Corrigé Français - Bac L Métropole 2016

Corrigé Français - Bac L Métropole 2016

Découvrez le corrigé de Français du Bac L 2016.

Notre professeur vous propose sa correction de l'épreuve anticipée de Français du Bac L 2016. Vous trouverez la réponse à la question de corpus, ainsi que tous les travaux d'écriture rédigés : le commentaire de l'extrait de la Machine Infernale de Cocteau, la dissertation "Les écrivains peuvent-ils encore nous surprendre lorsqu'ils s'emparent d'un mythe souvent réécrit ?" ainsi que l'écriture d'invention.

Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet corrigé de Français du Bac L de Métropole 2016.
Consultez le sujet de l'épreuve anticipée de Français du Bac L 2016

Corrigé Français - Bac L Métropole 2016

Le contenu du document


LES REECRITURES DU XVIIE SIECLE A NOS JOURS

QUESTION DE CORPUS

QUELLES SONT LES CARACTERISTIQUES PRINCIPALES DES SPHINX DANS LES TEXTES DU CORPUS ?

Les textes du corpus reprennent le mythe d’Œdipe, hérité de l’auteur grec Sophocle. Étymologiquement le mythe est une parole, un récit transmis oralement au fil des générations, rien de surprenant à ce que chaque auteur se le réapproprie, le réinvente, le charge d’un sens en accord avec ses propres préoccupations et celles de son temps.

Les quatre documents de Voltaire, de Heredia, Samain, Cocteau s’intéressent à un personnage clé dans le mythe d'Œdipe : le Sphinx.

Nous nous demanderons quelles sont les caractéristiques principales des sphinx dans ses textes.


Le Sphinx, envoyée par Héra en Béotie à la suite du « meurtre du roi de Thèbes, Laïos, commence à ravager les champs et à terroriser les populations. Ayant appris des Muses une énigme, elle déclare qu'elle ne quittera la province que lorsque quelqu'un l'aura résolue, ajoutant qu'elle tuera quiconque échouera. Le régent, Créon, promet alors la main de la reine veuve Jocaste et la couronne de Thèbes à qui débarrassera la Béotie de ce fléau. De nombreux prétendants s'y essaient, mais tous périssent. Arrive Œdipe, la Sphinx lui propose une énigme de laquelle Œdipe sortira vainqueur, c’est ainsi qu'il se retrouvera roi de Thèbes.

Par l’intermédiaire de deux genres littéraires très codifiés les auteurs de notre corpus proposent des lectures très personnelles du personnage du sphinx.


Dans le poème d'Heredia, l'homme n'est pas Œdipe car il meurt après avoir tenté de triompher de la sphinge vue comme "la Vierge aux ailes d'aigle". Ce texte est un poème allégorique sur l'amour. Le héros meurt, mais heureux d'avoir pu embrasser la Vierge. Le défi de l'embrasser était peut-être plus fort que celui de la tuer. La Machine infernale propose une vision du sphinx proche de celle d’Heredia : le sphinx est une sphinge jeune ou attirante. Chez Heredia, c'est d'abord le héros qui est attiré par elle ; chez Cocteau, c'est la sphinge qui éprouve du désir pour Œdipe. Le vocabulaire du désir chez Heredia est évocateur : "Ma lèvre a fait frémir ta bouche" tout comme celui de l'amour déçu chez Cocteau : "Sans un regard vers moi, sans un geste ému.  


Chez Samain, le sphinx est également qualifié de "féminin" -tout comme le sphinx de Voltaire : "Ce montre à voix humaine, aigle, femme et lion", mais est âgée, majestueuse. L'antéposition de l'adjectif "antique" au premier vers renforce cette majesté. Le poème de Samain a quelque chose d'une ekphrasis, en ce qu'elle parait décrire une œuvre d'art, une statue égyptienne telle qu'on en trouverait dans le désert. Son immobilité, son immuabilité est mise en valeur. Le sphinx est montré comme un sage. Dans la pièce de Voltaire, le sphinx domine, mais pas par sa sagesse. C'est la peur qu'il inspire qui crée la domination : "Un monstre furieux", "cette loi terrible", "ce monstre affreux". 


Ainsi dans les quatre textes, le sphinx est montré comme un monstre hybride, mi-femme, mi-animal. Sa force physique est toujours montrée, mais parfois, elle semble en souffrir (chez Heredia et Cocteau) car elle souhaiterait séduire le héros et non lui faire mal, parfois met en valeur l'animal (par sa majesté chez Samain, par la peur qu'elle inspire chez Voltaire).


