La bataille d'Hernani - Littérature - Terminale L

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La bataille d'Hernani - Littérature - Terminale L

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25 février 1830 : l’heure de la bataille a sonné pour Victor Hugo qui présente pour la première fois son drame romantique, Hernani. 

Cet événement littéraire n’est pas sans rappeler d’autres célèbres querelles comme la Querelle des Anciens et des Modernes (1) au XVIIe siècle ou la Querelle du Cid en 1637 (2). « Cette date reste écrite dans le fond de notre passé en caractères flamboyants : la date de la première représentation d’Hernani (3) ! » Rappelons que depuis 1829, le pouvoir de Charles X est en péril. 

La censure a frappé Marion de Lorme alors que le drame d’Alexandre Dumas, Henri III et sa cour, triomphe. 

Pourtant, ce n’est pas cette pièce qui a marqué l’histoire littéraire. Les censeurs n’interdisent pas Hernani préférant laisser au public le rôle de censeur et ne voulant pas faire de Victor Hugo un martyr de la liberté d’expression. 

De plus, l’intrigue se situe principalement en Espagne et non en France. Mais nous savons que Briffault fait circuler des extraits de la pièce et une parodie voit même le jour dès le mois de décembre 1829. 

Victor Hugo va alors préparer la défense de sa pièce car ce n’est pas seulement une bataille littéraire, c’est aussi une bataille culturelle et politique. 

Mais, peut-on réellement parler de bataille au sens militaire du terme ? Les récits, rédigés après voire bien après la première représentation d’Hernani, n’ont-ils pas fait de la pièce de Victor Hugo la date de naissance de l’histoire du romantisme ? 

Nous analyserons dans un premier temps les camps qui s’opposent dans cette bataille, puis nous nous concentrerons sur la victoire de Victor Hugo le 25 février 1830, et enfin nous verrons comment la légende a vu le jour.

REPÈRE (1). Sous le règne de Louis XIV, les Anciens proclament la supériorité des auteurs de l’Antiquité alors que les Modernes, conduits par Charles Perrault, défendent le progrès.

REPÈRE (2). Il s’agit d’une querelle esthétique, Corneille étant accusé de ne pas respecter les règles classiques.

REPÈRE (3). Théophile Gautier, Histoire du romantisme, Chapitre XI.

PRÉREQUIS

  • Connaître les étapes de la rédaction d’Hernani.
  • Connaître les origines du drame romantique.

OBJECTIFS

  • Comprendre les enjeux de cet événement littéraire.
  • Comprendre comment la légende a été créée.

I. AVANT LA BATAILLE

A. Les romantiques face aux néo-classiques

Dans la préface de Cromwell, prônant le « libéralisme en littérature », Victor Hugo s’attaque au « classicisme caduc », c’est-à-dire démodé. Victor Hugo défie les Ultras, des royalistes qui soutiennent le régime de Charles X. 

Des auteurs néo-classiques, opposés au mélange des genres à la Comédie-Française, luttent contre le baron Taylor qui fait appel aux romantiques pour augmenter les recettes. 

En effet, le répertoire classique n’attire plus le public et le mélodrame connaît un grand succès. On comprend que cette bataille n’est pas seulement esthétique mais aussi politique. Victor Hugo va alors mettre en place un plan pour défendre sa pièce le jour de la première représentation.

B. Les préparatifs

Victor Hugo, pour contrer Briffault, réserve plus de 500 places pour ses amis. Il évite alors de recourir à la claque (des spectateurs recrutés pour applaudir à des moments convenus peu fiables, aux goûts classiques). 

Théophile Gautier, dans L’Histoire du romantisme, consacre un chapitre à la première d’Hernani. Il écrit : « Les claqueurs ont leur goût comme les académiciens. Ils sont en général classiques. » Dans les rangs, luttant pour le jeune Victor Hugo, sont recrutés Nerval et Gautier (qui va marquer les esprits avec son célèbre gilet rouge). 

En signe de ralliement, ils possèdent un billet rouge avec la griffe Hierro qui signifie « fer » en espagnol. Les portes de la salle Richelieu ouvrent dans l’après-midi, les jeunes romantiques prennent place dans le théâtre à des endroits stratégiques. 

Deux camps s’affrontent, les « flamboyants (4)», c’est-à-dire les romantiques, et les « grisâtres (5) », les néo-classiques. Quand les abonnés de la Comédie-Française arrivent, la salle est survoltée et l’essentiel des places est occupé. 

Théophile Gautier raconte l’ambiance qui règne avant le lever de rideau : « Une rumeur d’orage grondait sourdement dans la salle, il était temps que la toile se levât : on en serait peut-être venu aux mains avant la pièce, tant l’animosité étant grande de part et d’autre. »

REPÈRE (4), (5). Termes employés par Gautier dans son Histoire du romantisme. 

II. LA REPRÉSENTATION DU 25 FÉVRIER 1830

A. Une première survoltée

Il faut imaginer une salle bruyante qui n’hésite pas à interrompre les comédiens par des sifflets. Victor Hugo a noté 148 interruptions du public. On raconte que les trois premiers actes sont sans cesse interrompus. 

