La condition de la femme dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier - Littérature - Terminale L

La condition de la femme dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier - Littérature - Terminale L

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Dans ce cours rédigé par notre professeur, vous aborderez la condition de la femme dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier. Vous étudierez donc la femme marchandée, la femme infantilisée, puis vous vous intéresserez plus particulièrement à la parole de la femme.

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La condition de la femme dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier - Littérature - Terminale L

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Introduction

On se doute que l'œuvre abordera des thématiques liées à la représentation de la femme. En effet, il s'agit tout de même de l'histoire d'une femme, entourée d'hommes qui l'adorent. Ainsi, il paraît opportun de parler de la représentation et de la condition de la femme dans La Princesse de Montpensier. Ce cours sera divisé en deux fiches : une propre au film et une autre qui s'intéressera et au film et à la nouvelle. Quant à l'œuvre de Bertrand Tavernier, on a décidé d'aborder la façon dont elle traite la représentation féminine via l'étude de sept thématiques. La fiche que vous trouverez ci-dessous s'intéresse à trois d'entre elles : I. Femme marchandée, II. Femme infantilisée, III. Femme : une parole particulière. La suivante se concentra sur les quatre autres : I. Femme victime obéissante, II. Femme ignorante, III. Femme lucide, IV. Femme libre et prolongera à l'univers de la nouvelle les réflexions faites quant au film.

Préambule

Dans le cours au sein duquel nous avons étudié les liens familiaux qu'il y avait entre les individus, nous avons joint un tableau synthétisant l'ensemble des personnages en les divisant selon leur sexe. Ainsi, nous ne le joindrons pas à ce cours mais nous pouvons, d'ores et déjà, retenir que dans l'ouvrage de Madame de Lafayette, il y a douze personnages masculins et sept féminins. Le fait que les femmes soient en nombre minoritaire se retrouve aussi plus ou moins dans le film bien qu'il y ait l'ajout des mères du couple princier ainsi que de la suivante et de la duègne de Marie. Nous allons tenter de dresser rapidement un listing des personnages masculins et féminins au sein du film, tout en assurant le fait qu'il s'agit de protagonistes ayant un rôle plus ou moins remarquable. Il paraît compliqué et quelque peu inintéressant de relever les diverses apparitions des figurants.

Les personnes de la grange attaquée par Chabannes, plus particulièrement la femme enceinte ; Nicolas, le page de Chabannes ; les brigands qui veulent pendre le comte de Chabannes ; Philippe ; le page de Philippe ; les pères de Marie et Philippe ; le cardinal ; Mayenne : Catherine ; Henri ; Marie ; Jeanne la suivante ; la mère de Marie ; la duègne de Marie (qui observera la trace de sang) ; « les femmes de cuisine » ; le marchand (de cosmétiques et nouvelles) ; les paysans qui reçoivent le sanglier ; le professeur du duc d'Anjou ; la troupe de compagnons du duc d'Anjou ; le tailleur de vêtements ; Catherine de Médicis, Charles IX (qui tousse), le marchand de chameau et son interlocuteur, l'hôte et l'hôtesse de Chabannes, la femme enceinte sauvée par Chabannes.

En outre, il paraît bon de rappeler, dans ce préambule, que nous allons, la plupart du temps, ne pas sortir du cadre d'étude de la position de la femme au XVIe siècle. C'est bien cette époque que représente le film. Or, nous serons sûrement tout de même amenés à remarquer que certaines femmes tiennent parfois des discours quelque peu modernes pour cette époque.

En s'axant autour de sept thématiques liées à la représentation de la femme, nous démontrerons que la condition de cette dernière, au sein de l'œuvre de Bertrand Tavernier, n'est pas tout à fait figée.

I. Femme marchandée

1. L'accord mercantile

Un des éléments qui saute tout de suite aux yeux du spectateur est le fait que la femme apparaît quelques fois au sein d'un échange, qui semble être mercantile. Une telle optique entre dans le cadre des relations matrimoniales au sein desquelles les femmes sont traitées contre des terres, du linge de maison, des bestiaux. En effet, dès le début du film, on voit le duc de Montpensier marchandant pour organiser le mariage de son fils à Marie. Et, pour tenter de convaincre le père de la jeune femme, il l'appâte avec des terres qu'ils se disputent depuis plusieurs années au sujet de la chasse. Ensuite, quand la mère du prince essaye de savoir quelle a été la dote de sa bru, le duc de Montpensier lui parle bien de poules, de chevaux, du linge de maison … Le mariage prend réellement des aspects de troque domestique. D'ailleurs, la seconde femme du duc de Montpensier, Catherine, développera cette idée en la nuançant quelque peu puisqu'elle dira à Marie que les hommes décident pour les femmes, comme cela est le cas pour les chevaux et les chiens. La femme semble alors être un accessoire ou plutôt un ustensile de maison comme les autres. De façon quelque peu provocatrice, on pourrait parfois même dire qu'elle possède les mêmes droits que le bétail.