COMMENTAIRE COMPOSE

VOUS FEREZ LE COMMENTAIRE DE L’EXTRAIT DE LA MACHINE INFERNALE DE COCTEAU (TEXTE D)


Problématique : Comment Cocteau revisite le mythe d’Œdipe dans un extrait au retournement tragique. 


I. La tragédie revisitée

A. Un texte tragique

Le texte de Cocteau est un texte tragique. Le Sphinx semble à la fois victime et coupable, comme dit Racine de son héroïne Phèdre. Elle joue avec Œdipe en mettant en scène son supplice au conditionnel : "Je te ferais mettre à genoux", "tu courberais". Mais est forcée par le dieu-chien Anubis de rendre réel ce jeu, qui provoquera son abandon par Œdipe et sa chute puisqu'elle perd ses ailes une fois qu'Œdipe a répondu à l'énigme. Face à ce monstre, Œdipe fait figure de pantin. Il s'exprime la plupart du temps par monosyllabes : "Libre !", "Mais... ". L'énigme du sphinx est presque une mise en abyme de la situation d'Œdipe face à elle : d'abord debout face à l'aventure il semble ensuite totalement découragé, abattu : "Oh non ! Non ! Non ! Madame !" mais sort finalement victorieux : "Vainqueur !". 


B. Retournement de la situation tragique

On assiste ici à un retournement de situation tragique : le sphinx est d'abord dominant. Anubis est une figure effrayante de l'au-delà puisqu'il est une allégorie de la mort. Mais on voit vite que les gestes qu'elle souhaite effectuer se rapprochent parfois de gestes amoureux. Les points de suspension marquent bien l'attendrissement : "Allons...là, là.... Sois sage. Et tu courberais la tête". Finalement, c'est Anubis qui devient maître de la situation et se retourne de façon tragique contre son maître en laissant la possibilité à Œdipe de se défendre réellement. Alors que celui-ci sait la réponse, car le sphinx la lui a dite précédemment, il réussit à s'enfuir. Face à ce retournement de situation, les points de suspension deviennent des signes d'impuissance : "Mais... ", et se muent en points d'interrogation: "Où est-il ? Où est-il ?". La réplique finale, en échos : "Il n'a rien compris" marque la solitude de la sphinx, qui reste seule avec Anubis. Elle devient femme, et non plus monstre. En quelque sorte, Œdipe l'a délivrée de sa condition monstrueuse, comme la belle avec la bête dans le conte de Madame Leprince de Beaumont, mais elle reste seule et Œdipe part en courant à sa propre perte.


II. Une réécriture du mythe

A. Le jeu de la fatalité

• Présence d’Anubis renforce la fatalité, il intervient afin que l'oracle s'accomplisse et force le Sphinx à poser l'énigme : « Cet homme ne peut sortir d’ici sans subir l'épreuve ». En effet répondre à la question du Sphinx sous-entend la mort de celui-ci et donc le mariage d'Œdipe et de Jocaste.

• Pendant un instant Œdipe a l'allusion de pouvoir échapper à son destin, en effet, le sphinx lui annonce qu'il est libre, et que tout ce qu'il a vécu n’était pas vraiment réel :

Emploi du conditionnel dans les interventions du Sphinx

L’exclamation « tu es libre » peut être comprise dans un sens ironique et cruel de la part du Sphinx, mais ce serait oublier l'intervention du "Dieu" principal de la pièce, Cocteau lui-même, qui a inventé cette scène à sa façon.


B. La modernisation du mythe

• Œdipe : n'est pas le héros mythologique que l'on attendrait. En effet, Cocteau transforme Œdipe en un héros poltron, sans gratitude et encore une fois en pantin.  Œdipe supplie le Sphinx :  phrase nominale « 0h ! Madame » qui montre Œdipe régressant au stade de l'enfant. La peur manifeste, didascalie « Œdipe pousse un cri ». Les répétitions, prévues ou non par le Sphinx, « C'est trop bête », « Libre ! », et bien sûr la réponse finale au Sphinx dont il reprend mot pour mot la formulation du début. Œdipe est une sorte de perroquet ridicule, pantin dans les mains des Dieux. L'exclamation finale « Vainqueur ! », ridicule puisque le triomphe n'est pas de son fait, ce qui montre à la fois sa vanité car il ne semble pas comprendre la « facilité » de l'énigme « L’homme, parbleu ! », le juron accentuant la fatuité du personnage. 

