La condition de la femme dans La Princesse de Montpensier (film et nouvelle) - Littérature - Terminale L

La condition de la femme dans La Princesse de Montpensier (film et nouvelle) - Littérature - Terminale L

Nous vous proposons un tout nouveau cours de Littérature pour le Bac L consacré à la condition de la femme dans le film et la nouvelle La Princesse de Montpensier.
Voir la 1ère partie de ce cours

Vous aborderez ici les thématiques liées à la représentation de la femme. Dans un premier temps, vous verrez la femme victime et obéissante, puis la femme ignorante. Par la suite, vous vous intéresserez à la femme lucide et enfin à la femme libre.

Téléchargez gratuitement ci-dessous ce cours de Littérature sur la condition de la femme dans La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette et Bertrand Tavernier.

La condition de la femme dans La Princesse de Montpensier (film et nouvelle) - Littérature - Terminale L

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Introduction

On se doute que l'œuvre abordera des thématiques liées à la représentation de la femme. En effet, il s'agit tout de même de l'histoire d'une femme, entourée d'hommes qui l'adorent. Ainsi, il paraît opportun de parler de la représentation et de la condition de la femme dans La Princesse de Montpensier. Ce cours sera divisé en deux fiches : une propre au film et une autre qui s'intéressera et au film et à la nouvelle. Quant à l'œuvre de Bertrand Tavernier, on a décidé d'aborder la façon dont elle traite la représentation féminine via l'étude de sept thématiques. La première fiche s'intéresse à trois d'entre elles : I. Femme marchandée, II. Femme infantilisée, III. Femme : une parole particulière. La suivante, que vous trouverez ci-dessous, se concentre sur les quatre autres : I. Femme victime obéissante, II. Femme ignorante, III. Femme lucide, IV. Femme libre et prolongera à l'univers de la nouvelle les réflexions faites quant au film.

I. Femme victime obéissante

Comme l'incarnent les sages mères des deux futurs époux, la femme doit être obéissante. Alors que le père de Marie s'écriait qu'elle devait lui obéir, sa mère lui dit plus sagement : « Épousez Montpensier. C'est une brute comme une autre. » Le mot « brute » n'est pas anodin. Il caractérise la dominance physique et sociétale des hommes. A quoi bon tenter d'échapper à cette « brute » quand la société en a des milliers d'autres en réserve, tous plus ou moins égaux dans la façon dont ils traitent leurs femmes ? Comme on le remarque, la première obéissance d'une femme est liée à l'acceptation de l'époux qui lui est assigné. Remarquons tout de même que tous les hommes ne possèdent pas une liberté maximale quant à ce sujet non plus. D'après son père, le prince n'est pas au courant de l'alliance qui a été faite entre sa maison et celle de Mézières. De même, le duc d'Anjou doit suivre les aspirations de sa mère et son frère. Alors, pourquoi les femmes semblent-elles souffrir plus que les hommes du destin que leur père leur assigne ? Serait-ce car une fois leur virginité disparue, elles acquièrent un statut tout à fait différent dans la société ? Serait-ce car chaque relation intime hors-mariage les plongera dans le risque d'une grossesse honteuse ? Quoi qu'il en soit, les femmes doivent obéir, comme le conclut Marie quand Catherine lui précise qu'elle n'a pas eu celui qu'elle espérait mais qu'elle, pire encore, se voit attribué un époux du double de son âge. « C'est notre métier d'obéir », dit la princesse. Fatalité qu'elle semble, en effet, avoir accepté après son mariage. Ainsi, elle déclare au prince qu'elle l'aimera quand il le lui commandera et à Chabannes que, pour son mari, demander est un mot qui en cache un autre : « S'il me demande, il me commande. », affirme-t-elle.