2. La valeur du produit

Si les chevaux gagnent en valeur selon leur robe, leur beauté, leur âge et leur race, on remarque qu'une dynamique semblable s'applique aux filles. Selon la famille dont elle provient, sa vertu, sa beauté et d'autres facteurs, elle gagne en valeur. Et, un tel point est encore une fois subtilement souligné par le père du duc de Montpensier qui évoque le fait qu'à la cour chacun pense selon le facteur de qualité de la promise ou du futur époux. Notamment, pour lui, les Guise sont en train de filouter le marquis de Mézières en leur promettant Mayenne, d'une valeur moindre que son frère Henri. Quant aux filles, on comprend, qu'entre autres, la valeur de ces dernières se calcule selon sa vertu. Ainsi, le duc affirme que le prince a repris sa promesse d'engagement auprès d'une jeune femme car sa légèreté est apparue aux yeux de tous. La vertu de Marie et donc sa qualité seront mises à l'épreuve. Comme nous l'avons déjà évoqué dans l'étude des liens familiaux au sein d'un autre cours, le sang qu'elle perd lors de sa nuit de noces est la preuve de sa virginité. En outre, sa qualité réside aussi dans le fait qu'elle soit propre et belle. Ainsi, avant d'être consommée, elle est préparée et son père vient d'ailleurs inspecter comment se déroulent les événements. Pour un spectateur contemporain, il peut apparaître quelque peu choquant qu'un père vienne observer l'embellissement de sa fille nue, au bord du lit nuptial. Face à cette scène incommode, on peut d'ailleurs avoir l'impression que le père est une sorte d'inspecteur qualité ou de contremaître. Force est de constater que Marie apparaît alors comme étant un produit. Toujours dans cette métaphore filée (visuelle mais aussi propre aux dialogues) de la vente, le duc d'Anjou, quand il parle de « l'épidémie » de mariages, dit que les Guise ont vendu Catherine.

II. Femme infantilisée

Outre le fait que les femmes n'ont pas des droits aussi étendus que ceux des hommes ; ce qui leur donne un statut superficiel, on remarque qu'elles sont aussi réduites à une condition qui s'apparente à celle d'un enfant. Ainsi, les relations du couple princier prennent parfois des apparences de relations entre un père et une fille.

1. La paternalisation du prince

On retrouve le côté paternalisant du prince dans la façon dont il parle à sa femme et de sa femme (même en sa présence). Ainsi, quand il s'en va à la guerre, il donne des instructions au comte de Chabannes quant à la façon dont il doit s'occuper de cette dernière. Il lui dit : « profitez-en pour l'instruire. Elle ne sait ni le dessin ni la poésie. ». Alors qu'on lit cette phrase, on se dit que le prince ne dit rien de réellement surprenant. Ce qui paraît moins normal est le fait que son épouse est présente au moment où il prononce ces paroles. En utilisant les pronoms de la troisième personne (« l' » et « elle »), on a l'impression que cette-dernière est absente de la situation d'énonciation. En effet, les pronoms relatifs aux personnes présentes dans la situation d'énonciation incluent le « je » et le « tu ». Utiliser le pronom de la troisième personne revient à l'exclure d'une situation où elle est présente et qui la concerne, comme on le fait parfois envers les enfants. Ainsi, elle est réduite au rang d'objet ou d'enfant. Avec un tel comportement, le prince manque de considération pour sa femme. Cette impression est notamment renforcée par le fait, qu'avant de quitter le château, il lui dit un simple « adieu » alors qu'il adresse à Chabannes une accolade. Dans le personnage du prince, on retrouve un mélange de misogynie et de malaise vis-à-vis des femmes. Cette maladresse l'accompagnera au fil de l'œuvre où il se perdra entre jalousie, usage de son pouvoir masculin et faiblesse en amour. C'est ainsi qu'on retrouve cette posture bien plus tard, vers la fin du film. En effet, lorsqu'il raccompagne Marie à ses appartements après qu'elle a donné un rendez-vous à Guise avec échec, il l'enferme dans sa chambre comme une enfant pas sage. Son mari la consigne et lui dit : « préparez-vous donc à repartir pour Mont-Sur-Brac où je vous assigne le temps que ma colère s'éteigne. ». Outre le geste emprisonnant Marie, la construction de la phrase montre aussi qu'il est le maître de sa femme. Or, encore une fois, bien que puissant bourreau, il apparaît aussi victime faible de sa passion. En effet, en tant que maître, il utilise l'impératif et le sujet « je » qui consigne et assigne l'objet « vous » (Marie). En tant que victime, c'est bien sa colère qui doit s'éteindre et non lui, le « je » dominant, qui doit la calmer. Le prince est définitivement un mari tout aussi maladroit et supérieur que certains pères. A la figure violente et aimante du père de Marie qu'on trouve au début du film se substitue celle du mari.