• Le sphinx : N'échappe pas lui aussi à la modernisation du mythe, il est représenté sous les traits d'une jeune fille, habillée de blanc, signe de pureté et d'innocence, et il tombe sous le charme d’Œdipe. En effet, le sphinx en a assez de tuer des jeunes gens, et trouve donc une astuce, une ruse pour échapper à son destin de monstre sanguinaire. La scène de l'énigme est racontée au conditionnel, temps de l'irréel, de ce qui ne s'est pas encore passé, elle insiste d'ailleurs sur le « mode « qu’elle a utilisé et montre à Œdipe que tout cela n'était pas vrai. Elle parle de "démonstration", et pense ainsi qu'Anubis va se contenter de cette scène. Or Œdipe doit tuer le Sphinx pour épouser Jocaste. D'où son intervention à la fin par l’impératif « interroge » qui renforce son rôle de « gardien de la destinée des individus ». Le Sphinx n'a pas le choix et n'est pas « libre » comme elle le voudrait pour elle et Œdipe.

Cocteau renouvelle profondément le mythe : Œdipe est ici sans grandeur et le Sphinx prend une profondeur et une humanité qui surprennent.

Cocteau a maintenu l’essentiel du mythe qui nous amène à réfléchir sur le destin et le sens de la vie.


DISSERTATION

LES ECRIVAINS PEUVENT-ILS ENCORE NOUS SURPRENDRE LORSQU’ILS S’EMPARENT D’UN MYTHE SOUVENT REECRIT ?


Nous nous interrogerons sur l’intérêt des réécritures d’un mythe.


I. Réécrire pour apprendre et se démarquer

1. Réécrire pour « faire ses armes »

Une « réserve » inépuisable pour l’inspiration. Le fonds culturel et littéraire sert de « réserve » pour stimuler et aider l’inspiration. C’est un héritage dans lequel l’auteur peut puiser à son aise et butiner (la réécriture peut emprunter à des sources différentes : exemples du corpus).

Réécrire pour « faire ses armes ». Dans les écoles de rhétorique, les élèves orateurs composaient sur des sujets récurrents, avec des schémas de discours préétablis, souvent inspirés des maîtres de l’art oratoire [exemples]. Les contraintes imposées sont stimulantes – par leur difficulté même –, aiguisent les techniques et obligent l’auteur à connaître et à suivre les règles du genre.

Dans les arts et dans la littérature européenne, jusqu’à une époque récente imiter les œuvres de l’Antiquité grecque et latine n’était pas considéré comme un plagiat. On imitait les Anciens, dont la qualité était reconnue par tous, pour s’exercer. L’imitation est au cœur de l’esthétique de la Renaissance et, un siècle plus tard, des auteurs classiques.

Ces réécritures par imitation supposaient des contraintes : les écrivains s’exerçaient à « traiter » un thème, à rendre compte d’une situation et, en rhétorique, à soutenir des thèses, les topoi. Comme les peintres composant une nativité, une descente de croix ou une pietà, les auteurs s’exerçaient aux scènes obligées : la scène de combat dans l’épopée, la rencontre amoureuse dans le roman, la scène de reconnaissance dans le théâtre.

Le but final des réécritures est alors d’essayer de dépasser les modèles.


2. J’admire donc j’imite : hommage au modèle

Un écrivain confirmé, qui n’a plus besoin de se former, peut néanmoins choisir de réécrire l’œuvre d’un auteur qu’il admire. La réécriture est alors un hommage au modèle. Quand Louise Labé (xvie siècle) écrit son poème « Je vis, je meurs… », elle a manifestement sous les yeux le sonnet de Pétrarque.

Ainsi, le pastiche est un jeu littéraire dans lequel l’auteur imite le style ou la manière d’un écrivain, sans intention agressive ou moqueuse. Il vise à mettre en évidence la supériorité de son modèle pour qui il éprouve une admiration sincère (exemples des premiers poèmes de Rimbaud : « Les Étrennes des orphelins » ou « Les Effarés » semblent avoir été écrits par Victor Hugo).

