Le thème de l'amour dans Les faux-Monnayeurs de Gide - Littérature - Terminale L

Le thème de l'amour dans Les faux-Monnayeurs de Gide - Littérature - Terminale L

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Vous verrez dans un premier temps "Les rencontres manquées et l'indifférence", puis l'amour d'une mère à travers le personnage de Pauline. Ensuite vous comprendrez l'amour de Bernard pour Laura, et l'homosexualité entre Olivier et Edouard.

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Le thème de l'amour dans Les faux-Monnayeurs de Gide - Littérature - Terminale L

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(Cf. Édition Folio Gallimard 2016)

 

Dans le roman des Faux-Monnayeurs, l'intrigue se noue autour de plusieurs histoires d'amour ou d’hostilité marquées entre les personnages. Leurs relations apparaissent être souvent teintées de passion et d'impulsivité, et ces caractères constitueront la trame des événements. Nous pouvons donc analyser les différentes formes d'amour présentes dans le roman : de l'indifférence feinte à la dévotion religieuse.

 

Problématique : Comment la thématique de l’amour et de l’hostilité permet de comprendre la psychologie des caractères et des personnages ?

 

LES RENCONTRES MANQUEES ET L'INDIFFERENCE

BERNARD ET SON PERE

L'histoire commence par une intrigue nouée autour du personnage de Bernard qui se découvre bâtard et qui comprend que l'homme qu'il prenait pour son père jusqu'ici ne l'était pas en réalité. Il affirme n'avoir jamais ressenti d'amour véritable pour son père dans l'expression suivante (page 23) : « En me sentant si peu d'amour pour vous, j'ai longtemps cru que j'étais un fils dénaturé ; je préfère savoir que je ne suis pas votre fils du tout. » À la page 24- 25, on remarque que la lettre de Bernard à son père est empreinte de cynisme et d'ironie ce qui marque une certaine distance et indifférence, voire même de jubilation de Bernard face à sa nouvelle situation qui le libère du joug familial. On le voit à travers les phrases suivantes : « Dites-lui, si vous en avez le courage, que je ne lui en veux pas de m'avoir fait bâtard ; qu'au contraire, je préfère ça à savoir que je suis né de vous. » La formule finale de politesse est terriblement assassine du fait de son ironie et son caractère désobligeant : « Je signe du ridicule nom qui est le vôtre, que je voudrais pouvoir vous rendre, et qu'il me tarde de déshonorer. » Enfin le post-scriptum final et les derniers mots de la lettre sont terriblement moqueurs puisque Bernard sous-entend implicitement à son faux père qu'il pourrait avoir été trompé plusieurs fois par sa femme et avoir eu plus d'un fils illégitime : « Je laisse chez vous toutes mes affaires qui pourront servir à Caloub plus légitimement, je l'espère pour vous. »

Le père reçoit cet événement avec une violente tristesse. Il parvient à suivre les traces de son fils grâce à son métier de juge qui lui permet de se renseigner comme il le dit page 327 « Ma police est bien faite... Je sais également qu'il se présente aujourd'hui même à son oral. » Son amour pour son fils est très grand et il fond en larmes à la fin du roman lors de son échange avec Edouard, qu'il sait proche de Bernard. On le comprend par la pensée d'Edouard page 326 : « Et tout ce qu'il avait dit d'abord disparut ; il n'y eut plus entre nous que Bernard. Le reste n'était que prétexte ; c'était pour me parler de lui qu'il venait. » Leur amour filial perdure donc après la violente lettre de Bernard au début du roman.

