La Pérouse dans Les Faux Monnayeurs (1/3) : Qui est La Pérouse ? - Littérature - Terminale L

La Pérouse dans Les Faux Monnayeurs (1/3) : Qui est La Pérouse ? - Littérature - Terminale L

digiSchool Bac L met à votre disposition ce cours de Littérature consacré au personnage de La Pérouse dans Les Faux Monnayeurs d'André Gide.
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Le personnage de La Pérouse n'apparaît pas, a priori, comme l'un des personnages les plus importants des Faux-Monnayeurs d'André Gide... En effet, il apparaît moins qu'Edouard, Bernard ou Olivier, et il paraît porter moins de tension dramatique que des personnages comme Boris, Laura ou même Georges Molinier. Pourtant, ce protagoniste du vieux professeur de piano joue un rôle crucial dans le roman. Quelle est l'importance du personnage de La Pérouse ? Comment ce personnage est-il construit ?

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La Pérouse dans Les Faux Monnayeurs (1/3) : Qui est La Pérouse ? - Littérature - Terminale L

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Introduction

Le personnage de La Pérouse n'apparaît pas, a priori, comme l'un des personnages les plus importants des Faux-Monnayeurs d'André Gide... En effet, il apparaît moins qu'Edouard, Bernard ou Olivier, et il paraît porter moins de tension dramatique que des personnages comme Boris, Laura ou même Georges Molinier. Pourtant, ce protagoniste du vieux professeur de piano joue un rôle crucial dans le roman.

Quelle est l'importance du personnage de La Pérouse ? Comment ce personnage est-il construit ?

 

Qui est La Pérouse ?

Le personnage de La Pérouse n'apparaît qu'à six reprises dans le roman.

 

Le personnage de La Pérouse

La Pérouse est le vieux professeur de piano d'Edouard. Il réside à Paris, dans un petit appartement près du boulevard Haussmann, en compagnie de son épouse, Madame de La Pérouse, avec qui il entretient des relations très tendues. Le vieil homme vit dans le dénuement.

La Pérouse souffre de solitude, étant donné qu'il ne s'entend plus avec sa femme ; il souffre également de la perte de son frère et de son fils, ainsi que de l'absence de son petit-fils, Boris, qu'il n'a jamais vu : il demandera à Edouard de lui ramener Boris.

Dans la troisième partie du livre, La Pérouse a retrouvé Boris, mais ne semble pas s'entendre avec son petit-fils : il assistera d'ailleurs, impuissant, à son suicide.

 

Présence du personnage de La Pérouse dans le roman

Le personnage de La Pérouse est présent dans deux chapitres de la première partie du roman, et dans quatre chapitres de la troisième partie du roman.

Partie I, chapitre 13, page 118 à 125

Citation en exergue du chapitre : "On tire peu service des vieillards" – Vauvenargues.

Le récit de la rencontre d'Edouard avec La Pérouse est raconté dans le journal d'Edouard, et lu par l'intermédiaire de Bernard, qui lit indiscrètement le journal du romancier, trouvé dans la valise qu'il a récupérée à la consigne. Cette rencontre entre Edouard et La Pérouse est datée du 8 novembre.

Edouard se rend pour la première fois dans le nouvel appartement du couple La Pérouse, un appartement en entresol, plutôt dénué. Le vieux professeur vit dans le dénuement, il confesse ne plus avoir beaucoup d'élèves, et ne pas se faire payer par les élèves avec qui il aime travailler, comme cette élève qu'il prépare au conservatoire. Il sous-entend qu'il mettra fin à ses jours prochainement.

La Pérouse avoue ne plus s'entendre avec son épouse, et confie à Edouard l'existence de son petit-fils, Boris, fils de son fils et d'une de ses élèves russes, qu'il ne connaît pas.

Edouard part après lui avoir promis de revenir le voir souvent.

Partie I, chapitre 18, page 156 à 163

La rencontre entre Edouard et La Pérouse est relatée dans son nouveau journal, en date du jeudi, 7 heures.

Le conflit entre les époux La Pérouse est étalé au grand jour : Madame de La Pérouse ouvre la porte à Edouard, et se plaint de son époux, qui mange à toute heure du jour et de la nuit, et se relève la nuit pour lire en pleurant des lettres de feu son frère. Monsieur de La Pérouse les interrompt et se plaint de son épouse : elle ouvre toujours les fenêtres, elle mange trop, elle a séparé les meubles entre eux.