II. Femme ignorante

Aussi est-il plus facile de se soumettre aux choses qu'on ignore ou quand on ne possède pas le savoir nécessaire pour ne pas y obéir. Par exemple, la femme du duc de Montpensier ne peut que se soumettre à la façon dont son époux a négocié la dote de sa bru puisqu'au moment où il lui en parle, la partie a déjà été jouée. « C'est fait », lui dit-il d'ailleurs. Ainsi, par manque de considération mais aussi pour affirmer le fait que l'opinion des femmes n'a que peu de valeur, elles ne sont pas consultées quant à certaines décisions ou, si elles le sont, elles sont les dernières à être mises au courant des diverses décisions qui sont en train d'être prises. Ainsi, le père de Marie la vend sans consulter sa femme, ni sa fille. Et, le prince ainsi qu'Henri de Guise seront au courant de cette union avant elles puisque ce n'est que plus tard que le père de Marie lui fait connaître le détail d'une décision. Pendant qu'il lui adresse ces quelques mots énigmatiques (« Je vous ferai bientôt connaître le détail d'une décision »), on voit d'un côté le duc de Montpensier qui parle à son fils et de l'autre le cardinal de Lorraine qui s'adresse à Henri de Guise. Au sein de cette scène, la situation locative de Marie est symbolique. Non seulement, elle est au milieu des deux camps qui se la disputeront dès à présent mais elle est aussi seule, regardant de gauche à droite, plongée dans l'ignorance mais tentant de s'informer comme elle peut.

III. Femme lucide

1. Enseignement

Bien que plongée dans l'ignorance de par sa condition, la caractéristique de Marie est qu'elle fera parfois preuve de lucidité et s'instruira ; ce qui la mènera, en partie, à prendre la décision finale que Bertrand Tavernier lui a assigné. Tout le parcours de Marie est alors initiatique et mène à un résultat libérateur mais douloureux.

Dans ce processus d'initiation, le rôle de Chabannes en tant qu'instructeur est important. Ainsi, au sein du château, avec Chabannes, Marie s'instruit notamment quant :

  • Au latin
  • À la géométrie (les triangles)
  • À l'écriture
  • À l'astrologie.

Mais, Chabannes n'est pas la seule personne à lui enseigner certains éléments. Bien qu'elle ne lui donne pas proprement de classe, sa suivante lui fait découvrir :

  • Le rire et la camaraderie
  • La danse
  • L’intimité sexuelle (scène d'amour entre la suivante et un homme).

2. De mademoiselle à madame.

Tout ce temps passé avec Chabannes et la suivante, sans la présence des hommes-vautours, est un temps de libération qui portera ses fruits dans le futur. En outre, comme le dit Chabannes, Marie avait déjà tout pour apprendre. Avant de rencontrer proprement ce dernier, elle avait d'ailleurs déjà fait un premier enseignement. Marie, intelligente (comme sa mère le dit), avait pris conscience de la soumission qui était liée à son sexe. Petit à petit, en grandissant, au vu de ses expériences, elle sera amenée à penser cette condition et à la réfuter. On remarque qu'un tel résultat est le fruit d'un processus progressif. Marie évolue. Au début, lors de sa vie au château, Marie est toujours très enfant et ignorante. Alors qu'elle ne se voit pas capable de répondre à ses obligations seigneuriales de dame (et non plus de jeune fille), elle enrage. Après avoir échoué dans la coupe du sanglier, elle avoue ne pas connaître non plus réellement les motifs de la guerre (alors qu'elle la prive de la présence de son mari !). De même, au repas lors duquel sont accueillis les ducs de Guise et d'Anjou, elle dit ne rien connaître des usages militaires. Néanmoins, on voit que l'instruction de Chabannes commence à porter ses fruits puisqu'elle a séduit ces hommes par sa beauté mais aussi ses manières et son savoir. Pour profiter de son savoir, il lui restera alors à s'opposer à la société qui la soumet.

