Le personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier, 1/2 - Littérature - Terminale L

Le personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier, 1/2 - Littérature - Terminale L

Nous mettons à votre disposition ce cours de Littérature de Terminale L consacré au personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier.
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La première partie de ce cours s'intéressera majoritairement au personnage dans le film et à ses apparitions au début jusqu'à ce qu'il rejoigne le prince de Montpensier, se sentant seul sur les champs de bataille. La seconde partie se concentrera sur le reste du film.

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Le personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier, 1/2 - Littérature - Terminale L

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Introduction

Que ce soit dans l'œuvre de Tavernier ou celle de Madame de Lafayette, le personnage du comte de Chabannes est important. Il paraît alors tout à fait normal et indispensable de l'étudier. Nous diviserons notre cours en deux parties. La première (voir ci-dessous) s'intéressera majoritairement au personnage dans le film et à ses apparitions du début jusqu'à ce qu'il rejoigne le prince de Montpensier, se sentant seul sur les champs de bataille. La deuxième se concentrera sur le reste du film. Enfin, dans un autre cours, nous nous intéresserons au comte de Chabannes dans la nouvelle et comparerons sa représentation dans les deux ouvrages.

Préambule

Nous avons décidé de rapporter (plus ou moins) chronologiquement, en les résumant, les diverses apparitions marquantes de Chabannes afin de les commenter. Il s'agira notamment de commenter les divers rôles de certaines scènes ainsi que de déplier le sens de certains passages, qui peuvent paraître quelque peu plus compliqués à comprendre. Parfois, dans ce travail de répertoriage des apparitions de Chabannes, nos commentaires nous inviteront à faire des liens entre la scène commentée et une scène qui la suit plus tardivement. Le but est de montrer petit à petit qu'autour de ce personnage se dessine un réseau de réflexions donnant une cohérence à l'histoire.

I. Le prologue

La première apparition de Chabannes est particulièrement marquante car elle est inédite dans la mesure où Madame de Lafayette n'ouvre pas son propos par un tel prologue. Ainsi, chez Tavernier, Chabannes ouvre l'œuvre après quelques images de champs de bataille reconstitués. On l'observe poursuivant des combattants catholiques avec sa troupe. Ces derniers se réfugient dans une habitation et Chabannes somme ses compères de tirer au nom du Christ. Au sein de cette opération, meurent un enfant et une femme enceinte. Un tel fait accable Chabannes, qui prend son arme et l'essuie dans l'herbe, comme dégoûté de son geste. Il déserte les lieux et annonce plus tard à son page, Nicolas, qu'il ne veut plus se battre. Il « n'accepte plus cette barbarie ». Enfin arrivé à destination, alors que les cloches semblent sonner la trêve ou la paix, Nicolas rapporte à Chabannes que des soldats l'attendent car il est banni des deux camps de la guerre : des catholiques du roi pour s'être battu aux côtés des huguenots et des huguenots pour avoir déserté. Proscrit, Chabannes n'a plus rien. Au lever du jour, assoupi auprès d'un arbre, deux hommes ont l'intention de le pendre, pour le dépouiller visiblement. Par chance, par hasard et surtout par nécessité scénarique, le prince de Montpensier, qu'on ne connaît pas encore, le reconnaît et le sauve. Chabannes croyait Philippe mort ; ce qui exclut, en quelques sortes, l'explication du livre quant à son changement de camp : la crainte de devoir affronter le prince sur les champs de bataille. Ici se poursuit le travail de Tavernier pour changer, de façon crédible, le motif de désertion de Chabannes du camp huguenot. Depuis le prologue, Tavernier travaille à nous montrer qu'il quitte la guerre et non un seul camp. En nous montrant tant de violence dès les premières minutes du film, nous avons tendance à comprendre et légitimer la démarche de Chabannes. Le prologue avait donc comme rôle de nous dévoiler le cadre historique ainsi que le personnage de Chabannes qui, dès le début, s'annonce passionnant et complexe. Pour qu'on le connaisse mieux, le prince conte à sa troupe et à nous-même le lien qui l'unit à Chabannes. Cette scène a un rôle informatif : le spectateur revêt le même statut que les individus à qui parle le prince, qui sont en droit de savoir qui est l'homme qu'ils sauvent.

