L'aveu du Comte de Chabannes dans La Princesse de Montpensier - Littérature - Terminale L

L'aveu du Comte de Chabannes dans La Princesse de Montpensier - Littérature - Terminale L

digiSchool Bac L vous propose un cours de Littérature de Terminale L, rédigé par notre professeur, sur l'aveu du Comte de Chabannes.

En quoi cet aveu est-il initiateur d'un avant et après dans la nouvelle et le film La Princesse de Montpensier ? Ce document vous propose de comprendre la nature de l'aveu du Comte de Chabannes dans la nouvelle et dans le film, ses effets, ainsi que la manière dont Madame de Lafayette et Bertrand Tavernier s'en servent respectivement.

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L'aveu du Comte de Chabannes dans La Princesse de Montpensier - Littérature - Terminale L

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Chabannes, la figure du chevalier servant

Le comte de Chabannes pourrait être identifié à deux stéréotypes masculins :


Le chevalier courtois, tout d’abord, par les qualités majeures qui sont les siennes

Le comte est un guerrier mais par « une amitié très particulière » qu’il ressent pour Philippe de Montpensier, « il abandonna le parti des huguenots » ; pour la princesse, il est aussi d’une incroyable fidélité qui tourne à la soumission : « Le comte de Chabannes lui [au duc de Guise] répondit seulement qu’il dirait à cette princesse tout ce qu’il souhaitait », s’apprêtant à organiser un rendez-vous secret pour celle qu’il aime et son amant. Par ailleurs, Chabannes est un érudit, un homme « d’un esprit fort sage et fort doux » qui saura gagner la confiance de la femme de son protecteur. Enfin, son amour est d’une force qui se montrera à toute épreuve et qui saura se sacrifier aux désirs de sa dame ; cette dernière pourra jouer des dernières cruautés envers son ami, il l’aimera malgré tout, et d’avantage peut-être : « elle maltraita bien plus le comte de Chabannes qu’elle n’avait fait la première fois qu’il lui avait parlé de son amour ».

Nous retrouvons ici les caractéristiques du héros de roman courtois. Ainsi, Lancelot, comme l’exige Guenièvre, acceptera de monter dans la charrette d’infamie, par amour pour sa dame, se déshonorant. C’est d’ailleurs par cette scène que Lancelot gagnera son surnom dans le cycle des chevaliers de la table ronde où il deviendra « Lancelot ou le chevalier de la charrette ». Ce qui compte dans la littérature courtoise, ce n’est pas l’honneur mais l’honneur d’obéir en tout, c’est l’absolue fidélité et l’obéissance aveugle à sa dame. Chabannes en est un parfait exemple qui accepte tout de la princesse, y compris l’inacceptable.


Le libertin du XVIIème siècle, par ailleurs

Erudit, libre penseur, objecteur de conscience en cessant la guerre – car en changeant de camp, Chabannes ne retourne pas à la guerre - ce héros qui abandonne une coterie religieuse sans en choisir une autre est à contre-courant ; c’est en ce sens que nous pouvons voir en lui cette figure du libertin issue du XVII° siècle. Rappelons que libertin signifie libre-penseur, qui ose ne pas croire à la même chose que tout le monde. Tavernier développe cet aspect du personnage qui n’est qu’évoqué dans la nouvelle. Le comte connaît les étoiles, dessine, lit, écrit : « Moi je pense, après tant de grands esprits qui se sont appliqués à comprendre leur mécanique céleste, donc divine, que les astres nous donnent un prodigieux exemple sur lequel régler nos sociétés ». Faut-il voir dans cet extrait une allusion à un célèbre libertin, Cyrano de Bergerac ? Tavernier comme Cosmos savent en tout cas que l’Histoire comique des Etats et Empires de la lune fut publié en 1657 et que c’est un texte parfaitement contemporain de Mme de Lafayette. C’est en quelque sorte une figure inspirée de plusieurs personnages que nous dessine Tavernier : héros courtois, guerrier, savant libertin, Chabannes prend dans le film une épaisseur que ne lui donne pas Mme de Lafayette. Ainsi, dans la nouvelle, le comte restera-t-il soumis aux caprices de Mme de Montpensier et ira-t-il jusqu’à s’humilier devant elle : « Ce fut le dernier coup pour le comte de Chabannes de voir que sa maîtresse voulait qu’il servît son rival » ; nous attirons l’attention du lecteur sur le terme « maîtresse » qui peut être polysémique : soit ce terme renvoie encore une fois à la littérature courtoise et rappelle le statut d’amoureux du chevalier vis-à-vis de sa dame ; soit ce terme rappelle la dominance qu’exerce la princesse sur le malheureux comte. Mme de Lafayette écrit que sa passion « le fit résoudre de porter à sa maîtresse les lettres de son rival », rangeant définitivement le comte au rang d’un serviteur, d’un héraut ce qui le fait déchoir de sa condition sociale.


