La réception des Faux Monnayeurs d'André Gide - Littérature - Terminale L

La réception des Faux Monnayeurs d'André Gide - Littérature - Terminale L

Ce cours de Littérature a été rédigé par notre professeur et concerne la réception des Faux Monnayeurs d'André Gide lors de sa publication.

Si les Faux-Monnayeurs d'André Gide fait aujourd'hui partie intégrante du patrimoine littéraire français, tel n'a pas toujours été le cas ! En effet, le "premier roman" de celui qui obtint le Prix Nobel de littérature en 1947 fut largement décrié à sa publication en 1925... pour devenir, plus tard, l'un de nos classiques. Quelle a été la réception des Faux-Monnayeurs d'André Gide ?

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La réception des Faux Monnayeurs d'André Gide - Littérature - Terminale L

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Des critiques acerbes...

En voyage au Congo et au Tchad lors de la publication des Faux-Monnayeurs, André Gide n'était pas présent en France pour recevoir le flot de critiques acerbes que son premier roman suscita. Ces critiques fustigent : un roman "raté", un roman sans histoire, un roman artificiel, et un roman immoral.

 

Le roman incompris

Les Faux-Monnayeurs révolutionne les codes du roman ; aujourd'hui encore, un lecteur des Faux-Monnayeurs aura du mal à raconter autour de lui l'intrigue, l'histoire de ce roman... "De quoi ça parle ?". Dès sa publication, cette modernité du texte déconcerte les critiques, qui jugent le roman... raté.

  • Pour Edmond Jaloux, les Faux-Monnayeurs est un "échec", qui s'éloigne du "type idéal du roman" (Les Nouvelles littéraires, 13 février 1926)

  • Selon John Charpentier, Gide est "impuiss[ant] (...) à douer de vie des personnages indépendants et à les laisser agir par eux-mêmes, ce qui est la qualité essentielle du romancier" (Mercure de France, 1er avril 1926)

Mêmes critiques à l'étranger :

  • En Belgique, Robert Marin écrit : "Rien ne nous retient ici que le spectacle d'un effort immense et vain (...) Triste proie pour l'admiration que ces intentions clairement exprimées et clairement trahies (...) On comprend le ton funèbre de la critique à l'égard de ce livre (...)" (Sélection, Robert Marin, numéro 2, p. 156)

  • En Angleterre, Gerald Gould souligne le caractère expérimental du roman ; une expérience... "ratée" : "The Counterfeiters is an experiment : (...) an experiment that fails (...) The main impression is of dreary and confused unpleasantness" (The Observer, 25 mars 1928)

 

Le roman sans histoire

Les Faux-Monnayeurs est un roman qui ne donne pas la priorité à une histoire, linéaire. Au contraire, le foisonnement des intrigues et des narrateurs fait toute sa richesse ; pourtant, certains critiques lui reprochent de ne pas avoir une ligne narrative claire et déterminée.

  • John Charpentier dénonce son "manque d'unité ou d'homogénéité."

  • Julien Gracq, écrivain français reconnu, lui reproche son "défaut de cohésion nucléaire", et le fait que son intelligence le rende "inhabitable pour l'imagination"

 

Le roman artificiel

Au-delà des critiques fustigeant l'expérience ratée que serait les Faux-Monnayeurs, de nombreux critiques soulignent l'aspect "fabriqué" du roman. En effet, les Faux-Monnayeurs est un roman qui a été pensé... et qui revendique cette pensée ! Le roman peut paraître froid, sans rapport avec l'imagination.

  • Marcel Arland écrit : "On a dit que les Faux-Monnayeurs n'étaient pas un roman, et je le crois aussi ; ce n'est pas que Gide y ait mis trop d'intelligence, mais cette intelligence, il n'a pas su la cacher. Ses personnages ne sont ni invraisemblables ni dénués de vie, pourtant, le livre fermé, aucun d'eux ne reste vivant dans notre esprit" (Les Feuilles libres, février 1926)

  • Roger Martin du Gard, romancier, ami de Gide, destinataire de la dédicace des Faux-Monnayeurs, lui reprochait déjà ce trait, dans la correspondance qu'ils entretenaient au sujet du roman en train de s'écrire : "On vous sent toujours terriblement conscient de vos adresses (...) Quel démon critique vous retient toujours à califourchon sur les vannes de l'écluse ?" (Correspondance, p. 168)

 

Le roman immoral

Enfin, le dernier flot de critiques concerne l'immoralité de l'œuvre – les critiques de l'époque acceptent peu la présence du thème de la pédérastie dans les Faux-Monnayeurs, d'autant que Gide l'a déjà abordé dans l'Immoraliste (1902) et surtout dans Corydon (1924).

Florilège de remarques homophobes :

  • André Billy : "C'est un livre haïssable (...) une œuvre si désagréablement immorale (...) Nous ne dénierons pas au vice ses attraits, mais nous mettrons nettement à part le vice pour lequel M. André Gide fait dans ses Faux-Monnayeurs une sorte d'apologie en action. Tel que nous le dépeint M. Gide, ce vice-là relève beaucoup plus de la correctionnelle que de la littérature (l'Œuvre, 16 février 1926).

