Correction Littérature - Bac L 2017 Polynésie

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Le sujet a porté sur Oedipe Roi de Sophocle et Pasolini, et on vous demandait de répondre aux deux questions suivantes : L'enfance occupe-t-elle, selon vous, la même place dans la tragédie de Sophocle et dans le film de Pasolini ? et La violence est-elle représentée, selon vous, de la même manière ? Notre professeur vous propose son corrigé.

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Correction Littérature - Bac L 2017 Polynésie

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QUESTION 1

L'ENFANCE OCCUPE-T-ELLE, SELON VOUS, LA MEME PLACE DANS LA TRAGEDIE DE SOPHOCLE ET DANS LE FILM DE PASOLINI ?

L'enfance d'Œdipe occupe, dans le mythe d'Œdipe, une place prédominante : en effet, Œdipe est condamné à son triste destin avant même sa naissance, simplement car il est le fils de Laïos et de Jocaste ; de même, il n'est qu'un nouveau-né lorsque ses parents le font abandonner sur le mont Cithéron, où il sera recueilli par Polybe et Mérope. C'est en raison de ces événements, survenus dans son enfance, qu'Œdipe sera amené au parricide et à l'inceste. Pourtant, il n'est pas accordé la même place au thème de l'enfance dans la tragédie de Sophocle, Œdipe roi, et dans l'adaptation cinématographique qu'en a donné Pier Paolo Pasolini.

Si, dans les deux œuvres, le thème de l'enfance est lié au mystère des origines, la représentation de l'enfance varie, de Sophocle à Pasolini, par rapport au personnage d'Œdipe comme par rapport à ses propres enfants.


Dans la tragédie de Sophocle, comme dans l'adaptation cinématographique qu'en donne Pasolini, le thème de l'enfance est lié au mystère des origines d'Œdipe ; ainsi, dans les deux œuvres comme dans le mythe, Œdipe est un personnage entièrement défini par sa naissance, et donc, par son enfance. Bien que le film de Pasolini dévoile bien plus les origines familiales d'Œdipe que ne le faisait Sophocle, notamment en représentant l'enfance d'Œdipe, et en faisant jouer aux parents de l'enfant les rôles de Laïos et de Jocaste dans la partie mythologique de l'œuvre, la tragédie de Sophocle évoque également, à plusieurs reprises, l'enfance d'Œdipe : Tirésias divulgue à Œdipe la vérité sur ses origines, puis le messager corinthien, et le berger au service de Laïos, évoqueront directement le souvenir du nourrisson abandonné sur le mont Cithéron. Enfin, le seul prénom d'Œdipe, du grec Oidipous, "pieds enflés", est une référence directe à un épisode de l'enfance d'Œdipe : le nourrisson a eu les pieds percés puis liés, lorsqu'il a été abandonné au Cithéron.

Par ailleurs, l'enfance d'Œdipe est également un thème crucial, dans la mesure où il fait avancer le mécanisme tragique : en effet, c'est en recherchant la vérité sur ses origines, et donc sur son enfance, qu'Œdipe avance vers l'accomplissement de son destin. Cette recherche des origines est transposée directement par Pasolini, depuis le texte de Sophocle : confronté par Tirésias, Œdipe nie d'abord la vérité ; lui, qui pense être l'enfant de Polybe et de Mérope, commence à douter de ses origines lorsqu'il apprend que Jocaste a abandonné un enfant, qu'il pourrait être lui-même, selon la prédiction de l'oracle ; la révélation du messager corinthien, d'après qui il aurait été adopté par le roi de Corinthe, vient renforcer ses soupçons ; enfin, les aveux du berger au service de Laïos viennent confirmer qu'il était l'enfant de Jocaste et du roi, abandonné sur le mont Cithéron. Le mécanisme tragique repose tout entier sur la recherche de la vérité à propos de l'enfance d'Œdipe, dans la tragédie de Sophocle comme dans le film de Pasolini.