II. Arrivée à la seigneurie de Mézières

Le duc explique à son fils de prendre Chabannes sous sa protection le temps que le roi change d'avis à son sujet. On devine que le duc pense que la présence de ce dernier auprès de son fils sera profitable. Tout de suite après, Chabannes protège le prince d'Henri qui venait à lui encoléré. Cette scène justifie, notamment, la présence de Chabannes. Il veillera sur le couple princier ; point aussi mis en lumière lors de la scène suivante.

III. Noces de Marie et Philippe

1. Cérémonie

En effet, un détail peut échapper à notre œil de spectateur lorsqu'on observe la cérémonie religieuse des noces du nouveau couple : Chabannes et le père du prince s'échangent un regard et un sourire. Ensuite, Chabannes apparaît au loin, lors d'un plan rapproché sur les deux époux, au-dessus de leurs épaules. On a l'impression qu'il s'agît d'un passage de pouvoir ou du moins de confiance entre le duc et Chabannes : le proscrit devra veiller sur les deux époux. D'ailleurs, quand il partira pour rejoindre le prince, toujours sur le champ de bataille, il invitera la princesse à lui donner l'opportunité de jouer ce rôle. Chabannes recommandera à Marie d'écrire à son mari. Il lui donnera des idées de thèmes à aborder dans ses lettres et lui recommandera de parler des étoiles qu'elle contemple. Or, elle lui fera savoir que le prince ne les connaît pas. Chabannes dira alors qu'il les lui enseignera. Son aide permettrait de solidifier le couple. En somme, il en serait le ciment.

2. Repas

On constate que Chabannes mange à une table à part, avec les autres domestiques. Sa situation sociale le soumet hiérarchiquement aux Montpensier ; ce qu'on retrouvera tout au long du film.

IV. Trajet pour aller jusqu'à Mont-sur-Brac

Marie s'interroge sur le comte de Chabannes et l'attachement que lui et le prince éprouvent réciproquement l'un quant à l'autre. Le prince en fait un portrait hautement mélioratif : les cinq meilleures années de sa vie sont associées à Chabannes, qui a été son maître et lui a « tout appris ». Néanmoins, Marie semble avoir des doutes à son sujet au vu du changement de camp, qu'a opéré Chabannes. Alors que ce dernier est en train de s'occuper de son cheval, il prend le temps de se justifier et conte à Marie son histoire. Cette scène a un rôle lié à l'intrigue, dans la mesure où elle va innocenter le comte aux yeux de Marie et donc permettre qu'ils entretiennent une relation d'amitié. En outre, elle a aussi un rôle informatif : dans un cadre historique particulier, le spectateur éprouve peut-être des difficultés à comprendre les événements qui lui sont enseignés. En prenant le temps de rappeler son cheminement guerrier, Chabannes joue déjà son rôle de maître. Il donne classe au spectateur. On y trouve alors un rappel d'histoire (« Comment des êtres du même sang, issus de la même foi, pouvaient-ils s'entre-tuer au nom d'un même Dieu ? ») mais aussi une répétition et explicitation des motifs ayant poussé Chabannes à déserter. Tout spectateur, qui avait encore des doutes sur la situation de ce personnage, doit normalement être assez informé à présent pour que l'intrigue continue de se dérouler sans confusion. On apprend par la même occasion que Chabannes craignait de rencontrer un jour le prince sur les champs de bataille. Il s'était alors résolu à ne pas le combattre. On en profite pour noter que ce détail, aux apparences anodines, participe à former le portrait psychologique de Chabannes : il place l'amitié au-dessus de beaucoup de choses. Ce trait de personnalité, dévoilé dès le début, annonce la fin : Chabannes est incapable de combattre Philippe. Bien qu'amoureux de la princesse et voulant la défendre, il ne se battra jamais contre ce dernier pour servir ses intérêts. Selon une certaine ironie tragique, le début du film semble délivrer une sentence concernant Chabannes : trop fidèle en amitié, il est condamné à se trouver entre deux camps, oscillant entre servitude de l'un et trahison de l'autre. Proscrit, Chabannes rejoint son « dernier recours » : les Montpensier. En s'affichant aux côtés du prince, il passe du côté des catholiques et trahit collatéralement le camp des huguenots. En aimant la princesse, il passe du côté de la princesse et trahit, involontairement, le prince auquel il était d'abord fidèle avant de retourner encore une fois sa veste.

