Correction Bac Blanc Littérature - Bac L Décembre 2017

Correction Bac Blanc Littérature - Bac L Décembre 2017

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Le sujet a porté sur les oeuvres d'André Gide, Les Faux Monnayeurs et Le Journal des Faux Monnayeurs. Profitez de cette correction pour vous évaluer et comprendre ce qui était attendu de vous pendant cette épreuve blanche de Littérature.

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Correction Bac Blanc Littérature - Bac L Décembre 2017

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Question 1 (8 points)

Selon vous, André Gide, avec les Faux-Monnayeurs, est-il plutôt un écrivain classique ou plutôt un précurseur ?

Récit narratif ainsi nommé parce qu’il est d’abord écrit en langue romane, le roman pose dès l’abord la question de sa construction. En effet, il lie deux instances fondamentales en son sein, celle des personnages et celle de la narration des aventures qui leur surviennent. Les Faux-Monnayeurs font figure de monstre au sens biologique du terme dans cet univers d’un roman dominé par le naturalisme zolien du XIXème siècle où l’auteur des Rougon-Macquart affirmait que « le romancier est fait d’un expérimentateur et d’un observateur », Le Roman Expérimental. Gide va, en 1926, bouleverser les conceptions plus classiques de l’écriture romanesque en faisant de ses personnages des « petites bobines [de fil] vivantes » et de l’intrigue la tentative d’écriture d’un roman : le roman du roman, ou la mise en abyme. C’est en ce sens que l’on peut s’interroger sur la démarche même de ce dernier et si ce n’est décider s’il est d’un précurseur ou d’un classique, de voir en quoi les Faux-Monnayeurs est d’abord une question posée à l’esthétique du roman. Ainsi nous faudra-t-il comprendre ce qui, dans l’écriture gidienne relève d’une forme plutôt classique d’une part et d’autre part, ce qui en fait une forme bouleversant les règles établies. Il nous faudra enfin montrer que les Faux-Monnayeurs, en interrogeant la forme, questionne le sens et la nature même de l’écriture romanesque, inscrivant cette œuvre au patrimoine des auteurs qui cherchent à comprendre les rouages de l’écriture.


Il appert à l’étude de l’œuvre entière de Gide que les Faux-Monnayeurs est la seule œuvre qu’il ait nommée roman. Nous y devons voir combien elle s’inscrit d’emblée dans une tradition littéraire séculaire, celle du roman et des codes qui le dirigent. Ainsi, les personnages, comme dans tout roman traditionnel, sont caractérisés et socialement typés : « La rue de T…, où Bernard Profitendieu avait vécu jusqu’à ce jour, est toute proche du jardin du Luxembourg », I, 1. Les épisodes d’aventure ou encore policiers rythment le récit en faisant un roman au sens le plus classique du terme. Le rythme de la narration du petit Boris, à l’extrême fin du roman est là pour en attester. Bien plus, la construction par parties (trois au total) et par chapitres reprend la division canonique du roman tel que les lecteurs la connaissent. Ceci contribue d’abord à donner des Faux-Monnayeurs l’image d’un roman traditionnel, voire classique au sens premier du terme en ce sens que chacun y retrouve les codes habituels d’un genre dont Zola ou Balzac ont jeté les fondements plusieurs décennies auparavant, fondements restés peu contestés, jusqu’en ce début de XXème siècle. 


Pour autant, les Faux-Monnayeurs se pose comme un roman particulièrement novateur et ce à bien des égards. Tout d’abord, une perpétuelle mise en abyme fait du narrateur principal, Edouard, un double du romancier ; la narration se fait par l’intermédiaire des carnets de ce dernier : « Journal d’Edouard. 18 octobre ». Mais la narration est relayée par l’auteur lui-même qui intervient de façon alternée : « nous n’aurions à déplorer rien de ce qui arrivé par la suite », I, 9. D’ailleurs Edouard parle de son roman d’une façon qui rappelle de manière troublante celui de Gide : « Si vous voulez, ce carnet contient la critique de mon roman ; ou mieux : du roman en général », II, 3. Le lecteur comprend qu’il s’agir ici d’une référence explicite au Journal des Faux-Monnayeurs, sorte de cahier de notes qui suit la rédaction du roman. C’est ce que l’on appelle le récit spéculaire. Bien plus, les personnages sont souvent présentés comme libres, indéterminés par le narrateur leur créateur qui leur donne une indépendance inhabituelle à des êtres de papier : « Charles s’approche. Il a tout compris. » I,2. Nous relevons là le point de vue omniscient d’un narrateur qui sait tout de ses personnages. Mais Gide poursuit : « Il veut le donner à entendre à son père. Il voudrait lui témoigner sa pitié, sa tendresse, sa dévotion, mais (…) il est on ne peut plus maladroit à s’exprimer : ou peut-être devient-il maladroit précisément lorsque ses sentiments sont sincères », Ibid. Nous soulignons ici le modalisateur de jugement « peut-être » qui donne à penser au lecteur que le narrateur (l’auteur ?) omniscient n’est pas si omniscient que cela et que le personnage Charles, procède de sa propre liberté. L’être de papier s’anime d’une vie qui lui est propre : « Je [ici le narrateur qui n’est pas Edouard, qui pourrait être Gide et qui est un narrateur incertain] crains qu’en confiant le petit Boris aux Azaïs, Edouard ne commette une imprudence. Comment l’en empêcher ? Chaque être agit selon sa loi ». Le mot est lâché : le personnage est un être à part entière. Il suffit d’entendre qu’il a une existence à lui, sa personnalité et l’on supposera aisément qu’il est indépendant. Vivant. Ainsi le roman des Faux-Monnayeurs est-il une trouvaille, une sorte de monstre dans l’univers du roman classique. 