La Pérouse parle à nouveau de son suicide prochain, et remet à Edouard un titre de rente qu'il veut voir remettre à son petit-fils Boris.

Edouard promet d'aller à Saas-Fée, en Suisse, où réside le petit Boris, pour l'amener à La Pérouse avant sa mort.

L'ancien élève et le vieux professeur se quittent après une conversation sur l'art : La Pérouse a détesté assister à une représentation d'Hernani de Victor Hugo il y a peu, il décrie également la musique moderne, dissonante, à laquelle il préférerait un accord parfait continu : "Un accord parfait continu ; oui, c'est cela : un accord parfait continu... Mais tout notre univers est en proie à la discordance" (p. 162)

Troisième partie, chapitre 1, pages 221 et 222

Dans le journal d'Edouard en date du 22 septembre : Edouard raconte avoir laissé le petit Boris chez son grand-père ; lorsque Madame Sophroniska est revenue le chercher une heure plus tard, l'enfant boudait seul dans un coin. Edouard note que c'était une erreur de les laisser seuls.

Troisième partie, chapitre 3, pages 240 – 247

Journal d'Edouard en date du 29 septembre. Visite d'Edouard à La Pérouse, qui paraît très abattu. Il révèle qu'il a tenté de se suicider le mercredi dernier, après avoir vu Boris, mais qu'il n'a pas trouvé le courage d'appuyer sur la gâchette. Madame de La Pérouse est partie en maison de retraite, mais il lui en veut toujours, notamment d'avoir brûlé les lettres de feu son frère. Edouard propose à La Pérouse d'aller vivre à la pension Azaïs, près de Boris, et annonce qu'il reviendra le chercher le lendemain.

Troisième partie, chapitre 15, pages 342 à 346

Narration extérieure, puis récit d'une visite d'Edouard à La Pérouse, à la pension Vedel, extrait du Journal d'Edouard.

La narration extérieure nous informe que La Pérouse, à présent devenu surveillant d'étude à la pension Vedel, est moqué par les élèves de la pension.

Edouard trouve que le vieux professeur de piano est affaibli. Il se plaint d'entendre, la nuit, un bruit dans le mur de sa chambre, et de ne pas avoir réussi à lier de véritable relation avec Boris. Il semble craindre les élèves.

Troisième partie, chapitre 18

Poussé par ses camarades, Boris se suicide en pleine étude, avec le pistolet de son grand-père que les autres élèves lui ont fourni, et alors que La Pérouse surveille l'étude.

Edouard raconte alors sa rencontre suivante avec le vieil homme : La Pérouse ne lui a pas parlé du suicide de Boris ; mais il vivait une crise mystique, se demandant qui, de Dieu ou du Diable, parle, est le moins cruel, etc.

Cet épisode clôt quasiment le livre : c'est dire l'importance du personnage dans l'économie du roman !

 

Les modèles du personnage de La Pérouse

Qui a inspiré André Gide pour la création du personnage de La Pérouse ?

 

Pas Saint-Simon !

Tout d'abord, notons que dans deux lettres présentées en appendice du Journal des Faux-Monnayeurs, André Gide rejette une source possible du personnage de La Pérouse : le modèle qu'aurait été Monsieur le Prince, tel qu'il est décrit par Saint-Simon dans ses Mémoires.

En effet, une lectrice, Suzanne-Paul Hertz, écrit à Gide dans ces termes : "L'analogie frappante qui existe entre le mal dont est atteint La Pérouse dans les dernières années de sa vie, et celui dont souffrait Saint-Simon dans ses Mémoires, prouve que Saint-Simon vous a fourni la matière du chapitre III de la troisième partie de votre livre Les Faux-Monnayeurs" (JFM p. 109)

Gide reproduit également la réponse qu'il donne à cette lettre, en niant l'influence de Saint-Simon sur la construction du personnage de La Pérouse, et en affirmant que ce personnage a été forgé sur le modèle de son professeur de piano : "Le cas de Monsieur le Prince offre en effet une saisissante analogie avec celui de mon vieux La Pérouse, mais c'est la réalité qui m'en avait fourni le modèle. La Pérouse a été inspiré, et jusque dans son suicide manqué, par un vieux professeur de piano, dont je parle longuement dans Si le grain ne meurt (...)" (JFM pp. 111 – 112)

 

L'image de Marc de Lanux, le professeur de piano

Ce "vieux professeur de piano, dont [Gide] parle longuement dans Si le grain ne meurt" (JFM, p. 112), c'est Marc de Lanux. Plusieurs traits de La Pérouse sont inspirés directement de l'ancien professeur de piano de Gide : le "suicide manqué" du personnage, qui ne trouve pas le courage d'appuyer sur la gâchette ; mais aussi son trouble, lorsqu'il vit à la pension Vedel, et qu'il croit entendre un bruit dans le mur.

