personnelles.


Nous donnons ici un plan détaillé et la problématique.  En préambule, nous expliquons les écueils à éviter.

  • Il ne s’agit pas ici de dire que la poésie, (hélas !) n’aurait plus de place dans le monde moderne, qui irait trop vite, qui ne serait plus capable de la recevoir. Il s’agit d’interroger leurs relations et de définir, autant que faire se peut, la poésie.
  • Il ne s’agira pas non plus de dire que soi-même on adore ou on déteste la poésie. Il faut tenter de montrer que la poésie a une place dans la société, de fait.
  • Chaque sous-partie doit recevoir un exemple, précis.
  • Pour rappel, on dira « nous » et non « je ».

 

Problématique : la poésie a bien entendu une place dans la société mais elle doit s’emparer de cette place, sans attendre qu’elle lui soit laissée ou abandonnée.


I : le conflit supposé entre poésie et société

- A : L’image d’Epinal du poète coupé du monde qui l’entoure et qui cherche à s’en extraire : « le Lac », Alphonse de Lamartine. « O temps, suspends ton vol », montre la figure d’un poète cherchant à rattraper, à arrêter ce temps qui fait disparaître les hommes et leurs sentiments pour leur plus grand désespoir. La nature devient alors le seul refuge possible au poète, renforçant cette image d’un poète coupé de la société. Nous avons tous en tête l’Oberman de Senancour, qui erre, seul dans la nature. 

- B : Le poète, un être en souffrance : « l’Albatros », Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Le Poète est semblable au prince des nuées/Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;/Exilé sur le sol au milieu des huées, / Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. » Nous relevons ici la figure d’un poète qui ne peut exister de façon heureuse sur terre ni coexister avec ses semblables. Le poète est un incompris. Cette souffrance trouve toute son expression dans la poésie lyrique.


II : la poésie lyrique : expression des sentiments personnels

- A : le mythe d’Orphée et Eurydice explique le nom du registre lyrique. La poésie d’un tel registre est connue pour dire, raconter les sentiments personnels qui assaillent le poète et ce registre poétique trouvera son apogée dans le Romantisme. Ainsi Hugo dans les Contemplations, écrit-il à sa fille Léopoldine, morte noyée lors d’une partie de canotage : « je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps ». Chant de mort autant que chant d’amour, cette élégie permet au poète de narrer sa peine.

- B : les poètes de la Pléiade, à travers la forme du sonnet, sauront faire se développer ce lyrisme et raffiner l’art de son expression. Du Bellay et Ronsard, militants de la langue et d’une forme de poésie savante vont développer le sonnet en France, sonnet qui se pose alors comme le plus efficace des moyens d’expression poétique de par sa structure : on veillera à développer le rapport huitain/dizain, la pointe du sonnet et sa construction d’opposition, de complémentarité.


III : la poésie, un moyen inédit de dire le monde, de le décrire

- A : la poésie, une recherche constante de style. Les poètes du Parnasse poseront que l’art ne doit pas s’engager dans la société mais plutôt chercher l’impersonnalité, donc fuir le lyrisme, et le beau, donc rechercher la forme. Théophile Gautier avertit sans équivoque : « tout ce qui est utile est laid ». L’aphorisme est posé qui dit que la poésie est une recherche de style et non de fond. Là est le nœud du problème qui nous occupe. Quelle place non pas donner à la poésie dans notre société mais peut-elle prendre dans notre société ? De quelle place la poésie doit-elle se saisir ?

- B : chacun sait combien éthéré, fragile, distrait voire délicat le poète apparaît d’abord ; loin de nous la réalité d’un Rimbaud qui ira faire du trafic d’armes en Afrique ou d’un Villon qui fit de la prison suite à un meurtre lors d’une rixe. La poésie engagée du XXème siècle est en soi une réponse à cette question de la place dont la poésie doit s’emparer dans notre société. Eluard, Aragon, Desnos, Kessel ont lu et compris Victor Hugo qui affirme « Honte au penseur qui se mutile/Et s’en va, chanteur inutile/Par la porte de la cité ». Le propos est sans ambiguïté : le poète est dans la société, il doit y rester et il se doit d’être un guide qui sait « faire flamboyer l’avenir », « La Fonction du poète ».


3 : Invention

Charles Baudelaire répond à Gustave Flaubert pour lui expliquer sa vision personnelle du travail du poète.

Votre réponse fera une cinquantaine de lignes. 


Mon cher ami,


Mille mercis d’abord de vos mots qui me sont au cœur un baume qui me pousse à écrire et à ne pas abandonner ; je suis, comme vous il y a quelques mois, au cœur d’une tourmente judiciaire, accusé d’être immoral, de polluer les bonnes mœurs, de mettre la société en danger.

Mais comment osent-ils affirmer que l’art doit être moral ? Faut-il que l’artiste, soumis à un gendarme de la pensée, se limite, se demande s’il va choquer son lecteur, si on l’aimera ?

Si nous commençons à nous demander comment plaire, si le lecteur nous aimera, je crois que nous ne sommes plus des artistes mais des chiens de salon qui cherchent à complaire, à flatter le maître, bassement. N’est-ce pas justement notre rôle – j’allais dire, mon ami, notre travail – de choquer pour faire réfléchir ? Savez-vous qui me vient à l’esprit ? Ce vieux La Fontaine et sa fable du « Chien et du loup ». Certains d’entre nous, les « bons » artistes, ceux que le pouvoir et la police aiment, ne craignent pas d’avoir le col pelé par le collier qu’ils portent ; moi, je préfère mourir de faim que de porter ce joug et comme le loup, je m’enfuis dans les bois dès que j’entends sonner les cris des censeurs. 

Et puis quoi ? Parbleu, la morale, l’église s’en charge ! Qu’elle nous laisse le beau. Les âmes et leur devenir leur appartiennent ? Nous gardons l’esprit. Ils nous mettront bas, peut-être, un jour, ils auront raison de vous et de moi. Je veux dire, mon cher ami, vous Flaubert et moi Baudelaire, peut-être un jour tomberons-nous mais l’art, lui, restera toujours debout. Comprenez bien. Je ne me vois pas comme un soldat. Je me vois comme un artisan des mots, un petit artisan qui se penche sur un papier jauni, seul dans son cabinet ou face à l’océan, avec des amis ou au sommet d’une montagne, et qui cherche, tâtonne, essaie, transforme ses sensations et ses sentiments en mots, en couleurs, en sons. 

Je n’ai qu’une certitude, mon cher, une seule. Si aujourd’hui nous ne nous battons pas, un jour, l’art sera mis en danger par des gens qui chercheront à faire taire tous les artistes ; notre voix ne compte pas en tant qu’elle est une voix unique. Elle compte en ce sens qu’elle parle pour la liberté de tout un peuple. Peut-être est-ce là notre rôle, humblement, fondamentalement : être dans la tempête ce roseau qui plie mais ne rompt point.

Votre confrère, votre admirateur, votre ami.

C.B

Fin de l'extrait

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