Edouard dans Les Faux Monnayeurs, André Gide - Littérature - Terminale L

Edouard dans Les Faux Monnayeurs, André Gide - Littérature - Terminale L

Nous vous proposons un cours de Littérature pour le Bac L, rédigé par notre professeur, sur le personnage Edouard dans Les Faux-Monnayeurs d'André Gide.

Dans Les Faux-Monnayeurs, Edouard joue un rôle clef en reliant entre eux les différents fils...

Edouard dans Les Faux Monnayeurs, André Gide - Littérature - Terminale L

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Nous vous proposons un cours de Littérature pour le Bac L, rédigé par notre professeur, sur le personnage Edouard dans Les Faux-Monnayeurs d'André Gide.

Dans Les Faux-Monnayeurs, Edouard joue un rôle clef en reliant entre eux les différents fils de l'intrigue et ses personnages. Son histoire d'amour avec Olivier est en outre la seule qui échappe au tragique dont sont frappées les relations sentimentales des autres personnages. Si le roman s'achève pour lui sur une fin heureuse, que penser du personnage ? Mérite-t-il tout à fait son bonheur en héros pleinement positif et digne d'éloge, ou bien une part d'ombre fait-elle de lui un anti héros ? Comment Gide romancier se situe-t-il par rapport à cet alter ego ?

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UNE FIGURE D’AUTORITE MORALE DANS UN UNIVERS D'ADULTES TUTELAIRES DEFAILLANTS

UN MENTOR

De douze ans son aîné, Édouard exerce une influence morale sur Laura. Il est à l’origine de sa décision d’épouser Félix Douviers dans la mesure où il a non seulement approuvé mais conseillé ce choix : un mariage de raison - « Si elle épouse Félix Douviers, ainsi que le lui conseillent sa famille, la raison et moi-même. » (P. 83, I-8) Il a pris en considération les paramètres de la situation de Laura, une dot modeste qui ne lui laisse pas de grandes espérances d'un « beau mariage ». Il y voit aussi un palliatif contre la décristallisation amoureuse qui est selon lui l'avenir de tout couple qui s'enfonce dans le mariage et qu'il ne manque pas de redouter pour lui et Laura. (I-12, P. 105) Douviers l'en remercie, ce qui montre que Laura a suivi l'avis d’Édouard pour prendre cette décision d'importance qui engage sa destinée de femme dans la société de cette époque. En conséquence, Édouard est le recours pour Laura égarée dans l’adultère jusqu'au stigmate social d'une grossesse illégitime et qu'elle ne peut confesser à sa famille ni avouer à son mari : il honore sans tarder sa promesse de lui venir en aide sans tarder. Édouard ne la juge pas, mais la conseille « Oh dites que vous ne me méprisez pas trop. - Mais au contraire ma petite Laura, mais au contraire. Comment pouvez-vous croire ? » I-14 - P. 145

 

Édouard incarne également une providence pour Bernard en rupture de famille I-14, P. 146 « Sachez seulement que depuis ce matin, je suis sans gîte, sans foyer, sans famille, et prêt à me jeter à l'eau si je ne vous avais pas rencontré. » C'est avec mansuétude et indulgence qu’il aborde l'épisode de sa valise dérobée à la consigne : « Édouard tachait en vain de prendre un air sévère. Il s'amusait énormément » I-14, P. 145

 

