Le personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier, 2/2 - Littérature - Terminale L

Le personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier, 2/2 - Littérature - Terminale L

Nous vous proposons la suite de notre cours de Littérature de Terminale L sur le personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier.
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Que ce soit dans l'œuvre de Tavernier ou celle de Madame de Lafayette, le personnage du comte de Chabannes est important. Il paraît alors tout à fait normal et indispensable de l'étudier. Ce cours visera à dresser un bilan de la première partie, permettant notamment de résumer notre propos et de se concentrer sur le reste du film.

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Le personnage de Chabannes dans le film La Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier, 2/2 - Littérature - Terminale L

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Introduction

Que ce soit dans l'œuvre de Tavernier ou celle de Madame de Lafayette, le personnage du comte de Chabannes est important. Il paraît alors tout à fait normal et indispensable de l'étudier. Nous diviserons notre cours en deux parties. La première s'intéressera majoritairement au personnage dans le film et à ses apparitions du début jusqu'à ce qu'il rejoigne le prince de Montpensier, se sentant seul sur les champs de bataille. La deuxième (voir ci-dessous) dressera un bilan de la première partie, permettant notamment de résumer notre propos et de se concentrer sur le reste du film. Enfin, dans un autre cours, nous nous intéresserons au comte de Chabannes dans la nouvelle et comparerons sa représentation dans les deux ouvrages.

Préambule

Afin de réaliser un cours cohérent et qui peut être lu en réalisant certaines pauses, nous avons divisé notre propos en plusieurs parties. Ainsi, nous avons évoqué presqu'entièrement la première partie du film dans une première fiche. Afin de poursuivre, nous dressons un bilan des observations que nous avons pu réaliser quant au personnage de Chabannes durant sa vie au château, aux côtés de la princesse :

Chabannes est sage et « une personne très utile » comme dit Marie. Il enseigne, il lit, il soigne, il est confesseur, il coupe le sanglier. Il semble aider au maintien de l'équilibre de la maison, isolée du monde. Seuls, les deux individus se rapprochent mais la nature des sentiments de Chabannes est différente de ceux de Marie. Sage, il se résigne, endolori. Chabannes apparaît comme un personnage central, sur lequel la princesse pourra compter mais aussi qu'elle devrait écouter. Néanmoins, son « orgueil » (qu'il mentionnera dans sa lettre finale) la pousse au contraire. Elle lui tient souvent tête. Elle est à la limite de l'insolence quand elle lui répond qu'elle posera ses questions sur le pêché à son confesseur. Auparavant, elle l'avait contredit quant à son niveau de latin et elle le contredira quant à la race de l'oiseau qu'ils entendent dehors. Bien qu'il enseigne visiblement des leçons à la princesse, Chabannes n'apparaît pas comme un maître à ses yeux. D'ailleurs, alors qu'ils devaient étudier les « triangles », ils finissent par aller cueillir des plantes et se laisser aller à la confession, comme des amis. Plus tard, quand le prince demandera à Chabannes son opinion quant à sa femme, celui commencera par dire qu'elle est belle. Le prince le coupera en lui affirmant qu'il veut son avis par rapport à son activité d'élève. Cette scène démontre à quel point le comte se sent proche des deux êtres du couple. Il a une certaine complicité avec la princesse et, comme on l'observe ici, ne la considère pas d'abord comme une élève. Il voudrait parler à Philippe comme à un ami mais celui-ci lui rappelle sa subordination à lui et à la princesse. Le comte est un homme dont l'amitié est si forte qu'elle surprend toujours. Son tort récurrent est de faire passer l'amitié au-delà de ses devoirs et du respect de la hiérarchie, qu'il vante tant lors de son discours sur les étoiles. Le sentiment empiète sur la raison du comte, du moment où il quitte la guerre à la fin. Il donnera d'ailleurs sa vie pour celle d'une femme inconnue ; ses sentiments le poussant à le faire.

