La Princesse de Montpensier : La préciosité (2/3)

La Princesse de Montpensier : La préciosité (2/3)

Retrouve le deuxième cours de Littérature terminale L sur la préciosité dans l'oeuvre "La princesse de Montpensier" digiSchool ! Chapitre "La princesse de Montpensier".

Dans cette leçon nous étudieront les différentes notions d'étude de la nouvelle.

Télécharge gratuitement ce cours de Littérature rédigé par un professeur et révise ton Bac L en toute tranquilité !

La Princesse de Montpensier : La préciosité (2/3)

Le contenu du document

Ce cours a pour but de traiter de la préciosité et de la façon dont on retrouve ce mouvement littéraire dans La Princesse de Montpensier (film et nouvelle). Exceptionnellement, ce cours sera divisé en trois parties. La première revêt un caractère spécial dans la mesure où il s’agit uniquement d’un cours de définition de la préciosité. La deuxième (voir ci-dessous) appliquera à l’étude de la nouvelle les diverses notions appréhendées. Finalement, la troisième se concentrera sur la façon dont le film se positionne par rapport à la préciosité.

 

Prérequis

  • Avoir des notions quant aux différents genres littéraires et à certains procédés littéraires basiques (notions de périphrase, néologisme, amour courtois, etc.).
  • Connaître les œuvres La Princesse de Montpensier (Madame de Lafayette et Bertrand Tavernier).
  • Avoir l’envie de découvrir un courant de pensée plus méconnu bien que renommé.

 

Objectifs

  • Appliquer les concepts et définitions aux œuvres du programme.

I. Des sujets "bien fait"

Dans La Princesse de Montpensier, les personnages sont appelés par leur nom et leur titre. On ne trouvera jamais trace de leur prénom. Cela fait partie du désir de l’auteure d’écrire un récit noble où les personnages appartiennent à un certain rang. À ce certain rang va s’associer une certaine éducation, un certain comportement, une certaine tenue. Ainsi, les personnages sont bien faits (« une des personnes du monde la plus achevée », « cette belle princesse », « ils ne furent pas moins surpris des charmes de son esprit qu’ils l’avaient été de sa beauté », « le duc d’Anjou, qui était fort galant et fort bien fait ») et élégants (« paré d’un nombre infini de pierreries mais plus paré encore de sa bonne mine »). On retrouve l’idée que le cercle précieux est un cercle aristocratique qui écrit pour lui-même.

II. L’amour et l'amitié

Comme on l’a dit, les précieuses s’intéressent particulièrement à la thématique de l’amour. Cela ne veut pas dire que tout récit traitant d’amour est précieux.

A. Les étapes de la relation amoureuse

Comme on l’a précisé, ce cercle intellectuel a une vision particulière de l’amour et s’intéresse notamment aux diverses étapes qui existent dans la naissance, l’existence et parfois la disparition de ce sentiment. Dans La Princesse de Montpensier, nombre de ces étapes sont retranscrites. Concernant l’amour de la princesse et du duc de Guise, la façon dont les deux individus sont tombés en amour l’un de l’autre nous est présentée. 

Ainsi, à mi-chemin entre le résumé et l’analepse, le narrateur exprime : « Ils étaient tous deux dans une extrême jeunesse et le duc de Guise, voyant cette prétendue belle-sœur (…) en devint amoureux et en fut aimé. » On peut comprendre par une telle phrase que l’amour naît selon deux facteurs : la vue et une situation propice à l’éveil du désir d’aimer et d’être aimé. Conjointement, quelques pages plus tard nous est présentée la façon dont le comte de Chabannes s’éprend de la princesse (« il ne peut se défendre de tant de charmes qu’il voyait tous les jours de si près »). 

C’est bien le fait de voir un être qui permet de s’enamourer. Aussi, dans les deux cas de figure, les deux hommes sont exposés à la vision d’un être honnête et de beauté et ce de façon régulière. Ensuite, on remarque que si l’être aimant est au contact de l’être aimé, « l’envie de parler » surgit. Le comte de Chabannes dévoile sa flamme à la princesse et le duc de Guise « lui dit plusieurs fois (…) que son cœur n’avait point changé ». Conjointement, le duc d’Anjou « fut touché du même mal que M. de Guise » et fit connaître ses sentiments « par toutes sortes de soins et de galanteries ». 

