Correction Littérature Bac L Liban 2017

Correction Littérature Bac L Liban 2017

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Vous aviez à étudier l'oeuvre : Oedipe Roi de Sophocle et Pasolini. Deux questions vous sont alors posées : "La figure de Jocaste est-elle la même dans les deux oeuvres ?" et "Comment le sacré se manifeste-t-il dans les deux oeuvres ?".

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Correction Littérature Bac L Liban 2017

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Le sujet proposait aux candidats de se pencher sur deux thèmes classiques de l'étude d'Œdipe roi, de Sophocle et de Pasolini : le personnage de Jocaste, et la thématique du sacré. Les questions claires, comme les thématiques proposées, ne devaient pas surprendre des candidats bien préparés ! Aucune difficulté spécifique en vue ; cependant, les questions posées pouvaient appeler plusieurs plans.

 

 

QUESTION 1 (8 POINTS) : La figure de Jocaste est-elle la même dans les deux œuvres ?

 

Lorsqu'il tourne Œdipe roi en 1967, Pier Paolo Pasolini n'a aucunement l'intention d'adapter littéralement la tragédie de Sophocle : il fait de la pièce une réécriture cinématographique, et ce faisant, en modifie certains éléments. Jocaste est au cœur de ces modifications : reine aimée de son peuple sur le papier comme à l'écran, son personnage prend de l'ampleur dans l'œuvre de Pasolini.

En quoi la figure de Jocaste évolue-t-elle, de la tragédie de Sophocle au film de Pasolini ?

Epouse qui devient amante, mère qui devient l'incarnation de la maternité, Jocaste est également un personnage devenue un symbole.

 

Si Jocaste apparaît comme une épouse attentionnée dans le texte de Sophocle, Pasolini transfigure ces caractéristiques pour faire d'elle une épouse passionnée. Ainsi, dans la tragédie de Sophocle, Jocaste est l'épouse aimante d'Œdipe ; ainsi, elle est préoccupée des tracas de ce dernier : "Voilà donc ce qui te tourmente ?" (v. 708), "De quelle idée troublante t'avises-tu soudain ?" (v. 727). De même, elle tâche de lui éviter d'apprendre la vérité sur leur union, afin qu'il n'en souffre pas : "Quoi, celui dont il parle... ? Ne t'y arrête pas. Ce qu'il a dit, effaces-en résolument jusqu'au souvenir : cela n'a pas de sens !" (v. 1057). Pourtant, le sentiment amoureux entre Jocaste et Œdipe est relativement peu développé, en raison de l'époque à laquelle la pièce a été écrite – le théâtre antique n'autorisait pas autant les débordements romantiques – ainsi que de la discrétion générale du personnage de Jocaste, qui n'apparaît que deux fois dans la pièce.

A l'écran, Pasolini donne en revanche toute son importance au personnage de Jocaste, et fait de l'épouse attentionnée une amante passionnée. Ainsi, dès le premier échange de regards entre Œdipe adulte et Jocaste, devant les portes de Thèbes, le spectateur comprend que la liaison entre les deux personnages sera marquée par la passion. Toute leur conversation se joue dans les regards intenses, échangés même dans la chambre nuptiale. Jocaste devient un personnage sensuel : en témoignent les scènes où elle noue et dénoue ses cheveux, ainsi que les nombreuses scènes d'amour charnel présentes dans le film, avec Laïos pendant le prologue, et avec Œdipe durant la partie mythique du film. "Leur amour est entièrement dans la chair et l'âme en est entraînée", écrit Pasolini, à propos d'Œdipe et de Jocaste, dans le scénario du film. Jocaste amante est aussi une femme aimante : elle est la tendre complice d'Œdipe. Elle l'écoute parler à Tirésias du haut de sa chambre, elle rit quand il rit, elle se mord le poing quand l'angoisse se fait sentir : elle est le miroir des émotions de son époux. Ainsi, Pasolini a changé Jocaste, épouse aimante, en celle d'une amante adorée.

 

Par ailleurs, et puisque Jocaste gagne en intensité en passant à l'écran, Pasolini s'attache à montrer non seulement la femme qu'est Jocaste, mais aussi la mère qu'elle pourrait être. Dans la pièce de Sophocle, Jocaste est mère, mais le spectateur n'en est pas témoin directement : en effet, elle est mère d'Etéocle et de Polynice, qui n'apparaissent pas, et d'Ismène et d'Antigone, qui apparaissent après la mort de leur mère. De plus, elle ignore qu'elle est la mère d'Œdipe ; du moins jusqu'à la fin du troisième épisode. Aussi ses caractéristiques maternelles ne sont-elles pas représentées ; à part, peut-être, lorsque Jocaste sépare, avec autorité et tendresse, son frère Créon de son époux Œdipe : "Malheureux ! Quel absurde assaut d'invectives ? Qu'avez-vous ? Ne rougissez-vous pas, quand le pays souffre comme il souffre, de remuer des rancœurs personnelles ? [à Œdipe] Allons, rentre au palais [à Créon] et toi Créon, chez toi. N'allez pas grossir en tragédie un grief sans consistance !"