Comparaison de l’aveu du comte au sein de la nouvelle et du film

La nouvelle de Mme de Lafayette est principalement composée de récit et laisse au dialogue une portion congrue.

L’aveu du comte aurait pu donner lieu à un dialogue qui eût donné à la narration un rythme plus vif. Mme de Lafayette choisit le discours narrativisé : « après tous les combats qui ont accoutumé de se faire en pareilles occasions, il osa lui dire qu’il l’aimait » ; la réponse de la princesse se fait sur le même mode « Elle lui représenta en peu de mots la différence de leurs qualités et de leur âge, la connaissance particulière qu’il avait de sa vertu », faisant de cet épisode un moment peu significatif aux yeux de l’héroïne, de la narratrice (et donc du lecteur) en ne jugeant pas utile de consacrer un échange dialogué au comte et à ses sentiments, le rangeant, une fois de plus, dans une position secondaire. Ce choix –délibéré- de Mme de Lafayette souligne le peu d’importance qu’a le comte dans l’intrigue amoureuse.

Au contraire, le film consacre à ce moment un temps plus important (de presque trois minutes) lors du plan séquence 56A ; Tavernier en parle comme de « l’un des moments les plus importants du film, qui est l’aveu de Chabannes ». Ce plan séquence [Voir fiche cours N°2] a été voulu expressément par le réalisateur qui souhaitait qu’on puisse sentir « tous les changements dans le personnage de Marie sans utiliser les artifices du montage ». Il parle du « temps réel de la dramaturgie de cette déclaration », temps qui est succinct dans la nouvelle, réaliste dans le film.

En étirant ce moment de l’aveu, Tavernier le rend saillant, le met en exergue. Ainsi, alors que dans la nouvelle, l’aveu de Chabannes ne servira à faire de lui qu’un esclave amoureux, dans le film, il prend une épaisseur actantielle qui lui donne le second rôle d’importance après Marie.

Par ailleurs, alors que Mme de Lafayette n’avait pas donné de cadre précis à cet aveu qui a très bien pu se produire dans les appartements de la princesse, dehors ou dans les alentours du château de Champigny, Tavernier, lui, donne un cadre, celui du potager, lieu central d’un château, lieu de toutes les attentions et de tous les travaux. Le début de la séquence est intéressant en ce sens que Mélanie Thierry y est filmée à côté d’une rose unique, comme symbole de la solitude de la princesse : « J’aime beaucoup cette rose qui a l’air de contredire la violence de ses propos ».