Édouard est aussi le Pygmalion qu'il faut à Olivier, c'est le verdict du narrateur : « C'est Olivier qu'aimait Édouard. Avec quel soin ne l'eût-il pas mûri ? Avec quel amoureux respect, ne l'eût-il pas guidé, soutenu, porté jusqu'à lui-même ? Passavant va l'abîmer, c'est sûr. »  (II-7, P. 243) Verdict confirmé dans le Journal des Faux Monnayeurs à l'entrée du 23 février 1923. Il critique ses vers sans l'humilier à leur première rencontre et reprend en cela la bourde de Molinier père qui, toujours complaisant vis à vis du talent prometteur de la progéniture qui porte son nom, a mis en avant Olivier poète en herbe contre sa volonté. Édouard critique ses vers (au bon sens du terme dans la mesure où il les passe au crible pour n'en retenir que le meilleur) et le conseille à leur première rencontre. Il désapprouve l’association avec Passavant mais laisse pour autant Olivier libre de ses choix jusqu'au banquet des Argonautes où il vient à sa rescousse et le soustrait définitivement à son influence pernicieuse. Il reçoit à deux reprises l'approbation de Pauline, incarnation dans le roman de la bonne mère, mais qui ne détient pas pour autant l'autorité paternelle et donc le pouvoir décisionnaire sur ses enfants et qui n'a donc pu empêcher ce faisant le voyage en Corse : « Je n'approuvais pas ce départ, m'a-t-elle dit, et ce monsieur Passavant à vrai dire, ne me plaît guère[...] Oscar, lui, cède toujours. […] Mais lorsque je crois devoir m'opposer à quelque projet des enfants, leur résister, leur tenir tête, je ne trouve près de lui nul appui. »(P. 299, III-6) Arbitrage réitéré et confiance reconduite pour ce qui est d'Olivier rescapé de l'influence de Passavant et convalescent, ce en raison de la défaillance de l'autorité paternelle une fois encore alléguée.  Surcroît de confiance, en effet, mais c'est Georges que Pauline a confié entre temps à la tutelle de son oncle Édouard : « Je vous ai dit qu'il ne s'occupait pas beaucoup de ses fils. C'est pourquoi je comptais sur vous pour parler à Georges. » (III-10, P. 340/342)

 

UN CONFIDENT PRIVILEGIE POUR LES AUTRES PERSONNAGES

« Petite bobine vivante », (Journal des Faux Monnayeurs, Entrée du 28 juillet 1919) le personnage d’Édouard fait le lien entre presque tous les personnages. A ce titre, il draine et attire à lui, notamment dans la troisième partie du roman, un certain nombre de personnages dépassés par leur situation et qui viennent lui demander conseil et réconfort. Albéric Profiteuse révèle sa souffrance de père (P. 363, III-12) Félix Douviers (III-12, P. 358/359) vient requérir le nom du séducteur de Laura pour le provoquer en duel. Ou seulement du réconfort puisqu'il se laissera persuader de renoncer à son projet. Rencontré sous les arcades du théâtre de l'Odéon, Oscar Molinier, le personnage à préjugés sociaux et idées convenues, voit en Édouard « un artiste » avec lequel on peut donc parler des choses du sexe (la frigidité conjugale de Pauline qui justifie à ses yeux sa relation extra-conjugale) III-1, P.249.  Pauline Molinier prend le relais des confidences de son mari et confie à Édouard sa détresse d'épouse résignée, et son désarroi de mère inquiète du devenir de ses fils. (III-6, P.298 /301). Le vieux La Pérouse, quant à lui, lui confie son mal de vivre avec une théâtralité qui souffre de n'avoir qu'un seul spectateur.

 

FAUT-IL CONSIDERER ÉDOUARD COMME UN DOUBLE OU UN SUBSTITUT DE GIDE ?

LES FAUX-MONNAYEURS, UNE AUTO FICTION ?

L'importance du substrat autobiographique concernant les personnages et les événements semble encourager le lecteur à le faire. La triangulation Robert de Passavant alias Jean Cocteau, Olivier Molinier alias Marc Allégret, et Édouard alias André Gide, cette rivalité amoureuse est au centre d'un roman sur et pour la jeunesse que Gide offre à Marc Allégret pour rivaliser avec Cocteau qui est, à l'heure de leur rencontre, l'écrivain en vogue auprès d'une jeunesse pour qui il incarne la modernité et le maître à penser. Modernité factice selon Gide, qui n'est pas appeler à durer comme lui l'ambitionne (Journal des Faux -Monnayeurs, entrées du 19 juin 1919 et du 7 décembre 1921), et influence pernicieuse sur Marc Allégret que Cocteau a attiré dans son sillage fascinant. Gide ambitionne de puiser la matière de son premier roman dans la vie même, c'est donc naturellement de sa vie qu'il s'inspire. Le principe de la mise en abyme du roman de Gide, dont Édouard reprend le titre à son compte pour son roman en gestation, vise la confusion mais requiert pour autant un lecteur à la lucidité pointilleuse qui ne se laisse pas prendre à ce leurre.