L’on pourrait penser que Gide se pose en théoricien du roman. A l’image de ses illustres prédécesseurs, de La Fontaine à Perrault, de Hugo à Zola, des Anciens aux Modernes qui ont tous, à leur époque et à leur façon, théorisé sur l’écriture, Gide se voudrait initiateur, faiseur de règles nouvelles. Nous pensons qu’il n’en est rien. Le jeu sur les codes et l’emploi de toutes les cordes que lui offre le récit manifeste une démarche créative et non une volonté régulatrice. Gide n’est pas un donneur de leçons : la fin du roman le dit bien « je suis bien curieux de connaître Caloub » conclut Edouard, déjà indifférent au sort cruel du petit Boris, celui dont il supposait qu’il était imprudent de le placer en pension chez les Azaïs. Bien plus, à lire la dédicace du Journal des faux-monnayeurs, nous relevons la modestie du projet de l’auteur : « j’offre ces cahiers d’exercices et d’étude à mon ami Jacques de Lacretelle et à ceux que les questions de métier intéressent ».  Les questions de métier, celles de l’écriture du roman, sont ici discutées et très modestement mises en scène par un romancier qui ne les pose pas comme parole d’évangile mais comme une solution parmi d’autres. Gide propose : « Il me faut, pour bien écrire ce libre, me persuader que c’est le seul roman et dernier livre que j’écrirai. J’y veux tout verser sans réserve », Journal des faux-monnayeurs, 2 janvier. Ainsi Gide use-t-il de toutes les techniques narratives possibles : discours direct, indirect, indirect libre ou narrativisé, points de vue multiples, intrigues diverses, journal intime d’Edouard, récit classique, intervention du narrateur. 


Choisir et déterminer si Gide est un précurseur ou un classique pourrait vite devenir un casse-tête et conduire un lecteur maladroit à classer ce qui est à ne pas classer, à cataloguer ce qui est indéfinissable, à catégoriser ce qui échappe à l’analyse. Les Faux-Monnayeurs est un classique, tout d’abord. De plus, ce roman, par son écriture au style irréprochable, il souligne la virtuosité et la maîtrise gidienne de la langue française. Par ailleurs, les personnages et la construction de l’intrigue relèvent du roman classique par excellence. Pour autant, Gide fait preuve d’une audace réelle lorsqu’il compose un texte qui sait jouer de toutes les techniques narratives existantes, posant ainsi une question au lecteur : qu’est-ce qu’un roman ? La réponse n’est pas donnée. Gide nous laisse seuls juges et affirme que son roman, il le nomme ainsi, n’est pas iconoclaste ou fondateur mais en quelque sorte une occasion pour ceux que cela intéresse, de réfléchir aux « questions de métier ». Le Nouveau Roman prend déjà place dans les Faux-Monnayeurs par le seul questionnement qu’il inaugure. Robbe-Grillet affirmera que « raconter est devenu proprement impossible » dans un essai Pour un nouveau roman, et pourtant, Gide s’est employé à nous raconter quelque chose : comment un roman s’écrit-il ?



Question 2 (12 points)

Dans quelle mesure peut-on parler des Faux-Monnayeurs comme d’un roman d’apprentissage ?

Le roman d’apprentissage désigne généralement le roman du XIXème siècle ; or, les Faux-Monnayeurs est un roman du XXème siècle, de 1925. Pour autant, si le XIXème ne commence pas en 1800 mais en 1815, le XXème, lui, ne débute qu’en 1914. Il n’est pas absurde d’imaginer que les influences romanesques du siècle précédent puissent ramifier dans le roman de Gide. Ainsi, si l’on définit le roman d’apprentissage comme le parcours, toujours initiatique d’un jeune héros qui, venu de province jusqu’à Paris découvre les affres de la société et sa cruauté, se métamorphosant comme Eugène de Rastignac en un tigre qui domine Paris : « A nous deux, maintenant » ou termine, comme Lucien de Rubempré, sans les illusions qu’il a perdues, nous voyons combien délicat il peut être de parler des Faux-Monnayeurs comme d’un roman d’apprentissage. Cependant, un roman d’apprentissage puise dans son auteur une partie de la vie et de la vitalité de son héros. Cette définition nous rappelle la relation bien peu ambiguë d’Edouard et de Gide dont l’un est miroir de l’autre. 