Dans la suite de l'ouvrage, son rôle est autre. En effet, l'éducation de la princesse est finie. Il n'apparaît plus comme maître. On verra aussi que son rôle de cimentation du couple princier évoluera. De même, de proscrit, il passe à être accepté par les catholiques de la cour. A la mouvance du personnage de Chabannes dans l'espace s'associe une mouvance de son statut et/ou de sa personnalité. Nous allons étudier cela en réalisant certains commentaires sur les apparitions de Chabannes une fois qu'il a laissé seule la princesse.

I. Chabannes sur les champs de bataille ?

Visiblement, le statut de Chabannes quant à la guerre n'est pas compliqué mais n'est pas forcément compris dès le premier visionnage du film si l'on n'est pas assez attentifs. En effet, on comprend premièrement que Chabannes a combattu et ensuite a déserté. Néanmoins, dans sa calèche, Marie dit qu'il a changé de camp ; ce qui tendrait à laisser sous-entendre qu'il est passé du côté des catholiques et va combattre à leurs côtés. D'ailleurs, Chabannes retourne dans les camps où se réfugient les soldats catholiques. Il y rejoint le prince qui l'y a appelé. A cette occasion, il se justifie au duc d'Anjou. C'est alors qu'on se demande pourquoi Chabannes se trouve là-bas s'il ne peut pas se battre et, d'ailleurs, le prince lui dit : « Vous ne combattrez pas. » Alors qu'ils sont à cheval en train de rejoindre le camp, encore une fois, les paroles du prince revêtent un caractère informatif : il a rappelé Chabannes car il sait lire et car ce dernier manque de compagnie. Le prince apparaît dans une posture quelque peu faible et semble accorder particulièrement de l'importance à ses amis. Quand le duc d'Anjou lui dit qu'il se languit toujours de ses amis, le prince sourit, heureux. Ici, comme lors d'autres scènes, notamment celle qui suivra le retour des deux hommes au château, le lien d'amitié entre Chabannes et le prince est exposé. Le prince reprécise une autre fois au sujet du plus âgé: « Cet homme est mon maître et mon ami. » Le duc d'Anjou s'écrie : « Ah ! Ce Chabannes. Soudainement passé de nos ennemis à notre cause. Comment croire à la sincérité d'une action qui coïncidait à votre déroute ? ». Avec ce questionnement, on observe ici que la version officielle est que Chabannes est passé du côté des catholiques alors que, lui-même, semble incapable d'affirmer un tel fait. Il ne répond pas à la question du duc d'Anjou et reste silencieux. Aussi, lors de la Saint-Barthélemy, quand on lui demandera à quel camp il appartient, il répondra qu'il n'est rattaché à aucun des deux.

II. La vie à la cour

Pendant (presque) toute la partie de la vie à la cour, Chabannes semble moins présent qu'avant, bien qu'on le voie tout de même apparaître régulièrement dans les divers plans. Présent physiquement, pendant tout un temps, il n'est pas sur le devant de la scène. Cela peut notamment s'expliquer de par le fait qu'il ne donne plus de cours à la princesse mais aussi de par le fait que le propos commence à s'axer davantage sur la vie amoureuse de la princesse et les hauts personnages de la cour comme Catherine de Médicis, le duc de Guise ainsi que celui d'Anjou. On retrouve néanmoins Chabannes présent lors du banquet donné par le duc de Montpensier, rassurant le prince quant au fait que Marie n'était pas au courant de l'union de son père à Catherine de Guise. Ensuite, il apparaît lorsque la princesse lui confie que le duc est à nouveau épris d'elle. On l'aperçoit très brièvement lors du bal, rassurant encore une fois le prince ; cette fois-ci quant à la jalousie qu'il éprouve envers le duc de Guise. On l'observe, par la suite, suivant Marie et Philippe dans une cour, proche de la salle de bal, où ce dernier allait s'emporter en levant la main sur sa femme. Presqu'entièrement silencieux mais bien présent, Chabannes s'interpose entre l'époux et sa femme pour éviter qu'il ne la violente. Néanmoins, on a remarqué que, petit à petit, le gardien du couple princier a perdu de son influence. Force est de constater qu'il échoue petit à petit dans son entreprise à unir le couple. Ainsi, quand il tente de calmer le prince quant à sa jalousie, ce dernier lui répond qu'il ne peut connaître ce que sont les tourments « d'un mari, d'un amant et d'un jaloux ». Finalement, pensant toujours au bonheur de la princesse, il est obligé d'admettre qu'il semble qu'elle aime le duc de Guise. S'étant mis à son service dans la réalisation de son bonheur (dont il reparlera d'ailleurs dans sa lettre), il se dévoue à elle tout en souhaitant qu'aucun tort ne lui soit causé. C'est ainsi qu'il cèdera à Guise car ce dernier lui dit que la princesse souffrirait trop si leur amour venait à être entaché par des rumeurs et des mensonges. Obéissant au bien de la princesse, il tente d'établir un plan évitant le danger lié à la rencontre de cette dernière et de Guise. Conjointement, il sommera les deux amants de parler moins fort. Et, enfin, il se sacrifiera, laissant Guise caché dans le château, et assumant seul la honte de cette entrevue nocturne. De protecteur du couple des Montpensier, il devient, à contrecœur, protecteur du couple de Marie et Henri de Guise.

