La puissance des passions dans La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette - Littérature - Terminale L

La puissance des passions dans La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette - Littérature - Terminale L

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Les sentiments auxquels les personnages ne résistent pas peuvent aussi bien être des passions joyeuses que des passions tristes. Comment Madame de Lafayette montre que les passions gouvernent les volontés des personnages plus que la raison dans son oeuvre La Princesse de Montpensier ?

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La puissance des passions dans La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette - Littérature - Terminale L

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Les sentiments auxquels les personnages ne résistent pas peuvent aussi bien être des passions joyeuses que des passions tristes (au sens où Spinoza l'entendait dans L'éthique, c'est à dire des passions bonnes, constructives et des passions mauvaises, destructrices pour les êtres). Comment Madame de Lafayette montre que les passions gouvernent les volontés des personnages plus que la raison ?

I. Les passions heureuses : l'amour et le désir

1. La déclaration du comte de Chabannes

a. La tentative de résister à la passion

Malgré le mariage de son meilleur ami, le prince de Montpensier, avec la princesse de Mezières, le comte de Chabannes tombe amoureux de cette princesse. Il décide de lui avouer son amour lorsque son meilleur ami le prince de Montpensier est absent. Il doit la fréquenter souvent, puisque le prince a chargé le comte de Chabannes de veiller sur elle. Il est très proche de la princesse et il participe à son éducation. Il tombe alors amoureux d'elle en raison de la proximité quotidienne qu'il entretient avec elle comme on le remarque dans le passage suivant : « Le comte, qui connaissait la sincérité de cette belle princesse, et qui lui voyait d’ailleurs des dispositions si opposées à la faiblesse de la galanterie, ne douta point de la vérité de ses paroles, et néanmoins il ne put se défendre de tant de charmes qu’il voyait tous les jours de si près. » On comprend ici que le comte de Chabannes, une fois que la princesse lui a avoué son amour pour le duc de Guise, ressent une interdiction de l'aimer. Car il sait parfaitement que la princesse aime déjà un autre homme et qu'il souffrira de cet amour non réciproque. Mais comme on le voit avec l'usage de l'adverbe « néanmoins », la passion est toujours plus forte que les motifs de contrevenir à cette passion. La passion passe aussi par la vue comme on le voit avec le verbe « voir », c'est la vue de « charmes » de la princesse qui fait succomber le comte de Chabannes à l'amour pour cette jeune princesse. On remarque donc que le comte ne choisit pas d'aimer la princesse, mais qu'il succombe à son charme sans le décider.


b. La honte d'éprouver cette passion

Ainsi, le comte de Chabannes culpabilise d'éprouver cet amour : « Il devint passionnément amoureux de cette princesse ; et, quelque honte qu’il trouvât à se laisser surmonter, il fallut céder et l’aimer de la plus violente et de la plus sincère passion qui fut jamais. » On peut même s'interroger sur le fait que l'interdiction d'aimer la princesse renforce encore davantage l'amour et la violence de la passion qu'il éprouve pour elle. Il éprouve donc une passion et une « honte » de l'éprouver. La partie de la phrase « quelque honte qu'il trouvât à se laisser surmonter » est décisive pour comprendre la force de la passion qui est plus puissante que tout motif rationnel. On remarque que le comte a beau lutter contre cette passion, elle ne peut que s'imposer à lui sans qu'il le souhaite. La force de la passion serait donc presque de l'ordre de la maladie. Et plus le comte semble lutter contre cette dernière, plus elle s'impose avec force. Il est donc contraint d'y « céder », pour en diminuer la violence.


c. La tentative de maîtriser ses actions

La question de la maîtrise de sa passion est aussi décisive. S'il est impossible de ne pas maîtriser ce que l'on éprouve, il est néanmoins possible de maîtriser nos actions comme on le remarque dans l'extrait suivant : « S’il ne fut pas maître de son cœur, il le fut de ses actions. Le changement de son âme n’en apporta point dans sa conduite, et personne ne soupçonna son amour. Il prit un soin exact, pendant une année entière, de le cacher à la princesse, et il crut qu’il aurait toujours le même désir de le lui cacher. » Ainsi le comte de Chabannes dissimule à la princesse sa passion. On voit dans cet extrait l'évolution modulée de la passion. D'abord, le comte ne ressent que de l'amitié pour la princesse, puis il ressent un puissant amour qu'il parvient à dissimuler, puis cette envie de dissimuler son amour s'efface. Ainsi la passion semble grandir et le désir de l'avouer aussi. Alors qu'au début il lui était supportable de dissimuler ses sentiments, avec le temps cette passion va s'intensifier et l'envie de dévoiler son amour naîtra.


