Corrigé Littérature - Bac L Polynésie 2016

Corrigé Littérature - Bac L Polynésie 2016

Notre professeur de Littérature vous propose le corrigé de Littérature du Bac L de Polynésie 2016.

L'épreuve était consacrée à Oedipe Roi de Sophocle et Pasolini. Profitez de la correction du sujet de Littérature sur Oedipe Roi afin de vous évaluer facilement !

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Corrigé Littérature - Bac L Polynésie 2016

Le contenu du document


La première question interroge la figure du père dans le film de Pasolini. La deuxième question, elle, vise à comparer l’œuvre de Sophocle et celle de Pasolini : il faut repérer les points communs, et expliquer les différences.


Question 1

Dans le film de Pasolini, le même acteur incarne le personnage de Laïos et celui du père dans le prologue. En vous fondant sur votre connaissance de la tragédie de Sophocle, comment interprétez-vous le parti pris de Pasolini ?


→ sans être une dissertation, la question demande à être organisée et structurée de manière rigoureuse ;

→ il faut donc une introduction, des paragraphes argumentés (deux sont suffisants), une conclusion.


(Introduction) Le film Œdipe roi de Pasolini est un de ses chefs-d’œuvre

→ il donne à voir un classique, mais en l'interprétant d'une manière tout à fait originale. 

→ Il y mêle l'intime et le social. 

→ Le choix d'un même acteur pour les rôles de Laïos et du père dans le prélude est significatif de cette prise de position.


(1ère paragraphe) En prenant le même acteur, Pasolini cherche à faire un lien entre sa propre vie et le mythe. 

→ C'est l'aspect psychanalytique de l’œuvre cinématographique : Pasolini est un grand lecteur de Freud qui a, on le sait, beaucoup travaillé sur le mythe d'Œdipe (qui devient chez lui un « complexe »). 

→ La volonté de tuer le père pour prendre sa place est un élément de la constitution de l'individu. 

→ Il doit être cependant dépassé pour que l'enfant puisse s'inscrire dans le groupe social. 


(2ème paragraphe) Mais au-delà de l'interprétation personnelle, il y a une interprétation plus universelle, et fondamentalement politique. 

→ En effet, le père du prologue est un militaire fasciste

→ Œdipe tue la figure paternelle, c'est-à-dire qu'il tue aussi la figure du commandement. 

→ Il fait la révolution, il prend sa place, mais il devient lui-même autoritaire 

→ c'est cette problématique qui est mise en place par le choix du même acteur pour les deux personnages.


(Conclusion)

→ le choix du même acteur relève de la volonté d'appeler à une interprétation symbolique du film 

→ Pasolini invite le spectateur à réfléchir l'histoire selon des clefs nouvelles, celles qu'il donne et non pas comme un mythe classique 

→ il se donne comme un cas à la fois psychanalytique et politique : l'intime et le social sont fondamentalement liés.


Question 2

Le personnage d’Œdipe vous semble-t-il soumis au destin de la même façon dans la pièce de Sophocle et le film de Pasolini ?


→ la question étant sur 12 points, on rédigera une dissertation en 2 parties ;

→ le plan classique étant évidemment 1 – la question du destin chez Sophocle, 2 – la question du destin chez Pasolini ;

→ un plan plus audacieux, mêlant les deux œuvres et structurée par rapport à deux aspects du destin, sera bien sûr valorisé, mais sera également bien plus difficile à traiter.


Introduction

Œdipe roi, … 


I – Le destin chez Sophocle

A – Le mythe

→ Le mythe d'Œdipe nous est essentiellement connu à travers la pièce de Sophocle

→ pourtant il s'agit déjà d'une interprétation et d'une version du mythe originel 

→ le destin est le moteur principal de cette version 

→ c'est le destin qui fait qu'Œdipe réalise la prophétie de l'oracle de Delphes en tuant son père et en partageant le lit de sa mère 

→ pourtant chez Sophocle, le destin est déjà diminué par la dimension psychologique du personnage d'Œdipe

→ c'est en effet l'aspect colérique du personnage, comme le dit le chœur à plusieurs reprises, qui fait qu'Œdipe refuse d'écouter ce qu'on lui dit et réalise la prophétie 

→ c'est une des principales particularités du théâtre de Sophocle en général : la psychologie fine des personnages  


 

B – La tragédie comme genre codifié

→ le destin amène donc à la tragédie 

→ or il faut que la tragédie se finisse par la punition du personnage qui a transgressé les règles 

→ les règles fondamentales étant ici de ne pas tuer son père, de ne pas avoir de rapport sexuel avec sa mère, ce que parallèlement est écrit également dans la Bible