Pasolini, en revanche, non seulement représente Jocaste en mère, mais fait d'elle l'incarnation de la maternité. Pourtant, les quatre enfants de Jocaste et d'Œdipe n'apparaissent pas dans l'œuvre pasolinienne ; si Jocaste est mère, elle est celle d'Œdipe. Ainsi, le film de Pasolini s'ouvre, tout simplement, sur la scène de l'accouchement de Jocaste : le spectateur aperçoit par la fenêtre le médecin l'accoucher du petit Œdipe, aussi les personnages sont-ils d'abord qualifiés par leur relation mère-fils. Jocaste est une mère attentionnée : le prologue du film montre l'échange du regard entre la jeune mère et son enfant, par une suite de plans en plongée et en contre-plongée, mimant ainsi la relation entre le parent et le bébé. Par ailleurs, cette même alternance de plans est reprise par Pasolini plus tard dans le film, alors qu'Œdipe, devenu roi, repose sa tête sur les genoux de sa mère, devenue sa femme, tandis qu'elle lui parle de Laïos. Jocaste, qu'on savait être mère dans la tragédie de Sophocle, devient la figure de la maternité devant la caméra pasolinienne.

 

Enfin, si la figure de Jocaste évolue, depuis la tragédie de Sophocle jusqu'au film de Pasolini, c'est peut-être aussi parce que le personnage de Jocaste acquiert une dimension hautement symbolique. En effet, Sophocle la représente tel que le mythe la représentait : la mère d'Œdipe, coupable innocente, figure tragique qui épouse, sans le savoir, son fils, et se suicide après avoir appris la vérité sur la naissance de son époux. Jocaste est alors une simple protagoniste du mythe, une femme que le tragique a pris en faute, une femme qui meurt sur scène.

En revanche, lorsque Pasolini incarne Jocaste à l'écran, celle-ci est devenue hautement symbolique : effectivement, la psychanalyse freudienne a fait de Jocaste l'incarnation de toutes les mères, puisqu'en théorisant le complexe d'Œdipe, Sigmund Freud fait de tous les petits garçons des petits Œdipe, fantasmant sur leur mère. Pasolini souligne cette dimension symbolique et universelle de Jocaste : l'actrice Silvana Mangano, qui l'incarne à l'écran, apparaît ainsi le visage blanchi, poudré, étonnamment lisse, comme celui d'un masque sur lequel chacun des spectateurs pourrait projeter l'image de sa propre mère. Enfin, Pasolini lui-même n'hésite pas à projeter l'image de sa mère, Susana, sur le masque de Jocaste : "Avec Jocaste, j'ai représenté ma propre mère, projetée dans le mythe", déclare-t-il ainsi lors d'un entretien aux Cahiers du cinéma, en août 1967. Simple personnage, Jocaste devient symbolique.

 

En filmant Œdipe roi de Sophocle, Pasolini a transfiguré la figure de Jocaste : l'épouse est devenue amante passionnée, la mère suggérée est devenue l'incarnation de la maternité, et le simple personnage, un symbole à elle seule. Cette véritable transfiguration du personnage de Jocaste par Pasolini montre assez l'importance que lui-même accordait à cette figure de son film ; ainsi, comme le cinéaste le déclare dans un entretien aux Cahiers du cinéma :"Je dois dire, tout bien pesé, qu’à mon sens le personnage de Jocaste est plus réussi que celui d’Œdipe."

 

QUESTION 2 (12 POINTS) : Comment le sacré se manifeste-t-il dans les deux œuvres ?

 

Si Œdipe tue son père, épouse sa mère, et doit subir un châtiment en conséquence de ces actions, ce n'est pourtant pas totalement de sa faute : il agit ainsi car les dieux ont décidé de sa destinée ; et l'oracle de la Pythie aura beau l'avertir de son triste destin, il ne pourra y réchapper. Le sacré, le religieux, guide entièrement l'intrigue d'Œdipe roi, et imprègne les personnages qui seront les sacrifiés des dieux.

Comment le sacré se manifeste-t-il dans Œdipe roi de Sophocle et de Pasolini ?

Si le sacré s'incarne dans certains personnages, c'est avant tout le thème de la fatalité qui s'en fait l'écho.

 