d. Nommer et partager la passion

Par conséquent, le comte de Chabannes décide d'avouer ses sentiments à la princesse. Madame de Lafayette énonce une règle générale sur l'amour dans la phrase suivante : « L’amour fit en lui ce qu’il fait en tous les autres [...] ». Ainsi l'auteur semble édifier une théorie sur la psychologie des sentiments. Le sentiment amoureux ne peut naître sans faire naître le désir de l'énoncer et de verbaliser ce sentiment. Madame de Lafayette continue donc : « il lui donna l’envie de parler, et, après tous les combats qui ont accoutumé de se faire en pareilles occasions, il osa lui dire qu’il l’aimait, s’étant bien préparé à essuyer les orages dont la fierté de cette princesse le menaçait ; mais il trouva en elle une tranquillité et une froideur pires mille fois que toutes les rigueurs à quoi il s’était attendu. » Dans cette phrase, on voit qu'il y a des réactions très communes des humains qui tombent amoureux : ils décident dans un premier temps de dissimuler leur amour, puis ils ressentent l'envie de partager leurs sentiments, puis ils tentent de lutter contre leur désir d'en parler, pour enfin finir par avouer ces sentiments amoureux. Il y a donc une succession de plusieurs temps dans la naissance de la passion qui impliquent une lutte contre cette dernière.


2. Le retour du comte de Chabannes

Lorsque le comte de Chabannes joue le rôle d'intermédiaire entre la princesse et le duc de Guise, le comte souffre terriblement. La princesse le considère toujours comme son meilleur ami et décide d'oublier qu'il l'aime. Cela entraîne de la part de la princesse un manque d'attention envers les sentiments du comte de Chabannes. En effet, la princesse décide de lire de longues lettres du duc de Guise au comte de Chabannes comme on le remarque dans cette phrase : « Elle ne prit pas le soin de la cacher, et lui fit avaler à longs traits tout le poison imaginable, en lui lisant ces lettres et la réponse tendre et galante qu’elle y faisait. » Ce comte souffre donc de cette transparence de la princesse sur ses sentiments. Il porte toutefois toujours les lettres de la princesse au duc de Guise et celle de ce dernier à la princesse : « Il porta cette réponse au gentilhomme, avec la même fidélité avec laquelle il avait rendu la lettre à la princesse, mais avec plus de douleur. Il se consola pourtant un peu, dans la pensée que cette princesse ferait quelque réflexion sur ce qu’il faisait pour elle, et qu’elle lui en témoignerait de la reconnaissance. »  S'il accepte de jouer le rôle d'intermédiaire entre son rival et la princesse, c'est parce qu'il craint que la princesse ne le rejette s'il refuse, et parce qu'il se sent incapable de refuser à la princesse quoique ce soit tant il en est amoureux. Il se trouve donc piégé par sa passion ce qui explique son comportement irrationnel. Pour Madame de Lafayette, certains cœurs desservent eux-mêmes leurs propres intérêts et leur amour même à cause de leur amour pour une personne. Le comportement passionné du comte est tout à fait paradoxal car en servant son rival il perd la princesse. Le comble réside dans le fait qu'il sert son rival par amour pour la princesse. Il espère par ailleurs que la princesse soit reconnaissante du sacrifice qu'il fait pour elle. Il espère donc que son sacrifice favorise le partage de cette passion.