IV. Femme libre

La liberté de Marie consistera notamment à se détacher des codes sociaux qu'on lui impose. Comme elle l'affirme, elle a pendant longtemps vécu hors du monde et de ses plaisirs (lorsqu'elle était au couvent). Elle veut, à présent, pouvoir en jouir. Ce pourquoi, elle se réjouit notamment d'aller à la cour. Avec Chabannes, on est face à une Marie plus sincère vis-à-vis d'elle-même et moins enfermée dans un comportement dicté par les codes sociaux. Elle sourit, est bavarde, se confie, est espiègle et tient parfois tête à son instructeur. Notamment, alors qu'il la reprend sur son latin en lui affirmant qu'elle le sait peu et mal, elle lui affirme qu'elle le connaît « assez et assez bien ». Conjointement, alors que Chabannes ne juge pas que ramasser des plantes est une tâche pour elle, elle s'invite lors de la cueillette de ce dernier. Bien que parfois jugeur par rapport à sa relation avec Guise, petit à petit Chabannes incarne le libre arbitre de la princesse. Il est le personnage qui l'amènera à prendre ses décisions et lui donnera la liberté de choix. Comme il lui dit quand il la voit souriante d'être aimée de Guise : « Si vous le voulez, vous le pourrez ... » De même, s'il l'informe du fait que Guise veut la voir, c'est à la fois car il lui est fidèle mais aussi cari il en arrive à penser que le fait de rencontrer le duc ou non est une décision qui devrait être la sienne. Il lui donne le choix d'accepter la visite de ce dernier en mettant un chandelier à sa fenêtre ou de refuser la présence du duc en ne le mettant pas. Qui d'autre que Chabannes aurait pu mieux l'aider à se libérer des interdits sociaux ? Lui, qui a osé déserter la guerre. Alors que, dans le film, on la voyait d'abord passive dans la voiture la conduisant au château de son mari, voilà qu'elle parcourt (à la fin) les terres en amazone pour se rendre sur la tombe du comte. Comme redevable de son amitié et de son enseignement, elle se range de son côté, celui des malheureux mais libres déserteurs, affranchis des rôles que la société avait assigné à leur genre : « Comme François de Chabannes s'était retiré de la guerre, je me retirais de l'amour. »

V. Conclusion par rapport au film

Déjà dans l'œuvre de Madame de Lafayette, on avait l'impression d'être face à une double morale. La plus explicite résidait dans le fait que la princesse aurait dû être plus prudente et vertueuse. Or, comme on l'a déjà dit dans certains cours, lors de la lecture, on comprend petit à petit qu'une deuxième conclusion édifiante se dresse : cet idéal de mesure devrait s'appliquer à tous car si la jeune femme peut être honteuse de ses actions, les hommes doivent l'être aussi puisqu'ils ont exécuté un « horrible dessein » le jour de la Saint-Barthélemy. Ainsi, la seconde morale responsabilise un peu les hommes quant à la façon dont ils se comportent. Il reste une autre morale, propre au sentiment amoureux, qu'on étudiera plus tard. Dans le film, à première vue, le personnage de Marie semble plus positif que celui de la nouvelle. Elle n'est, notamment, pas aussi ingrate envers Chabannes. Dans tous les cas, on retrouve aussi une conclusion nuancée. A la positivité de sa fuite libératrice, le film semble ajouter une teinte un rien plus sombre : alors qu'elle était prête à excuser le silence de Guise, ce n'est qu'une fois rejetée par ce dernier qu'elle s'émancipe entièrement... Les femmes sont-elles inévitablement liées aux hommes ?

VI. Prolongement de la réflexion à la nouvelle

Si nous avons commencé par le fait de nous intéresser à la représentation de la femme dans le film et non dans la nouvelle, c'est car il nous a semblé que Bertrand Tavernier avait mis un point d'honneur à montrer les femmes comme elles étaient mais aussi à en donner une peinture quelque moderne. Cette modernité, on peut la rapprocher de celle de Madame de Lafayette qui, bien qu'elle ne soit pas la première femme-écrivain, fait tout de même partie d'une nouvelle ère dans le cadre littéraire. Les femmes écrivent. Et, parfois, elles écrivent sur les femmes et pour les femmes. En outre, Madame de Lafayette livre les premiers romans d'analyse et réalise ainsi un art moderne pour le XVIIe siècle. Alors que certains poussent cette observation de modernité jusqu'à dire qu'elle était féministe, on jugera très modestement qu'on peut penser que le terme est quelque peu anachronique. Et, surtout, alors que Bertrand Tavernier semble avoir voulu défendre les femmes dans son œuvre, il serait maladroit de rapprocher entièrement sa démarche de celle de Madame de Lafayette. Néanmoins, force est de constater que Bertrand Tavernier n'est pas parti de zéro pour dépeindre les femmes tel qu'il l'a fait. La nouvelle délivre quelques éléments qu'on retrouve dans le film. En voici quelques-uns :