2. La tutelle des hommes

Père, frère, mari, ami, cousin, au XVIe siècle, les femmes ne sont que rarement délivrées de leur joug. Elles sont sous leur tutelle. On peut observer un tel point lors de la scène qui suit le moment où Marie a été retrouvée seule, en train d'attendre le duc de Guise. En effet, à ce moment, alors que son amie, Catherine, sûrement plus à même de la comprendre, était sa complice, Marie est remise dans le droit chemin par les hommes qui l'empêchent d'atteindre son but. Le duc d'Anjou se fait gardien de sa vertu mais, loin d'une preuve d'amitié envers le prince, il s'agît simplement d'un geste passionné. Il empêche son rival de s'approcher de celle qu'il aime. Sous des airs de gardien de l'ordre, réduisant à néant les envies de Marie, il protège ses intérêts, bien qu'il affirme le contraire. La main de Marie dans la sienne, il la confie ensuite à « qui revient de droit » ; le tout sous le regard de Chabannes. Marie est chaperonnée par les hommes. Par la suite, son mari manque de la battre tandis que Chabannes la regarde avec insistance. Comme on le remarque, sa liberté de mouvements est limitée comme celle d'un enfant, qui ne peut se rendre où il veut par faute de moyens et car il est sous la tutelle de ses parents. Ce manque de liberté, elle le mentionne au moment de repartir pour Mont-Sur-Brac en disant au prince qu'elle respecte la liberté qu'il lui impose (« La liberté que vous m'imposez »).

III. Femme : une parole particulière

1. Le silence

Dans leur soumission et infantilisation, les femmes sont souvent silencieuses. Nombre de plans mettent en scène un homme venant interrompre ou contredire une femme. Ainsi, dans une scène survenant après le retour du prince de la guerre, la duègne de Marie et sa suivante sont en train de faire sa toilette. Le prince entre dans la chambre, les somme d'arrêter et contraint la duègne à se taire alors qu'elle allait visiblement lui donner une explication. De même, quand son mari la consigne dans ses appartements, à la fin de l'œuvre, Marie ne dit mot.

2. La contradiction

Du peu qu'on la voit, la mère du prince n'est pas silencieuse (« Elle n'arrête pas de se plaindre. », dit d'ailleurs Jeanne à Marie). Néanmoins, bien qu'on la laisse parler, on ne l'écoute pas et sa parole n'a pas vraiment de valeur. On remarque cela quant à la relation qu'elle a avec son mari. On constate qu'en général, sa parole est niée, comme celle d'un enfant étant toujours dans l'erreur. Nous avons relevé certaines occurrences démontrant que la femme du duc de Montpensier est infantilisée car elle est traitée avec une indifférente supériorité, notamment quant à sa parole :

  • Elle affirme que la maison a beaucoup de chevaux. Le duc de Montpensier lui dit que non car la guerre en a fait disparaître une certaine quantité.
  • Il lui dit qu'ils rentreront à Paris et elle s'affole en disant que non, notamment car son état de santé ne lui permettrait pas. Comme à une enfant, le duc dit qu'elle dormira sur la route et conclut cette discussion par un « Mais si. »
  • Dans la scène où elle rentre dans la calèche, elle dit qu'elle va mourir et son mari lui dit que non. Bien que la pauvre dame paraisse un petit peu exubérante, force est de constater qu'elle n'avait pourtant pas vraiment tort. Elle décèdera quelque peu après.

La mère du prince n'a pourtant pas l'air spécifiquement malheureuse ou ne manifeste pas une quelconque déception réelle ou rébellion vis-à-vis de son mari. A première vue, on pourrait même croire qu'il y a un certain équilibre dans le couple : le duc très terre à terre raisonne les exubérances de sa femme. Néanmoins, on remarque qu'elle est, en fait, docile et soumise aux envies du duc : il préfère les chiens de chasse aux paons et veut rentrer à Paris. La mère du prince, ainsi que celle de Marie d'ailleurs, sont les exemples des femmes qui ont accepté leur condition et ont tu leur orgueil. Le seul enseignement qu'elles sont réellement autorisées à délivrer à leurs filles est qu'elles doivent en faire de même.

Fin de l'extrait

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