La Pérouse dans Les Faux Monnayeurs (3/3) : La vieillesse et la mort - Littérature - Terminale L

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Découvrez la troisième partie du cours de Littérature consacré au personnage de La Pérouse dans Les Faux Monnayeurs.
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Bien que le personnage de La Pérouse ne soit pas le plus présent dans les Faux-Monnayeurs, son importance est cruciale dans l'économie du roman, d'autant que certains des thèmes principaux du texte s'illustrent à travers le personnage du vieux professeur de piano. La Pérouse incarne ainsi l'échec des valeurs familiales, mais aussi la vieillesse, la mort, et le mysticisme.

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La Pérouse dans Les Faux Monnayeurs (3/3) : La vieillesse et la mort - Littérature - Terminale L

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La vieillesse

La Pérouse, seul protagoniste d'homme âgé des Faux-Monnayeurs de Gide, est l'incarnation, dans le roman, de la vieillesse.


Le portrait de la vieillesse

La Pérouse est le seul personnage de vieillard du roman : il est caractérisé par son âge, et ce dès la première description dont il fait l'objet, dans le récit du mariage de Laura, où il joue de l'orgue : "Le vieux La Pérouse à l'harmonium ; son visage vieilli, plus beau, plus noble que jamais, mais son œil sans plus cette flamme admirable qui me communiquait sa ferveur, du temps de ses leçons de piano" (FM, p.101). La vieillesse de La Pérouse est rattachée à la noblesse, mais aussi à la perte de l'élan, du personnage. Dans son Journal, Gide caractérise également toujours La Pérouse par son âge : il l'appelle ainsi le "vieux Lapérouse" (JFM, p. 75), ou encore, plus affectueusement, "mon vieux" (JFM, p. 111). Enfin, la vieillesse de La Pérouse est soulignée par la citation mise en exergue au début du chapitre XIII de la première partie : "On tire peu de service des vieillards" (Vauvenargues, FM p. 118) ; une citation qui rappelle l'inutilité des vieillards dans la société ; ce que rappelle La Pérouse lui-même.

Le personnage de La Pérouse souligne l'originalité qu'est la présence d'un personnage de vieux dans un roman, et explique cela par le désintérêt des jeunes, et donc des écrivains, envers la vieillesse : "Pourquoi est-il si rarement question des vieillards dans les livres ?... Cela vient, je crois, de ce que les vieux ne sont plus capables d'en écrire et que, lorsqu'on est jeune, on ne s'occupe pas d'eux. Un vieillard ça n'intéresse plus personne..." (FM, p. 120)

En outre, La Pérouse met en scène cette vieillesse, en s'illustrant comme quelqu'un de véritablement conformiste : il raconte ainsi à Edouard avoir été scandalisé par l'immoralité d'une pièce de Victor Hugo à laquelle il a assisté, Hernani, une pièce qui avait été jugée immorale et choquante lors de sa première représentation en...1830.


La déchéance physique et sociale

La Pérouse est un vieillard en pleine déchéance, physique comme sociale.


La déchéance physique

Cette déchéance physique est marquée dès la première visite d'Edouard à son ancien professeur : la tenue de La Pérouse est très négligée : "Il était en bras de chemise et portait sur la tête une sorte de bonnet blanc jaunâtre, où j'ai fini par reconnaître un vieux bas (de madame de La Pérouse sans doute) dont le pied noué ballottait comme le gland d'une toque contre sa joue" (FM, p. 118). Cette déchéance se ressent, plus généralement, dans l'attitude du vieillard : il "trott[e] à petits pas" (p. 119).


La déchéance sociale

Cette déchéance physique est à lier à une déchéance sociale : plus personne ne vient voir les époux La Pérouse. Ainsi, voici l'échange qu'il a avec Edouard, lorsque celui-ci le croise au mariage de Laura : "Il m'a dit un peu tristement, mais sur un ton où n'entrait nul reproche : "Vous m'oubliez un peu, je crois." Prétexté ne sait quelles occupations pour m'excuser d'être resté si longtemps sans le voir ; promis pour après-demain ma visite" (FM, p. 103)

Edouard se rend compte de la solitude du couple La Pérouse : "C'est madame de La Pérouse qui est venue m'ouvrir. Il y avait plus de deux ans que je ne l'avais revue ; elle m'a pourtant aussitôt reconnu. (Je ne pense pas qu'ils reçoivent beaucoup de visites)" (FM, p. 156).


