Correction Français Bac L Liban 2017

Correction Français Bac L Liban 2017

Voici la correction du Bac L 2017 Liban de l'épreuve de Français de Première.

Pour rappel, l'objet d'étude portait sur le thème : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Le corpus était composé de 4 textes de Madame de La Fayette, Jean-Jacques Rousseau, Marcel Proust, et Albert Cohen. Ensuite, vous deviez choisir entre : le commentaire du texte de Jean-Jacques Rousseau, la dissertation "L’expression des sentiments des personnages est-elle indispensable dans un roman ?" ou l'écriture d'invention en lien avec le texte d'Albert Cohen.

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Correction Français Bac L Liban 2017

Le contenu du document

 

Objet d’étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. 

 

Le sujet comprend : 

Texte A : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, 1678. 

Texte B : Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, 1761. 

Texte C : Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913. 

Texte D : Albert Cohen, Belle du Seigneur, 1968.

 

PRESENTATION

 

Le sujet précise clairement que l’étude portera sur le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours. En d’autres termes, il s’agira de bien comprendre et expliquer l’évolution du statut du personnage dans le genre du roman du siècle du classicisme à nos jours. 

Le commentaire composé porte sur la notion de personnage et appelle des connaissances sur le Romantisme. Il présente un personnage d’amoureuse au sein d’une relation épistolaire. 

Le sujet de dissertation interroge la notion de la construction d’un personnage et de son rôle dans le roman.

Le sujet d’écriture appelle un soliloque lors duquel Swann doit réfléchir à ses sentiments envers Odette et ce qu’il ressent après avoir constaté qu’elle le laisse sans lui avoir dit si oui ou non elle l’aime aussi.

 

VOUS REPONDREZ A LA QUESTION SUIVANTE (4 POINTS) : 

De quelle manière est vécue l’absence de l’être aimé dans les textes du corpus ?

 

Les quatre extraits appartiennent au genre du roman et évoquent tous une histoire d’amour compliquée. 

Le premier extrait, Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, 1678, roman classique, raconte l’histoire d’amour impossible entre M. de Nemours et Mme de Clèves. Cette dernière a fui la cour pour éviter d’avoir sous les yeux l’objet de sa tentation. Le second extrait, tiré de La Nouvelle Héloïse, de Jean-Jacques Rousseau est écrit presque un siècle plus tard et raconte les amours de Julie d’Etange et de son précepteur, Saint-Preux, amours qui ne peuvent exister au grand jour en raison de leurs différences sociales. 

Le troisième extrait, Du côté de chez Swann, roman de 1913, est le premier volume du roman de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. Le personnage de Swann apparaît pour la première fois dans ce volume, dandy riche et grand amateur d’art. Dans cet extrait, il est à la recherche de celle dont il est tombé amoureux, Odette. Enfin, Albert Cohen décrit en 1968 dans Belle du Seigneur la jeune Ariane, amoureuse de Solal dont elle vient de recevoir une lettre.

Le point commun aux quatre extraits est celui de l’absence de l’être aimé. Mme de Clèves contemple le portrait de M. de Nemours qui l’observe silencieusement dans le parc de sa propriété : « elle s’assit et se mit à regarder ce portrait avec une attention et une rêverie que la passion seule peut donner ». Julie écrit à son aimé pour lui signifier combien son absence lui est insupportable « Tous les objets que j’aperçois me portent quelque idée de ta présence pour m’avertir que je t’ai perdu ». A l’instar des deux extraits précédents, Swann s’attendait à rencontrer Odette mais ses espoirs sont déçus et il part à sa recherche : « Il fut bien obligé de constater que dans cette même voiture qui l’emmenait chez Prévost, il n’était plus le même, et qu’il n’était plus seul ». Ariane, enfin, loin de son amant, fait durer le plaisir de ne pas ouvrir la lettre qu’elle contemple et examine sous toutes ses coutures, lors de « l’habituel cérémonial » qui l’assure de l’amour de Solal : « Il a pensé à moi en écrivant mon nom ».