Pourtant, l'enfance d'Œdipe en elle-même est bien plus représentée dans le film de Pasolini, que dans la pièce de Sophocle ; ainsi, Œdipe n'est montré enfant qu'à travers l'œil de la caméra de Pasolini. L'un des tout premiers plans du film est d'ailleurs la naissance d'Œdipe : le spectateur aperçoit, à travers une fenêtre, la naissance du petit Œdipe, qu'un médecin saisit aussitôt par les pieds, comme pour nous confier son prénom ; puis, tout le prologue tourne autour de la figure de l'enfant Œdipe : ses relations avec sa mère, qui l'aime, et le montre fièrement à ses amies ; avec son père, qui le considère d'ores et déjà comme un rival. Enfin, la partie mythologique du film s'ouvre également alors qu'Œdipe est un enfant : le nourrisson est abandonné sur le mont Cithéron, il est récupéré par le serviteur corinthien, et amené à Polybe et à Mérope qui décident de l'adopter. Presque la moitié du film de Pasolini tourne autour de la représentation de l'enfant Œdipe, alors que cet enfant n'est pas représenté dans la tragédie de Sophocle : effectivement, la pièce commence alors qu'Œdipe est déjà roi de Thèbes, et elle s'achève lorsqu'il est déchu de son trône.

En outre, l'enfance d'Œdipe n'est pas représentée, dans le film de Pasolini, qu'à travers le personnage d'Œdipe nourrisson : en réalité, même adulte, Œdipe est toujours représenté... comme un enfant. En effet, Pasolini réécrit l'œuvre de Sophocle à la lumière des recherches freudiennes ; or, selon la psychanalyse, les événements ayant eu lieu durant l'enfance, et en particulier les traumatismes vécus, déterminent le reste de la vie de l'enfant. D'autre part, la théorie psychanalytique du complexe d'Œdipe, sur laquelle Pasolini veut mettre l'accent, est un complexe que connaissent les jeunes garçons – et qu'Œdipe, personnage mythologique, connaît à l'âge adulte. Cette enfance perpétuelle d'Œdipe dans le film de Pasolini peut expliquer certaines caractéristiques du personnage, en particulier son immaturité – Œdipe exclut Créon sur la base de suspicions –, mais aussi sa violence exacerbée – Œdipe se montre bien plus violent avec Tirésias qu'il ne l'était dans la tragédie de Sophocle, simplement car il n'est pas prêt à entendre la vérité que le devin veut lui confier. Ainsi, le film de Pasolini accorde une plus grande place à la représentation de l'enfance d'Œdipe que ne le faisait la tragédie de Sophocle, non seulement car il le représente enfant, mais aussi car Œdipe, adulte, reste enfant.

Enfin, le thème de l'enfance n'occupe pas la même place dans Œdipe roi de Sophocle et de Pasolini, dans la mesure où l'enfance, non pas en tant que passé d'Œdipe, mais en tant que symbole de sa destinée, n'y est pas représentée de la même manière. Effectivement, si l'enfance fait partie à part entière du mythe d'Œdipe, c'est aussi dans la mesure où Œdipe lui-même a eu, de son union avec Jocaste, quatre enfants : Etéocle, Polynice, Ismène et Antigone. Or, ces enfants sont complètement absents du film de Pasolini ; non seulement ils n'apparaissent pas à l'écran, mais leur existence même n'est pas mentionnée. Ce faisant, Pasolini prive Œdipe de descendance : après qu'il ait été banni de Thèbes, à la fin de la partie mythologique, on imagine mal qui, à part peut-être Créon, pourrait reprendre le trône ; de même, devenu aveugle, Œdipe ne peut compter, pour le guider, que sur le bras secourable d'Angelo, qui le promène dans les rues de Bologne et dans ses faubourgs, lors de l'épilogue du film de Pasolini. Œdipe, puni par les dieux, est condamné, chez Pasolini, à une mort solitaire ; et la seule perspective d'avenir qui lui est donnée l'est à travers les souvenirs de son enfance, l'est par la force du souvenir : la dernière image du film est effectivement une vue de la prairie où sa mère l'amenait, lorsqu'il était enfant. "Tout termine là où tout a commencé", dit alors Œdipe.

En revanche, les enfants d'Œdipe sont bien présents dans Œdipe roi de Sophocle : il est fait mention de ses deux fils, Etéocle et Polynice ; quant à ses deux filles, Ismène et Antigone, elles apparaissent en tant que personnages muets dans l'épilogue de la tragédie. Ces apparitions, si elles peuvent sembler anodines, sont tout de même importantes. Tout d'abord, la seule présence d'Antigone, la fille d'Œdipe, rappelle l'avenir d'Œdipe : dans une tragédie ultérieure, Œdipe à Colone, Sophocle représentera en effet Œdipe, guidé aux abords d'Athènes par son enfant. De plus, l'évocation d'Etéocle et de Polynice rappelle l'avenir de la lignée d'Œdipe : en effet, Etéocle et Polynice s'entretueront pour obtenir le pouvoir à Thèbes. Ainsi, l'enfance en tant que symbole de l'avenir, telle qu'elle est présentée chez Sophocle, évoque certes la suite de la vie d'Œdipe – mais elle rappelle également la fin de sa lignée.