Le monologue de don Carlos n’emporte pas l’adhésion du public. Il faut attendre le dernier acte pour que la salle adhère au spectacle grâce au jeu de Mlle Mars. Victor Pavie écrit dans une lettre au lendemain de la bataille : « Tout le monde se leva et personne ne sortit. » C’est donc un succès !

B. Les réactions du public

Les ruptures des vers suscitent l’émotion mais les manifestations hostiles concernent le caractère trivial de certaines répliques et les allusions politiques. 

Si Victor Hugo a pu mobiliser la jeunesse romantique pour la première, les opposants de Victor Hugo viennent voir la pièce et ne l’épargnent pas, comme l’écrit Victor Hugo :

« On joue Hernani […] depuis le 25 février. Cela fait chaque fois cinq mille francs de recette. Le public siffle tous les soirs tous les vers ; c’est un vacarme, le parterre hue, les loges éclatent de rire. Les comédiens sont décontenancés et hostiles, la plupart se moquent de ce qu’ils ont à dire. » 

Comment peut-on alors expliquer un tel succès ? C’est tout d’abord un succès de scandale : on veut voir cette pièce qui fait tant parler d’elle. 

Pour Anne Ubersfeld, le public accepte douloureusement l’abandon du goût classique comme critère du beau. La presse s’inquiète de ce mélange des genres qui correspond également à un mélange des publics.

III. DE L’ÉVÈNEMENT À LA LÉGENDE

A. Un mythe créé à postériori

Les deux camps sont responsables de l’avènement du mythe :

  • Les romantiques ont été représentés par leurs adversaires comme des barbares sanguinaires voulant en finir avec la culture classique.
  • Les romantiques ont amplifié leur héroïsme en exagérant leurs témoignages rédigés après 1830.

La métaphore militaire est filée par les romantiques : Victor Hugo est présenté comme un « général » dirigeant son « armée romantique ». 

Adèle Hugo, dans la biographie qu’elle consacre à son époux, Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, insiste sur le registre épique en utilisant les métaphores de l’ouragan, du tonnerre. 

Voici comment elle présente la jeunesse romantique : « Les êtres griffus avaient éventré la cabale. » L’image de la bataille permet néanmoins de comprendre l’importance de cette lutte esthétique au moment où l’art devient une marchandise. 

On retrouve cette image dans le témoignage de Gautier : « Ce n’étaient pas les Huns d’Attila qui campaient devant le Théâtre-Français, malpropres, farouches, hérissés, stupides ; mais bien les chevaliers de l’avenir, les champions de l’idée, les défenseurs de l’art libre ; et ils étaient beaux, libres et jeunes. » Cette citation de Gautier montre bien qu’il s’agit également d’une lutte culturelle et politique, pour la liberté. 

Mais il faut aussi savoir que Théophile Gautier rédige cet ouvrage en 1872, soit plus de quarante ans après la première représentation ! Il reprend tous les éléments constitutifs de cet événement littéraire pour en faire une légende, la naissance du romantisme.

Certaines sources fiables peuvent être consultées concernant le récit de la bataille : les manuscrits autographes comme l’exemplaire sur lequel Victor Hugo a noté les passages sifflés (où ne figure pas le fameux « escalier/Dérobé »), le Journal de Joanny, celui de Hugo ou encore la correspondance de Victor Pavie à son père.

B. Une illustration de la bataille

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Albert Besnard (1849-1934) est un peintre et graveur. Il représente, dans ce tableau, la salle Richelieu de la Comédie-Française. Au premier plan, on remarque ceux que Gautier a appelés les « flamboyants », la jeunesse romantique, particulièrement agitée : les cheveux longs et des vêtements excentriques en signe d’appartenance au mouvement romantique. 

Tournés vers leurs adversaires, ils s’adressent à eux avec véhémence. Sur la gauche, on reconnaît Théophile Gautier et son célèbre gilet rouge. Il écrira : « Le gilet rouge ! on en parle encore après plus de quarante ans, et l’on en parlera dans les âges futurs, tant cet éclair de couleur est entré profondément dans l’œil du public. » On comprend que l’artiste s’est inspiré des nombreux récits rédigés a posteriori sur la bataille.

Conclusion

L’histoire littéraire a fait de la première représentation d’Hernani le moment fondateur de l’histoire du romantisme éclipsant les autres pièces romantiques jouées dès 1828, comme l’adaptation en français de Roméo et Juliette à l’Odéon par Frédéric Soulié. 

La pièce Hernani est indissociable de la bataille qu’elle a engendrée, mais il faut bien comprendre que toute une légende s’est constituée autour de cet événement littéraire dont les enjeux ne sont pas seulement esthétiques mais aussi politiques et culturels.

LE PETIT + DANS TA COPIE

N’oublie pas de nuancer ton propos en dissociant l’événement littéraire de la légende créée par la mise en récit de la bataille.

POUR ALLER PLUS LOIN …

            Concernant la bataille et la constitution de la légende, tu peux consulter l’article suivant rédigé par deux spécialistes de Victor Hugo :

  • http://groupugo.div.jussieu.fr/groupugo/doc/06-12-16RomanSpiquel.pdf
Fin de l'extrait

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