Correction Littérature - Bac L 2017 Pondichéry

Correction Littérature - Bac L 2017 Pondichéry

Le corrigé de Littérature du Bac L de Pondichéry 2017 est dès à présent disponible. Notre professeur vous propose sa correction complète et rédigée.

Les oeuvres étudiées ici étaient Les Faux-Monnayeurs et Le Journal des Faux-Monnayeurs d'André Gide, et vous deviez répondre aux deux questions suivantes : Peut-on dire du personnage d'Edouard qu'il est un double de l'auteur ? ; Dans quelle mesure la lecture conjointe des deux oeuvres engage-t-elle la collaboration active du lecteur ?

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Correction Littérature - Bac L 2017 Pondichéry

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QUESTION 1 (8 POINTS)

A la lecture des Faux-Monnayeurs et de son Journal, peut-on dire du personnage d'Edouard qu'il est un double de son auteur ?

Les Faux-Monnayeurs d'André Gide est un roman construit sur l'idée de la mise en abyme : son titre fait référence, entre autres, au roman qu'écrit l'un des personnages, Edouard. Or, non seulement Edouard rédige un roman dont le titre est le même que celui que Gide écrit, mais il tient également un journal, quand Gide rédige, en parallèle, son Journal des Faux-Monnayeurs.

Peut-on dire du personnage d'Edouard qu'il est un double de son auteur ?

 

A certains égards, Edouard, protagoniste central du roman, peut en effet être regardé comme un double de l'auteur des Faux-Monnayeurs. D'abord, la ressemblance entre le personnage et son auteur est biographique : Edouard, comme Gide, est un écrivain, et un écrivain d'une assez grande renommée, puisque ses livres n'ont pas "l'honneur de figurer aux bibliothèques des gares" (FM, I, 8, p. 71). Par ailleurs, Edouard est homosexuel, et amoureux d'un garçon plus jeune que lui, son neveu, Olivier. Or, si André Gide n'est pas tombé amoureux de son neveu, il vit en revanche une liaison avec le jeune Marc Allégret, liaison qui a beaucoup d'importance pour lui ; Edouard est jaloux de la relation de Passavant, l'écrivain en vogue, avec Olivier, tout comme Gide était jaloux de la relation d'amitié entre Marc et Jean Cocteau. Edouard, comme Gide, rend visite au vieux La Pérouse, qui est pour Gide son vieux professeur de piano ; Edouard, comme Gide, vit à Paris, a voyagé en Angleterre, s'est rendu à Saas-Fée, en Suisse. Les parallèles entre la vie d'Edouard et celle de Gide sont nombreux, et il est d'autant plus facile de voir en Edouard un double biographique de Gide qu'Edouard est un personnage écran, dont on ne connaît pas, par exemple, le patronyme.

Mais si Edouard peut être perçu comme le double de son auteur, c'est aussi car ses activités littéraires sont les mêmes que celles de son auteur ! Au moment où Gide écrit un roman intitulé les Faux-Monnayeurs, Edouard écrit également un roman intitulé les Faux-Monnayeurs ; et comme les Faux-Monnayeurs de Gide, les Faux-Monnayeurs d'Edouard ne s'occupent pas directement de faux-monnayeurs : cette fausse monnaie est avant tout symbolique ! En outre, Edouard n'écrit pas seulement ce roman, il est aussi diariste, et rédige en parallèle son journal – comme Gide avec lui. Et ces journaux entretiennent tous deux des similarités : ainsi, Gide écrit dans son journal : "(...) j'ai écrit les trente premières pages de mon livre sans difficulté presque aucune" (JFM, p. 46), et Edouard reprend : "Ecrit trente pages des Faux-Monnayeurs, sans hésitation, sans ratures" (FM, p. 322) ; Gide s'interroge sur le roman pur, il veut "Purger le roman de tous les éléments qui n'appartiennent pas spécifiquement au roman" (JFM p. 64), quand Edouard prétend "Dépouiller le roman de tous les éléments qui n'appartiennent pas spécifiquement au roman" (FM, p. 78) ; Gide et Edouard s'interrogent sur le thème de la décristallisation de l'amour, les personnages... Au-delà d'une image biographique d'André Gide, Edouard apparaît également comme son double littéraire.