Dans chacun de ces extraits, l’amour est vécu sur le mode de l’éloignement, de la distance donc de la privation. L’être aimé n’est pas serré, il n’est pas touché mais il est sublimé par cette même absence. Ainsi Ariane ne vit-elle pas cette séparation sur le mode de la souffrance mais sur le mode du retardement de l’accomplissement du désir, vivant plus intensément son amour en différant l’accomplissement de son désir : « Elle est à ma disposition, mais il faut que je meure d’envie de la lire ». Les autres amoureux vivent aussi leur amour sur ce mode : chacun doit différer le désir, ne pas l’accomplir. Mme de Clèves « faisait des nœuds à une canne des Indes (…) qu’il avait portée quelque temps et qu’il avait donnée à sa sœur, à qui madame de Clèves l’avait prise sans faire semblant de la reconnaître pour avoir été à monsieur de Nemours », investissant un objet pour un homme. L’objet devient ici symbole de l’absent. Ceci est commun à Ariane et Cohen et à Mme de Clèves. Julie vit la même chose « Tous les objets que j’aperçois me portent quelque idée de ta présence pour m’avertir que je t’ai perdu » et se trouve réduite à parcourir « cent fois le jour les lieux » qu’ils habitaient ensemble. Swann, enfin, « sentait qu’une nouvelle personne s’était ainsi ajoutée à lui », comprenant son amour, comprenant qu’il aime au moment de l’absence de cette Odette qu’il part chercher.

Nous pouvons donc en conclure que ces quatre extraits évoquent un thème récurrent de la littérature amoureuse, celui de l’absence de l’être aimé. Dans l’extrait de Mme de Lafayette, la princesse compense l’absence de l’être aimé par un objet qui le lui rappelle mais l’on sent en elle une forme de mélancolie, comparable en un sens à celle d’Ariane qui repousse jusqu’à la limite du possible la lecture de cette lettre, prolongeant son plaisir et l’intensité de son désir. En revanche, Swann et Julie vivent avec souffrance l’absence de l’être aimé : « Je le sens, mon ami, le poids de l’absence m’accable » affirme Julie alors que Swann « aperçut en lui l’étrangeté des pensées qu’il roulait depuis le moment où on lui avait dit chez les Verdurin qu’Odette était déjà partie ».

 

COMMENTAIRE 

Vous commenterez l’extrait de La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau

 

Nous proposons ici un plan détaillé. Ce plan n’est indicatif et ne se veut ni exclusif ni définitif. 

 

PROBLEMATIQUE : en quoi et comment le registre lyrique de cette lettre sert-il les thèmes chers aux préromantiques au sein de ce roman sensible ? 

 

Un amour vécu sur le mode de la souffrance : le roman sensible.

- Champ lexical de la souffrance : « disgrâce, langueur mortelle ; pleurs ; gémir » et mise en valeur de la souffrance amoureuse par des hyperboles : « langueur mortelle ; maux inévitables ; supplice affreux ». L’amour est ici clairement origine de la souffrance en ce sens qu’il est passé, finitude soulignée par l’emploi pour le désigner d’un passé composé qui le range dans ce qui révolu : « le temps du bonheur est passé comme un éclair », comparaison qui insiste sur la fugacité du bonheur. Le présent d’énonciation « Tout m’alarme et me décourage » et l’avenir marqué par le futur « des disgrâces commence, sans que rien m’aide à juger quand il finira » sont sombres. 

- Ponctuation forte : ? qui marquent l’incompréhension : « Que sert, hélas ! d’arroser le feuillage quand l’arbre est coupé par le pied ? », métaphore qui en outre renforce l’obsession de la mort de l’amour et question rhétorique qui insiste sur la situation désespérée dans laquelle explique se trouver Julie. Des ! qui montrent son exaltation : « Ah ! si tu savais quel pire tourment c’est de rester quand on se sépare, combien tu préférerais ton état au mien ! ». 

- Solitude de l’amoureuse : « si j’osais parler de mes peines », thème de l’impossibilité de partager cette souffrance. 

- Thème de l’amour mortifère : « plus ton souvenir me désole, plus j’aime à me le rappeler », thème cher à la littérature amoureuse. Aimer tue. De plus, intensité du sentiment amoureux qui effraie celle qui le ressent : « Je ne puis vivre sans toi, je le sens ; c’est ce qui m’effraye le plus » marquant de façon plus cruelle encore l’absence.

 

Transition : exaltation des sentiments, utilisation de l’hyperbole, ponctuation torturée et amour mortifère sont autant de marques du roman sensible. La lettre permet cependant aux personnages de narrativiser leur amour. 

