Hernani, Victor Hugo - Les origines du drame romantique - Littérature - Terminale L

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Hernani, Victor Hugo - Les origines du drame romantique - Littérature - Terminale L

Le contenu du document

Comme le rappelle Florence Naugrette dans Le Théâtre romantique, c’est un préjugé littéraire que de faire du drame romantique un moment extrêmement court dans l’histoire des lettres, qui irait de la bataille d’Hernani de 1830 à la chute des Burgraves en 1843. Pour illustrer ce préjugé, elle utilise le terme de « météore ». Comme nous allons le voir, le drame n’apparaît pas subitement en 1830 mais poursuit ce que les écrivains des Lumières avaient commencé. 

Avant d’étudier les origines du drame, analysons l’étymologie de ce mot. En grec, le mot drama signifiait « action ». Dans le Trésor de la langue française, on trouve la définition suivante : « Genre théâtral dont l'action généralement tendue et faite de risques, de catastrophes, comporte des éléments réalistes, familiers, selon un mélange qui s'oppose aux principes du classicisme, aux XVIIIe et XIXe siècles. » C’est bien cette idée de mélange que nous retrouverons dans la pièce de Victor Hugo. Cependant, ce n’est pas une idée neuve.

Nous nous demanderons tout au long de cette leçon ce que les dramaturges du XIXe siècle, et particulièrement Victor Hugo, doivent à leurs prédécesseurs. Dans une première partie, nous étudierons l’influence du siècle des Lumières puis, dans un deuxième temps, nous verrons l’importance du mélodrame et des scènes historiques ; et pour finir, nous nous pencherons sur l’influence des dramaturges étrangers.

PRÉREQUIS

  • Connaître le siècle des Lumières.

OBJECTIFS

  • Comprendre les origines du drame romantique.
  • Comprendre l’influence de certains genres littéraires sur le drame romantique.

I. L’INFLUENCE DU SIÈCLE DES LUMIÈRES

On peut distinguer trois origines : l’héritage du siècle des Lumières, la popularité du mélodrame et l’influence des scènes historiques.

A. Le siècle des Lumières et le drame

Rappelons que le terme de « Lumières » désigne un courant littéraire et philosophique du XVIIIe siècle. Comme le laisse entendre l’image, les « Lumières » sont des écrivains, penseurs, scientifiques, philosophes qui luttent contre les ténèbres, l’ignorance, l’obscurantisme. L’homme devient le centre des réflexions. L’un des symboles de ce siècle est L’Encyclopédie.

En ce qui concerne le théâtre, l’un des premiers noms à retenir est celui de Diderot qui publie en 1758 son Discours sur la poésie dramatique. Ses cibles sont la comédie et la tragédie classiques qui lui semblent démodées. Il défend un genre intermédiaire, refusant la stricte séparation entre le registre comique et le registre tragique. C’est aussi le cas de Beaumarchais qui, dans son Essai sur le genre dramatique sérieux, tente de montrer que la tragédie classique est dépassée. Quant à Louis Sébastien Mercier, il publie deux essais sur le théâtre dans les années 1770 dans lesquels il affirme que le théâtre doit parler du présent et doit réunir égalitairement l’ensemble des citoyens.

 Or, c’est bien le rêve de Victor Hugo : un théâtre populaire, autrement dit accessible à l’ensemble du peuple ! De plus, pour Louis Sébastien Mercier, le théâtre doit avoir une utilité politique. On peut alors citer ces mots de Victor Hugo tirés de la préface d’Hernani : « la liberté littéraire est fille de la liberté politique ». Cette liberté, si chère à Victor Hugo, était déjà appelée de ses vœux par Madame de Staël dans son œuvre De l’Allemagne : pour elle, plus grande sera la liberté dans l’art, plus le théâtre pourra rendre compte des bouleversements humains.

B. La théorie du drame au XVIIIe siècle

Bien avant le XIXe siècle, on peut s’apercevoir que de nombreux principes avaient déjà été énoncés au XVIIIe siècle. Tout d’abord, la critique des règles classiques comme les unités de temps et de lieu. Pour les penseurs du XVIIIe siècle, les dramaturges sont des génies qui doivent donc être libres dans l’exercice de leur art et qui ne doivent pas obéir à des règles extérieures. 