Alors que déjà il paraissait moins présent au sein de la cour que lorsqu'il était au château, on remarque que, petit à petit, on ne verra plus le comte de Chabannes puisqu'on aura finalement uniquement accès à ses paroles. Un tel fait est caractéristique d'un personnage que l'intrigue a éliminé (de par sa mort) mais dont la sagesse et le souvenir raisonneront dans le cœur de la princesse et l'esprit du spectateur bien après sa disparation. Du début à la fin de l'œuvre, Chabannes a été présent. Et les derniers mots qu'il adresse à la jeune femme lui donnent une dimension surprenante.

III. La lettre de Chabannes

1. Le dernier enseignement d'un sage

Alors que la lettre peut déjà impressionner quelque peu le personnage de par son fond et sa forme, elle est d'autant plus mise en valeur de par la façon dont on la découvre. En effet, comment ne pas considérer l'importance d'un écrit auquel les personnages attribuent eux-mêmes un caractère spécial ? Premièrement, Chabannes lui-même ne prend pas l'écriture de cette lettre à la légère. Avant de se mettre à l'écrire, on le voit pensif alors qu'il est modestement logé et travaille chez ses hôtes. Ensuite, comme s'il s'agissait du seul acte qui leur retenait loin de Maucombes où il plongera dans le silence, il quitte Paris après avoir terminé d'écrire la lettre. Une fois décédé, le prince s'en empare et l'apprend par cœur. Il la délivre à Marie, comme preuve de sa fidélité et il tente de s'en servir pour la dissuader de rejoindre le duc de Guise. Marie, quant à elle, veut la découvrir seule et l'utilisera aussi quand elle sera face à Guise, lui exprimant que le comte de Chabannes avait fait des prédictions réelles quant à l'ingratitude de ce duc. Alors, on constate que les propos du comte font guise d'autorité. Pour illustrer leur propos, les personnages s'en servent. Alors que Chabannes visait à donner « un dernier enseignement », force est de constater que c'est bien la posture de sage, à écouter, que les personnages semblent lui donner. Outre le sage, il apparaît comme le seul que Marie aurait pu écouter (bien qu'elle ne le fasse pas). Une des raisons qui pousse aussi le prince à citer ses mots quand Marie lui tourne le dos dans les escaliers.

2. Le dispositif de la lettre

Le dispositif de la lettre est particulier. En effet, on constate que cette dernière est récitée par plusieurs des personnages. D'abord, sous un fond de préparatifs de la Saint-Barthélemy, c'est la voix du comte de Chabannes qui nous délivre les mots que ce dernier a écrit. Ensuite, comme interrompu par les événements, cette lecture prend fin et la récitation de la lettre ne sera poursuivie que plus tard, par le prince. Non écouté par Marie, il s'arrête aussi en cours de route. Bien qu'on ne le voie pas, Marie lira la lettre seule et sera ainsi capable de la proférer à son tour. Enfin, alors que Chabannes évoquera qu'il aimerait rester présent dans l'esprit de Marie, comme une vieille chanson qu'on n'oublie jamais, on a à nouveau accès au timbre de sa voix, formulant ses adieux à la princesse.

