Correction Littérature - Bac L 2017 Washington

Correction Littérature - Bac L 2017 Washington

Notre professeur a rédigié pour vous le corrigé de Littérature du Bac L 2017 de Washington (Amérique du Nord).
Voir le sujet de Littérature.

Pour rappel, l'oeuvres étudiées étaient Les Faux-Monnayeurs et le Journal des Faux-Monnayeurs d'André Gide, et les deux questions étaient : "Quels liens faites-vous entre le Journal des Faux-Monnayeurs et les passages du roman les Faux-Monnayeurs intitulés "journal d'Edouard" ?" puis "Comment ces deux œuvres mettent-elles en scène la création romanesque ?".

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Correction Littérature - Bac L 2017 Washington

Le contenu du document


QUESTION 1 (8 POINTS)

Quels liens faites-vous entre le Journal des Faux-Monnayeurs et les passages du roman les Faux-Monnayeurs intitulés "journal d'Edouard" ?

L'ambition d'André Gide, lorsqu'il écrit les Faux-Monnayeurs (1925), est de renouveler les formes romanesques : il le fait, entre autres, en mettant en place un procédé de mise en abyme, puisque le personnage principal de ce roman, Edouard, est également un romancier, qui écrit aussi un roman intitulé les Faux-Monnayeurs. Par ailleurs, alors que Gide écrit le Journal des Faux-Monnayeurs en parallèle de l'écriture de son roman, Edouard tient également un journal, dont certains passages sont reproduits dans les Faux-Monnayeurs.

Quels liens peuvent être constatés, entre le Journal des Faux-Monnayeurs de Gide, et les passages du journal d'Edouard dans les Faux-Monnayeurs ?


Tout d'abord, alors que le Journal de Gide est authentique, tandis que celui d'Edouard, dans les Faux-Monnayeurs, est sensé être fictionnel, ces deux journaux partagent une même réalité. Ainsi, la démarche des deux diaristes est la même, lorsqu'ils rédigent leurs journaux : tous deux font de ce journal un lieu de réflexion sur la création romanesque. Gide voulait d'ailleurs que son Journal des Faux-Monnayeurs, sorte de laboratoire de la création des Faux-Monnayeurs, prenne place dans le roman en tant que journal d'Edouard : "Il faut que ce carnet devienne en quelque sorte 'le carnet d'Edouard'" (JFM, pp. 36 – 37).

En outre, les deux journaux restituent une même réalité quotidienne : en effet, bien que le JFM de Gide soit destiné aux notes concernant la création romanesque, le romancier y inclut également des passages concernant sa vie privée ; or, certains de ces passages se retrouvent, retranscrits avec une grande précision, dans le journal d'Edouard. Ainsi, Gide décrit sa rencontre avec un jeune garçon qu'il a surpris alors qu'il volait un livre ; ce dernier, embarrassé, a fait semblant de ne pas avoir assez pour payer le guide touristique, et l'a remis sur l'étalage. Gide, pris de pitié, achètera finalement l'ouvrage au jeune garçon. Cette scène est présente également dans le journal d'Edouard, qui rencontre ainsi, sans s'en douter, son jeune neveu Georges Molinier ! Le passage du JFM dans lequel Gide rencontre une jeune femme atteinte de "paralysie nerveuse", dans un train, trouve également écho dans le journal d'Edouard, d'une part par la description de la maladie de Boris, d'autre part par la description de l'habitude qu'a Madame Vedel de ne jamais finir ses phrases. Ainsi, le journal de Gide et le journal d'Edouard, bien que l'un soit authentique et l'autre fictionnel, partagent tous deux une même réalité.


D'autre part, le Journal des Faux-Monnayeurs peut être rapproché du journal d'Edouard dans la mesure où les deux textes évoquent une même conception du roman : comme si Gide avait souhaité faire de ce journal d'Edouard un porte-parole de sa théorie du roman ! Ainsi, les deux romanciers cultivent, dans leurs journaux, l'ambition d'un "roman pur" : il voudrait "purger le roman de tous les éléments qui n'appartiennent pas spécifiquement au roman" (JFM, p. 64). Edouard, quant à lui, partage cette ambition du roman pur, au point de l'énoncer dans des termes très proches : il dit vouloir "dépouiller le roman de tous les éléments qui n'appartiennent pas spécifiquement au roman" (FM, p. 78).

