Correction Français - Bac L 2017

Correction Français - Bac L 2017

Notre professeur vous propose le corrigé de l'épreuve anticipée de Français du Bac L 2017.
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L'objet d'étude du Bac L 2017 était "Les réécritures du XVIIe siècle à nos jours". La question de corpus vous demandait de répondre à : Les textes de Vigny, Hugo et Dumas reprennent la figure du Masque de fer : en quoi diffère-t-elle de celle que propose Voltaire ? Ensuite, vous aviez le choix entre un commentaire de texte sur "Poèmes antiques et modernes" d’Alfred de Vigny, OU une dissertation sur "L’intérêt du lecteur pour une réécriture dépend-il essentiellement de sa ressemblance avec le modèle ?" OU l'écriture d'invention.

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Correction Français - Bac L 2017

Le contenu du document

 

 

QUESTION DE CORPUS

Différences de traitement de la figure « du masque de fer » :

 

Attention, pour traiter cette question il faut bien avoir à l’esprit que l’on demande aux élèves de comparer le texte de Voltaire avec les autres. Il ne faut donc pas se contenter de décrire les textes de Vigny, Hugo, et Dumas dans leurs différences, mais observer aussi pour chacun de ces textes comment il se situe par rapport au récit source, c’est-à-dire celui que rapporte Voltaire (il est bien précisé dans le paratexte que qu’avec Le Siècle de Louis XIV, « c’est le début de la légende du Masque de fer »).

 

D’une part, il est intéressant de voir que les extraits A, B, C et D sont classés par ordre chronologique. D’autre part, on peut aussi constater que les extraits B, C, et D appartiennent à 3 genres littéraires différents (respectivement : poésie, théâtre, et roman).

 

On peut donc déjà envisager deux axes pour répondre à la question de corpus selon le plan suivant : 

 

1. La déformation du mythe au fil du temps

2. Les modalités d’adaptation du mythe à chaque genre littéraire

 

1. Dans le texte A, il faut relever cette indication déterminante que fournit le paratexte : ce que Voltaire produit est une « thèse [c’est-à-dire une hypothèse] selon laquelle le prisonnier pourrait être le frère caché du roi ». Partant de là, Alfred de Vigny se place 75 ans plus tard dans la même posture que Voltaire et transmet des légendes sur ce prisonnier mystérieux. On se situe ici dans une sorte de fable du prisonnier, qui le met en scène par le biais d’ouï-dire. Il est alors intéressant de noter d’emblée le contraste entre cette réécriture et les suivantes (textes C et D), qui postulent d’emblée que le prisonnier est le « jumeau » du Roi Louis XIV (cf. paratextes). Il y a donc une déformation de la légende, dont le degré de réalité augmente d’un coup. Dans cette perspective, il est d’ailleurs intéressant de noter que les textes C et D donnent directement la parole au prisonnier (on n’est donc plus seulement dans des ouï-dire, mais aussi dans un rapport direct au prisonnier lui-même). Dans le texte C, le prisonnier donne des indices de son ascendance noble. On peut notamment relever que ses bourreaux l’appellent « seigneur », ou encore la manière dont il narre les souvenirs de d’une enfance semblable à celle des nobles de l’époque. Quant eu texte D, il faut y voir non plus des indices, mais une « découverte » (cf. paratexte) à proprement parler de l’identité princière du prisonnier. On relèvera alors les preuves explicite de cette identité, telles que « le prince » à la ligne finale.

 

2. Pour ce qui est des spécificités de chaque genre littéraire, il faut d’emblée préciser que l’œuvre de Voltaire est un roman historique, donc un genre qui se veut très proche de la réalité. À l’inverse, les trois textes suivants sont pleinement des fictions, ce qui leur laisse davantage de liberté quant à leur rapport à la légende du Masque de fer. Il est alors intéressant de voir comment chaque genre détermine le type de fiction qui en ressort. À cet égard, le poème de Vigny (texte B) narre une légende sous forme d’ouï-dire, dans l’héritage notamment des œuvres grecques d’Homère ou encore des chansons de geste des troubadours. Dans le texte C, le théâtre permet quant à lui de confronter le spectateur à une incarnation du prisonnier sur scène, d’où l’importance notamment des mouvements de tête dans les didascalies pour laisser le public tenter de voir au travers du masque. On est ici dans un rapport direct au mythe, pour mieux questionner la thèse de l’identité princière en la poussant jusque dans ses limites (puisqu’il suffisait d’ôter le masque pour savoir ce qu’il en est). Finalement, le texte D exploite à la fois les biais de la narration et de la description, mais aussi des dialogues, pour mieux varier les rapports (directs / indirects) du lecteur au mythe.