Comment ne pas donner raison au sage de Chabannes, qui non seulement a « bien prophétisé » (comme le dit Marie) mais dont la vérité des propos raisonne dans la bouche des personnages ? En effet, en appliquant ses paroles à la réalité concrète, les protagonistes démontrent à quel point il avait raison. D'abord écrite par Chabannes, puis récitée par le prince, la prophétie (quant à Guise) devient réalité dans la bouche de Marie.

IV. La mort de Chabannes

La mort de Chabannes, dans le film, a un rôle tout particulier. Elle vient clore, tel un effet de boucle, ce qui a été commencé quelques deux heures plus tôt. Et, cette boucle, en se fermant, donne un côté tragique à l'intrigue de la princesse de Montpensier. Chabannes, qui renaissait au début du film, n'a pu échapper à la mort. La mort est certes inévitable mais celle de Chabannes semble tragiquement précoce. Non pas parce qu'il est particulièrement jeune mais parce qu'elle le coupe dans son élan de se retirer humblement du monde (à la fois de celui de la guerre que de celui des sentiments). Retrouvé par le prince, comme cela avait été le cas au début de l'œuvre, ce dernier n'a pas pu le sauver cette fois-ci. Sanglotant, il est difficile de savoir si Philippe ressent une quelconque joie quant à la vengeance que le hasard a opéré pour lui. Excepté le fait que Chabannes a racheté son crime initial en sauvant une femme enceinte, tout ce qui avait été développé au début du film possède son équivalent noirci à la fin du film. L'amitié de Chabannes et le prince ne peut plus être. L'amour de Marie et Guise est finalement condamné à disparaître. A des promesses de mariage qui ouvraient divers horizons se substitue celle de Guise et Madame de Clèves, qui vient tout détruire.

Conclusion : Chabannes dans le film.

Après avoir eu en main tous ces éléments et avoir répertorié une majeure partie des apparitions du comte de Chabannes, quel bilan peut-on tirer à propos de ce personnage ? Pourrait-on penser que le comte de Chabannes est le personnage le plus progressiste et, notamment, le plus moderne quant à la condition féminine ? Il est la figure qui mène Marie à la connaissance, tout en ne la soumettant pas à son pouvoir de maître et d'homme. Quand elle lui demande d'apprendre à écrire, il l'écoute. Et, en soi, c'est un certain accès à la liberté qu'il lui octroie. Marie est libre d'écrire ce qu'elle veut, au même titre que Chabannes est libre de lui écrire à la fin du film (« Si je prends aujourd'hui cette liberté de vous écrire, comme j'ai pris celle de vous aimer »). Si le besoin l'en prend, une telle compétence lui permettra beaucoup plus facilement de s'adresser à qui elle le souhaite, sans être chaperonnée par un homme. Outre, le garant de l'instruction des femmes, il est aussi leur compagnon. Chabannes tend à gommer la séparation des sexes qui existe dans la société du XVIe siècle. Il est l'ami et le confident de la princesse. Il a aussi des contacts avec les femmes de cuisine, pour qui il ira cueillir des plantes alors que, comme il le précise, en sa terre, ce sont normalement les femmes qui se chargent d'une telle tâche. Chabannes est, en fait, le personnage qui a refusé la guerre, qui est pourtant l'activité caractéristique des hommes de sa condition et les différenciant notamment des femmes. Bien qu'au fait des codes sociaux, Chabannes y prête attention de façon relative. Il privilégie le sentiment ou plutôt la liberté du sentiment à exister. Dans le film, il apparaît réellement comme un maître à penser, amenant la princesse à se délivrer de la tutelle des hommes.

Fin de l'extrait

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