La déchéance professionnelle

La Pérouse n'a plus besoin de s'habiller ou de bien se tenir, car il n'a plus d'occupation professionnelle. Le professeur de piano a perdu ses élèves, ses méthodes d'enseignement sont démodées : "C'est comme pour les leçons que je donne : les élèves trouvent que mon enseignement les retarde ; elles veulent aller plus vite que moi. Elles me lâchent... (...)" Il ajouta à voix si basse que je l'entendis à peine : "Je n'en ai presque plus..."" (FM, p. 119)

Cette déchance professionnelle amène La Pérouse à reconsidérer son utilité dans la société, et par conséquent à envisager le suicide : "Je sais qu'il sera temps bientôt. Je commence à gagner moins que je ne coûte ; et cela m'est insupportable. Il est un certain point que je me suis promis de ne pas dépasser" (FM p. 121)

Effectivement, La Pérouse apparaît comme un homme profondément désespéré, voire dépressif – une situation à relier à sa vieillesse.


Un homme dépressif

La Pérouse est dans un tel état de désespoir qu'il envisage de se donner la mort.


L'aigreur et la dépression

La tristesse

Dans les Faux-Monnayeurs, La Pérouse est d'emblée qualifié de triste : "j'ai senti, dans le sourire qu'il m'adressait, tant de tristesse (...)" (p. 101), "il m'a dit un peu tristement (...)" (p. 103). La Pérouse est effectivement un homme profondément malheureux : lorsqu'Edouard lui rend finalement visite, il ne peut que constater son profond désespoir : "Le soir tombait. Je ne distinguais déjà presque plus les traits de mon vieux maître ; mais soudain a jailli la lueur du réverbère voisin, qui m'a montré sa joue luisante de larmes" (FM, p. 120).

Cette tristesse est à rapprocher de la grande solitude de La Pérouse : il ne s'entend plus avec sa femme, il a perdu son fils, il n'a jamais connu son petit-fils Boris, dont on lui a longtemps caché l'existence... Après les retrouvailles avec Boris, la tristesse du vieil homme naîtra de leur impossibilité à s'entendre.


La méfiance envers les autres

Si La Pérouse est un homme seul, cette solitude est encore accentuée par la méfiance qu'il entretient envers les autres : ainsi, il est persuadé d'une conspiration générale envers lui. "C'est seulement maintenant que je comprends que toute ma vie j'ai été dupe. Madame de La Pérouse m'a roulé ; mon fils m'a roulé ; tout le monde m'a roulé ; le Bon Dieu m'a roulé..." (FM, p. 120).


Un comportement caricatural

La Pérouse met en scène son mal-être avec un comportement pour le moins caricatural, qui s'illustre à plusieurs reprises dans le roman. Ainsi, lorsqu'Edouard lui rend visite après lui avoir amené le petit Boris, La Pérouse s'obstine à parler de lui-même à la troisième personne, comme s'il était quelqu'un d'autre, et en prétendant être mort – à tel point qu'Edouard doit "entrer dans son jeu", comme s'il était un enfant, pour communiquer avec lui : ""Monsieur de La Pérouse n'a pas de fièvre. Il n'a plus rien. Depuis mercredi soir, Monsieur de La Pérouse a cessé de vivre." J'hésitais si le mieux n'était pas d'entrer dans son jeu" (p. 241).