V. La vie au château sans le prince

1. L'observation des étoiles

Lors d'une leçon quelque peu particulière et non très académique, Chabannes et Marie observent les étoiles, tels des amis le feraient. Le maître en profite pour donner des conseils à Marie quant au comportement qu'il faudra qu'elle ait à la cour. Il lui renseigne que Catherine de Médicis étudie l'astrologie. Il est généralement admis que, dans la réalité historique, Catherine de Médicis s'intéressait effectivement à l'astrologie. La mention d'un tel fait a un rôle particulier : elle vient préparer l'intervention, aux apparences grandiloquentes et mystiques de Catherine de Médicis, qui dira à Marie qu'elle est à la fois liée à Saturne et à Vénus, à la « droiture » et au « désir » ; ce qui s'avérera être un indice important pour comprendre, petit à petit, la posture que Marie adoptera vis-à-vis de Guise. En étant déjà prévenu par Chabannes de ce goût qu'a la reine pour l'étude des étoiles, le spectateur comprend un peu mieux le fond et les raisons de la sorte de prophétie qu'elle révèle quant à Marie.

Or, la clé de cette scène ne réside pas dans cette information mais dans la réflexion que Chabannes livre sur les étoiles. Elle peut paraître être une fantaisie du script, dans lequel on aurait voulu glisser un peu de poésie. Néanmoins, après que Chabannes a fait sa déclaration d'amour à la princesse, cette dernière évoque à nouveau cette conversation. Et, c'est à ce moment précis que beaucoup de spectateurs se rendent compte qu'ils auraient dû prêter plus d'attention au discours métaphysique de Chabannes. En effet, en parlant des astres, ce dernier évoque la société et les fondements qui devraient la composer. Il voit, en les astres, un exemple quant à la façon dont les humains devraient organiser leurs sociétés : il s'agit de respecter une certaine « hiérarchie universelle », qui invite à obéir aux règles « d'équilibre » et de « modestie » sans lesquels se produiraient d'« effroyables malheurs ». En somme, dans ce passage, semble mis en application, à l'aide d'une allégorie, la morale de l'œuvre de Madame de Lafayette, qui invite les hommes et les femmes à faire preuve de mesures dans les divers secteurs qui leur sont attribués. On peut alors avoir l'impression que le comte évoque des malheurs guerriers alors que la princesse, en répétant « d'effroyables malheurs », semble faire glisser la réflexion de Chabannes du côté de l'amour.