On constate que le prince est absent de cette description de la naissance de l’amour puisque sa relation avec la princesse de Montpensier est liée au mariage, qui est une institution sociale qui impose l’amour et ne lui laisse pas le temps de naître. Bertrand Tavernier insistera sur ce point. 

Au sujet de la conception du mariage, on remarque d’autant plus qu’il n’est pas directement lié à l’amour puisque le duc de Guise sacrifie son mariage avec Madame pour en réaliser un autre avec la princesse de Portien et ce dans le but de montrer qu’il n’est pas attaché à la sœur du roi mais l’est à la princesse de Montpensier – comportement qui paraît bien étrange à nos yeux.

B. Amour idéalisé

Hérité de la tradition médiévale, dans La Princesse de Montpensier, l’amour et la façon dont il est exposé sont romancés. Sous la forme d’un discours métatextuel (au-dessus du texte, qui parle de lui-même), l’auteur semble l’avouer avec la phrase : « Cette nouvelle aventure donna une nouvelle joie à ces deux jeunes princes et à tous ceux de leur suite : elle leur parut une chose de roman. » Ainsi, la rencontre des ducs de Guise et d’Anjou avec la princesse est directement apparentée à quelque chose d’extraordinaire, à une sorte de fantasme littéraire. 

Or, ces passions de roman qu’éprouve le duc de Guise n’incarnent pas l’amour pur et idéalisé. En effet, c’est Chabannes qui éprouve « la plus violente et sincère passion qui fût jamais ». La passion de Chabannes est certes liée à la beauté de la princesse mais pas uniquement. 

Son amour est aussi lié à une relation du quotidien qui met les deux êtres dans la confidence et dans la complicité. Moins en relation avec le physique et le désir que dans le cas des autres hommes, l’amour du comte de Chabannes semble plus équilibré et donc plus pur. C’est notamment ce que tend à montrer Bertrand Tavernier dans son film.

C. Les relations hommes-femmes

De façon additionnelle, la nouvelle traite aussi de la relation d’amitié qui peut exister entre un homme et une femme. Ainsi nous est-il cruellement enseigné que celle-ci n’existe que peu. Aimée de tous et passionnée, la princesse n’éprouve que trop de difficultés à avoir un ami. En effet, alors que le comte de Chabannes saura se montrer fidèle et aimant, la princesse sera « ingrate » et le tourmentera. Quoi qu’il en soit, on remarque qu’en héritage de l’amour courtois, l’amour nous est majoritairement présenté comme un mouvement qui va d’abord de l’homme vers la femme. Ce sont les ducs de Guise et d’Anjou ainsi que le comte de Chabannes qui sont pris sous le filet des charmes de la princesse et manifestent cet amour (« M. de Guise (…) pensait en lui-même qu’il pourrait demeurer aussi bien pris dans les liens de cette belle princesse que le saumon l’était dans les filets du pêcheur. »).

D. L’équilibre dans l’amour

La préciosité aurait tendance à prôner un amour équilibré aussi bien dans la passion qu’éprouvent les deux êtres que dans la façon de vivre cette passion. Or, on constate que, dans le roman, cet équilibre idéal est difficile à atteindre. Si l’amour du comte semble plus pur que les sentiments éprouvés par ses rivaux, force est de constater que son amour se place dans un rapport démesuré par rapport à sa servitude envers la princesse : « La passion du comte le portait si naturellement à ne songer qu’à ce qui pouvait augmenter le bonheur et la gloire de cette princesse. ». 

Il en vient à l’aider à mener une relation avec le duc, d’abord épistolaire, puis physique (= rencontre en personne). Et alors que cette rencontre physique tourne à la scène de découverte d’amant, il se fait porter coupable dans un dernier élan de « générosité » folle. Le prince, quant à lui, est fou mais de jalousie. Alors que sa femme éprouve de l’affection envers lui et le lien qui les unit (elle « demeura fort triste des périls où la guerre allait exposer son mari »), il est très vite jaloux et la tourmente dès lors qu’ils reçoivent les ducs. Aucun amour dans la nouvelle n’est réellement à la hauteur de l’amour précieux

L’amour précieux doit être libre tout en répondant aux codes de la bonne conduite et en étant équilibré. Les êtres doivent être voués l’un à l’autre et, notamment, l’homme doit se comporter de façon noble pour conquérir le cœur de sa dame. Ainsi, le passionné Guise exprime : « Il aurait été plus respectueux de vous la faire connaître par mes actions que par mes paroles mais, madame, mes actions l’auraient apprise à d’autres aussi bien qu’à vous et je souhaite que vous sachiez seule que je suis assez hardi pour vous aimer. » L’impulsivité, l’ambition et la passion de Guise le poussent à faire basculer ses sentiments dans l’excès, que l’on retrouve dans ses attitudes qui ne respectent pas toujours la bienséance. Bertrand Tavernier développera aussi cet aspect.