De plus, la démarche créatrice des deux diaristes, la manière dont ils entendent créer leurs romans respectifs, est la même. Ainsi, Gide comme Edouard ont le titre de leur roman avant d'avoir commencé à écrire : Gide évoque pour la première fois le titre "Le Faux-Monnayeur" en 1914, et Edouard parle toujours dans son journal du roman les Faux-Monnayeurs, qu'il n'a pas encore écrit. Par ailleurs, ni Gide ni Edouard ne comptent établir de ligne directrice à leur roman : "je voudrais pourtant éviter ce qu'a d'artificiel une 'intrigue'" écrit Gide (JFM, p. 21) ; Edouard, après son créateur, refuse d'écrire à partir d'un plan : "Vous devriez comprendre qu'un plan, pour un livre de ce genre, est inadmissible" (FM, p. 185). Cette absence de plan permettra à Gide, comme à Edouard, de privilégier une intrigue multiple : "Je tâche à enrouler les fils divers de l'intrigue et la complexité de mes pensées autour de ces petites bobines vivantes que sont chacun de mes personnages" (JFM, p. 27), "Mon roman n'a pas de sujet (...) Mettons si vous préférez qu'il n'y aura pas un sujet" (FM, p. 184). Enfin, les deux romanciers diaristes se préoccupent du rapport entre leur œuvre et la réalité : "D'une part, l'événement, le fait, la donnée extérieure ; d'autre part, l'effort même du romancier pour faire un livre avec cela" (JFM, p. 51), écrit Gide ; Edouard, reprenant les préoccupations de son créateur, extrapole le terme d'"effort", et parle d'une "lutte entre les faits proposés par la réalité, et la réalité idéale" (FM, p. 185). Les démarches créatrices exposées par Gide et Edouard dans leurs journaux semblent être identiques à de nombreux égards.


Le journal fictif d'Edouard, dans les Faux-Monnayeurs, entretient une relation étroite avec le journal authentique que tenait Gide en parallèle de l'écriture des Faux-Monnayeurs : les deux journaux semblent évoquer une même réalité, tout comme ils évoquent une même conception du roman en train de s'écrire. Pourrait-on voir le journal d'Edouard comme une simple transposition du journal de Gide dans la fiction ? Les liens entre les deux journaux ont pourtant une limite certaine : si le journal de Gide évoque un roman à naître, le livre d'Edouard, quant à lui, semble ne jamais devoir être publié.


QUESTION 2 (12 POINTS)

Comment ces deux œuvres mettent-elles en scène la création romanesque ?


NB. Ce sujet peut dérouter par son aspect général : ainsi, plusieurs plans étaient possibles. Dans cette question posée, la tournure "mettre en scène" devait nous interpeller : les deux œuvres montrent le processus de création romanesque, mais le font-elles naturellement ? Ou au contraire, leur démarche peut-elle être considérée comme intentionnelle ?


En plaçant au cœur de son roman les Faux-Monnayeurs un personnage de romancier, Edouard, rédigeant lui-même un roman intitulé les Faux-Monnayeurs, Gide choisit l'un des thèmes les plus importants de son œuvre : celui de la création romanesque. Mais plus encore qu'un thème, la création romanesque fait partie intégrante de l'œuvre : dans le roman comme dans le journal, c'est l'œuvre en train de se faire qui est donnée à voir au lecteur.

Pourquoi peut-on dire que les Faux-Monnayeurs, ainsi que le Journal des Faux-Monnayeurs, mettent en scène la création romanesque ?


D'abord, nous remarquons que les Faux-Monnayeurs, tout comme le Journal que Gide tient en parallèle de son écriture, mettent en scène le processus de création romanesque dans la mesure où ils en font un thème central, prédominant. Ainsi, les deux œuvres proposent une histoire du processus d'écriture du roman. C'est le cas du Journal des Faux-Monnayeurs, qui décrit l'œuvre en train de se faire, depuis le début du processus (la détermination d'une intrigue, d'une méthode etc) jusqu'à son achèvement ("Hier, 8 juin, achevé les Faux-Monnayeurs" JFM, p. 97). De même, les passages du journal d'Edouard dans les Faux-Monnayeurs montrent aussi que le personnage du romancier est dans un processus de création romanesque : il s'interroge sur ce que doit être son roman, sur son rapport à la réalité, sur de possibles thèmes à y inclure, etc.