 

PISTES POUR LE COMMENTAIRE DU TEXTE D’ALFRED DE VIGNY

Comme nous l’avons déjà évoqué brièvement dans le cadre de la question de corpus, il ne faut pas négliger les ressemblances du texte avec d’autres formes de poésie préexistantes : notamment les récits homériques, ou encore les chansons de geste.

 

Par ailleurs, les élèves peuvent aussi s’aider de la question de dissertation, qui mentionne la « réécriture », pour identifier d’emblée le texte de Vigny comme étant une réécriture, et interroger les procédés sur lesquels repose cette réécriture.

 

Pour ce qui est de la structure du texte, il faut noter qu’elle est clairement bipartite : c’est-à-dire qu’il y a une franchement opposition entre la première partie et la seconde partie du texte. La première partie offre le témoignage direct d’un moine dans son rapport au prisonnier. La seconde partie procède à une analepse et fait plonger le lecteur dans les souvenirs du prêtre se remémorant les légendes qui lui ont été comptées à propos de ce prisonnier.

Pour justifier cette structure, il est possible de se référer à la première ligne du second paragraphe : « plein d’horreur à l’aspect de ce sombre mystère, » qui fait le point sur l’état du prêtre face au prisonnier, avant que la ligne suivante bifurque sur ses souvenirs.

 

Compte-tenu de tous ces éléments, il est intéressant de constater que la réécriture du mythe prend la forme d’une première partie de poème consacrée à l’apport d’un nouveau témoignage pour enrichir la légende, avant de recontextualiser cette situation par rapport aux ouï-dire sur le Masque de fer dans un second temps.

D’autre part, les formes lexicales très répétitives qui martèlent le texte à intervalle régulier, à l’image notamment de l’anaphore en « qu’il » lignes 35 à 37, traduisent un souci d’énumération de la part d’Alfred de Vigny. L’auteur s’efforce d’exposer un récit particulièrement précis.

 

Il est donc possible d’envisager le commentaire sous l’angle de l’enrichissement de la légende du Masque de fer par ce témoignage que conte Alfred de Vigny. Mais il faut aussi et surtout interroger l’articulation entre les deux parties du texte pour voir de quelle manière cette hétérogénéité de l’extrait peut être constructive. D’après la structure du texte, on peut par exemple se demander comment le passage de la première à la seconde partie de l’extrait permet de redonner corps à ce prisonnier qui n’était plus qu’un fantôme (il y a notamment une opposition entre « sans traits » l. 14 et « l’on avait vu ses traits » l. 29). 

 

DISSERTATION

L’intérêt du lecteur pour une réécriture dépend-il essentiellement de sa ressemblance avec le modèle ?

Avant toute chose, il faut comprendre le pronom possessif « sa » de la question de dissertation comme désignant « la réécriture ». On se demande donc d’une part si le lecteur s’intéresse à la ressemblance entre modèle et réécriture. Mais il faut aussi envisager d’autre part un intérêt pour la différence entre modèle et réécriture si l’on veut traiter complètement le sujet. En effet, l’intérêt du lecteur peut aussi dépendre de la non-ressemblance avec le modèle. On voit ceci notamment avec le texte B, qui réécrit la légende du Masque de Fer en la complétant d’un témoignage inédit pour ne pas faire que répéter ce que son lecteur aurait déjà pu lire chez Voltaire. L’enjeu de la réécriture est ainsi double : respecter la source, mais aussi innover, pour ne pas ennuyer. C’est en ceci que la réécriture n’est pas seulement un exercice de style, mais devient de la littérature, en exprimant un point de vue inédit sur un fait commun, et en révélant par ce biais la subjectivité artistique d’un auteur. Raymond Queneau s’efforce d’ailleurs d’épuiser le processus littéraire de la réécriture dans ses Exercices de style, qui contiennent 99 variations sur un même thème. Et il est alors particulièrement intéressant d’y constater que c’est la forme du récit qui semble importer avant tout, et primer sur le fond. On a beau s’y confronter à la même histoire de 99 façons différentes, on ne s’en lasse jamais parce que le point de vue adopté n’est jamais le même.

 

Sur un tel sujet, on peut alors se demander : De la ressemblance à la différence, comment les réécritures héritent d’un modèle pour attirer le lecteur, puis s’en distinguent pour conserver leur intérêt propre ?

 

Il s’agira ici d’envisager non seulement un intérêt du lecteur pour le modèle duquel s’inspire la réécriture, mais aussi pour la réécriture en elle-même (comme fin en soi et pas seulement comme moyen d’enrichir le modèle).