 

Mais si les Faux-Monnayeurs de Gide est un tel chef d'œuvre, c'est que rien n'y est si facile, si immédiat ou même artificiel : Edouard, double de Gide, ne serait-il pas plutôt son faux double ? En effet, s'il existe des correspondances biographiques entre l'auteur et son personnage, il existe également des correspondances biographiques entre l'auteur et certains autres personnages : Boris, ainsi, peut être compris comme une représentation de Gide enfant. En outre, Gide garde ses distances avec le personnage d'Edouard : ainsi, dans le JFM, il écrit à propos d'Edouard : "Personnage d'autant plus difficile à établir que je lui prête beaucoup de moi. Il me faut reculer et l'écarter de moi pour bien le voir" (JFM, p. 67) ; cette mise à distance s'opère également, dans le roman, à travers l'intervention d'un narrateur, qui apparaît peut-être alors comme le véritable double de Gide, critiquant les prises de position d'Edouard par rapport aux autres personnages : "Edouard m'a plus d'une fois irrité (...) Ce qui ne me plaît pas, chez Edouard, ce sont les raisons qu'il donne. Pourquoi cherche-t-il à se persuader, à présent, qu'il conspire au bien de Boris ? Mentir aux autres, passe encore ; mais à soi-même !" (FM, II, VII, p. 215 – 216) Edouard ne serait pas le double de Gide, mais bien sa création, et l'objet de ses critiques.

Faux double biographique, Edouard est aussi un faux double littéraire ! Ainsi, si le principal point de correspondance entre Edouard et son auteur est le roman les Faux-Monnayeurs, leur principal point de divergence est également le roman les Faux-Monnayeurs : Gide l'achève, le considère comme son "premier roman", en est fier... mais Edouard ne le terminera pas ! Lorsqu'il en parle aux autres personnages, ceux-ci doutent de la capacité d'Edouard à écrire ce roman : c'est le cas de Laura, c'est aussi le cas de Bernard, qui remet en cause la manière dont Edouard veut mener son texte ("Si j'écrivais les Faux-Monnayeurs, je commencerais par présenter la pièce fausse (...)" FM p. 189). Gide juge d'ailleurs durement, dans son Journal, les qualités d'écrivain d'Edouard : "Au surplus, ce pur roman, il ne parviendra jamais à l'écrire. Je dois respecter soigneusement en Edouard tout ce qui fait qu'il ne peut écrire son livre (...) Le véritable dévouement lui est à peu près impossible. C'est un amateur, un raté" (JFM p. 67) Et les divergences se poursuivent au regard du journal : Edouard rédige un journal, mais ne le publie pas, contrairement à Gide. D'ailleurs, ce journal n'est pas millésimé ; considérait-il vraiment sa publication ? Le journal d'Edouard n'est donné à lire au lecteur qu'à travers le regard indiscret de Bernard, là où celui de Gide est publié, comme un pendant de son roman. Edouard ne peut être le double littéraire de Gide : il est un écrivain inachevé.

 

Si l'on peut encore considérer Edouard comme un double de Gide, bien qu'il soit son faux reflet biographique et littéraire, c'est en raison de sa main mise sur le roman les Faux-Monnayeurs. En effet, si Edouard est un double de l'écrivain Gide, ce n'est pas parce qu'il écrit lui-même un roman intitulé les Faux-Monnayeurs, c'est parce qu'il mène d'une main de maître les personnages de ce roman – comme Gide avant lui. Gide est le lien entre les personnages, des personnages fort divers et d'horizons différents, qu'il met en relation les uns avec les autres ; Edouard matérialise ce lien : il est le personnage central, le point commun entre les Molinier, Bernard, la pension Vedel, le vieux La Pérouse. Gide mène les personnages vers leur destin ; Edouard également, qui récupère Olivier à Passavant, ou qui va rechercher Boris, qui l'amène à Paris et vers sa mort. Edouard est le double de Gide, dans la mesure où il unit les personnages, et les mène vers leur accomplissement.

