Genèse des Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

Genèse des Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

Consultez gratuitement ce cours de Littérature pour le Bac L sur la genèse des Faux-Monnayeurs d'André Gide.

Les Faux-Monnayeurs : où, comment le roman a-t-il commencé ? Découvrez l'origine du célèbre livre de Gide ! Quels ont été les premiers éléments découverts par l'auteur ? Sur quelles anecdotes a-t-il basé son intrigue ? Comment a-t-il écrit ce "premier roman" ?

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Genèse des Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

Le contenu du document

 

INTRODUCTION

Si le Journal des Faux-Monnayeurs permet au lecteur d'apercevoir le laboratoire intérieur de création romanesque d'André Gide, il ne suffit pas, en revanche, à percevoir l'intégralité des processus de rédaction.

Comment André Gide a-t-il créé les Faux-Monnayeurs, du projet à la rédaction ?  Comment s'est étalé le processus de rédaction de l'œuvre ?

 

LE PROJET DES FAUX-MONNAYEURS

Comment est né, dans l'esprit d'André Gide, le projet des Faux-Monnayeurs ? Alors que ce "premier roman" n'est publié qu'en 1925, les premières traces de celui-ci dans les écrits de Gide datent de 1893.

 

L'IDEE DE LA MISE EN ABYME

 

  • L'importance de la mise en abyme dans les Faux-Monnayeurs

 

La mise en abyme est un procédé littéraire et artistique, qui a lieu lorsqu'une œuvre est citée, emboîtée, à l'intérieur d'une autre œuvre de même nature : il y a par exemple mise en abyme quand un tableau comporte un tableau, ou quand un film évoque la création d'un film.

Si les Faux-Monnayeurs est un roman si riche, si dense, sa structure en mise en abyme est l'une de ses caractéristiques essentielles : effectivement, Gide est un romancier rédigeant un roman intitulé les Faux-Monnayeurs, tout en tenant un journal rendant compte de cette rédaction ; de même que l'un des personnages principaux des Faux-Monnayeurs est Edouard, qui rédige également un roman intitulé les Faux-Monnayeurs, tout en tenant un journal rendant compte de sa rédaction.

 

 

  • L'idée de la mise en abyme

 

Or, si la rédaction des Faux-Monnayeurs à proprement parler ne débute qu'en 1919, la première évocation de la création d'une œuvre ayant recours à la mise en abyme remonte à 1893 : dans son Journal, en août 1893, André Gide expose son intérêt pour ce procédé.

 

"J'aime assez qu'en une œuvre d'art, on retrouve ainsi transposé, à l'échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre. Rien ne l'éclaire mieux et n'établit plus sûrement toutes les proportions de l'ensemble. Ainsi, dans tels tableaux de Memling ou de Quentin Metzys, un petit miroir convexe et sombre reflète, à son tour, l'intérieur de la pièce où se joue la scène peinte." Journal, Gide, août 1893

A la fin du XIXème siècle, les procédés de mise en abyme sont courants en poésie ou au théâtre (le "théâtre dans le théâtre"), mais ils le sont moins dans le roman : aussi cette structure particulière, au-delà de l'intérêt théorique qu'il propose ("éclair[er] toutes les proportions de l'ensemble") est-elle un moyen pour Gide de renouveler la forme romanesque, qu'il veut couper de la tradition réaliste.

 

L'IMPORTANCE DES FAITS DIVERS

 

  • Les faits divers pour Gide et dans les Faux-Monnayeurs

 

André Gide accorde une importance particulière aux faits divers dans sa création romanesque. On sait ainsi qu'il est juré de cour d'assises en 1912, ce qu'il narre dans Souvenirs de la cour d'assises. Il créera également une rubrique "Faits divers" dans la NRF.

Aussi les découvertes des faits divers qui acquerront une importance particulière dans les Faux-Monnayeurs ont-elles une place particulière dans la genèse de l'œuvre.

