HERNANI : La violence et la mort (2/2) - Littérature - Terminale L

HERNANI : La violence et la mort (2/2) - Littérature - Terminale L

Télécharge vite notre fiche de Littérature Terminale L sur Hernani pour réviser ton épreuve du Bac !

Notre professeure certifiée l'a rédigée afin que tu puisse réviser ton épreuve avec toutes les clés possibles ! Cette fiche sur la violence et la mort dans Hernani est la seconde partie du cours sur cette thématique.

digiSchool t'accompagne toute l'année dans tes révisions du Bac Littéraire grâce à de nombreuses fiches, cours, quiz, LIVES de révisions, annales du bac et autres vidéos de notions.

HERNANI : La violence et la mort (2/2) - Littérature - Terminale L

Le contenu du document

L’enfance de Victor Hugo a été marquée par la vision de fourches patibulaires (gibets où l’on pendait les condamnés à mort). Le spectre de l’échafaud hante Victor Hugo : on le retrouve dans ses dessins, ses romans et ses discours pour l’abolition de la peine de mort. 

De nombreux personnages trouvent la mort dans les pièces de Victor Hugo : Didier est conduit à l’échafaud et Marion suit son aimé dans la mort (Marion de Lorme), la fille de Triboulet est tuée dans Le Roi s’amuse, Hernani se clôt sur le suicide du trio amoureux.

Le mot violence désigne la force exercée par une personne ou un groupe de personnes pour soumettre, contraindre quelqu'un ou pour obtenir quelque chose. Elle se traduit par une forme d’agressivité qui peut être physique mais aussi verbale. La violence est particulièrement présente dans la pièce : dès la scène d’exposition, le roi entre par effraction dans les appartements de doña Sol. 

Les didascalies insistent sur sa violence. Les dialogues traduisent la violence verbale des personnages, soit au sujet de la rivalité amoureuse, soit au sujet de la conjuration.

La violence est aussi liée à la mort : trois personnages se donnent la mort sur scène. Seul l’empereur échappe à la mort car il est écarté de l’intrigue amoureuse à la fin de l’acte IV, contrairement aux trois autres personnages. 

La mort est représentée sur scène : on ne respecte plus la règle de bienséance. C’est une violence spectaculaire, sur la scène de la Comédie-Française, haut lieu du théâtre classique. Pourtant, il semblerait que la mort soit aussi recherchée par les personnages, notamment Hernani et doña Sol.

On peut alors se poser les questions suivantes : comment la violence et la mort sont-elles évoquées dans la pièce ? En quoi la représentation de la violence et de la mort dans la pièce a-t-elle pu ne pas être acceptée au XIXe siècle ? Les personnages subissent-ils la mort ou bien sont-ils responsables de leur mort ?

Dans une première leçon, nous verrons que les personnages évoluent dans l’ombre de la violence et de la mort. Puis, dans une deuxième fiche, nous nous demanderons si la mort a une fonction destructrice ou, au contraire, si elle permet de réunir les personnages.  

PRÉREQUIS

  • Connaître le rôle des personnages dans la pièce.
  • Connaître la réception de la pièce.

OBJECTIFS

  • Proposer des analyses pertinentes sur les thèmes de la violence et de la mort.
  • Interroger le lexique théâtral et le lexique littéraire en lien avec ces thèmes.

I. MALE MORT OU BELLE MORT ? (*)

(*) REPÈRE : Malemort réfère à une mort tragique. Les dictionnaires actuels précisent que le mot s'écrit malemort, sans espace entre male et mort. Nous l'avons cependant écrit de façon détachée, de façon à marquer un contraste plus fort avec "belle mort".

A.  Les instruments funestes

Certains objets dans la pièce sont porteurs de mort ou associés à la violence. L’épée est utilisée lors des duels et témoigne de la rivalité masculine. Le poignard, possédé par le roi don Carlos, devient l’attribut de doña Sol : elle l’arrache au roi, le cache et le brandit. La fiole, quant à elle, renferme le poison bu par les amants. 

Victor Hugo ne masque pas l’agonie des personnages. Doña Sol répète à plusieurs reprises le verbe « souffrir ». La mort est hyperbolisée comme on peut le voir aux vers 2141 et 2143 : « Oh ! je ne savais pas qu’on souffrît à ce point ! » et « Oh ! tu souffrirais trop ! ». Le registre pathétique est ainsi employé pour représenter l’agonie des personnages. Mais on remarque aussi l’évocation d’une créature mythologique, l’hydre, pour désigner le poison :

« […] ce poison

Est vivant, ce poison dans le cœur fait éclore

Une hydre à mille dents qui ronge et qui dévore ! »

 (vers 2138-2140)

Le dramaturge personnifie le poison afin de montrer ses effets sur le corps de doña Sol. Poète, Victor Hugo joue avec les sonorités, notamment par le biais de l’allitération en [r], qui mime la douleur du personnage. 

Cette scène a pu choquer les spectateurs de la Comédie-Française habitués au fait que les morts des tragédies classiques se déroulent au sein des coulisses, pour respecter la règle de bienséance (on peut penser à la mort hors scène de Camille dans Horace de Corneille ou encore à la tirade de Théramène pour annoncer à Thésée la mort de son fils Hippolyte dans Phèdre de Racine). 

Dans la parodie Harnali, la « boulette tragique » faisant référence au poison rime avec le mot… « colique » !

Les personnages se donnent la mort. Mais on peut aussi voir qu’ils sont, tout au long de la pièce, attirés par la Faucheuse ayant même des pulsions suicidaires.