Par ailleurs, les FM comme le JFM évoquent les circonstances de l'écriture : Gide et Edouard, dans leurs journaux respectifs, évoquent ainsi leurs difficultés d'écriture : Gide évoque "l'extrême difficulté [qu'il] éprouve à faire progresser [son] livre" (JFM, p. 52), tandis qu'Edouard parle beaucoup de son livre, mais ne l'écrit pas ("(...) du livre même, je n'ai pas encore écrit une ligne" FM, p. 186). De même, les deux romanciers font face aux commentaires de leur entourage à propos de leur livre : Gide mentionne ainsi un conseil de son ami le romancier Roger Martin du Gard (JFM, p. 81), alors qu'Edouard doit faire face à un conseil de juges, dans sa conversation avec Madame Sophroniska, Bernard et Laura, qui jugent tous trois sévèrement son projet romanesque (chapitre III, partie II, FM). Les deux œuvres s'attachent à faire de la création romanesque, sous toutes ses coutures, un thème central du roman.


Cependant, la création romanesque n'est pas qu'un thème dans les FM ou le JFM : exposé, disséqué au grand jour, le processus d'écriture romanesque est mis en scène dans ces deux œuvres, dans la mesure où son aspect artificiel est révélé. Ainsi, si la plupart des romanciers tâchent de cacher les ficelles de la création romanesque dans leurs œuvres, Gide, au contraire, les dévoile. En effet, dans les FM, il n'hésite pas à faire intervenir, au chapitre VII de la deuxième partie, un narrateur qui lui ressemble, pour commenter l'action en train de se faire : "(...) l'auteur imprévoyant s'arrête un instant, reprend souffle, et se demande avec inquiétude où va le mener son récit" (FM, p. 215). De même, la seule publication du JFM, en 1927, un an après la parution des FM sous forme de livre, nous montre assez à quel point l'auteur voulait révéler les coulisses de la création romanesque.

En révélant ainsi les entrailles de la création romanesque, Gide en souligne également l'artificialité : comme des acteurs sur une scène, les personnages des FM prennent la parole pour créer l'illusion de la réalité. Pourtant, le lecteur attentif du JFM connaît les tenants et les aboutissants de ces personnages ; il sait, par exemple, les liens entre le personnage de Vincent et le thème du démon, et ne peut regarder naïvement les allées et venues de ce personnage, sans prêter attention aux symboles qu'il porte. Ainsi, si la création romanesque est effectivement mise en scène, c'est aussi pour en montrer l'artificialité.


Par ailleurs, les deux œuvres mettent en scène la création romanesque, dans la mesure où elles-mêmes participent de la création romanesque. En effet, si Gide révèle, dans les FM comme dans le JFM, les ficelles de la création romanesque, ce n'est pas pour en dénoncer l'artificialité comme un aspect négatif, c'est plutôt pour montrer au lecteur un roman en train de se faire. Ainsi, la création romanesque est mise en scène dans les deux œuvres pour permettre au lecteur d'assister au processus créatif. Le JFM est le texte d'un roman en train de s'écrire, le laboratoire d'un roman qui change au fur et à mesure des événements vécus, puisque Gide intègre certains événements qu'il vit dans son roman – à l'instar, bien entendu, de la rencontre avec le jeune garçon qui dérobe un livre, et qui deviendra, dans les FM, la première rencontre entre Edouard et Georges Molinier.

De plus, les deux oeuvres participent de la création romanesque qu'elles exposent, dans la mesure où elles sont également liées l'une à l'autre par un procédé de mise en abyme reposant entièrement sur la création romanesque : Gide écrit le roman les FM, mettant en scène un personnage de romancier écrivant un roman intitulé les FM, dans lequel figurera un personnage de romancier... Et tout en écrivant les FM, il rédige le JFM, alors qu'Edouard tient également un journal de la création romanesque – peut-être le protagoniste du journal d'Edouard tiendra-t-il, lui aussi, un journal ? Plus qu'un thème, plus encore qu'un aspect de la création dévoilée, la création romanesque est mise en scène dans les FM et dans le JFM dans la mesure où ces deux œuvres participent de la création romanesque en train de se faire.


Les FM et le JFM mettent en scène la création romanesque à plusieurs niveaux : elles la montrent, en en faisant un thème ; elles l'exposent, en dénudant ses ficelles ; et enfin elles y participent, en illustrant de par leur existence la création romanesque à l'œuvre. Roman de la création romanesque, les FM et son JFM proposent à leur lecteur un plongeon vertigineux dans le processus d'écriture.

Fin de l'extrait

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