Chabannes n’est pas le même homme chez Mme de Lafayette et chez Bertrand Tavernier et cette différence de nature se décline tout au long du film mais se manifeste plus ouvertement encore dans ce plan séquence ; tout d’abord, il se montre honteux dans la nouvelle où il « pensa mourir à ses pieds de honte et de douleur » alors que dans le film, il se révèle plus virulent, allant jusqu’à accuser la princesse de ne pas connaître ni comprendre la vraie nature de l’amour : « Ce que vous appelez sentiment n’est qu’un misérable petit air de flûte (…) et le véritable sentiment (…) à sa rencontre, vous ne le reconnaissez pas » lance-t-il à la princesse. Dans la séquence suivante, le comte ira jusqu’à faire insidieusement remarquer à la princesse de Montpensier qu’elle a menti sur ses sentiments pour le duc de guise « Il paraît bien, madame, que vos sentiments ne sont pas aussi éteints que vous le disiez » alors que Mme de Lafayette écrit qu’il « ne l’osait pourtant témoigner [sa tristesse], quoiqu’il osât bien la faire souvenir quelques fois de ce qu’il avait eu la hardiesse de lui dire ».


Pourquoi l’aveu n’est-il pas traité de la même manière dans la nouvelle et dans le film ?

Comme nous l’avons dit précédemment, Bertrand Tavernier considère l’aveu amoureux du comte comme l’un des moments les plus importants de l’histoire. Voilà pourquoi il met en exergue cette scène si courte et si pauvre sur un plan narratif au sein de la nouvelle. Nous apercevons une fois de plus ce mécanisme délicat qui consiste à passer à l’écran une œuvre littéraire et qui appelle des choix en rupture parfois avec le texte originel. Dans ce cas précis, Tavernier rompt avec Mme de Lafayette en ce sens qu’il traduit la nouvelle à sa façon en créant un épisode signifiant quand l’auteur de la Princesse de Montpensier donnait à cet événement le statut d’une anecdote.

Tout d’abord, dans la nouvelle, Chabannes est un personnage secondaire alors que dans le film il devient un personnage essentiel : rappelons que le film s’ouvre sur Chabannes alors que l’incipit de la nouvelle situe d’emblée ce personnage dans une zone secondaire (voir Fiche II).

De plus, Tavernier fait le choix d’un acteur charismatique avec Lambert Wilson qui incarne avec finesse et élégance un personnage central. Wilson donne à Chabannes la chair qu’il n’a pas dans la nouvelle. Tavernier déclare au cours d’une interview qu’il souhaitait faire « un film d’amour » et même un film avec « une série d’histoires d’amour » mais que ce n’est pas « la page d’histoire » qui l’intéressait. Le point important est là : pourquoi Chabannes est-il mis en avant ? Pourquoi sa déclaration d’amour est-elle mise en avant ? Parce que le réalisateur avait l’intention de faire un film d’amour. Nous voyons ici que l’œil du réalisateur a ceci de différent d’avec la nouvelle qu’il ne la voit pas comme un morceau de morale destiné aux jeunes filles mais bien comme une histoire d’amour : l’amour de Marie pour de Guise, l’amour de Philippe de Montpensier pour sa femme qui ne l’aime pas, l’amour d’Anjou pour marie qui ne le veut pas, l’amour de Chabannes pour une princesse qui l’instrumentalisera. Marie de Montpensier se retrouve au centre de tensions amoureuses diverses (voir étude image DVD) et c’est l’ensemble de ces tensions qui la conduiront à l’accomplissement de son destin : la mort, dans la nouvelle, la solitude et le désespoir, dans le film.

Par ailleurs, le choix narratif de Tavernier lui permet, en donnant une importance à cet épisode de l’aveu du comte, de dessiner encore le portrait de Marie de Montpensier : gamine, fatale, insolente, insupportable, attendrissante… ce jeu d’interactions entre les personnages permet d’en faire des portraits plus fouillés en ce sens que peu de descriptions sont faites des personnages au sein de la nouvelle ; Mme de Lafayette ne nous livre que peu d’éléments de portraits de ses personnages, ce qui est dû aux contraintes narratives de la nouvelle dont les dimensions réduites ne permettent pas de faire de longues descriptions. Ainsi allons-nous nous pencher sur le personnage de Marie de Montpensier au cours de la prochaine fiche et tenter de comprendre par quels moyens Bertrand Tavernier développe ce personnage d’une jeune femme fort différente entre la nouvelle et le film.

Fin de l'extrait

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