B. Une mort recherchée : des personnages suicidaires ?

À plusieurs reprises dans la pièce, les personnages expriment leur désir de mourir comme doña Sol qui proclame à la scène 4 de l’acte II : « Je veux ma part de ton linceul ! » Elle refuse la mort égoïste d’Hernani qui veut épargner son ange, comme il le dit au vers 655 : « Doña Sol, l’échafaud, c’est à moi seul ! »

Hernani va donc offrir sa vie au vieillard lorsqu’il prête serment à la fin de l’acte III. Au vers 1283, il déclare : « Je t’appartiens. Tu peux me tuer. » Hernani est responsable de sa mort puisque c’est lui qui offre son corps et il prend son père à témoin : « Qu’en jures-tu ? / La tête de mon père. » La naissance d’Hernani est d’emblée liée à la mort. 

Quand il révèle son identité à la scène 4 de l’acte IV, on peut lire : « Je suis Jean d’Aragon, grand-maître d’Avis, né / Dans l’exil, fils proscrit d’un père assassiné », vers 1727-1728. La rime « né/assassiné » unit la naissance et la mort et montre le poids du passé. La vengeance, personnifiée, guide les pas d’Hernani.

Hernani peut même être qualifié de mort-vivant affirmant « je suis mort » au vers 971. Il est irrésistiblement attiré par la mort. Celle-ci est même séduisante puisqu’elle apparaît sous les traits d’une mariée : « Mon épousée aussi m’attend ! », comme on peut le lire à la scène 3 de l’acte III. Hernani ne peut s’unir à doña Sol car il est déjà le fiancé de la mort.

On peut donc dire que les personnages sont habités par une pulsion de mort et réalisent un « cheminement désirant vers la mort » comme l’écrit Olivier Decroix (*). La mort semble bien liée au désir dans la pièce, comme nous allons maintenant le voir.

(*) REPÈRE : "Le lyrisme dans Hernani, l'écriture d'une quête mélancolique", Lectures du théâtre de Victor Hugo, Hernani, Ruy Blas, dirigé par Judith Wulf, PUR.

C. Mort et extase : un moment de communion

Après avoir souffert, les amants semblent sereins au moment d’entrer dans la mort. La mort est adoucie par l’euphémisme du sommeil :

« Mort ! non pas !... nous dormons.
Il dort ! c’est mon époux, vois-tu, nous nous aimons,
Nous sommes couchés là. C’est notre nuit de noce.
Ne le réveillez pas, seigneur duc de Mendoce… »

(vers 2161-2164)

 

L’image du sommeil sous-entend que les amants se retrouveront dans l’au-delà. La mort des amants est sublimée, elle est comparée à un envol :

« Calme-toi. Je suis mieux. – Vers des clartés nouvelles

Nous allons tout-à-l’heure ensemble ouvrir nos ailes.

Partons d’un vol égal vers un monde meilleur.

Un baiser seulement, un baiser ! 

Ils s’embrassent. »

 (vers 2151-2154)

Il s’agit d’une mort lumineuse comme l’indique le groupe nominal « clartés nouvelles ». La mort est liée à un mouvement d’élévation : on peut relever le lexique de l’envol mais aussi l’allitération en [l] qui mime la montée des amants vers les cieux. L’emploi du pronom « nous » montre que les amants peuvent enfin être réunis.

Victor Hugo représente la vie qui quitte peu à peu le corps des amants, les didascalies traduisent l’extinction de la voix : « d’une voix affaiblie », « d’une voix de plus en plus faible », « d’une voix également éteinte », « avec un soupir », « d’une voix qui s’éteint ». 

Les répliques sont de plus en plus courtes et les points de suspension traduisent l’essoufflement. Mais la mort est un véritable moment de communion : « Mon amour, tiens-toi vers moi tourné. / Plus près… plus près encor… » (vers 2165-2166) : la mort réunit les amants.

La mort d’Hernani et celle de doña Sol sont contemplées par don Ruy Gomez. Spectateur de l’agonie du duo amoureux, il est exclu de cette communion. Le suicide peut être interprété comme un moyen de rejoindre les amants dans la mort ; les personnages et leur existence étant liés tout au long de la pièce.

Conclusion

Les personnages, dans Hernani, sont responsables de leur mort. En choisissant des valeurs du passé comme l’honneur et la vengeance, ils sont acteurs de leur mort, mettant à distance l’idée de fatalité et de destin tragique. 

Seule doña Sol tente de raisonner son amant et son oncle. Étant donné que Victor Hugo a lu Roméo et Juliette de Shakespeare, on peut rapprocher les deux pièces (les amants se suicident, la noce est liée à la mort…). 

Cependant, la mort des amants dans la pièce de Shakespeare permet de réconcilier les deux familles ennemies, les Capulet et les Montaigu, alors que dans Hernani, la mort du triangle amoureux ne semble pas nécessaire.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Une bonne connaissance des autres pièces de Victor Hugo sera valorisée le jour de l’examen. L’introduction et la conclusion sont des moments privilégiés pour établir des liens avec d’autres pièces. 

Par exemple, on peut penser au sacrifice de Marion dans la pièce Marion de Lorme censurée en 1829. Marion se sacrifie pour sauver son amant, mais celui-ci choisit l’échafaud, entraînant le couple dans la mort.

POUR ALLER PLUS LOIN …

Guiseppe Verdi est un compositeur ayant adapté des pièces de Victor Hugo à l’opéra. Ernani est un opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave créé au Teatro La Fenice de Venise le 9 mars 1844. Vous pouvez télécharger le livret pour voir la transposition de la pièce en opéra et écouter par exemple le dénouement :

  • https://www.youtube.com/watch?v=v-gdf02ENIo
Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac L le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac L

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac L

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?