Tout d'abord, le sacré dans Œdipe roi s'incarne dans certains personnages, en contact avec le divin, et qui transmettent les messages des dieux aux hommes. Dans la tragédie de Sophocle, ces personnages, témoins du sacré, se chargent d'organiser le destin d'Œdipe. Ainsi, la Pythie, l'oracle de Delphes, qui avait auparavant annoncé en vain à Œdipe son destin, intervient lors du prologue, puisque Créon rapporte ses paroles : "Apollon Souverain nous enjoint expressément, ce pays entretenant sur son sol une souillure criminelle, d'éliminer celle-ci sans la laisser s'invétérer jusqu'à devenir incurable" (v. 95 – 96) : il s'agira donc pour Œdipe de se mener l'enquête pour retrouver l'assassin de Laïos. Si cet assassin n'a pas été recherché plus tôt, c'est en partie en raison du Sphinx, autre personnage mythologique en lien avec le sacré : "Le Sphinx était là, avec ses couplets aux jeux insaisissables... Nous étions comme fascinés par l'immédiat : tant pis pour ce qui se dérobait..." (v. 130 – 131). De même, le grand prêtre, incarnation du sacré parmi les hommes, est présent dès le prologue, pour enjoindre Œdipe d'aider son peuple. Enfin, le personnage de Tirésias, le devin, révèle une nouvelle prédiction à Œdipe dans le premier épisode de la tragédie : il a déjà épousé sa mère, et il a tué son père. Œdipe refuse de le croire, et persiste dans son enquête pour découvrir que ces personnages ayant un trait au sacré lui avaient dit la vérité.

Dans le film de Pasolini, ces personnages ayant trait au sacré sont tous représentés, et le cinéaste renforce leur dimension sacrée, de plusieurs manières différentes. Ainsi le personnage du prêtre est-il joué par Pasolini en personne : l'homme religieux acquiert, symboliquement, le même statut que le cinéaste, qui, comme un représentant du sacré, dirige les personnages face à la caméra. D'autres personnages liés au religieux sont caractérisés par la violence : ainsi, lorsque la Pythie annonce son destin tragique à Œdipe, elle éclate d'un rire tonitruant, laissant fuir le jeune homme désemparé ; de même, Œdipe se bat avec le Sphinx, alors même que celui-ci lui délivre un message pacifique ; et il va jusqu'à frapper le devin Tirésias, qui est pourtant un vieillard aveugle. Enfin, les personnages ayant trait au sacré dans le film de Pasolini sont tous caractérisés, symboliquement, par une forme de cécité : Tirésias ne voit pas car il est aveugle ; quant à la Pythie et au Sphinx, leur vue est obstruée par les grands masques africains qu'il porte. Pasolini, grand prêtre et grand cinéaste, n'est-il pas le seul qui voit, à travers l'œil de sa caméra ?

 

Le sacré se manifeste à travers certains personnages qui lui sont liés ; pourtant, la plus grande manifestation du sacré dans les deux œuvres est sans aucun doute la présence suggérée des dieux.

Les dieux décident du destin des hommes : une fois qu'il est choisi, ce destin est inéluctable ; la présence des dieux, et leur manifestation à travers le thème de la fatalité, est la marque du sacré. Ainsi, il est impossible à Œdipe d'échapper à son destin inexorable, même s'il tente de le faire, en ne rentrant pas chez Polybe et Mérope, qu'il croit être ses parents, après avoir entendu la prédiction de la Pythie. En outre, dans le texte de Sophocle, les dieux semblent se jouer d'Œdipe, en ne lui laissant pas croire les révélations de Tirésias, qui lui révèle pourtant la vérité de sa naissance ; et en ne le laissant pas rencontrer assez tôt le pâtre qui aurait pu lui révéler la vérité. Les dieux se moqueraient-ils d'Œdipe, en le faisant rechercher, par l'intermédiaire de l'oracle d'Apollon, un assassin qui n'est autre que lui-même ?

Pasolini, qui donne à son film toute la tonalité tragique qu'on trouvait déjà dans l'œuvre de Sophocle, manifeste également la présence divine à l'écran. Ainsi, il souligne encore la présence de la fatalité dans son œuvre, notamment en conférant aux passages dans lesquels elle est à l'œuvre une musique particulière : il s'agit d'un air de flûte japonais, rythmé d'un tambour, aux accents médiévaux, qui mimerait presque la progression inéluctable d'Œdipe vers le destin qu'il voulait fuir. Enfin, si le texte de Sophocle laisse deviner la présence des dieux par la présence de l'ironie tragique, Pasolini manifeste la présence de ces dieux par la lumière du soleil, qui parfois brûle l'œil de la caméra, éblouissant le spectateur, alors même que les dieux sont sur le point de mener Œdipe vers son destin fatal : c'est le cas lorsqu'Œdipe choisit, à l'aveugle, le chemin qui le mènera finalement vers Thèbes, vers l'accomplissement de sa destinée ; c'est le cas également lorsqu'il croise Laïos et le tue. Le thème de la fatalité, et la présence sous-jacente des dieux, est donc soulignée dans le film de Pasolini au moyen de procédés cinématographiques.

 

Le sacré se manifeste dans Œdipe roi de Sophocle et dans la réécriture cinématographique qu'en fait Pasolini à travers la présence des personnages qui le représentent, qu'il s'agisse d'un lien avec le religieux, dans le cas du prêtre, avec la mythologie, pour le Sphinx, ou avec les dieux directement, comme c'est le cas pour Tirésias ou la Pythie. Par ailleurs, le sacré est présent à tout instant des deux œuvres, dans la mesure où ce sont les dieux qui mènent Œdipe vers l'accomplissement de son destin tragique.  Œuvre emprunte de sacré, Œdipe roi révèle, à chaque moment, la prégnance du religieux.

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