En ce qui concerne le public, celui-ci ne doit pas être élitiste : il faut écrire pour le peuple, ce que dira Victor Hugo dans la préface d’Hernani : « qu’à une littérature de cour succède une littérature de peuple ». Le drame a pour vocation d’instruire (ce qu’on appelle fonction didactique) le peuple en l’émouvant. Beaumarchais écrit : « Je sors du spectacle meilleur que je n’y suis entré, par cela seul que j’ai été attendri. » On verra que les romantiques iront encore plus loin : le drame romantique sera pensé comme un questionnement sur l’Histoire.

Les dramaturges romantiques poursuivront les réflexions menées dès le XVIIIe siècle. Mais le théâtre est toujours lié au pouvoir, il ne faut pas l’oublier. Le théâtre connaît un bel essor à la fin du XVIIIe siècle grâce à la loi Le Chapelier de 1791 qui abolit le système des privilèges et la censure préalable. Ainsi, l’État pouvait contrôler le répertoire des théâtres (par exemple, on ne représentait que des tragédies à la Comédie-Française). Cette loi permet donc le mélange des genres au sein d’un même théâtre. 

Quant à la censure, c’est une institution qui a pour mission de contrôler et d’interdire toute allusion inconvenante à la religion, au pouvoir, aux personnalités publiques. Victor Hugo subira à plusieurs reprises les interdictions de la censure. Mais ce pouvoir est aussi détenu par le public : il peut arrêter une représentation comme il peut réclamer la levée d’une interdiction. Le public est une force qui n’est donc pas négligée par les dramaturges, notamment lors des représentations.

Nous venons de voir l’importance des réflexions autour du théâtre au XVIIIe siècle. Il serait donc faux de dire que seuls les romantiques ont remis en question les règles classiques ; elles l’étaient déjà au cours du siècle des Lumières. Il nous faut désormais évoquer deux genres fondamentaux pour comprendre le drame romantique : le mélodrame ainsi que les scènes historiques.

II. LE MÉLODRAME ET LES SCÈNES HISTORIQUES

A. Le mélodrame

Le mélodrame apparaît avec la Révolution française. C’est une œuvre dramatique populaire qui mêle dialogue et musique. C’est un genre très codé et manichéen (c’est-à-dire qu’on observe une séparation nette entre le bien et le mal). On trouve toujours les mêmes personnages (le Père, le Traître, la Jeune fille, le Niais, le Héros) répartis en trois statuts : les bons, les méchants, les victimes. Le drame romantique emprunte de nombreux motifs au mélodrame (les poignards, les poisons, les flambeaux). 

L’intrigue étant prévisible, le plaisir du mélodrame repose sur les coups de théâtre et les nombreuses péripéties. L’esthétique du mélodrame s’appuie sur des décors somptueux. C’est un genre très à la mode à la fin du XVIIIe siècle, notamment les pièces de Pixerécourt

Pixerécourt écrit 80 pièces et 30 000 représentations sont données en cinq ans. Le mélodrame forme une génération d’acteurs qui vont être les acteurs des drames romantiques comme Frédérick Lemaître. Les dramaturges romantiques s’inspireront du mélodrame mais retravailleront la structure : le manichéisme est rejeté au profit d’une plus grande complexité (ainsi, Don Carlos n’endosse pas que le rôle du roi tyrannique et violent puisqu’il devient un empereur clément et bon).

B. Les scènes historiques

En plus du mélodrame, le drame romantique est influencé par toute une réflexion sur l’Histoire. Pour les romantiques, le XIXe siècle est à inventer, la relation entre le sujet et le monde est à repenser. L’écrivain est alors considéré comme un intermédiaire entre l’historien et le peuple.

Les scènes historiques sont des pièces de théâtre racontant le déroulement d’un événement historique. On peut établir un lien entre les « scènes historiques » et le drame romantique car, comme l’explique Florence Naugrette : « Dans la scène historique comme dans le drame romantique, le passé sert à déchiffrer le présent. » Ainsi, même si Victor Hugo a choisi de placer l’intrigue d’Hernani principalement en Espagne et au XVIe siècle, il questionne néanmoins la société de son temps.

 

On a vu que le drame romantique poursuit le projet des écrivains des Lumières, tout en s’inspirant de la popularité du drame et de la réflexion sur l’Histoire dans les scènes historiques. Il faut enfin, pour comprendre l’apparition du drame romantique, évoquer les dramaturges étrangers, lus et connus des dramaturges romantiques.

III. LES DRAMATURGES ÉTRANGERS ET LEUR INFLUENCE SUR LE DRAME ROMANTIQUE

Il ne faut pas penser le drame romantique comme une rupture mais plutôt comme une continuité déjà ancienne d’abandon des règles classiques et de mélange des genres. L’un des modèles pour ces dramaturges est Shakespeare.