Enfin, n'oublions pas que si Edouard est "un amateur, un raté", il n'en est pas moins celui qui permet de transposer dans le roman de Gide ses expériences biographiques, ou encore ses considérations théoriques. Ainsi, quand Gide évoque dans son JFM la rencontre avec la jeune femme atteinte de paralysie nerveuse dans le train, il écrit : "Edouard pourrait fort bien avoir rencontré en wagon cette extraordinaire créature, qui nous fit lâcher nos places retenues" (JFM, p. 55) ; ou encore, après avoir abordé des considérations théoriques sur le roman, Gide déclare : "Je crois qu'il faut mettre tout cela dans la bouche d'Edouard – ce qui me permettrait d'ajouter que je ne lui accorde pas tous ces points, si judicieuses que soient ses remarques (...)" (JFM, p. 66). Double de Gide ? Plus subtilement, Edouard porte au roman les considérations de son auteur. Faux double de Gide, sous certains aspects, Edouard est Gide.

 

Le personnage d'Edouard, qui paraît lors d'une lecture superficielle des Faux-Monnayeurs être un double de Gide, est en réalité un faux double de son auteur, puisqu'il ne s'accomplit pas à travers les Faux-Monnayeurs et son Journal comme Gide le fait lui-même. Pourtant, à travers les liens qu'il entretient avec les personnages, à travers les paroles de l'auteur qu'il porte dans le roman, qu'il donne l'occasion à Gide de commenter, Edouard est plus qu'un double de Gide, il est Gide. Est-ce véritablement un rapport d'identité, ou encore un mirage, un dupliquat, un faux-monnayeur ? Gide, comme Edouard, lit Dostoïevski, un auteur qui a lui-même été fasciné par les rapports de double. Jeux d'apparence et de miroir, la relation qu'entretiennent Edouard et Gide demeure impossible à défiir précisément.

 

QUESTION 2 (12 POINTS)

"Tant pis pour le lecteur paresseux : j'en veux d'autres..." prévient Gide dans son Journal des Faux-Monnayeurs. Dans quelle mesure la lecture conjointe des deux œuvres engage-t-elle la collaboration active du lecteur ?

 

NB. Ici, le sujet ne portait pas sur le rôle du lecteur face aux Faux-Monnayeurs, mais bien sur le rôle actif du lecteur face aux Faux-Monnayeurs et à son Journal. Il fallait donc éviter de traiter, en une partie séparée, le rôle du lecteur dans la reconstruction chronologique des événements romanesques, dans la reconstitution du réel, etc.

Notez également que la "collaboration" du lecteur dont fait mention le sujet devait être comprise comme une participation, comme un travail du lecteur avec l'écrivain, plus que comme un simple effort de lecture.

 

"Tant pis pour le lecteur paresseux : j'en veux d'autres..." déclare Gide dans son Journal des Faux-Monnayeurs. Le lecteur des Faux-Monnayeurs devra effectivement devenir acteur de sa lecture, s'il veut saisir tous les enjeux du roman ; mais l'ambitieux qui lit le Journal des Faux-Monnayeurs en parallèle de son roman est confronté à d'autres enjeux, et sera amené à une véritable collaboration avec l'entreprise romanesque.

Dans quelle mesure la lecteur conjointe des deux œuvres engage-t-elle la collaboration active du lecteur ?

 

Tout d'abord, la lecture conjointe des Faux-Monnayeurs et du JFM amène le lecteur à construire des ponts entre l'œuvre en train de se faire, et l'œuvre achevée. Ainsi, à la lecture de ces deux œuvres, le lecteur est amené à rechercher activement les divers éléments ayant mené à l'élaboration du roman les FM, à comprendre sa genèse : il prend ainsi connaissance des faits divers ayant inspiré André Gide (l'arrestation d'un groupe de faux-monnayeurs, et le suicide d'un lycéen en pleine classe), mais aussi des éléments autobiographiques qui ont été intégrés presque tels quels dans le roman (le passage de la rencontre d'un écolier ayant volé un guide touristique, qui sera repris dans les FM, en est le meilleur exemple).

Mais le lecteur peut aussi faire des parallèles entre les thèmes élaborés dans le journal, et leur reprise dans le roman : c'est le cas du développement à propos du roman "pur", du thème de la décristallisation de l'amour, de la référence à Dostoïevski... Ce faisant, le lecteur, à la recherche d'éléments dans le Journal comme dans les Faux-Monnayeurs, est amené à une compréhension plus exhaustive de l'œuvre que s'il s'était contenté de lire le seul roman : c'est tout un univers gidien de création romanesque qui est mis à jour.