Car Bernard évolue intérieurement tout au long du roman. C'est seulement vers la fin de l'histoire que l'on apprend que Bernard rentre chez son père, à la dernière page du roman dans le journal d'Edouard : « J'apprends par Olivier que Bernard est retourné chez son père ; et ma foi, c'est ce qu'il avait de mieux à faire ». Bernard, avant cela confie à Edouard à la page 338, que la seule chose qui le retient de rentrer chez son père est qu'il ne veut pas de son argent. Il affirme ainsi : « C'est que je ne veux pas de son argent. Vous me trouvez sans doute absurde de faire fi de cette chance ; mais c'est une promesse que je me suis faite à moi-même, de m'en passer. » On comprend ainsi que Bernard est revenu sur sa décision mais que l'orgueil le retient de retourner chez son père. Il semble être attaché à son père. C'est un personnage qui va évoluer tout au long du roman, notamment grâce à l'amour qu'il voue à Laura, puisqu'à la page 196 et 197 il pressent qu'il a « mal agi » envers ce père. Il ajoute son regret d'avoir écrit de manière virulente à son père : « j'ai menti ; qu'au contraire il me témoignait une sorte de prédilection, à laquelle j'étais sensible ; de sorte que mon ingratitude envers lui est d'autant plus abominable ». L'amour des liens forgés par l'éducation triomphera donc des liens du sang absents entre Bernard et son père. On comprend qu'il est possible qu'un enfant et son éducateur s'aiment comme s’ils avaient des liens de sang. Bernard le dit lui-même à la page 196 : « Et je ne crois pas, au contraire, à ce qu'on appelle si bêtement « la voix du sang ». » Les liens du sang ne sont donc pas la condition de possibilité de l'amour.

 

LA VIE AMOUREUSE D'OLIVIER

Olivier, de son côté connaîtra une aventure échouée qu'il raconte à Bernard, avant de connaître Edouard. Il confie ainsi à Bernard que sa première expérience hétérosexuelle le dégoûtait terriblement : « c'est dégoûtant. C'est horrible... Après j'avais envie de cracher, de vomir, de m'arracher la peau de me tuer ». Il découvrira avec son oncle Edouard son homosexualité qui se transformera en une véritable histoire d'amour très intense et profonde.

VINCENT

Ce personnage apparaît quelque peu diabolique ou fragile psychologiquement. Alors qu'il abandonne lâchement Laura au début du roman tandis qu'elle est enceinte de lui, il tombe ensuite amoureux de Lady Griffith avec qui il entreprend un voyage. À la fin du roman, celle-ci écrit à Passavant « l'amour nous paraissant trop fade, nous avons pris le parti de nous haïr ». Vincent devient alors fou et décide de la noyer, geste qui fait de lui un assassin. Ce personnage ne semble pas parvenir à aimer véritablement sur le long terme. Il est en proie à des passions et change de désir rapidement en finissant par haïr les femmes qu'il a aimées. Aussi à la page 152, le compte de Passavant lui reproche de ne pas aimer son frère Olivier, et de ne jamais s'en inquiéter.

 

DE PASSAVANT ET SON PERE

A la mort de son père, de Passavant reste entièrement indifférent. Il justifie son indifférence par le fait que son père n'était pas aimant, et qu'il ne pouvait résulter aucun amour de ce qu'il avait semé. On a l'exemple de l'échec de l'amour quand les liens de sang sont pourtant présents. Cette relation est l'antithèse de la relation de Bernard et son prétendu père. Ici, les liens de sang sont présents mais l'amour est absent. Avec ses amis aussi, de Passavant remarque qu'il est incapable de nouer une relation durable : « il n'est pas un de mes amis qui à la suite d'une fréquentation un peu longue, ne m'ait donné des gages d'imbécillité. » Ainsi de Passavant ne parvient pas à éprouver de véritable amour pour autrui, d'après la peinture qui en est faite.

 

LA PEROUSE ET SA FEMME

Ces derniers entrent en conflit sur la fin de leur vie. Le mari accuse sa femme de lui interdire de faire quoique ce soit et sa femme l'accuse en retour de perdre la tête. Edouard comprend que tous deux se font souffrir terriblement. Enfin, celui-ci semble être devenu fou au foyer dans lequel il était surveillant après la mort de son petit-fils Boris.