A.  La dramaturgie shakespearienne

Shakespeare est traduit en France au XVIIIe siècle. La génération romantique découvre Shakespeare lors d’une tournée de comédiens britanniques. La pièce Othello est jouée le 31 juillet 1822 à la Porte Saint-Martin mais elle n’est pas bien accueillie. La troupe revient à Paris en 1827 et triomphe. Vigny traduit Othello sous le titre Le More de Venise. Le drame romantique emprunte à Shakespeare le mélange des tons : le registre comique côtoie le registre tragique. 

Ainsi, la très célèbre scène dite du balcon dans Roméo et Juliette, empreinte de lyrisme, est précédée d’une scène grivoise, ce qui n’est pas sans rappeler la scène des courtisans qui précède le dialogue entre les deux époux, Hernani et Doña Sol. À l’Acte V, scène 2, quand don Francisco montre la chambre nuptiale, il s’exclame : « Qu’il va se passer là de gracieuses choses ! », vers 1891. 

Quant au dénouement, à la fois pathétique et tragique d’Hernani, il n’est pas sans rappeler celui de Roméo et Juliette : dans les deux pièces, les amants meurent en se suicidant. Les motifs du poison et de la dague sont présents dans les deux pièces.

B. Le groupe de Coppet autour de Mme de Staël

Ce groupe formé par le couple Benjamin Constant et Madame de Staël résume les œuvres allemandes, permettant aux écrivains français de les découvrir, par exemple les pièces de Schiller, Goethe, Kleist et Büchner. Schiller a écrit une pièce, Les Brigands qui a souvent été rapprochée d’Hernani.

C. Le romancero espagnol

Dans la préface d’Hernani de 1830, Victor Hugo affirme qu’il « n’ose se flatter que tout le monde ait compris du premier coup ce drame dont le Romancero general est la véritable clef ». Le « romancero » désigne de courts poèmes écrits en castillan, transmis oralement, dont les plus anciens remontent au XIVe. Il s’agit pour l’essentiel de chansons de geste, c’est-à-dire de poèmes contant les exploits de rois et de chevaliers.

Victor Hugo ayant vécu en Espagne, quand il était jeune, est capable de lire des œuvres en espagnol non traduites. Anne Ubersfeld, une critique très importante pour les études théâtrales, note qu’en 1821, sur les 24 livres qu’il emprunte à la Bibliothèque Royale, 16 sont de langue espagnole. 

Il lit par exemple des pièces de Calderón comme La Vie est un songe. Dans les œuvres du théâtre espagnol, on retrouve les mêmes thèmes que dans Hernani : la passion amoureuse, la dissimulation de l’identité, la vengeance ou encore l’honneur (rappelons que le sous-titre de la pièce est L’honneur castillan). Les pièces du théâtre espagnol n’obéissent pas aux règles contraignantes de la tragédie classique française. Ainsi, Hugo, dans la préface de Cromwell, cite une phrase du Nouvel art dramatique de Lope de Vega datant de 1609 : « Quando he de escrivir una comedia/Encierro los preceptos con seis llaves » que La Beaumelle (un traducteur du XVIIIe siècle) traduit ainsi : « Lorsque j’ai à écrire une comédie, j’enferme toutes les règles sous de triples verrous. » 

On comprend bien à quel point Victor Hugo a été influencé par le théâtre espagnol pour écrire Hernani.

CONCLUSION

Pour comprendre le drame romantique et donc pour comprendre la pièce de Victor Hugo, il est nécessaire de remonter au XVIIIe siècle, au siècle des Lumières, qui questionne déjà le mélange des genres et la recherche de la liberté dans l’art. Les genres en vogue, comme le mélodrame et les scènes historiques, sont également des genres connus des écrivains romantiques qui influencent l’écriture de leurs drames. Enfin, nous avons vu l’importance des écrivains étrangers pour le théâtre romantique.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Pour rédiger des introductions pertinentes, n’hésite pas à utiliser des connaissances culturelles et littéraires : cela te permettra de te distinguer des autres copies ! Par exemple, si le sujet porte sur le dénouement d’Hernani, fais référence au dénouement de Roméo et Juliette de Shakespeare !

POUR ALLER PLUS LOIN …

Tu peux lire des résumés des œuvres de Schiller, de Shakespeare et de Calderón.

Fin de l'extrait

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