Ambiguïté de l'incipit dans Les Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

Ambiguïté de l'incipit dans Les Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

digiSchool vous propose un document sur Les Faux Monnayeurs d'Andre Gide, au programme du Bac Littéraire en littérature.

Ce cours porte sur l'ambiguïté de l'incipit. Vous retrouverez dans un premier temps une partie sur "L'incipit formel ou original ?". Ensuite vous étudierez La narration double dans Les Faux Monnayeurs, puis l'incipit parodique présent dans l'oeuvre.

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Ambiguïté de l'incipit dans Les Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

Le contenu du document

 

ANDRE GIDE, LES FAUX-MONNAYEURS

ANDRE GIDE, JOURNAL DES FAUX-MONNAYEURS

 

* Les mots en caractère gras dans le développement sont les procédés littéraires sur lesquels il est faut porter une attention particulière.

 

La situation initiale du roman fait référence à plusieurs stéréotypes qui interrogent l’œuvre sur sa propre écriture.

 

INCIPIT FORMEL OU ORIGINAL ?

INCIPIT INFORMATIF ?

Comme nous le savons les fonctions de l’incipit sont double : informer et susciter l’intérêt du lecteur. 

S’il est vrai que le but d’un début de roman doit être de nous délivrer les informations essentielles sur les principaux personnages ainsi que sur les enjeux de l’histoire, reconnaissons alors que notre œuvre s’amuse à ne réussir qu’à moitié son pari. Certes, nous apprenons petit à petit les noms, l’âge ou le milieu de quelques personnages importants, mais le détachement parodique avec lequel ces informations sont délivrées, voire le rapport pour le moment mystérieux de celles-ci avec le titre du roman, ne laisse pas d’interroger.

 

L’incipit des Faux-Monnayeurs nous met en présence d’un des principaux personnages du roman, Bernard Profitendieu, dont on apprend dès les premières lignes qu’il révise ses épreuves du baccalauréat au domicile familial, et qui découvre fortuitement une correspondance compromettante échangée entre sa mère et un amant dix-sept ans auparavant ; l’adolescent comprend alors que celui qu’il a pris pour son père jusqu’ici, qu’il désigne dans notre passage par la formule ironique « Monsieur le juge d’instruction », n’est qu’une figure fantoche, et l’apprenti bachelier se réjouit ainsi de la découverte d’une bâtardise qui lui permet de rompre avec un milieu familial honni et étouffant, ce qui invite à lire le roman dans une perspective de transgression.

 

Tout comme Bernard, le lecteur est en effet invité à se méfier des apparences (c’est là le thème de la fausse monnaie présente dans le titre de l’œuvre) et à chercher au-delà des confortables évidences le sens de ce qu’il a sous les yeux. Notons au passage que le fait qu’une telle prise de conscience intervienne par un acte de lecture (Bernard a découvert la liasse sous une pendule qu’il voulait réparer) donne à la découverte du jeune héros une dimension symbolique évidente, par laquelle l’écriture romanesque paraît réfléchir à ses propres potentialités.

 

UNE CHRONOLOGIE DESARMANTE

Un signe ultime de cette construction désarmante serait fourni par l’ordre dans lequel les détails nous apparaissent : à lire attentivement notre extrait, nous pouvons constater que les actions nous sont rapportées exactement à l’envers. Ce n’est qu’à partir du troisième paragraphe que la chronologie peut être reconstituée, avec les circonstances exactes dans lesquelles les lettres ont donc été découvertes. Cette permutation entraîne une structure flexible qui sera celle de l’ensemble du roman.

 

UNE NARRATION DOUBLE ?

SEPARATION ENTRE RECIT ET DISCOURS

Ces potentialités paraissent au demeurant si riches qu’un certain nombre d’ambiguïtés savamment entretenues achève de donner à cet incipit une dimension hautement problématique. Ainsi, la séparation entre récit et discours n’est pas toujours clairement établie, à l’image du premier paragraphe de notre extrait : est-ce un narrateur omniscient à la Balzac qui s’exprime ? ou sommes-nous dans les pensées de Bernard ? Force est de reconnaître qu’il est délicat de trancher, tant il est vrai que la superposition de l’imparfait (temps de la description romanesque par excellence) et d’un présent inattendu (dans la phrase : « c’est bien de lui, Bernard, qu’il s’agissait ») brouille la perspective.

 

UNE NARRATION EXTERIEURE AMBIGUË

De la même manière, notre passage affirme la vision d’un narrateur extérieur (« Bernard replia la lettre ») mais qui cohabite avec l’instance dominante que représente le style direct, reproduisant les pensées du jeune personnage.

Cette scène narrée selon deux perspectives affirme une autre forme de dualité quand on considère le comportement du héros.

 

D’un côté, celui-ci fait une découverte capitale pour son existence : le lecteur suit alors son regard curieux et troublé, décrit par exemple à travers le rythme vif des phrases nominales achevant le premier paragraphe du passage ; mais d’un autre côté, Bernard ne cesse de se livrer à des remarques humoristiques exprimant un détachement complet par rapport à sa situation. Par exemple, les hypothèses relatives au croquant ou au prince dont le jeune homme serait le fils ne sont pas prises au sérieux un seul instant par le personnage. 

 

UN INCIPIT PARODIQUE

PARODIE DU GENRE ROMANESQUE

De telles remarques ne font que souligner un décalage parodique qui permet à Bernard de s’imaginer plaisamment à la manière d’un héros de roman. Il est en effet probable que Gide parodie ici un ensemble de clichés romanesques, allant du thème de l’enfant trouvé à celui du prince ignorant ses origines.

 

Cette dimension critique et ironique vis-à-vis des effets grandiloquents ou faciles du genre romanesque oriente la lecture des Faux-Monnayeurs vers une réflexion et une critique évidentes du roman à propos de ses propres procédés. 

 

Retenons ainsi de ce début un amusant pastiche de roman policier, avec une investigation à propos des initiales de la lettre – investigation qui, notons-le, ne sera jamais menée par Bernard dans l’œuvre.

 

PARODIE DE LA CORRESPONDANCE SECRETE

Tout aussi parodique est le thème de la correspondance secrète trouvée dans la « faveur rose » de maints romans sentimentaux. De la même façon, il n’est pas sûr que le jeune héros soit épargné par le ridicule lorsque, le laissant s’exprimer, le romancier insiste comiquement sur les tics d’un langage qui se prend au sérieux en utilisant un pluriel emphatique (« Ne retenons de ceci ») ou la lourdeur de la maxime (« Ne pas savoir qui est son père… »). Cette emphase se concrétise au demeurant à travers le projet de lettre d’adieu (autre cliché des romans sentimentaux et d’aventures) d’un Bernard devenu écrivain de fortune et prenant très au sérieux sa propre formulation : les périphrases hautaines relatives à son père ainsi qu’à son frère aîné ou la convocation quasi théâtrale de son ami Olivier pourraient ainsi montrer le peu de modestie du jeune homme en même temps que sa pratique, consciente ou non, de stéréotypes littéraires éculés.

 

On le voit, cet incipit se plaît donc à entremêler divers clichés et apparaît essentiellement critique et parodique dans sa manière de considérer l’écriture romanesque. Dès le début du roman, un lecteur averti pourra s’apercevoir que le roman de Gide ouvrira des perspectives littéraires riches et foisonnantes qui inspireront les auteurs du nouveau roman.

 

Fin de l'extrait

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