Les instances narratives multiples des Faux-Monnayeurs ne permettent pas au lecteur de déterminer avec certitude si le narrateur est un simple narrateur, Edouard ou encore Gide lui-même ; en effet, nous trouvons tout à la fois, et dans une alternance régulière, des chapitres extraits du journal d’Edouard, III,1 ou des chapitres écrits par un narrateur externe, parfois omniscient. Bien plus, le narrateur, souvent mystérieux, prend le relais dans les chapitres suivants : « On pourrait croire à ce dialogue que ces enfants encore plus dépravés qu’ils ne sont. C’est surtout pour se donner des airs qu’ils parlent ainsi, j’en suis sûr », III, 4. Ce « je » doit être interrogé. Nous trouvons dans le Journal des faux-monnayeurs : « je doute si je ne devrais pas élargir le texte, intervenir (…), commenter », deuxième cahier, 14 février. Gide affirme ici avec netteté qu’il envisage d’intervenir personnellement dans son récit. De là à affirmer que ce « je » est l’auteur, il n’y a qu’un pas et nous le franchissons. Cela nous amène à souligner que cet élément entre en contradiction avec le fait que les Faux-Monnayeurs est un roman d’apprentissage. Bien plus, s’il faut démêler entre Edouard, Olivier ou Bernard, qui est le personnage principal, l’on se trouvera rapidement dans cette impasse que chacun l’est à sa manière. Chacun d’entre eux change et chacun d’entre eux vit dans le roman des péripéties qui l’amènent à la conclusion. Edouard et Olivier grandissent en quelque sorte ensemble et se déclarent leur amour : « j’ai honte (…) de t’avoir si mal attendu », III, 10. Bernard retourne à son père : « j’apprends par Olivier que Bernard est retourné chez son père », III, 10, père qu’il a quitté violemment au début du roman : « Je signe du ridicule nom qui est le vôtre, que je voudrais pouvoir vous rendre, et qu’il me tarde de déshonorer », I, 2. L’établissement du schéma actantiel nous montrerait donc que trois héros ont changé et non un seul d’entre eux comme dans le classique roman d’apprentissage. En ce sens, nous pouvons parler des Faux-Monnayeurs comme d’un roman d’apprentissage. Cette définition est-elle suffisante ?

Par ailleurs, le mode même d’écriture et de mise en abyme du roman indique au lecteur combien Edouard est proche de son auteur : « Personnage d’autant plus difficile à établir que je lui prête beaucoup de moi », Journal des faux-monnayeurs, deuxième cahier, 1er novembre. Ce double du romancier, qui se fait l’écho des préoccupations esthétiques de Gide laisse bien peu de place au doute quant à la vocation en partie autobiographique de cette œuvre ; Gide se retrouve en Edouard. Laura ne dit-elle pas à Edouard : « dans ce romancier, vous ne pourrez faire autrement que de vous peindre », II, 3. On retrouve jusqu’au titre du roman dans le journal d’Edouard : « je lui ai exposé longuement mon plan des Faux-Monnayeurs », I, 11. Gide explore avec les Faux-Monnayeurs, une écriture nouvelle du roman qui ouvrirait aux romanciers futurs des possibilités nouvelles, tant quant aux personnages qu’à l’intrigue ou à la narration. Il expérimente, il essaie et ne se pose pas en censeur ; Edouard fait de même. Il veut élargir les possibilités du roman : « nos écrivains craignent le large ; ce ne sont que des côtoyeurs », III, 14. D’autres traits de Gide nous font pencher dans la direction d’une œuvre en partie autobiographique. Comme Gide, Edouard est romancier ; comme Gide, il écrit un journal de son roman : « c’est une sorte de journal que je tiens (…) ; si vous voulez, ce carnet contient la critique de mon roman ; ou mieux du roman en général », II, 3. Gide avoue son homosexualité dans l’autobiographie qu’il a entamée et écrite en même temps que les Faux-Monnayeurs, Edouard est homosexuel. Il ne s’agit pas ici d’une critique externe, qui serait fautive, mais bien de faire dialoguer l’œuvre gidienne. 


Nous avons d’abord vu qu’il semblait épineux d’affirmer que les Faux-Monnayeurs est un roman d’apprentissage en ce sens que certains codent de ce roman ne sont pas clairement respectés : le point de vue du narrateur, l’évolution du héros, la multiplicité des personnages. Cependant, la marque autobiographique du roman et le fait que les héros évoluent tendent à laisser penser que les Faux-Monnayeurs peuvent répondre à la définition du roman d’apprentissage. En quoi nous pouvons conclure à la question : Les Faux-Monnayeurs est un roman d’apprentissage mais il ne se réduit pas à cette définition. Il déborde ce genre de roman et le questionne. A la fois essai, roman d’apprentissage et autobiographie romancée, les Faux-Monnayeurs est d’abord une œuvre riche du questionnement esthétique qu’elle développe.

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