→ il faut donc que la prophétie se réalise : c'est le destin 

→ le destin est aussi la volonté des dieux

→ Œdipe est puni parce que ses ancêtres ont mécontenté les dieux : c'est la lignée maudite des Labdacides

→ le destin est donc bien supérieur à l'Homme, il est d'ordre divin


C – Le sens civique et religieux

→ mais cet aspect divin est intimement lié à la vie politique grecque 

→ la religion et le politique ne font qu'un 

→ les Grandes Dionysies, fêtes durant lesquelles sont représentées les pièces de théâtre, comme celle de Sophocle, sont des fêtes structurantes de la société athénienne

→ on y apprend ce qu'il faut faire, on y apprend ce qu'il ne faut pas faire

→ on transgresse symboliquement, à travers les personnages, les règles : c'est la catharsis

→ la leçon de la pièce Œdipe Roi est claire

→ l'individu qui refuse de se soumettre aux dieux est puni : c'est le péché d'hubris, c'est-à-dire l'orgueil

→ mais la pièce de Sophocle invite aussi à un « bon gouvernement » : le « prince » (le roi) doit être légitime

→ Œdipe est, dans le titre grec, un « tyran » : il usurpe le trône de son père

→ celui qui gouverne doit être mesuré, à l'écoute de son peuple, à l'écoute des dieux 

→ c'est cela le destin : ne pas le suivre, c'est se condamner aux pires vengeances.


[Transition]


II – Le destin chez Pasolini

A – L'adaptation cinématographique

→ le traitement du destin est différent chez Pasolini pour plusieurs raisons 

→ d'abord parce qu'il s'agit d'une adaptation libre 

→ Pasolini assume le fait qu'il ne cherche pas à « mettre en scène » (le réalisateur est souvent appelé à l'époque de Pasolini « metteur en scène ») la pièce d'Oedipe, mais qu'il s'en inspire librement

→ ce sont l'ouverture et la fermeture du film qui doivent nous inciter à réfléchir sur le message propre de Pasolini 

→ que ces scènes se déroulent à une époque contemporaine, c'est-à-dire au XXe siècle, invite le lecteur à actualiser le sens traditionnel de la pièce

→ il y a même des aspects très autobiographiques

→ la mère qui joue avec l'enfant dans le champ est un souvenir personnel de Pasolini

→ le costume militaire du père


B – Le message civique et politique

→ contrairement à Sophocle, l'aspect religieux est absent de chez Pasolini 

→ c'est un aspect politique qui prédomine 

→ Pasolini interroge l'acte de gouverner 

→ prise de pouvoir violente → Œdipe doit tuer le Sphinx, et même déjà avant cela, il tue le roi (qui se révélera donc être son père

→ compassion pour le peuple mais aussi colère et aveuglement

→ il punit Tirésias qui tente de le prévenir 

→ il s'énerve contre le berger qui a peur de lui révéler la vérité 

→ ainsi, Pasolini dénonce la tyrannie (on se rappelle qu'en grec, le titre « Œdipe roi » est en fait « Œdipe tyran »

→ la portée politique du film n'échappe pas à celui qui connaît l'engagement de Pasolini dans la vie sociale et politique de l'Italie.


C – La valeur autobiographique

→ Pasolini traite le mythe universel d'une manière qui est aussi autobiographique

→ Pasolini s'identifie à Œdipe 

→ il est lui-même frappé par la malédiction 

→ celle de la guerre : d'où l'introduction du film qui se déroule dans le contexte du régime fasciste des années 30 → habits militaires du père 

→ mais surtout celle de l'homosexualité

→ l'homosexualité, à cette époque, dans la société italienne, est vécue comme une malédiction parce qu'elle est refusée par la société

→ l'homosexualité est alors considérée comme une infamie, et Pasolini en souffre évidemment beaucoup

→ ainsi, en s'identifiant à Œdipe, il accepte pleinement sa condition, quitte à en souffrir, et continue à vivre → c'est la fin du film qui revient à une époque contemporain. Angelo, celui qui le guide, est le symbole de l'art (l'acteur est notamment l'acteur fétiche de Pasolini)


Conclusion

→ les deux auteurs font en fait une interprétation du mythe d'Œdipe

→ la question du destin est traitée surtout sur un mode qui leur est contemporain 

→ l'aspect social et politique est central chez les deux auteurs mais presque opposé

→ Sophocle appelle à une soumission de l'individu au bien commun, à la société 

→ Pasolini au contraire met en avant l'individu contre la société 

→ mais tous deux nous invitent également à penser le citoyen et le système dans lequel nous vivons.

Fin de l'extrait

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