 

C’est donc une question qui intéresse des œuvres littéraires dans le rapport qu’elles entretiennent entre fond et forme : il s’agit d’analyser la réécriture comme étant une conservation du fond (c’est-à-dire une reprise de faits préexistants) et un renouvellement de la forme (c’est-à-dire un nouveau point de vue sur ces faits).

 

I. On peut donc envisager dans un premier temps de la dissertation l’importance du rattachement à un modèle pour produire une littérature intéressante. À cet égard, l’élève pourra notamment rappeler que Rimbaud était un excellent auteur de poésie latine, ce qui lui a permis de produire des poèmes attractifs par l’héritage classique qu’ils portent en eux. Et Baudelaire et Mallarmé eux aussi, avant de composer leurs œuvres, ont imité des modèles : Baudelaire a lu les poètes romantiques, Mallarmé a lu des poèmes de Baudelaire. Imiter, c’est donc un apprentissage, mais aussi une aide à la création. De même, un nombre significatif de fables de La Fontaine sont en réalité des réécritures de fables antiques, et notamment d’Ésope. On peut donc clore cette partie en évoquant aussi le pastiche, qui est un art de la réécriture à proprement parler, et qui permet aux auteurs d’affûter leur style en imitant celui des autres pour s’inspirer de différents codes d’écriture. Nombre d’auteurs se sont en effet pastichés entre eux : Rimbaud et Verlaine, Proust et Balzac, etc…

 

II. Dans un second temps, il s’agira plutôt de mettre l’accent sur l’apport novateur que peut constituer une réécriture par rapport au modèle. Ici, on peut évoquer le texte B, où Vigny ajoute un nouveau témoignage à la légende du Masque de Fer pour l’enrichir. On peut aussi reprendre l’exemple mentionné ci-dessus des Exercices de style, où Queneau montre à quel point toute réécriture est unique et indispensable, si tant est qu’elle épouse un point de vue novateur par rapport au modèle dont elle s’inspire. Dans cette perspective, il peut alors être intéressant d’évoquer le genre de la parodie, tout en rappelant son origine grecque. En effet, sa racine grecque n’est autre que parodos, c’est-à-dire le chant à côté, ou le contre-chant caractéristique du chœur dans les tragédies grecques. La parodie est donc toujours en décalage. Elle s’inspire tout en déviant de sa source.

 

III. Finalement, on pourra envisager que la réécriture ait même un intérêt pour elle-même, sans forcément qu’il y ait besoin de la relier au modèle. On peut à cet égard reprendre notamment l’exemple des Fables de La Fontaine sous un autre angle puisqu’on y fait communément référence sans même savoir leur origine antique. Il y a donc un intérêt propre de ces fables, au-delà du modèle qu’elles réécrivent. De la même manière, si l’on regarde de plus près l’ensemble des textes du corpus, y compris celui de Voltaire, ils ne sont que des réécritures sans source exacte, puisque le Masque de fer n’est qu’une légende. Tous ces textes ont donc un intérêt pour eux-mêmes davantage que pour leur modèle. Ils ne cherchent n’ailleurs ni vraiment à s’imiter entre eux, ni guère à se réécrire. Chacun s’émancipe d’un modèle dans une direction propre. Et c’est la réécriture qui compte et façonne ici modèle qui n’existerait même pas sans elle. De la même manière que les chansons de geste ou les textes homériques portent des récits perdus, les textes du corpus sont la seule trace du mythe du Masque de fer. Ils ont donc un intérêt bien au-delà de leur ressemble avec le modèle.

 

ECRITURE D’INVENTION

Poursuivez l’extrait du texte D :

Il est question ici de restituer des souvenirs, donc de reconstituer un flux de pensée sous forme d’un monologue intérieur qui s’insère dans le récit à la manière d’une analepse pour mieux éclairer les éléments décrits dans le texte D. Dans ces conditions, il faudra accorder une importance toute particulière aux éléments clés du texte D, de sorte à créer ensuite quelques effets de rappel entre le texte D et l’écriture d’invention. D’ailleurs, pour voir comment poursuivre un extrait par une analepse, les élèves peuvent se référer au texte B du corpus, qui revêt précisément cette structure : rapport direct au prisonnier, puis récit de souvenirs.

 

D’autre part, il est primordial de bien avoir à l’esprit l’intitulé du sujet, qui parle notamment de « circonstances malheureuses », ou encore d’exprimer « avec amertume sa désolation ». Ces éléments permettent à l’élève de savoir quel ton donner à son propos. Ici, il semble qu’il faille privilégier une expression dramatique pour restituer tout à la fois malheur, désolation et amertume.