 

La lettre, un moyen différé 

- Relation épistolaire qui renforce la distance : temps entre l’écriture de la lettre et sa réponse et pas de certitude sur l’adresse du destinataire : « savoir positivement où vous êtes ».

- Jeu des pronoms : lettre d’amour, alternance entre le tutoiement (donc intimité, manifestation du désir) : « tu préférerais ton état au mien ! » et vouvoiement (marque de l’éloignement physique ET de l’exaltation de la jeune femme qui ne sait plus où elle en est) : « croyez que je ne vous quitte pas ». 

- Impossibilité de tout dire dans la lettre qui se révèle un moyen de communiquer restrictif : « Je voulais vous parler de mille choses ; mais, outre qu’il faut mieux attendre de savoir positivement où vous êtes, il ne m’est pas possible de continuer cette lettre dans l’état où je me trouve en l’écrivant ».

 

Une lettre sans réel destinataire, un locuteur exalté et une communication qui ne suffit pas à rendre compte de tous les sentiments, autant de limites physiques à l’amour, limites que le registre lyrique va souligner. 

 

Le registre lyrique et le préromantisme en filigranes

- Thèmes liés de l’amour et de la souffrance = thème récurrent chez les préromantiques : « sens-tu combien un cœur languissant est tendre, et combien la tristesse fait fermenter l’amour ? », question rhétorique qui insiste sur le fait que l’amour ne naît que dans la souffrance et n’est que souffrance. 

- Métaphore végétale : « Que sert, hélas ! d’arroser le feuillage quand l’arbre est coupé par le pied ? », thème de la nature cher aux Romantiques.

- Récurrence des sentiments et états contradictoires : « Sentirsi, o Dei ! morir,/E non poter mai dir :/Morir mi sento ! »

- Registre lyrique : expression du « je » (38 occurrences de la 1ère personne) et relation du « je » et du « tu » : « je t’ai perdu ». De plus, expression des sentiments personnels : l’anaphore « si j’osais, si j’osais » insiste sur l’état d’impuissance de la locutrice. Par ailleurs, opposition entre la passion : « soupirs exhalés ; mon plus grand mal » et la raison et le devoir « il faut, il faut, il faut », repris à trois reprises dans une anaphore qui surpasse la précédente, renforçant cette idée d’impuissance. La société et la bienséance sont plus fortes que l’amoureuse qui est seule avec elle-même, thème de la solitude amoureuse cher aux préromantiques.

 

DISSERTATION 

 

L’expression des sentiments des personnages est-elle indispensable dans un roman ? Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus et sur les textes que vous avez étudiés en classe ou rencontrés au cours de vos lectures et recherches personnelles.

 

Nous proposons ici des pistes de réflexion sur le sujet. Ces pistes vous permettront d’évaluer dans quelle mesure vous avez traité le sujet de manière exacte et complète ; cependant, ces propositions sont indicatives et ne se veulent pas exhaustives. 

Problématique : le personnage de roman se dessine-t-il par la seule expression de ses sentiments ? En d’autres termes, quels sont les moyens dont dispose le narrateur pour ériger des personnages ?

 

Pour rappel : un personnage est un actant qui au sein du roman participe à l’évolution de l’intrigue de la situation initiale à la situation finale. Le personnage peut être le narrateur de l’histoire ou un simple actant. Selon le point de vue du narrateur, on peut connaître ou non les pensées du personnage. 

- Le sujet interroge la définition du roman et son évolution en tant qu’il n’est pas un genre figé mais bien un genre qui évolue au fil du temps et avec les auteurs qui le composent. Pour mémoire, le roman débute avec la langue romane (d’où son nom), la langue vulgaire par opposition au latin qui était la langue des érudits. Chrétien de Troyes est considéré comme le premier romancier au sens moderne du temps. On veillera à étudier la façon dont il décrit ses personnages. On pensera à la démarche naturaliste de Zola qui consiste à appliquer la démarche scientifique à la littérature : « Nous voyons également que le romancier est fait d’un observateur et d’un expérimentateur » dit-il dans le Roman expérimental. C’est ainsi que le chef de file du réalisme considérera que le travail du romancier est de placer un personnage dans un milieu particulier et de voir comment il évolue. [Cette démarche naturaliste porte en elle-même sa négation en ce sens que le romancier reste bel et bien seul juge du devenir de son personnage et que l’expression de ses pensées lui appartient]

- Par ailleurs, le sujet pose une question à ne pas éviter : dans quelle mesure les sentiments d’un personnage sont-ils les siens ou ceux du romancier ? Pensons à l’Etranger de Camus. Le philosophe cherche à créer un personnage-narrateur qui pense et agit par lui-même. Cette expérience culminera dans le nouveau roman avec Robbe-Grillet ou Sarraute qui interrogent le statut de personnage.