 

GIDE SE DEMARQUE D’EDOUARD DANS LA MESURE OU EDOUARD EST UN ECHANTILLON D'HUMANITE MEDIOCRE ET UN ECRIVAIN STERILE

Gide admet la ressemblance :« Personnage d'autant plus difficile que je lui prête beaucoup de moi. » Mais pour la récuser plus vigoureusement : « Il comprend bien des choses ; mais se poursuit lui-même sans cesse ; à travers tous à travers tout. Le véritable dévouement lui est à peu près impossible. C'est un amateur, un raté. Jugement sévère et sans appel du Journal des Faux Monnayeurs, (Entrée du 1° novembre 1922) tandis que Gide prend soin de se démarquer de son personnage de romancier : « Ce n'est pas ce qui me ressemble, mais ce qui diffère de moi qui m'attire. » (Entrée du 15 novembre 1923). Qui plus est, le démon de la curiosité expérimentale qui l'anime et le motive achève de mettre en défaut son statut d’adulte tutélaire « Chaque être agit selon sa loi, et celle d’Édouard le porte à expérimenter sans cesse. Il a bon cœur assurément, mais souvent je préférerais pour le repos d'autrui, le voir agir par intérêt, car la générosité qui l'entraîne n'est souvent que la compagne d'une curiosité qui pourrait devenir cruelle. » (II-7, P.241) Le narrateur de blâmer le choix que fait Édouard de placer Boris à la pension Azaïs dont il jugeait lui-même sévèrement l'atmosphère confinée et étouffante. « Ce qui manque à chacun de mes héros, que j'ai taillés dans ma chair même, c'est ce peu de bon sens qui me retient de pousser aussi loin qu'eux leur folie. » (Journal des Faux Monnayeurs, Entrée du 30 mars 1924) Il apparaît par ailleurs dans le roman qu’Édouard, romancier peu productif,  aspire à une forme romanesque impraticable qui le voue à la stérilité littéraire : le roman pur où les idées l'emporteraient sur l'évocation de la réalité. La réalité de chair vive des êtres qui l'entourent l'intéresse peu. A Saas Free, Bernard, qu’Édouard de son côté taxe à regret de réaliste, le classe parmi les idéologues et les écailles lui tombent des yeux comme il se sent en définitive en désaccord profond avec l'homme qu'Olivier puis la lecture de son journal rendaient si fascinant. Il n'est pas jusqu'à Laura qui ne le juge mais, en désaccord avec Bernard, pour requérir la mansuétude. Le narrateur chapitre 7 porte le coup de grâce au personnage.

 

« A vrai dire, je ne sais pas ce que je pense de lui. Il n'est jamais longtemps le même. Il ne s'attache à rien ; mais rien n'est plus attachant que sa fuite. […] Son être se défait et se refait sans cesse. On croit le saisir...C'est Protée. Il prend la forme de ce qu'il aime. »(III-4, P. 222/223) Edouard apparaît comme un personnage ambivalent. Son insatiable curiosité lui tient lieu d'intelligence des êtres, de générosité et d'ouverture d'esprit. Laura voit en lui un homme en fuite, un insaisissable Protée, du nom du géant de la mythologie qui changeait de forme et d'aspect. Pauline lui prédit alors à son tour que d'aimer Olivier ne saurait que le rendre meilleur. Aussi Gide, s'il juge sévèrement son personnage, lui accorde de continuer à aimer sous d'heureux auspices. Edouard est un faux-monnayeur qui rend le son de la bonne monnaie.

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