 

Pour entamer cette écriture d’invention tout en restant cohérent avec l’extrait qui précède, on préconisera de s’appuyer surtout sur la phrase « ne m’appelez ni monsieur ni monseigneur […] appelez-moi Maudit ! » qui caractérise l’humeur du prisonnier à la fin de l’extrait et justifie de cet exercice d’écriture. En effet, on voit dans ce renoncement aux qualificatifs de « monsieur » et « monseigneur » une désolation, qui se transforme en amertume lorsque l’on parle de « Maudit ». Dans cette perspective, il pourra être tout à fait intéressant par exemple de réaliser une écriture d’invention qui narre des « circonstances malheureuses » pour recréer de toutes pièces la malédiction du prisonnier. Aussi, on pourra s’appuyer notamment sur les lignes 17 à 21 du texte C pour avoir des éléments d’un passé heureux à réinvestir ici dans le cadre du récit de Dumas (on rappelle que l’élève peut se permettre ici ce genre d’emprunt spécifiquement parce que l’on est dans un corpus de réécritures, où rien n’empêche donc qu’une réécriture emprunte un peu à d’autres). Mais il faut surtout garder à l’esprit que cet exercice d’écriture d’invention doit décrire une situation qui ressemble à celle d’un paradis perdu, et décrire la manière la manière dont ce paradis a été perdu. En d’autres termes, c’est un peu comme si l’on avait demandé aux élèves d’imaginer ce qu’il s’est passé entre la ligne 20 et la ligne 21 du texte C, c’est-à-dire entre avant et maintenant, et donc comment le prisonnier a été emprisonné. 

 

Finalement, il sera aussi d’une grande importance, pour restituer la dimension amère de cet emprisonnement, de mettre l’accent sur l’injustice de cette situation. On pourra donc, par exemple, mettre en scène l’amertume en amenant le prisonnier à comparer sa situation actuelle à une situation idéalisée du destin qui lui a été volé.

Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

Berti15
20/20

Bonjour, suite aux résultats du bac de français L et une note très décevante (06) à l'écrit, bien inhabituel pour mon niveau (14-15 tout le long de l'année), j'aimerai savoir si mon analyse de texte était totalement à côté de "la plaque" :-(. Voilà mon plan : I-Un poème en forme libre qui à une dimension fantastique A- Un récit, B- Une histoire à dimension fantastique, C- Un récit vivant qu'on hésite à partager - II- Une grande place pour la religion A- La mort, un moment douloureux mais présenté comme agréable B- Des représentants moqués C- Un prisonnier innocent. Je précise que mon choix d'ouverture c'est posé sur la sorcier de Jules Michelet (côté du personnage innocent et mélioratif). Dans les sous parties je parle bien du fait pathétique ou encore du romantisme notamment du aux personnages... Je ne comprend donc pas ma note merci de m'éclairer rapidement.

par - le 08/07/2017
alfredopengallan
20/20

J'aurais jamais du regarder ce corrigé ^^ Si ça intéresse quelqu'un pour le commentaire j'ai fais ça problématique : Pourquoi Alfred De Vigny choisit d'imaginer le jour de la mort du personnage ? 1/Pour mieux faire refléter le portrait d'un être exceptionnel -une vie mouvementé ( son autobiographie, mouvement traduit par la ponctuation, les virgules qui donnent de la dynamique au texte, le jour de la mort du personnage permet à l'auteur de revenir sur sa vie entière ) -le portrait d'une figure noble ( comparé à un ange, figure royale, beaucoup de connotations religieuses, un être aimé par la religion, religion comme le refuge à l'injustice du pouvoir ) -le portrait d'un homme souffrant ( champ lexical de la souffrance, paradoxalement au portrait mélioratif l'auteur fait également un portrait péjoratif, double portrait, transformation physique, le moine est choqué par sa transformationégalement) 2/Pour pouvoir faire intervenir le vieux moine -un moine ému ( champ lexical de l'émotion, moine souffre psychologiquement tandis que le prisonnier souffre physiquement... ) -pourquoi choisir un moine ( moine comme une allégorie de la mort qui vient le chercher, le moine appartient à la religion et donc permet de renforcer l'aspect spirituel du poème ) -un cadeau particulier ( crucifix d'ébène et lui murmure la prière des morts, oui cette sous partie est raté ) Ouverture : comparaison avec le texte de voltaire qui offre une vision différente du prisonnier.?

par - le 16/06/2017

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