- La notion de personnage doit être centrale dans cette dissertation en ce sens qu’il est une composante du roman en constante mutation : à quoi sert le personnage ? Pour agir dans la narration, a-t-il besoin d’exprimer ses sentiments ?

- L’expression des sentiments des personnages fait partie du portrait que le narrateur fait de ses personnages. Cette expression explicite n’est pas indispensable ; en revanche, elle peut immanente en ce sens qu’il s’agit ici du point de vue de la narration. En effet, seul un narrateur omniscient exprimera les sentiments des personnages. Ainsi faut-il manifester ces sentiments par d’autres moyens : des actions, des portraits par exemple.

 

INVENTION

 

Après avoir retrouvé Odette, Swann rentre seul chez lui. La reverra-t-il ? Elle ne lui a donné aucune réponse claire. Vous raconterez ce qu’il éprouve, en développant l’analyse qu’il fait de ses sentiments.

 

Lao Tseu comparait l’amour à la guerre ? Il avait tort, la guerre est facile. Si j’étais un soldat, je connaîtrais mon ennemi, je saurais mon devoir, j’obéirais à une logique simple : vaincre ou mourir. Et il est si facile de mourir alors que vivre est si difficile. Et aimer ? Comment sait-on que l’on aime ? Que l’on est aimé ?

Odette ne m’a rien montré ce soir, elle ne m’a rien dit et j’ai l’impression de n’avoir pas fait de pas dans son cœur ; j’en ai peur en réalité ? Mais au fond, est-ce que j’ai peur qu’elle ne m’aime pas ou est-ce de moi que j’ai peur ? L’aimé-je ? Me voilà, seul chez moi, assis dans le noir, dans mon beau fauteuil, dans mon bel appartement, buvant un alcool et fumant un cigare que peu de gens peuvent s’offrir. Et je suis terrifié par cette vacuité qui m’envahit. Que me reste-t-il de ce soir ? L’odeur des tabacs que l’on a fumés autour de moi, des relents d’alcool, un roulement confus qui résonne dans mes oreilles, reliques d’une ambiance sensuelle où la trompette semblait remplacer ma voix disant « je … » à Odette, sans aller plus loin. Comme si les mots étaient insuffisants, trop faibles. Ou trop forts ? Comme s’ils me dépassaient, comme s’ils étaient au-dessus de mes forces. 

Odette ne m’a rien montré ce soir, elle ne m’a rien dit. Et moi non plus. Je n’ai pas peur des femmes. Non, ce ne peut être cela. Je les ai eues, toutes les autres, et facilement, avec élégance, par jeu. Par jeu ? Ce mot revient, comme un refrain. Une alouette, qui chante dans le lointain d’un sous-bois et me lance au visage mon indolence amoureuse : un jeu. Je ne suis pas un amant, je suis un joueur. Jusqu’à aujourd’hui, il n’y avait pas d’enjeux, je pouvais jouer et me jouer d’elles. Mais pas d’Odette. Non, ce n’est pas cela que je suis. C’est impossible. C’est impossible, je ne veux pas. 

Odette ne m’a rien montré ce soir, elle ne m’a rien dit. Mais c’est qu’elle n’avait rien à me dire.  Puisque je ne savais pas quoi attendre d’elle. Suis-je capable de me dire ces mots, à moi, avant de les lui dire ? Je l’aime. Pas de les dire comme je les ai dits mille fois. Les dire vraiment, les faire chanter. Que ma voix ne tremble pas par jeu mais par émotion. Je l’aime. Oui, j’en suis sûr. Je l’aime. Voilà ce que je dois lui dire. C’est une évidence.  Comment pouvait-elle être claire moi qui ne l’étais pas ? 

Tu ne pouvais pas, Odette, me parler d’amour ce soir parce que c’est une langue que je ne parlais pas. Maintenant, oui je la parle. Maintenant, c’est clair. Non, c’est évident. C’est là, tout simplement. Je dois te retrouver, mes mots doivent te trouver, ils vont venir à toi, Odette.

 

Fin de l'extrait

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