 

 

  • La découverte des faits divers fondateurs des Faux-Monnayeurs

 

– L'arrestation des faux-monnayeurs, le 16 septembre 1906

Gide conserve l'article du Figaro, et l'inclut en annexe de son Journal des Faux-Monnayeurs. Deux éléments semblent intéresser particulièrement Gide dans cette anecdote : tout d'abord, le fait que des fils de bonne famille soient aussi impliqués, ce qui sera évidemment repris dans son roman : "Ceux-ci étaient des bohêmes, étudiants de deuxième année, journalistes sans emploi, artistes, romanciers, etc. Mais il y avait aussi un certain nombre de jeunes élèves de l'Ecole des Beaux-Arts, quelques fils de fonctionnaires, le fils d'un magistrat de province et un employé auxiliaire au ministère des finances" (Journal des Faux-Monnayeurs, Gide, p. 101

L'attention de l'auteur peut également s'être portée vers la bonne action, cachée sous le vol : "(...) pour d'autres (...) c'était une œuvre humanitaire : - J'en cédais quelquefois quelques-unes à de pauvres diables peu fortunés que cela aidait à faire vivre leur famille..." (p. 102)

 

– Le suicide d'un lycéen, le 5 juin 1909

Trois ans plus tard, c'est une coupure de presse du Journal de Rouen que Gide conserve : celle relatant le "suicide dramatique du jeune Nény, âgé de quinze ans à peine, qui, au lycée Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand, en pleine classe, s'est fait sauter la cervelle d'un coup de revolver". L'article est également reproduit en annexe du Journal des Faux-Monnayeurs.

Selon l'article, le lycéen aurait été conduit au suicide par la violence familiale, la lecture des philosophes pessimistes allemands, et surtout "l'association malfaisante de quelques gamins pour se pousser mutuellement au suicide" : c'est ce dernier élément qui a été retenu par Gide, qui reprend également d'autres caractéristiques précises du fait divers – le camarade de classe qui minute le temps avant le suicide du lycéen, le lieu du suicide marqué d'une croix sur le sol, le revolver qui disparaît après la mort de l'élève.

 

– Le naufrage de la Bourgogne, 1898 – 1914

S'il n'est pas cité explicitement dans les annexes du Journal des Faux-Monnayeurs, le fait divers du naufrage du paquebot la Bourgogne a également son importance dans l'élaboration de la genèse de l'œuvre, d'autant qu'on peut dater la prise d'intérêt de Gide pour ce fait divers.

La Bourgogne, voyageant depuis New York, heurte un voilier le 4 juillet 1898 : sur les 700 passagers à bord, seuls 165 survivront. Dans les Faux-Monnayeurs, Lady Griffith relate ce naufrage à Vincent. Elle dit avoir été à bord du paquebot, sauvée par un canot de sauvetage, et avoir vu des membres d'équipage couper les mains des rescapés cherchant à s'agripper au canot, pour ne pas qu'ils le fassent couler.

Selon Pierre Masson, c'est en 1914 qu'André Gide commence à s'intéresser particulièrement à ce fait divers : "Dès 1914 (...) l'histoire des mains coupées au cours du naufrage s'impose à lui comme une allégorie de la société qui s'emploie à éliminer les laissés pour compte, dont la cour d'assises lui montre quelques échantillons" (Pierre Masson, Lire les Faux-Monnayeurs, pp 44 45)

 

LA REDACTION DES FAUX-MONNAYEURS

Certaines des idées fondatrices de l'œuvre naissent à l'esprit de Gide entre 1893 et 1914. Pourtant, la rédaction des Faux-Monnayeurs, et avec elle celle du Journal des Faux-Monnayeurs, ne commence qu'en 1919, soit 26 ans après que l'écrivain ait eu l'idée d'écrire une œuvre reposant sur le procédé de la mise en abyme.

 

L'ATTENTE, ET LA PREMIERE MENTION DU PROJET

 

  • D'autres projets d'écriture

 

C'est à d'autres projets d'écriture que Gide consacre d'abord son attention : il publie La Porte étroite en 1909, puis les Caves du Vatican en 1914. C'est après ce dernier texte, mettant en scène le personnage de Lafcadio, que Gide évoque de manière plus précise le roman à venir.

 

 

  • L'unique "Faux-Monnayeur"

 

En 1914, Gide évoque ainsi la rédaction d'un "roman", ce qui est étonnant dans la mesure où il avait refusé ce titre à ses précédentes œuvres, préférant les qualifier de "soties".

L'écrivain donne également un titre à ce projet : "Le Faux-Monnayeur". Le singulier étonne : l'auteur semble préférer, à ce stade de sa réflexion, l'idée d'un personnage principal. Cependant, on voit que le fait divers de 1906 s'est transformé pour devenir, dans son esprit, matière à création littéraire.