 

En outre, ce lecteur actif, qui lit en parallèle les FM et le JFM, est amené à démultiplier les dimensions du roman. En effet, un lecteur qui se contenterait de lire le seul roman ne pourrait percevoir de la structure de mise en abyme que son aspect le plus superficiel : Gide, écrivain, écrit un roman intitulé les Faux-Monnayeurs, dans lequel il met en scène Edouard, écrivain, qui écrit un roman intitulé les Faux-Monnayeurs. Mais le lecteur qui se limiterait au roman ne pourrait percevoir toute la dimension ludique de ce procédé de mis en abyme, tandis que celui qui lit également le Journal construit, met en perspective les affirmations de Gide, et celle d'Edouard ; comprend que Gide ne se contente pas de s'incarner en Edouard, mais qu'il construit un personnage complexe, objet de critique.

Par ailleurs, les dimensions du roman sont démultipliées par ce lecteur, véritable collaborateur de l'auteur, dans la mesure où seul celui qui lirait le JFM en parallèle du roman pourrait percevoir que la mise en abyme ne concerne pas le seul processus romanesque, mais aussi l'écriture du journal intime ! Car André Gide écrit son journal en parallèle du roman, comme Edouard écrit son journal en parallèle du roman ; et le lecteur lit le journal d'Edouard, comme il lit le journal de Gide. Par la lecture active des deux œuvres, le lecteur repousse les frontières des FM, qui devient une œuvre aux multiples facettes.

 

Enfin, le lecteur qui lirait conjointement les deux œuvres se verrait propulsé dans des questions théoriques, concernant l'esthétique littéraire ; questions techniques qui ne sont pas, d'ordinaire, destinées à être perçues des lecteurs. Le lecteur de Gide, qui connaît à travers le JFM les préoccupations de l'auteur à propos de la nature du roman, à propos du traitement des personnages, de la multiplicité des narrateurs, et de la création romanesque en général est amené à constater de ses propres yeux les choix de l'auteur faits acte. Ainsi, le lecteur comprend profondément les mécanismes romanesques, comme un spectateur qui se serait immiscé dans les coulisses d'un théâtre comprendrait le fonctionnement profond de ce dernier.

Si le lecteur est amené à s'impliquer véritablement dans le processus de création romanesque, il en devient également, en partie, l'auteur. Comme Gide le précise dans le JFM : "Ce n'est point tant en apportant la solution de certains problèmes, que je puis rendre un réel service au lecteur ; mais bien en le forçant à réfléchir lui-même sur ces problèmes dont je n'admets guère qu'il puisse y avoir d'autre solution que particulière et personnelle" (JFM, p. 28). Le lecteur est donc élevé au rang de co-auteur de l'œuvre ; et l'acte de lecture n'est plus réception passive mais compréhension, construction. Le lecteur est impliqué, d'office, dans le processus de création romanesque.

 

Comment le lecteur des Faux-Monnayeurs et de son Journal pourrait-il demeurer paresseux ? Amené d'abord à construire d'incessants parallèles entre les deux œuvres, pour les comprendre en profondeur, il démultiplie également les dimensions romanesques, en construisant la mise en abyme dans toute sa complexité. Impliqué dans le processus de création romanesque, la lecture n'est plus, pour lui, réception passive de l'œuvre, mais bien collaboration active du lecteur avec l'auteur, pour la construction d'un roman qui sera, n'en doutons pas, différent pour chacun d'entre nous.

Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

FannyJ18
20/20

Bonjour, certain peuvent la retenir par coeur s'ils le souhaitent, d'autres peuvent en comprendre l'idée générale. Nous vous donnons de la matière et des notions supplémentaires pour que vous puissiez réussir au mieux votre épreuve de Littérature. Plus vous avez de connaissances, mieux c'est non ? ;)

par - le 23/05/2017
Safouya
16/20

"Ce n'est point tant en apportant la solution de certains problèmes, que je puis rendre un réel service au lecteur ; mais bien en le forçant à réfléchir lui-même sur ces problèmes dont je n'admets guère qu'il puisse y avoir d'autre solution que particulière et personnelle" (JFM, p. 28). Nous pouvons être d'accord sur le fait qu'aucun élève ne va apprendre une citation aussi longue et la recracher le jour de l'examen (la probabilité de pouvoir la réutiliser étant infime). Quel est donc l'intérêt d'utiliser cette citation, certes pertinente mais inutilisable, dans ce corrigé ?

par - le 21/05/2017

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