Mais au moment où cette souffrance est trop insupportable, le comte décide de supplier la princesse de cesser de le tourmenter. La princesse le blâme de ressentir cet amour pour elle et le comte décide de partir pour ne plus souffrir : « Quoique sa passion, aussi bien que sa patience, fût extrême, et à toute épreuve, il quitta la princesse et s’en alla chez un de ses amis dans le voisinage de Champigni, d’où il lui écrivit avec toute la rage que pouvait lui causer un si étrange procédé, mais néanmoins avec tout le respect qui était dû à sa qualité ; et, par sa lettre, il lui disait un éternel adieu. » Ainsi il décide dans un moment de lucidité sur son propre intérêt de quitter la princesse et de lui dire adieu afin de se protéger de cette douleur. Ainsi la passion peut parfois être surmontée par la douleur lorsqu'elle est insatisfaite et que la douleur se fait plus violente que le plaisir et la joie de ressentir une passion.


3. Le rendez-vous secret du duc de Guise et de la princesse.

Aussi, lorsque le duc de Guise décide de rejoindre la princesse à Champigni, la princesse semble à la fois épouvantée et heureuse de la possibilité de cette rencontre avec le duc. « Son amour lui présenta d’abord la joie qu’elle aurait de voir un homme qu’elle aimait si tendrement : mais, quand elle pensa combien cette action était contraire à sa vertu, et qu’elle ne pouvait voir son amant qu’en le faisant entrer la nuit chez elle, à l’insu de son mari, elle se trouva dans une extrémité épouvantable. » Elle se réjouit dans un premier temps, on peut en conclure que c'est d'abord les sentiments de la princesse qui s'expriment. Puis, elle ressent une forme d'effroi à l'idée que son mari découvre le duc de Guise, qui est son ennemi et son rival, au sein de sa propre demeure. Lorsque la princesse réalise de façon plus pragmatique qu'elle va devoir faire entrer son amant chez elle et son mari la nuit, elle comprend que si son mari les surprend elle risque la pire des situations, c'est-à-dire un terrible conflit avec son mari et entre le duc et son mari.


II. Les passions malheureuses : la tristesse, la haine et la jalousie

1. Les ennemis qui s'emportent (Montpensier et Guise)

Au début de la nouvelle, la princesse se marie avec le prince de Montpensier alors qu'elle était promise au duc de Guise. Le duc en est très affecté comme on le remarque dans la phrase suivante : « Toute la maison de Guise fut extrêmement surprise de ce procédé ; mais le duc en fut accablé de douleur, et l’intérêt de son amour lui fit recevoir ce manquement de parole comme un affront insupportable. » Alors le duc de Guise, fou de rage, s'emporta devant le prince de Montpensier : « Son ressentiment éclata bientôt, malgré les réprimandes du cardinal de Lorraine et du duc d’Aumale, ses oncles, qui ne voulaient pas s’opiniâtrer à une chose qu’ils voyaient ne pouvoir empêcher ; et il s’emporta avec tant de violence, en présence même du jeune prince de Montpensier, qu’il en naquit entre eux une haine qui ne finit qu’avec leur vie. » Cet emportement causa donc un conflit avec le prince de Montpensier qui fit d'eux des rivaux et des ennemis. Ainsi, ce préjudice causé par le prince et le sentiment de jalousie du duc engendra entre eux une hostilité profonde. La haine est ici un sentiment qui engendre un emportement violent que de personnages proches du duc de Guise, ses oncles, ne parviennent à contenir. Ainsi le sentiment haineux provoque la colère et ne peut être contenu d'après cette forme de réaction. La passion haineuse est donc une passion triste qui engendre le conflit et la violence, il est aussi difficile de ne pas y succomber, notamment en raison de la fierté perdue par le duc de Guise que cette situation implique.