Si, dans la tragédie de Sophocle comme dans le film de Pasolini, l'enfance symbolise le mystère des origines, le thème de l'enfance n'occupe tout de même pas la même place : Pasolini figure l'enfance d'Œdipe, et représente même Œdipe comme un enfant, alors que la tragédie de Sophocle montre le tyran déjà adulte. Pourtant, c'est la tragédie de Sophocle qui accorde une place à l'enfance en tant que symbole de destinée, alors que le film de Pasolini ne représente pas les enfants d'Œdipe. L'enfance, au cœur des deux intrigues en tant qu'elle symbolise le mystère des origines, symbolise donc le passé dont on ne peut se défaire chez Pasolini, et le futur terrible dans la tragédie de Sophocle.



QUESTION 2

LA VIOLENCE EST-ELLE REPRESENTEE, SELON VOUS, DE LA MEME MANIERE ?

Le mythe d'Œdipe est un mythe de violence : violence originelle des dieux, qui condamnent l'enfant à un destin tragique, violence de ses parents, qui veulent le faire tuer, violence d'Œdipe envers les autres, qui tue son père et commet l'inceste, violence d'Œdipe envers lui-même, qui se crève les yeux pour ne plus devoir voir. Œdipe roi de Sophocle, et sa réécriture cinématographique par Pier Paolo Pasolini, prennent en compte cette violence essentielle du mythe, mais ne l'incarnent pas de la même manière.

En quoi la violence est-elle représentée différemment, dans la tragédie de Sophocle et dans le film de Pasolini ?

Après avoir vu que la violence peut s'incarner dans la parole ou dans l'acte, nous verrons qu'elle peut également être cachée, ou exacerbée. Enfin, la violence symbolique de la tragédie de Sophocle est sublimée dans l'œuvre de Pasolini.


Si la violence n'est pas représentée de la même manière dans les œuvres de Sophocle et de Pasolini, c'est d'abord car la tragédie de Sophocle ne pouvait se permettre de montrer la violence : celle-ci demeurait donc dans la parole. Ainsi, lorsqu'Œdipe est confronté à Tirésias, dans le premier épisode, il l'insulte, et le menace : "Comment ? Tu as cette impudence ? C'est cela que tu as débusqué ? Et où prends-tu l'espoir d'en réchapper, après un pareil mot ?" (v. 455). Il agit de même avec Créon, dans le deuxième épisode : "C'est ta mort, ce n'est pas son exil que je veux" (v. 464) déclare-t-il ainsi au frère de Jocaste. La violence, dans la tragédie de Sophocle, réside dans la parole.

En revanche, le film de Pasolini peut se permettre de montrer la violence, en raison d'une différence d'époque – puisqu'au XXème siècle, les représentations violentes sont autorisées – mais aussi de genre – le film peut mettre en scène et montrer plus facilement qu'une pièce de théâtre, même jouée. La violence, présente dans la parole chez Sophocle, devient donc actée chez Pasolini : le cinéaste souligne encore la violence des paroles d'Œdipe envers Tirésias et Créon, en montrant cette violence : l'Œdipe de Pasolini, contrairement à celui de Sophocle, ira jusqu'à frapper Tirésias, dévoilant ainsi une terrible image, celle d'un homme adulte frappant un vieillard aveugle et sans défense ; de même, la domination exercée par Œdipe sur Créon se voit à l'écran, par l'effet de plongée – contre-plongée entre leurs deux visages, faisant apparaître celui d'Œdipe, aux traits calmes et assurés, dominant celui de Créon, transpirant et apeuré. La violence, située dans la parole chez Sophocle, se transpose dans l'acte dans le film de Pasolini.