 

LA PEROUSE ET BORIS

La Pérouse voue un amour infini pour son petit-fils qu'il ne connaît pas. C'est la seule personne au monde à laquelle il peut se raccrocher. Mais une fois de plus les liens du sang ne suffisent pas à nouer un lien d'amour entre ces deux personnes. Boris qui voit son grand-père pour la première fois ne lui parle pas vraiment. Il ne comprend pas pourquoi il est amené à voir son grand-père. Ici Gide montre la solitude et la tristesse présente dans la vieillesse. La Pérouse est en proie à un véritable manque d'amour. Lorsque Boris est à l'école dans laquelle il exerce le poste de surveillant, La Pérouse lui fait toujours signe devant ses amis. Mais Boris l'ignore en craignant le ridicule. Lorsque son petit-fils se suicide La Pérouse semble devenu fou, il parle de Dieu à Edouard et semble en proie à un délire mystique, dans les dernières pages du roman.

 

L'AMOUR D'UNE MERE A TRAVERS LE PERSONNAGE DE PAULINE

 

Pauline aime et protège ses enfants par tous les moyens. Par exemple lorsqu'elle apprend que son mari lui est infidèle, elle décide de l'ignorer et de feindre la naïveté pour ne pas que ses enfants soient blessés par une éventuelle séparation. On le comprend pendant la discussion entre Edouard et Pauline. Pauline mentionne la maladresse de son mari qui oublie des lettres d'amour dans la maison. Elle devient très inquiète lorsqu'elle apprend qu'un de ses enfants, Georges a trouvé et volé ces lettres cachées dans un meuble de la maison. Elle s'attriste de voir que son fils qui devient délinquant devient méprisant avec sa propre mère, et la regarde avec un air de défi. Elle s'attriste de voir ses enfants s'éloigner d'elle. Elle ressent une forme d'ingratitude de la part de ses enfants envers tout l'amour qu'elle leur voue, et les sacrifices qu'elle fait pour eux.  

 

L'AMOUR DE BERNARD POUR LAURA

UN AMOUR ABSOLU

Bernard tombe amoureux de Laura en tentant de la sauver. D'abord c'est en lisant le journal d'Edouard qu'il comprend la détresse de cette femme et qu'il décide d'aller lui payer son logement avec l'argent d'Edouard. Puis au cours de leur échange le fauteuil de la chambre, qui n'était pas solide, fait tomber Laura à terre. Bernard la rattrape et leurs visages se trouvent proches ce qui va engendrer l'amour de Bernard pour Laura. C'est au cours d'une conversation avec Laura, que Bernard lui avoue son amour. Il affirme ainsi que son amour pour elle est total lorsqu'il dit à Laura : « vous répartissez sur plusieurs ce que vous auriez voulu donner à un seul. Pour moi, je suis indivisible ; je ne puis me donner qu'en entier. » Il lui confie aussi : « j'ai peur, lorsque je ne vous sentirai plus près de moi, de ne plus rien valoir, ou si peu... » Il l'aime ainsi avec une dévotion totale. Il lui dit par ailleurs « J'en viens presque à aimer mon nom, quand je l'entends sur votre bouche. » ou encore « Et puis d'abord je ne suis pas malade ; ou si c'est être malade que de vous aimer, je préfère ne pas guérir. »

 

BERNARD EDUQUE PAR L'AMOUR

Bernard abdique aussi de ses croyances d'adolescent libre lorsqu'il rencontre Laura. Pour trouver l'estime de Laura, il trouve sa décision d'avoir écrit avec ironie et sur un ton accusateur à son père « abominable ». Il demande à Laura s'il devrait rentrer chez son père. Elle lui indique qu'il cherche ici son approbation pour être aimé d'elle. Il trouve des limites à sa propre liberté en aimant Laura. Il lui dit ainsi qu'il a changé en la rencontrant : « On dirait que tout ce qui s'agitait en moi de turbulent, d'informe, dans une ronde harmonieuse autour de vous. »

UN AMOUR PLATONIQUE

Bernard ne demande aucune réciprocité sur le plan amoureux de la part de Laura : (page 194) « Laura, je ne vous demande pas de m’aimer ; je ne suis rien encore qu'un écolier ; je ne vaux pas votre attention ; mais tout ce que je veux faire à présent, c'est pour mériter un peu votre ... (ah ! Le mot est hideux...) votre estime. » Ainsi on peut dire que cet amour est de l'ordre de la dévotion, ou de l'amour platonique, c'est-à-dire dépourvu de sexualité.