2. La cueillette de plantes, les rôles de confesseur et de conscience

Si ce passage est intéressant c'est car il marque le début d'une certaine proximité entre les deux individus. Retirés du monde, dans les bois, l'heure est aux confessions. Marie, à qui il semble qu'ils sont « suffisamment amis », voudrait en savoir plus sur le passé de Chabannes, qui ne parle que par énigmes. Quant à elle, elle lui confie son ancienne passion. Chabannes est attendri par la relation qu'il a avec Marie : « Votre confiance me touche. ». Ils sont tous deux, seuls, isolés de la guerre et Marie va donner à Chabannes, petit à petit, le rôle de confesseur. En effet, par la suite, elle interrogera Chabannes quant au pêché et il lui répondra ne pas être confesseur. Pourtant, plus tard, Marie lui dira quand même qu'il aurait été un bon confesseur et lui confiera être éprise de passion pour Guise. Alors qu'il n'avait même pas particulièrement aspiré et demandé à jouer le rôle de confident, il se verra attribué celui de confesseur et, allégoriquement, de la conscience de Marie. Quand il lui fait notamment entendre les risques qui sont liés à la joie quelle éprouve quant au fait d'être aimé par Henri de Guise, on voit clairement qu'il incarne la conscience raisonnée que devrait avoir la princesse. Au vu de ses remarques, il lui fait, en effet, ressentir de la honte. La honte est un sentiment naissant du regard d'autrui et étant lié aux conventions sociales. La honte permet ainsi de faire régner l'ordre social. Ce n'est que suite à la présence de Chabannes que Marie peut voir que ses actions vont à l'encontre de cet ordre. Elle éprouve ainsi de la honte et décide de se résigner à ne plus écouter son cœur. Dans la nouvelle, elle en arrive à ses conclusions seule, après, on l'imagine, un travail d'introspection. Ici, dans le film, Chabannes est à la fois l'incarnation d'un ami qui conseille et de la société ainsi que la personnification de la conscience de la princesse, qui sera pourtant, par la suite, écrasée par une passion aveugle. Pour revenir aux passages qui marquent la vie du château, on observe progressivement que Marie cherche bien, dans Chabannes, sa conscience et son libre-arbitre. En général, dans l'œuvre, elle a besoin qu'il la guide et lui dise quoi faire. D'ailleurs, plus tard, quand il répondra honnêtement à ses questions quant à la passion d'Henri de Guise, elle dira : « En somme, vous m'engagez à l'entendre ? ». Et, bien qu'il tentera de lui dire que non, elle ne l'écoutera plus et suivra ce que lui dictera son cœur, remettant sa conscience à Chabannes et les quelques paroles qu'elle a écoutées de lui.

3. La déclaration amoureuse de Chabannes

Marie croit que Chabannes est fâché envers elle et l'interroge à ce sujet. Il lui avoue alors son amour pour la déculpabiliser. Comme dans la nouvelle, la princesse le remet rapidement à sa place : « L'équilibre du monde n'est-il pas garanti par la modestie des petits astres ? », dit-elle en faisant allusion à ce qu'il lui a révélé au sujet des astres. Elle lui fait savoir néanmoins qu'elle oubliera cette discussion. Froissé, Chabannes la reprend quant à la présence d'un loriot et non d'une alouette ainsi que quant à la poésie. La douleur qu'il éprouve le fait glisser sur une discussion quant au sentiment. Bien que la conversation ait des allures de vérités générales, elle semble exprimer les sentiments que Chabannes éprouve à présent et a éprouvés dans le passé. L'amour qu'il connaît pour la princesse réveille peut-être celui qui l'a consumé dans le passé. Il en vient à conclure que Marie n'a pas expérimenté le « véritable sentiment » et ne serait pas capable de le reconnaître. On sent, ici, comme une annonce de prophétie : la princesse souffrira de son incapacité à ne pas confondre les diverses natures de sentiments.

4. La coupe du sanglier et l'ignorance

Lors du passage de la coupe du sanglier, Chabannes prend la relève de Marie dans son rôle seigneurial. A la fois, il l'aide mais aussi joue le rôle du seigneur de Montpensier, qui pourtant est le prince. Justement, comme si le prince était au courant de l'importante place qu'a le comte auprès de sa femme et sur ses terres, il rappelle ce dernier à ses côtés. Avant d'être parti, il explique à Marie les motifs des guerres de religion. Marie sait qu'elle est leurs raisons dans les faits mais elle veut savoir les causes réelles. Il en vient à expliquer à Marie ce qu'est la foi. Encore une fois, il semble jouer le rôle d'un guide spirituel.

Fin de l'extrait

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