La Princesse de Montpensier et l'Histoire - Littérature - Terminale L

La Princesse de Montpensier et l'Histoire - Littérature - Terminale L

digiSchool Bac L vous propose un cours de Littérature, rédigé par notre professeur, intitulé "La Princesse de Montpensier et l'Histoire".

Une analyse pour comprendre la nature exacte des liens entre la nouvelle de Mme de Lafayette et l'Histoire de France. Marie de Mézières a-t-elle existé ? Le duc d'Anjou était-il celui qui nous est décrit ? Pour faire le point sur l'Histoire.

Téléchargez gratuitement ci-dessous ce cours de Littérature pour le Bac L sur La Princesse de Montpensier et ses liens avec l'Histoire de France.

La Princesse de Montpensier et l'Histoire - Littérature - Terminale L

Le contenu du document


Le roman historique

Tout narrateur se trouve devant un problème fondamental : comment partager, au sein de sa narration, le fictif et le réel ? Quelle part laisser à l’un ou l’autre ? Lequel supprimer ? Les personnages doivent-ils être de vraies personnes ou des êtres de papier, créés par le narrateur ? L’univers du roman doit-il être réaliste ou totalement fictif ? Autant de questions que la littérature traite au fil des âges, chaque auteur apportant des éléments de réponse.

Le roman historique, dont Mme de Lafayette est l’une des représentantes ressemble beaucoup à la tragédie. 

Posons d’abord que certes, la Princesse de Montpensier est une nouvelle et non un roman, mais que pour autant, elle procède d’une démarche narrative comparable, toute proportion gardée, à celle du roman, relevant elle aussi du genre narratif. A de nombreux égards, notre nouvelle rappelle le roman historique dont les caractéristiques sont :

  • De placer son action dans une époque ancienne et tente d’en faire revivre l’atmosphère. Ainsi la Princesse de Montpensier se développe-t-elle durant la renaissance, en pleine guerres de religions, entre les huguenots et les catholiques.

  • De décrire ses personnages appartiennent à un rang social élevé : princes, rois, nobles en tout cas. Marie de Mézières, aimée de ducs et de comtes en est un bel exemple.

  • D’avoir des personnages qui ont souvent une existence historique réelle.

  • De traiter de sujets graves. 

 

Cependant, il ne faut en aucun cas penser que La Princesse de Montpensier soit une reconstitution fidèle d’une réalité historique et ce pour deux raisons ; tout d’abord, l’intrigue est dominée par l’amour ; les épisodes historiques servent de décor, de toile de fond. Ils ne sont pas fils directeurs. La guerre, par exemple, est l’occasion de mettre l’amour de Marie de Montpensier et de son époux à l’épreuve : « Après deux années d’absence, (…) le prince de Montpensier revint trouver la princesse sa femme » et il « fut surpris de voir la beauté de cette princesse ». Ensuite, Mme de Lafayette n’est pas historienne et n’hésite pas à donner à sa Renaissance les couleurs de son siècle à elle. L’exemple de la nuit de noces sur laquelle elle passe pudiquement est révélateur : durant la Renaissance, cette nuit de noces publique permettait d’être certain « qu’on ne vous avait pas refilé une marchandise avariée ». On comprend combien le XVIIème siècle de Mme de Lafayette est lisible en arrière-plan de l’intrigue de la nouvelle. 


Dans les faits, le roman historique est bien plus une histoire romancée qu’un texte qui suit une rigueur historique. Mme de Lafayette écrit d’ailleurs : « elle [la découverte de Marie de Montpensier dans une barque] leur parut une chose de roman » revendiquant d’une certaine manière raconter des histoires plus que l’Histoire.


Des personnages fictifs et des personnages historiques

Les personnages principaux de la nouvelle, à une exception près, ont tous existé mais cette affirmation appelle nuances et précisions. 

Le comte de Chabannes est un personnage fictif : véritable héros de roman, il porte un nom connu mais cet homme sort de l’imagination de Mme de Lafayette. Il pourrait être l’incarnation littéraire du mentor de cette dernière, l’abbé Ménage, qui la forma, jeune. 

Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, a bel et bien existé. Née au début du XVIIème siècle, et morte très jeune, elle ressemble à notre personnage par son mariage réputé peu heureux. La ressemblance s'arrête là et le nom de Montpensier n’est qu’un nom d’emprunt. Le personnage de notre nouvelle aurait plutôt été inspiré par Marie-Louise de Montmorency-Laval, duchesse de Roquelaure dont les amours volages sont mal perçues par la cour de Louis XIV, qui est pourtant loin d’être un modèle de vertu. La cour comme le roi ! Mais cette duchesse un peu légère n’est pas la seule source d’inspiration de Mme de Lafayette. Renée d’Anjou-Mézières, épouse de François de Bourbon-Montpensier meurt jeune, à l’image de Marie. 