 

UNE DEVOTION RELIGIEUSE

Lorsque Bernard rencontre l'ange, ils se rendent dans une église et s'agenouillent devant l'autel : « Il ne croyait à aucun dieu, de sorte qu'il ne pouvait prier ; mais son cœur était envahi d'un amoureux besoin de don, de sacrifice ; il s'offrait. Son émotion demeurait si confuse qu'aucun mot ne l'eût exprimée ; mais soudain le chant de l'orgue s'éleva. 'Tu t'offrais de même à Laura' dit l’ange ; et Bernard sentit sur ses joues ruisseler des larmes. » Ce passage montre bien que Bernard aimait Laura comme l'ange aime Dieu. Ce personnage, avide d'authenticité, de pureté morale avait toutes les qualités pour aimer de manière absolue autrui, ou Dieu.

 

L'AMOUR HOMOSEXUEL ENTRE OLIVIER ET EDOUARD

 

LA RENCONTRE ET LE COUP DE FOUDRE

La première rencontre avec son neveu est de l'ordre du coup de foudre, ainsi Edouard écrit dans son journal :

« Dès que je le vis, ce premier jour, dès qu'il se fût assis à la table de famille, dès mon premier regard, ou plus exactement dès son premier regard, j'ai senti que ce regard s'emparait de moi et que je ne disposais plus de ma vie. »

 

On comprend que leur relation est nouée au premier regard et que leur amour est soudé dès le premier instant. Leur relation se solidifiera après le suicide d'Olivier manqué, puisque ce dernier vivra chez son oncle Edouard.

 

LES INCOMPREHENSIONS MUTUELLES

Une scène presque comique au chapitre IX montre l'inquiétude des deux personnages à l'idée de ne pas plaire à l'autre. Ainsi s'installe une gêne entre eux, alors qu'ils sont tous deux fous de joie de se retrouver :

 

« Nous n'aurions à déplorer rien de ce qui arriva par la suite, si seulement la joie qu’Edouard et Olivier eurent à se retrouver eût été plus démonstrative ; mais une singulière incapacité de jauger son crédit dans le cœur et l'esprit d'autrui leur était commune et les paralysait tous deux ; de sorte que chacun se croyant seul ému, tout occupé par sa joie propre et comme confus de la sentir si vive, n'avait souci que de ne point trop en laisser paraître l'excès. »

 

On comprend que chacun interprète mal la réaction de l'autre : chacun croit que l'autre est indifférent alors que chacun feint l'indifférence pour ne pas montrer trop de joie et être le seul à le faire. Leur retenue mutuelle engendre des erreurs d'interprétations.

 

L'ELOIGNEMENT ET LA JALOUSIE D'OLIVIER

L'incompréhension est portée à son comble lorsqu'Edouard part avec Bernard à l'étranger. Olivier est fou de jalousie, car il aurait souhaité être invité. On le comprend dans les échanges de lettres entre Bernard et Olivier. Bernard informe Olivier du fait qu'il dort dans la même chambre qu'Edouard. Mais bien qu'il lui avoue son amour pour Laura, Olivier ne peut s'empêcher d'imaginer la tromperie d'Edouard. Il écrit ainsi dans une lettre de réponse, après avoir feint d'être au comble de la réussite et du bonheur, qu'il ne pardonnera jamais à Edouard de l'avoir « plaqué », ce qui fait comprendre au lecteur qu'il a le cœur brisé.

Fin de l'extrait

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