La vertu dans La Princesse de Montpensier de Mme de Lafayette - Littérature - Terminale L

La vertu dans La Princesse de Montpensier de Mme de Lafayette - Littérature - Terminale L

Notre professeur vous propose un cours de Littérature qui porte sur la représentation de la vertu dans La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette.

Dans la nouvelle de Madame de Lafayette, deux personnages incarnent le comportement vertueux. Tous deux suivent des règles de morale, du moins autant que possible, car la puissance de leurs passions ne les conduit pas toujours à respecter l’idéal de vertu auquel ils aspirent. Mais en quoi parfois, leur passion les conduit à devenir vertueux ? Ou bien au contraire, en quoi leurs passions les écarte du chemin de la vertu ?

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La vertu dans La Princesse de Montpensier de Mme de Lafayette - Littérature - Terminale L

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La vertu de la princesse

L’éducation

La princesse de Montpensier est éduquée au comportement vertueux par le comte de Chabannes dès son premier séjour à Champigny. C’est par son amitié pour la princesse que le comte de Chabannes inspire à la princesse des sentiments de vertu. Il semble ainsi éduquer la princesse à adopter un comportement exemplaire comme on le voit dans la citation suivante : « Chabannes, de son côté, regardait avec admiration tant de beauté, d’esprit et de vertu qui paraissaient en cette jeune princesse ; et, se servant de l’amitié qu’elle lui témoignait pour lui inspirer des sentiments d’une vertu extraordinaire et digne de la grandeur de sa naissance, il la rendit en peu de temps une des personnes du monde les plus achevées »


La vertu qui cache l’intérêt personnel

Cependant, à partir du moment où la princesse éprouve une véritable passion pour le duc de Guise, elle ne se comportera plus de manière exemplaire avec le comte de Chabannes : elle lui lira les lettres du duc de Guise, sans respecter le fait que le comte de Chabannes éprouve toujours une passion pour elle : « Elle ne prit pas le soin de la cacher, et lui fit avaler à longs traits tout le poison imaginable, en lui lisant ces lettres et la réponse tendre et galante qu’elle y faisait. » Ainsi la princesse ne cache jamais sa passion au comte de Chabannes. De même lorsqu’elle tentera de récupérer l’amitié du duc de Guise ce sera encore pour qu’il ait ce rôle d’intermédiaire entre elle et le duc et qu’il lui transmette de nouvelles lettres : « La princesse commença à se repentir d’avoir si peu ménagé un homme sur qui elle avait tant de pouvoir ; et, ne pouvant se résoudre à le perdre, non-seulement à cause de l’amitié qu’elle avait pour lui, mais aussi par l’intérêt de son amour, pour lequel il lui était tout-à-fait nécessaire, elle lui manda qu’elle voulait absolument lui parler encore une fois, et, après cela, qu’elle le laissait libre de faire ce qu’il lui plairait. » La princesse semble donc agir uniquement selon son intérêt personnel et elle est entièrement transportée par ses passions pour le duc de Guise, et non par la vertu. Elle est incapable de considérer véritablement le comte de Chabannes. D’ailleurs à la fin de la nouvelle, la narratrice affirme que la princesse a manqué de vertu, et que ce manque de vertu l’aura conduite à la mort et au chagrin : « Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus belles princesses du monde, et qui aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions. »


La vertu comme sincérité, et le sacrifice de soi

La princesse de Montpensier se comporte aussi de manière vertueuse lorsqu’elle affirme sa passion face au duc de Guise. Elle apparaît comme un être authentique prêt à tout risquer et tout sacrifier pour vivre sa passion avec le duc de Guise. Notamment lorsqu’elle décide de recevoir le duc de Guise dans sa chambre la nuit alors que son mari est présent dans sa demeure à Champigny. Bien qu’elle soit guidée par sa passion, on peut toutefois affirmer que la princesse se comporte de manière vertueuse avec le duc de Guise, puisqu’elle est prête à tout lui sacrifier. On le comprend d’ailleurs dans les dernières phrases de la nouvelle lorsque la narratrice montre que la princesse regrette d’avoir tant sacrifié pour un homme indifférent : « Elle s’enquit de ses femmes si elles n’avaient vu personne, si elles n’avaient point de lettres ; et, ne trouvant rien de ce qu’elle eût souhaité, elle se trouva la plus malheureuse du monde, d’avoir tout hasardé pour un homme qui l’abandonnait. » Ainsi la vertu de la princesse réside d’une part dans sa confiance naïve envers le duc de Guise et d’autre part dans sa capacité à oublier son intérêt privé par amour. Elle est donc vertueuse envers l’homme qu’elle aime.