Cette mise en scène caricaturale de son mal-être ne fait que s'accentuer dans la troisième partie du roman : par exemple, lorsqu'Edouard lui rend visite au chapitre XV, il montre son mal-être physique en assurant aller très bien :

"Il s'est replié sur un des bancs, tout de biais, après de vains efforts pour introduire sous le pupitre ses jambes trop longues. "Non, non. Je suis très bien, je vous assure." Et le ton de sa voix, l'expression de son visage, disaient : "Je suis affreusement mal et j'espère que cela saute aux yeux ; mais il me plaît d'être ainsi ; et plus je serai mal, moins vous entendrez ma plainte."" (p. 343)

Il continue à se comporter ainsi avec Edouard : "J'ai taché de plaisanter, mais n'ai pu l'amener à sourire. Il affectait une manière cérémonieuse et comme gourmée, propre à maintenir entre nous de la distance (...)" (p. 343).

Ce comportement caricatural ne cessera de s'accentuer jusqu'à la crise mystique de La Pérouse, dans le dernier chapitre du roman.


Le désir de la mort

En outre, le mal être profond du personnage s'illustre également dans son désir de mettre fin à ses jours.


La volonté de se suicider

Le thème du suicide parcourt les Faux-Monnayeurs, mais c'est La Pérouse qui l'introduit. Ce désir de mort est la conséquence du sentiment dépressif du personnage.

Ainsi, dès qu'Edouard lui rend visite pour la première fois dans les FM, La Pérouse évoque son suicide prochain, en s'interrogeant également sur sa moralité : "Est-ce que vous trouvez, vous aussi, que c'est mal ? Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi la religion nous interdisait cela" (FM p. 121).

Dans la troisième partie du roman, La Pérouse raconte à Edouard ne pas avoir eu le courage de se suicider, alors même qu'il avait arrêté la date de sa mort ; suite à cela, Edouard demande à ce qu'il lui remette ses pistolets, mais La Pérouse s'y refuse, prétextant le souvenir de son frère : "Vous n'avez plus de crainte à avoir. Ce que je n'ai pas fait ce jour-là, je sais que je ne pourrai jamais le faire. Mais ils sont le seul souvenir qu'il me reste à présent de mon frère, et j'ai besoin qu'ils me rappellent également que je ne suis qu'un jouet entre les mains de Dieu" (FM p. 246)

Ces paroles rappellent l'ironie tragique du dénouement du roman, puisque c'est finalement Boris, le petit-fils bien-aimé de La Pérouse, qui mettra fin à ses jours devant son grand-père, avec ces mêmes pistolets.

Des trois personnages ayant un lien avec le suicide dans le roman, La Pérouse est le seul qui ne met pas en acte ses pensées suicidaires – Olivier fait une tentative de suicide ratée, Boris meurt d'un suicide qui est aussi un meurtre – et pourtant, c'est bien lui le plus malheureux.


L'étrange maladie

Dans le Journal des Faux-Monnayeurs, André Gide rapproche la tentative de suicide de La Pérouse du mal dont il souffre à la fin du roman – en rappelant que les deux éléments, qui rappellent la déchéance du vieil homme, viennent du personnage de Marc de Lanux.

En effet, La Pérouse entend un bruit dans le mur, près de son lit, qui reste inaudible à Edouard : "On dirait un grignotement. J'ai tout essayé pour ne plus l'entendre" (FM, p. 345)

Ce n'est qu'après la mort du petit Boris que La Pérouse cessera d'entendre ce bruit.


Conclusion

La Pérouse incarne, dans le roman, le thème de la vieillesse ; vieil homme triste et solitaire, il sombre dans la dépression tout au long du roman. Pourtant, si la tristesse montrée par La Pérouse touche parfois à la caricature, le vieux professeur de piano n'accomplira pas son désir de suicide : c'est Boris, la seule lumière dans la vie du vieil homme, qui, ironiquement, se suicidera sous ses yeux.

André Gide clôt le roman les Faux-Monnayeurs sur une description de La Pérouse, qui semble avoir perdu tout sens de la réalité, puisqu'il n'évoque même pas la mort terrible de Boris, et qu'il paraît être en proie à un délire mystique. La déchéance du vieil homme s'est donc poursuivie tout au long du roman.

Fin de l'extrait

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