En même temps celui qui réécrit s’inscrit dans une lignée, crée et renforce le lien entre les écrivains, marquant ainsi la permanence des préoccupations humaines (réécritures des mythes). Exemples : Œdipe [Roi] de Sophocle, de Sénèque, de Corneille, de Voltaire…


3. Réécrire pour affirmer son originalité

Réécrire pour innover et inventer. La réécriture permet de se démarquer des prédécesseurs et d’innover. Ainsi La Fontaine s’inspire d’Ésope et de Phèdre, mais il renouvelle la fable en accordant au récit une place prépondérante : « Mon imitation n’est pas un esclavage » (Épître à Huet).

Réécrire pour apporter un point de vue différent. Pascal emprunte à Montaigne, mais son optique est différente : il adopte le point de vue du chrétien qui veut « convertir » les libertins et met au service de son projet apologétique ce qui, chez Montaigne, n’était qu’une réflexion philosophique née des constatations de la vie quotidienne. Il précise que son imitation est aussi une émulation : « Qu’on ne dise pas que je n’ai rien dit de nouveau : la disposition des matières est nouvelle ; quand on joue à la paume […], c’est une même balle dont joue l’un et l’autre, mais l’un la place mieux » (Pensées).

Réécrire pour moderniser, réactualiser des sujets éternellement humains et les adapter au contexte, au public visé, et en montrer de nouveaux aspects. L’Antigone de Sophocle traite des relations de l’homme avec sa famille, sa cité et ses dieux, du conflit entre les lois divines et les lois de la cité. Quinze siècles plus tard, l’Antigone d’Anouilh (1944) se révolte par idéalisme, par refus d’accepter les compromis dans une société trop matérialiste.


II. Le pacte avec le lecteur 

1. Un pacte de lecture et un plaisir d’initié

La réécriture, et notamment le pastiche et la parodie, ne prend son sens que si le texte modèle est connu du lecteur. On ne peut parodier ou pasticher qu’un texte connu, ce qui suppose une certaine culture du lecteur.

Elle lui procure alors le plaisir intellectuel de l’initié, qui sait reconnaître derrière l’œuvre réécrite le texte modèle (exemple : West Side Story, réécriture de Roméo et Juliette de Shakespeare ; La Folie des grandeurs, réécriture de Ruy Blas). L’auteur et le lecteur deviennent complices [exemples].

En outre, la réécriture provoque chez le lecteur un plaisir plus ambigu qu’il n’y paraît, le plaisir de l’iconoclaste : celui de voir un « grand » texte dénaturé et donc son auteur rabaissé. C’est l’esprit même du Carnaval durant lequel on peut, sous le masque, se moquer des représentants de l’autorité.


2. Comparer, prendre conscience et mieux comprendre

La comparaison que suppose la lecture de la réécriture permet de prendre conscience de l’évolution des mentalités et des goûts. Le texte source éclaire sa réécriture par l’écart qui l’en sépare [exemples].

Inversement, la réécriture permet de mieux comprendre les textes fondateurs et les rend plus accessibles à un public qui a changé.

Si l’on considère que la traduction est une réécriture, celle-ci rend accessible au lecteur quantité d’œuvres auxquelles il n’aurait pas accès. Dans ce cas, la réécriture enrichit la connaissance du lecteur, lui permet de confronter cultures et civilisations, dans l’espace et dans le temps (œuvres de l’Antiquité), et donc de se forger une opinion [exemples personnels].


SUJET D’INVENTION

Imaginez, sous la forme d’un monologue intérieur, les réflexions et la méditation d’un monument installé depuis longtemps dans un lieu de votre choix : il s’interroge par exemple sur sa raison d’être, le comportement des hommes, son devenir, ect...


Ce sujet est réservé aux élèves qui ont une aisance de plume. Il était très compliqué.


Pour ce sujet vous deviez respecter les critères suivants : 


1. Respecter les marques du monologue intérieur

Le monologue intérieur est caractérisé par des phrases nominales, des énumérations, une logique peu visible (idées juxtaposées, association d'idées, parataxe, ellipses), une ponctuation inhabituelle.


2. Choisir un monument intéressant : 

- La Tour Eiffel qui réfléchirait sur sa longévité et reviendrait sur les différents articles parus contre elle,

- Le château de Versailles à propos de l’ancien régime et la démocratie

- Le mur de Berlin

- Plus prosaïque le stade de France qui réfléchirait à la célèbre citation : « panem et cicenses » donnez-leur du pain et des jeux le peuple sera content.

- Évidemment la liste n’est pas exhaustive.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac L le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac L

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac L

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?