La vertu du comte de Chabannes

Le sacrifice de l’intérêt privé

Le comte de Chabannes se sacrifie en permanence pour la princesse. D’abord, il accepte de rester son ami alors qu’elle rejette son amour. Il tente de la quitter pour toujours mais il revient après les déclarations de la princesse : « Quoique sa passion, aussi bien que sa patience, fût extrême, et à toute épreuve, il quitta la princesse et s’en alla chez un de ses amis dans le voisinage de Champigny, d’où il lui écrivit avec toute la rage que pouvait lui causer un si étrange procédé, mais néanmoins avec tout le respect qui était dû à sa qualité ; et, par sa lettre, il lui disait un éternel adieu. » Il revient donc par faiblesse : « L’on est bien faible quand on est amoureux. Le comte revint, et, en moins d’une heure, la beauté de la princesse de Montpensier, son esprit et quelques paroles obligeantes, le rendirent plus soumis qu’il n’avait jamais été, et il lui donna même des lettres du duc de Guise, qu’il venait de recevoir. » Ainsi il accepte d’écouter les lettres d’amour du duc de Guise pour la princesse, il joue donc le rôle d’intermédiaire entre le duc de Guise et la princesse. Il finira par faire venir son rival auprès de la princesse pour organiser leur rencontre nocturne et il se sacrifiera pour éviter à la princesse la fureur du prince de Montpensier. Il perdra alors son meilleur ami qu’était le prince de Montpensier. On le voit à la réaction du prince face au cadavre du comte de Chabannes : « Il fut d’abord saisi d’étonnement à ce pitoyable spectacle ; ensuite, son amitié se réveillant, elle lui donna de la douleur ; mais le souvenir de l’offense qu’il croyait avoir reçue du comte lui donna enfin de la joie, et il fut bien aise de se voir vengé par les mains de la fortune. » Le prince ressent donc une profonde rancœur.


La soumission et l’intérêt privé

Mais le comte de Chabannes semble aussi se soumettre à la princesse pour des motifs passionnels, ou parce qu’il est en proie à des dilemmes qui mettent en jeu son intérêt et celui de la princesse. On remarque par exemple à la fin de l’histoire que le comte a le choix entre son désir de tuer le duc de Guise et de le livrer à la princesse : il prend le parti de satisfaire la princesse, mais aussi il craint d’être entendu par le prince de Montpensier, et d’avoir affaire à sa rage comme on le voit dans la phrase suivante : « Quand il vit ce petit pont abaissé, ce fut alors qu’il ne put douter du contraire, et ce fut aussi alors qu’il fut tout prêt à se porter aux dernières extrémités ; mais, venant à penser que, s’il faisait du bruit, il serait ouï apparemment du prince de Montpensier, dont l’appartement donnait sur le même parterre, et que tout ce désordre tomberait ensuite sur la personne qu’il aimait le plus, sa rage se calma à l’heure même, et il acheva de conduire le duc de Guise aux pieds de sa princesse. » Lorsqu’il a le choix entre dénoncer le duc de Guise au prince de Montpensier et de se sacrifier pour protéger la princesse de la fureur du prince de Montpensier, il aide alors son rival à fuir la chambre de la princesse et se fait passer pour le coupable. Sa vertu trouve donc souvent son origine dans son amour pour la princesse : c’est par passion et par amour qu’il se sacrifie. Aussi lorsqu’au début de la nouvelle, le comte choisit de prendre ses distances avec la princesse et que celle-ci lui demande de redevenir son ami, il cède par amour pour la princesse, il se sacrifie parce qu’il choisit toujours à son intérêt privé le bonheur de la princesse. Sa soumission vient donc de son admiration pour la princesse.