III. Le langage

Nous pouvons aborder la thématique du langage utilisé par Madame de Lafayette. Il est toujours bon de lier forme et fond. Il faudra noter que, sans être caractérisé par de nombreuses fioritures, le style est travaillé et soutenu. On trouve notamment une certaine pureté dans l’écriture de Madame de Lafayette, qui a côtoyé des grammairiens comme Ménage. Par exemple, on retrouve dans l’ouvrage des constructions syntaxiques tels que le rythme ternaire et les parallélismes de construction. 

Étudions la structure syntaxique de cette phrase : « Elle tâcha de le consoler en l’assurant qu’elle ne se souviendrait jamais de ce qu’il venait de lui dire, qu’elle ne se persuaderait jamais une chose qui lui était si désavantageuse, et qu’elle ne le regarderait jamais que comme son meilleur ami. » On remarque ici qu’il s’agit d’une phrase complexe composée de plusieurs propositions. Celles qui nous intéressent plus particulièrement sont les subordonnées qui dépendent du participe présent « assurant » ; celles qui commencent par « qu’elle ». On remarque, en effet, qu’elles sont toutes trois composées du pronom personnel « elle », d’un verbe au conditionnel et de son objet. Il s’agit donc d’un parallélisme de construction. 

Aussi, l’effet de parallélisme de construction est accentué par la répétition de « jamais » dans chacune des subordonnées. Outre le parallélisme de construction, le fait que cet enchaînement de subordonnées soit triple permet d’instaurer un rythme ternaire, qui s’inscrit dans la tradition de la rhétorique. Un tel phénomène n’est pas strictement lié à la préciosité. Néanmoins, il fait partie d’une stylisation de la langue qui est l’une des caractéristiques de l’écriture précieuse. Cependant, le nombre d’hyperboles que l’on trouve dans l’œuvre se rapproche plus d’une écriture précieuse qui, de par son intérêt pour l’amour courtois, adopte des formules qui rappellent parfois la tradition hyperbolique de l’écriture du Moyen-Âge (« mille excuses et mille compliments », « devenir violemment amoureux », « fort galant et fort bien fait »). Aussi, dans La Princesse de Montpensier, on retrouve un respect très prononcé de la bienséance puisqu’on remarque que les descriptions des tumultes de la guerre sont faites de façon à réduire l’impact de la violence. Les descriptions ne permettent que peu de se représenter les champs de bataille et leur caractère sanglant. 

Ce qui importe plus est que l’événement guerrier revête des intérêts historique et narratif (« Après que les deux armées se furent fatiguées par beaucoup de petits combats, d’un commun consentement on licencia les troupes pour quelque temps »). Le respect de la bienséance est propre aux traditions classique et précieuse. Les précieuses bannissent au maximum la vulgarité ainsi que la trivialité. Ce pourquoi, on ne trouve pas mention dans le livre des rapports violents et charnels. Bernard Tavernier viendra pallier ce manque dans son film. Il paraît bon d’étudier le rapport du réalisateur aux principes de la préciosité qu’on trouve dans la nouvelle.

Conclusion

Afin que cette fiche de cours ne soit pas trop longue, nous continuerons notre réflexion dans un autre document. Dans une dernière fiche, nous en viendrons à remarquer que Bertrand Tavernier adopte une esthétique différente de celle de Madame de Lafayette. Ainsi, nous nous intéresserons au traitement de la préciosité dans l’adaptation du réalisateur français.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Plus qu’un petit plus, il s’agit d’une exigence méthodique à se fixer afin de réaliser une argumentation rigoureuse : un argument est toujours accompagné d’un exemple (citation à l’appui) afin d’être reçu comme irréfutable.

POUR ALLER PLUS LOIN …

  • S’intéresser davantage à la notion de classicisme en littérature.
  • Revoir certaines notions relatives à l’amour courtois et à l’écriture médiévale.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac L le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac L

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac L

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?