Par ailleurs, une certaine violence est cachée aux yeux des spectateurs, dans Œdipe roi de Sophocle, alors qu'elle est montrée dans le film de Pasolini. C'est le cas, en réalité, des actes de violence les plus crus, les plus barbares : ainsi, la confrontation entre Œdipe et le Sphinx, qui aboutit à la mort du monstre, n'est qu'évoquée dans Œdipe roi de Sophocle, puisque cet événement a eu lieu avant le début de la tragédie : elle est simplement mentionnée par le personnage d'Œdipe, lors de sa conversation avec Tirésias : "D'où vient qu'au jour où le Sphinx faisait peser ici ses enchantements tu n'ouvrais pas la bouche pour en délivrer tes concitoyens ?" (v. 391) Le meurtre de Laïos n'est pas représenté non plus, il n'est qu'évoqué, alors même que le parricide, acte d'une extrême violence, est l'une des raisons pour lesquelles Œdipe est puni par les dieux. Enfin, le suicide de Jocaste, puis la mutilation d'Œdipe, qui se crève les yeux, ne sont pas montrées sur scène, mais font l'objet d'un rapport par le personnage du valet, au début de l'exodos. Ces violences sont cachées en raison du format même de la tragédie grecque, qui ne se déroule qu'en une journée, ce qui ne permet pas d'inclure les morts de Laïos et du Sphinx, et qui ont eu lieu dans le passé d'Œdipe, et dont les règles de bienséance ne permettent pas de montrer de morts ou de mutilations sur scène, telles celles subies par Œdipe ou Jocaste.

Au contraire, le film de Pasolini montre ces violences, et en souligne même le caractère violent. Ainsi, la temporalité choisie par le cinéaste lui permet d'inclure les morts de Laïos et du Sphinx. La violence de la scène du parricide est exacerbée par les hurlements incessants d'Œdipe, alors qu'il se jette sur les soldats et sur son père. De même, la scène de la confrontation avec le Sphinx est encore plus violente qu'elle ne l'était selon le mythe, puisqu'Œdipe ne gagne pas la bataille en résolvant une énigme, mais bien par la violence physique : il se précipite sur le Sphinx, et le spectateur devine qu'il le jette lui-même dans l'abîme. Enfin, la pendaison de Jocaste est également montrée, et sa violence soulignée par les cris de son époux, comme par la vision de son corps dénudé par ses étreintes ; quant à l'énucléation, la caméra la capte directement, et l'image d'Œdipe aux yeux sanguinolants deviendra l'une des plus célèbres images du film de Pasolini. Ainsi, la violence dissimulée par la tragédie de Sophocle s'expose, sur les écrans d'Œdipe roi.


En dernier lieu, nous pouvons remarquer qu'une violence symbolique s'exerce, dans Œdipe roi de Sophocle, qui est sublimée dans le film de Pasolini. Cette violence symbolique, c'est avant tout celle des dieux : ce sont les dieux qui ont châtié Œdipe, avant même sa naissance, et l'ont condamné au destin que l'on sait. Ainsi, toute la mécanique tragique est déterminée par eux, le personnage d'Œdipe ne fait qu'avancer fatalement vers l'accomplissement de sa destinée. Pourtant, cette violence divine n'est pas représentée, elle est seulement annoncée par les interprètes du divin, comme la Pythie, dont la parole est rapportée par Créon lors du prologue.

En revanche, Pasolini exacerbe cette violence symbolique, la sublime, en ne la limitant plus à un élément narratif, et en lui donnant une existence à l'écran. Ainsi, la violence des dieux, exercée contre les hommes, existe à l'image : c'est la violence du rire de la Pythie, lorsqu'elle énonce à Œdipe son cruel destin ; la violence du soleil, qui le brûle alors qu'il prend le chemin de Thèbes ; celle, enfin, des images de cadavres, de morts sanguinolents qu'on enterre, morts à cause des dieux, qui ont voulu cette malédiction sur la ville de Thèbes. La violence symbolique, dans la tragédie de Sophocle, est sublimée par la caméra : Pasolini lui confère une existence palpable et menaçante.


Ainsi, la violence est représentée différemment dans Œdipe roi de Sophocle et de Pasolini : parole au théâtre, elle devient acte lorsqu'elle est filmée ; cachée dans l'Antiquité, elle est soulignée à l'époque contemporaine ; symbolique chez les croyants, elle est sublimée par le cinéaste italien, religieux en dehors de tout dogme. La violence est au cœur d'Œdipe roi, et elle frappe les mêmes personnages ; pourtant, le seul fait qu'elle soit représentée si différemment dans les deux œuvres prouve une fois encore que Pasolini est loin de transcrire la tragédie sophocléenne : il la réécrit.

Fin de l'extrait

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