Philippe de Montpensier n’existe pas. Il est inspiré de François de Bourbon-Montpensier, un catholique fervent ennemi des Guise. Ce trait le rapproche du personnage de notre nouvelle. 

Le duc de Guise, Henri Ier de Guise, dit le Balafré, a existé. Orphelin très jeune, il est recueilli par le cardinal de Lorraine, son oncle (voir La Princesse de Montpensier, P.191) ; soldat émérite, il épouse effectivement Catherine de Clèves et non la marquise de Noirmoutiers comme l’écrit Mme de Lafayette, P.233 ; cette marquise de Noirmoutiers sera en revanche sa maîtresse. Un petit rappel d’histoire : en France, depuis la fin du Moyen-Age, deux familles illustres s’opposent et cherchent à obtenir le trône de France, la maison Guise et la maison des Bourbons. Cette lutte entre les deux familles fait surface à plusieurs reprises dans la nouvelle à travers l’opposition entre Philippe de Montpensier (rattaché à la branche des Bourbons) et le Balafré, duc de Guise.

Henri III, le duc d’Anjou a existé et a le même âge que le prince et la princesse de Montpensier, à peu de chose près. Mme de Lafayette emprunte au personnage historique son donjuanisme : il veut Marie de Montpensier et lorsqu’il réalise qu’il ne peut l’avoir, il se venge et enrage : « il s’attendrit en considérant la beauté de cette princesse et la perte qu’il faisait en perdant l’espérance de l’être aimé ».

On voit par ce catalogue fastidieux que le lecteur nous pardonnera, que l’Histoire est parfois malmenée par Mme de Lafayette. Mais le lecteur doit comprendre que cette dernière ne cherche pas à faire une œuvre qui fût réaliste sur le plan historique. Comme nous l’avons évoqué plus haut, La Princesse de Montpensier est d’abord une œuvre moralisatrice, à l’intention des jeunes filles et dont le message est sans équivoque : céder à la passion tue. On comprend l’injonction : mesdemoiselles, soyez raisonnables, n’écoutez pas le chant des sirènes et ne vous laissez pas approcher par des hommes qui tireront leur épingle du jeu bien mieux que vous. 

Tavernier fait un choix différent : il ne cherche pas à faire un film historique ; ainsi dira-t-il qu’il ne « filme pas le patrimoine ». Il veut un film d’amour. Marie est d’abord une amoureuse. L’Histoire chez Tavernier transparait pour être sublimée dans des scènes de bataille dont il a le secret. Mais en tant que telle, elle ne crée rien dans l’intrigue.


Les guerres de religion : une toile de fond pour une intrigue amoureuse

L’ensemble de ces éléments nous permet de déduire :

  • Si l’Histoire de France apparaît de façon récurrente dans la nouvelle de Mme de Lafayette, elle est d’abord là comme toile de fond pour une intrigue amoureuse. En effet, les événements guerriers restent au second plan et ne permettent qu’à servir l’intrigue amoureuse. Par exemple, « après deux années d’absence, la paix étant faite », le prince de Montpensier retrouve sa femme. Mme de Lafayette ne s’étend pas sur cette paix et va jusqu’à attribuer au jeune homme des exploits guerriers qu’il n’a pas eus : « tout couvert de la gloire qu’il avait acquise au siège de Paris », siège qui fut mené par son père et non par lui. Bien plus, ce temps de séparation permet à la princesse de grandir, de finir cette formation de jeune femme que son mariage bien précoce lui avait interdit et ce avec l’aide de Chabannes.

  • Tavernier fait un choix différent : il ne souhaite pas faire ce qu’il appelle « un film à costumes » mais bien une histoire d’amour. Les guerres de religion lui donnent l’occasion de scènes de bataille telles qu’il les aime ; notons au passage qu’il fait appel pour les cascades à cheval au célèbre Mario Luraschi. Ces scènes de bataille donnent au film sa couleur historique mais ce n’est là qu’une couleur secondaire. Ce qui compte, c’est l’histoire d’amour, les histoires d’amour qui traversent le film et que l’on retrouve dans l’affiche étudiée précédemment.

 

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac L le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac L

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac L

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?