1. La femme marchandée

De par les mœurs de l'époque, les femmes ainsi que les hommes sont souvent les proies des stratégies de leurs parents, voulant réaliser des unions matrimoniales desquelles ils peuvent tirer des bénéfices. Ainsi :

  • Mademoiselle de Mézières est d'abord promise au duc de Maine.
  • Mademoiselle de Mézières épouse finalement le prince de Montpensier.
  • Marguerite de Valois s'unit au roi de Navarre.
  • Charles IX jure fidélité à la fille de l'empereur Maximilien.
  • La princesse de Portien se destine au duc de Guise (suite à une décision de ce dernier, qui paraît quelque peu impulsive).

Les femmes et les hommes sont au centre d'intrigues politiques, diplomatiques et économiques qui motivent les mariages qu'on leur destine. Hommes et femmes ne se marient pas pour amour. Cependant, dans l'œuvre de Bertrand Tavernier, on avait l'impression que les femmes tiraient moins davantage de cette situation et en souffrait plus. Qu'en est-il dans la nouvelle ? Dans l'ouvrage de madame de Lafayette comme dans celui de Bertrand Tavernier, force est de constater que les femmes n'étant généralement pas liées aux affaires politiques et économiques, elles ne tirent pas grand profit des unions qu'on les force à réaliser. En outre, la façon dont le texte est écrit met en valeur les femmes d'une façon telle qu'on a l'impression que les hommes tirent plus d'avantages de leur union à ces dernières. En effet, les femmes du récit sont belles, ont de l'esprit et représentent un certain intérêt social. Ainsi, la princesse est présentée comme provenant d'une grande maison et ayant de grands biens. De même, si Henri de Guise laisse à sa portée Marguerite de Valois, c'est visiblement parce qu'il aspire à être le beau-frère du roi. Et, finalement, cette dernière est unie au roi de Navarre « pour la paix ». Le texte présente ainsi les femmes comme passives dans les transactions politiques mais néanmoins indispensables à ces dernières. Ne pouvant influer de par leurs décisions sur la diplomatie du pays, elles y contribuent tout de même indirectement, tels des outils.

2. La tutelle des hommes

Bien que moins évident que dans le film, la tutelle des hommes est néanmoins bien présente dans la nouvelle. La première observation que l'on peut faire est que la nouvelle tourne autour d'eux. Ainsi, il n'y a jamais un passage marquant de l'œuvre où l'on retrouve une femme seule. Même quand la princesse pense, seule, au fait qu'elle est à nouveau aimée du duc de Guise, c'est bien sous le spectre de ce dernier qu'elle est mentionnée. Elle vient de lui parler, elle pense à lui, elle le voit ensuite … Il en est de même quand elle est seule à la fin de l'œuvre. Sa solitude permet d'évoquer le duc de Guise, le prince et le comte de Chabannes. Si les protagonistes féminins semblent chaperonnés par les personnages masculins, la réciproque ne s'applique pas. En effet, quand il s'agit d'évoquer les exploits guerriers des uns et des autres, les femmes ne sont pas mentionnées. Ainsi, la nouvelle, dans son architecture, semble indirectement montrer une vérité quant à la condition des femmes : elles sont toujours accompagnées des hommes. Enfin, plus directement, les femmes dépendent bien des hommes. On peut le voir de par le personnage de Marie, qui est envoyé à la cour et exclu de cette dernière selon les directives de son mari.

Fin de l'extrait

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