2. Le duc d'Anjou qui dénonce

Le duc d'Anjou ressent lui aussi au bal une rage violente causée par un sentiment de jalousie. La princesse lui apprend en effet qu'il a un rival aimé lorsqu'elle le confond avec le duc de Guise à cause des déguisements le soir du bal : « Le duc d’Anjou en demeura accablé comme d’un coup de tonnerre. Il vit, dans ce moment, qu’il avait un rival aimé. » Le duc d'Anjou est victime de ses sentiments comme on le voit par l'usage du participe passé « accablé ».  La passion qu'elle soit heureuse dans l'amour ou malheureuse dans la souffrance, reste toujours subie. Dès lors, la phrase suivante montre que la passion de la haine peut engendrer le désir de tuer un rival : « La jalousie, le dépit et la rage, se joignant à la haine qu’il avait déjà pour lui, firent dans son âme tout ce qu’on peut imaginer de plus violent, et il eût donné sur l’heure quelque marque sanglante de son désespoir, si la dissimulation, qui lui était naturelle, ne fût venue à son secours, et ne l’eût obligé, par des raisons puissantes, en l’état qu’étaient les choses, à ne rien entreprendre contre le duc de Guise. » Ainsi pour ne pas combattre physiquement le duc de Guise, il est nécessaire au duc d'Anjou de trouver des « raisons puissantes » qui contreviennent à sa volonté de tuer le duc de Guise. Il recourt aussi à une habitude « qui lui était naturelle », celle de la dissimulation. Par conséquent pour contrer les actions violentes que peut engendrer une passion, il est nécessaire de faire appel à des raisons puissantes, pas seulement à des simples arguments, et à des tendances naturelles, des habitudes qui possèdent une force capable de s'opposer à la passion. Le duc choisit donc de nuire à son ennemi de façon stratégique et calculée, comme on le voit dans la phrase suivante : « Dès le même soir, le duc d’Anjou lui rendit toutes sortes de mauvais offices auprès du roi. » Le duc choisit de mentir et de détruire la réputation de son rival auprès du roi. Ce choix est davantage stratégique.


3. La princesse qui meurt de chagrin

On remarque que la passion se remarque notamment par son caractère irrésistible. S'il est possible de tempérer des actions qui sont engendrées par une passion, il n'est pas possible de ne pas ressentir la puissance de cette passion. On ne choisit donc pas nécessairement ce que l'on ressent comme on le voit à la fin de l'œuvre lorsque la princesse meurt de chagrin : «  Ce fut le coup mortel pour sa vie : elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant, et le plus parfait ami qui fut jamais. » Il y a donc des événements que des personnes jeunes et fragiles ne pourront subir en continuant de vivre. La princesse succombe littéralement à son chagrin et meurt de tristesse parce qu'elle ne peut « résister » à la violence de cette tristesse. On remarque toutefois un paradoxe dans la fin de ce récit. En effet, si le sentiment ne peut être vaincu, on peut s'interroger sur la dernière phrase du texte qui sous-entend que la vertu est un choix et qu'il est possible d'orienter soi-même ses propres sentiments. La fin de la dernière phrase sous-entend en effet que cette princesse aurait pu agir et ressentir ses propres émotions autrement : « et qui aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions. » Il semble que le texte sous-entende qu'il est possible de choisir une passion, du moins de lui laisser place, mais tout le texte semble démontrer le contraire puisque aucun personnage ne semble parvenir à véritablement contenir ses passions.


4. Le prince de Montpensier qui cède à la haine

C'est aussi le cas du prince de Montpensier à la fin de l'œuvre qui méprise le cadavre de son meilleur ami qui semble avoir subi une mort terriblement violente lors du massacre de la Saint-Barthélemy. Il éprouve ainsi de la joie face au cadavre lamentablement violenté de son ancien meilleur ami comme on le voit à la fin de cette phrase : « mais le souvenir de l’offense qu’il croyait avoir reçue du comte lui donna enfin de la joie, et il fut bien aise de se voir vengé par les mains de la fortune. » Dès lors, le comte a beau s'être souvenu de son amitié pour le comte, son sentiment final demeure le plus violent des deux : celui de la jalousie. Il semblerait que certaines passions tristes soient plus fortes que le sentiment d'amour et d'amitié.


Conclusion

On remarque que dans cette nouvelle, les passions possèdent une très grande violence. Le seul moyen d'y résister est d'y opposer d'autres sentiments, ou des motifs qui possèdent la même puissance. C'est le cas des habitudes naturelles, ou des raisons puissantes, ou d'un intérêt calculé qui permet de toujours satisfaire cette même passion. On remarque que lorsque l'amour est insatisfait, il est possible de choisir de s'écarter de la personne aimée. Mais la passion dans tous les cas répertoriés ici, ne semble jamais se choisir. Elle est toujours subie avec violence et ce, malgré la volonté des personnages.

Fin de l'extrait

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