  • Henri Martineau remarque la permanence du thème du désir chez Gide, "incapable de parler d'autre chose" (la Revue européenne, mars 1926)

  • Selon André Thérive, dans les Faux-Monnayeurs, "le vice le plus sale nous y est donné comme la chose du monde la plus naturelle" (l'Opinion, 13 février 1926)

  • Enfin, pour René Gillouin, Gide : "gâté jusqu'aux sources mêmes de la vie morale et spirituelle, non content de réserver à des invertis les grands premiers rôles de son ouvrage, nous les propose en modèle (sic), érige en vertu leur vice et leur maladie en santé. Il résulte de là, sur la plupart des scènes des Faux-Monnayeurs, une atmosphère qu'on ne respire jamais sans malaise, un malaise qui va souvent jusqu'au dégoût" (La Semaine littéraire, 20 février 1926)

 

... mais aussi quelques louanges

Au milieu de ce flot de critiques, certains articles remarquent pourtant le caractère exceptionnel du roman de Gide, dont on remarque particulièrement l'aspect moderne et novateur, la dimension diabolique et accomplie, et dont on souligne l'importance pour la jeunesse.

 

Le roman novateur

E. Jaloux écrit : "Il faut bien dire qu'on n'a rien écrit de pareil chez nous depuis l'œuvre de Marcel Proust et qu'elle marque un grand pas dans l'histoire de notre roman (...) Rien ici qui sente cette décadence dont on fait grand état ; mais au contraire une force, une abondance, une richesse qui font de ce roman une œuvre toute jeune, hardie, vivante et qui, je l'espère, nous ouvrira un avenir" (les Nouvelles littéraires, 13 février 1926)

 

Une dimension diabolique ?

L'image du démon, très présente dans les Faux-Monnayeurs, est liée par certains critiques au roman lui-même. Les Faux-Monnayeurs, œuvre diabolique ?

  • René Gillouin (qui critique par ailleurs "l'immoralité" du roman) : "c'est un beau monstre, mais un monstre" (La Semaine littéraire, 20 février 1926)

  • Henri Hertz utilise l'image du démon pour souligner l'aspect exceptionnel de l'œuvre, un accomplissement dans le genre romanesque : "Le roman est une formation diabolique qui, une fois l'élan donné, foisonne. Foudroyant, féérique, il se propage, apparaissant à l'improviste où l'on ne croyait pas qu'il fût, s'exaltant où l'on soupçonnait qu'il était (...) C'est plutôt le roman du romanesque, le roman des romans, c'est-à-dire l'histoire du mécanisme suivant lequel agit et s'enflamme, de proche en proche, parmi les hommes, le merveilleux maléfice" (La Nouvelle Revue française, 1er mars 1926)

 

L'influence auprès de la jeunesse

Enfin, les critiques soulignèrent l'importance du roman pour la jeunesse – comme ils l'avaient fait, notamment, pour les Nourritures terrestres.

Ainsi, en 1936, Albert Thibaudet écrit, dans Histoire de la littérature française : "Les Faux-Monnayeurs trouvèrent (...) auprès d'une jeunesse "inquiète" (...) un accès extraordinaire. Ils ont contribué (...) à en fixer pour un temps ce que Barrès appelait la sensibilité. Les Faux-Monnayeurs ont agi en fonction d'idées, comme des mythes."

 

La réaction d'André Gide

La réaction de Gide, face à ces critiques globalement négatives, nous est connue grâce à son Journal.

 

Déception, sentiment d'incompréhension

Gide est déçu face aux critiques négatives, car il a le sentiment que son roman n'a pas été compris : un sentiment qu'il avait déjà exposé après la publication d'autres de ces romans.

Ainsi, le 5 mars 1927, il écrit dans son Journal : "Ils s'obstinent à voir dans les Faux-Monnayeurs un livre manqué. On disait la même chose de l'Education sentimentale de Flaubert et des Possédés de Dostoïevski"

 

La confiance dans la postérité

Pour autant, il est intéressant de noter que Gide n'a pas perdu confiance dans la qualité de son roman : pour lui, il s'agissait d'un chef d'œuvre incompris (à la hauteur de l'Education sentimentale de Flaubert ou des Possédés de Dostoïevski), que le temps saurait justifier : "Avant vingt ans l'on reconnaîtra que ce que l'on reproche à mon livre, ce sont précisément ses qualités" (Journal, 5 mars 1927).

 

Conclusion

Les Faux-Monnayeurs, largement décrié par la critique à sa publication, connut quelques louanges sporadiques. Gide, bien que déçu par ces retours, savait que son roman serait reconnu par la postérité comme un chef d'œuvre. Effectivement, le temps donna raison à André Gide : comme l'Education sentimentale de Flaubert ou les Possédés de Dostoïevski, les Faux-Monnayeurs est aujourd'hui un roman classique de la littérature, reconnu par les critiques comme par les auteurs.

Pour plus d'informations à ce sujet, n'hésitez pas à consulter la fiche que nous consacrons à la postérité des Faux-Monnayeurs !

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