 

 

  • Un projet mis en sommeil

 

Ce projet romanesque en germe est mis en sommeil, d'une part par les événements de la première guerre mondiale, qui détournent Gide de ses activités littéraires ; et d'autre part par les événements de la vie personnelle de Gide, pour le moins agitée à cette période (rencontre avec Marc Allégret, éloignement progressif de Madeleine).

Ce n'est qu'en 1919 qu'André Gide commence véritablement le travail sur les Faux-Monnayeurs.

 

LA PREPARATION

 

  • Quel travail de préparation ?

 

La première entrée du Journal des Faux-Monnayeurs date le début du travail préparatif au 17 juin 1919. Gide n'a pas commencé la rédaction, il cherche d'abord à en déterminer les pistes narratives : "Je crois qu'il y a matière à deux livres et je commence ce carnet pour tâcher d'en démêler les éléments de tonalité trop différente" (p. 14) ; "j'inscris sur une feuille à part les premiers et informes linéaments de l'intrigue (d'une des intrigues possibles)" (p. 16)

Il note également des éléments permettant de dessiner ses personnages ("(...) que je copie pour l'usage de Lafcadio" p. 19) ; ou encore s'interroge sur le choix des lieux ("Et ce matin, je me demande pourquoi pas le jardin du Luxembourg (...) p. 20)

Ces notes rappellent également la nature du travail d'écrivain qu'entreprend Gide : ainsi, il fait mention de la redécouverte des faits divers : "J'ai ressorti ce matin les quelques découpures de journaux ayant trait à l'affaire des faux-monnayeurs" (p. 22)

Enfin, Gide s'interroge sur la manière d'amener l'intrigue : "Lafcadio par exemple essaierait en vain de nouer des fils ; il y aurait des personnages inutiles, des gestes inefficaces, des propos inopérants, des gestes inefficaces, des propos inopérants, et l'action ne s'engagerait pas" (p. 30), "C'est ainsi que toute l'histoire des faux-monnayeurs ne doit être découverte que petit à petit, à travers les conversations où du même coup tous les caractères se dessinent" (p. 33)

 

 

  • Comment Gide vit-il ce travail de préparation ?

 

Le travail de préparation apparaît souvent frustrant : l'écrivain se reproche de ne pas travailler assez régulièrement : "Furieux contre moi-même de laisser tant de temps s'écouler sans profit pour le livre. En vain tentais-je de me persuader qu'il mûrit" (p. 21), "Tant j'étais exaspéré par les difficultés de mon entreprise – et vrai ! Je ne voyais plus qu'elles – je me suis détourné quelque temps de ce travail pour me remettre à la rédaction des Mémoires" (p. 29).

 

UNE DIFFICILE REDACTION

Après ce travail de préparation, Gide consacre quatre années à la rédaction de son premier roman, d'octobre 1921 au 8 juin 1925.

 

– Les débuts de la rédaction semblent avoir eu lieu en octobre 1921 : "Durant mon dernier séjour à Cuverville, en octobre, déjà j'avais établi les premiers chapitres" (p. 45)

– Les trente premières pages sont rédigées (à nouveau, semble-t-il) fin novembre, début décembre 1921 : "Depuis treize jours que je suis ici, j'ai écrit les trente premières pages de mon livre sans difficulté presque aucune" (p. 46)

– La première partie est achevée en décembre 1823 : "Je lui ai lu les dix-sept premiers chapitres des Faux-Monnayeurs (les chapitres I et II sont à refaire complètement)" (pp. 78 – 79)

– La seconde partie est achevée en mai 1924 : "Ecrit les trois chapitres qui doivent précéder la "rentrée" à la pension" (p. 83)

– Le chapitre X de la troisième partie est écrit fin octobre ou début novembre 1924 : "Je viens d'écrire le chapitre X de la seconde partie (le faux suicide d'Olivier) et je ne vois plus devant moi qu'un embrouillement terrible, un taillis tellement épais que je ne sais à quelle branche m'attaquer d'abord" (p. 90)

– La rédaction est achevée le 7 juin 1825 : "Hier, 8 juin, achevé les Faux-Monnayeurs" (p. 97)

 

CONCLUSION

De l'idée de la mise en abyme, en 1893, jusqu'à la publication du roman, 32 ans se seront donc écoulés, 32 années pendant lesquelles l'auteur aura rencontré les faits divers qui l'inspireront pour le récit, pendant lesquelles il aura réfléchi à une structure, à une intrigue, à une conception des personnages, à tout ce qui serait fondateur du roman nouveau que sera les Faux-Monnayeurs, finalement publié en 1925.

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