Un autre épisode semble être en partie inspiré par l'histoire de Marc de Lanux : il s'agit de l'épisode des lettres brûlées par Madame de La Pérouse. En effet, La Pérouse se relève la nuit pour lire les lettres de feu son frère, et Madame de La Pérouse, exaspérée, décide un jour de brûler cette correspondance : "Savez-vous ce qu'elle a fait, avant de partir ? Elle a forcé mon tiroir et brûlé toutes les lettres de feu mon frère. Elle a toujours été jalouse de mon frère ; surtout depuis qu'il est mort. Elle me faisait des scènes quand elle me surprenait, la nuit, en train de relire ses lettres (...) On l'aurait dite pleine d'attentions ; mais je la connais : c'était de la jalousie. Elle n'a pas voulu me laisser seul avec lui." (p. 245)

Cet épisode est inspiré de deux événements :

Une expérience de Marc de Lanux : dans son Journal, Gide raconte que son professeur de piano aimait relire la correspondance qu'il entretenait avec son frère ; un jour, en trouvant les lettres en désordre, il se rendit compte que sa femme avait lu la correspondance, et il résolut de la brûler.

Une expérience de Gide lui-même : au retour d'un voyage en Angleterre avec son amant Marc Allégret, Gide réalisa que son épouse, Madeleine, jalouse, avait brûlé toute leur correspondance ; il vécut cette révélation comme un drame.

Le personnage de La Pérouse s'inspire donc du professeur de piano d'André Gide... Mais aussi d'André Gide lui-même !

 

La Pérouse, héritier de Gide ?

En effet, le personnage de La Pérouse pourrait s'inspirer, au moins en partie, de l'auteur lui-même.

Tout d'abord, rappelons l'épisode des lettres brûlées, qui, nous l'avons vu, est inspiré autant de Marc de Lanux que de Gide lui-même.

De plus, comme le note Pierre Masson dans Lire les Faux-Monnayeurs, "La Pérouse (...) rêve que la vie soit "un accord parfait continu", un peu comme Gide qui, dépossédé de ses lettres, s'écriait : "Mon oeuvre ne sera plus jamais que comme une symphonie où manque l'accord le plus tendre"" (Masson, P. ; Lire les Faux-Monnayeurs, p. 19) : ainsi, chez Gide comme chez La Pérouse, on retrouve non seulement l'intérêt pour la musique, mais aussi l'adéquation entre le thème de la musique et celui de la vie.

Enfin, comme le rappelle encore Pierre Masson, le mysticisme de La Pérouse à la fin du roman "pourrait rappeler celui que Gide ressentit pendant la guerre."

 

La difficulté de créer un personnage nouveau

Malgré les modèles du personnage de La Pérouse, Gide a également taché de créer un personnage indépendant ; en témoigne ce passage du JFM où il explique devoir réécrire le portrait de La Pérouse, pour le séparer davantage de ses modèles : "Si j'ai raté le portrait du vieux Lapérouse (sic), ce fut pour l'avoir trop rapproché de la réalité ; je n'ai pas su, pas pu perdre de vue mon modèle. Le récit de cette première visite est à reprendre. Lapérouse ne vivra et je ne le verrai que quand il aura complètement pris la place de l'autre. Rien encore ne m'a donné tant de mal. Le difficile c'est d'inventer, là où le souvenir vous retient." (JFM pp. 75 – 76)

 

Conclusion

Bien qu'il ne soit pas le personnage le plus représenté dans les Faux-Monnayeurs, La Pérouse est indéniablement un personnage clé du roman, non seulement en raison de ses modèles, mais aussi car il incarne certains thèmes très importants dans le roman – ce que nous approfondissons dans la seconde fiche que nous consacrons au personnage de La Pérouse.

Fin de l'extrait

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