La sincérité

Sa vertu est aussi visible dans sa sincérité et sa volonté de toujours sauver la princesse et d’être d’une totale transparence avec elle. Il lui fait d’abord l’aveu de son amour pour elle. Il supporte avec courage son indifférence. Puis lorsque la princesse a la cruauté de lui lire les lettres du duc de Guise, il choisit encore de rappeler à la princesse son amour pour elle. Celle-ci le traite avec la plus grande indifférence et désapprouve cet amour. Il choisit alors de partir se protéger de sa cruauté avec toute la sincérité possible. Puis à la fin de l’histoire, il avoue à la princesse que le duc de Guise est près de Champigny pour la retrouver : « Il lui dit, en se modérant le plus qu’il lui fut possible, que le duc de Guise était à une lieue de Champigny, et qu’il souhaitait passionnément de la voir. » Cet acte du comte est encore un acte de transparence et de sincérité envers la princesse. On remarque donc qu’il agit toujours de manière sincère par amour pour elle.


La vertu comme idéal inaccessible

Les failles de la princesse

La princesse ne parvient donc pas à devenir un exemple de femme vertueuse. En effet, elle fait souffrir cruellement le comte de Chabannes sans lui accorder de véritable attention. Lorsqu’elle lui demande une dernière entrevue pour lui témoigner de son amitié mais cet acte est entièrement intéressé. Elle souhaite avant tout récupérer l’amitié du comte de Chabannes en raison du rôle d’intermédiaire indispensable qu’il jouait entre elle et le duc de Guise. Elle apparaît comme une femme qui souhaite être vertueuse mais qui est faillible dès qu’elle ressent une passion. Elle transgresse des principes moraux qui empêcherait son ami de souffrir par amour et par intérêt pour un autre homme. Aussi, à la fin du roman elle semble avoir perdu l’estime de son mari pour un homme qui l’abandonne : elle apparaît alors comme une femme faillible et naïve. Elle manque de vertu envers son mari en raison de sa naïveté et de sa confiance absolue envers les hommes qui la séduisent. Aussi, lorsqu’elle méprise la déclaration du comte de Chabannes au nom de son mariage avec le prince de Montpensier et de son désir de fidélité envers lui, on comprend que cette excuse est peu sincère et que cette apparente vertu ne sert qu’à cacher son indifférence envers ce comte. Car lorsque le duc de Guise le déclare son amour elle ne fuit pas de la même façon ses avances.


Les failles du comte de Chabannes

Le comte de Chabannes apparaît aussi comme un homme faillible au sens où sa vertu est guidée par sa passion. S’il se sacrifie, ce n’est pas par devoir moral, mais par intérêt et par désir de reconnaissance de la princesse envers lui. Aussi lorsqu’il conduit le duc de Guise à la chambre de la princesse c’est non seulement pour rendre la princesse heureuse mais aussi parce qu’il craint d’être entendu par le prince de Montpensier et de déclencher sa fureur. Lorsqu’il fait sortir le duc de Guise de sa chambre et qu’il se fait passer pour l’amant de la princesse, il espère la protéger, certes, mais il espère aussi obtenir de sa part un sentiment de gratitude : « Pendant que le prince de Montpensier donnait mille coups à la porte, il vint au duc de Guise, qui ne savait quelle résolution prendre, et il le mit entre les mains de cette femme de madame de Montpensier qui l’avait fait entrer par le pont, pour le faire sortir par le même lieu, pendant qu’il s’exposerait à la fureur du prince. » Il craint de perdre ce lien avec la princesse qu’il croit sincèrement attachée à lui, bien qu’elle ne souhaite pas en faire son amant. Mais il souhaite avant tout la protéger et se soumettre à ses désirs. On voit dans la phrase suivante décrivant le comportement du comte de Chabannes, qu’il fait toutefois preuve d’une générosité exemplaire : « Le dernier, entendant la voix du prince, comprit d’abord qu’il était impossible de l’empêcher de croire qu’il n’y eût quelqu’un dans la chambre de la princesse sa femme, et, la grandeur de sa passion lui montrant en ce moment, que, s’il y trouvait le duc de Guise, madame de Montpensier aurait la douleur de le voir tuer à ses yeux, et que la vie même de cette princesse ne serait pas en sûreté, il résolut, par une générosité sans exemple, de s’exposer pour sauver une maîtresse ingrate et un rival aimé. »


Conclusion

On comprend donc que la mise en scène de la vertu est essentiellement une apparence. Le sacrifice de soi, la probité, les hauts sentiments de fidélité, de bravoure et d’amitié, ne cachent que des sentiments passionnés. C’est donc l’intérêt privé qui rend ces personnages vertueux, et non la véritable volonté de se sacrifier par désir de conserver son honneur.

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