Le thème de l'écriture dans les Faux Monnayeurs, André Gide - Littérature - Terminale L

Le thème de l'écriture dans les Faux Monnayeurs, André Gide - Littérature - Terminale L

digiSchool Bac L met à votre disposition ce cours de Littérature pour le Bac L sur le thème de l'écriture dans Les Faux-Monnayeurs d'André Gide.

Vous étudierez tout d'abord le lien entre Gide et son refus du réalisme, puis ce que représente l'écriture pour Édouard, pour Olivier, pour le comte de Passavant, et enfin pour Bernard.

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Le thème de l'écriture dans les Faux Monnayeurs, André Gide - Littérature - Terminale L

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GIDE ET LE REFUS DU REALISME

La vision du personnage d'Édouard de la littérature est identique à celle de Gide. Tous deux aspirent à un roman pur, c’est-à-dire dénudé de longues descriptions comme on en rencontre chez Balzac et les naturalistes comme Zola. Gide rejette ainsi le réalisme descriptif. La vocation du roman n’est donc pas d’imiter le réel, mais de donner vie à des personnages et de se laisser conduire par eux. Le romancier découvre ainsi ses propres personnages au fil de l’écriture, il dit se laisser guider par eux. Grâce à cette technique d’écriture, Gide les fait réellement exister dans la vie du lecteur. Ainsi la vocation du roman est de montrer la signification du réel. Le romancier fait réfléchir son lecteur, l’amène à se poser des questions, à penser sa propre vie. Dans le Journal des Faux-Monnayeurs, justement, Gide écrit qu’il choisit délibérément de faire croire au lecteur qu’il en sait parfois davantage que l’écrivain.

C’est dans l’emportement, qu'Édouard décrit à Laura et Bernard sa vision du roman. Tous deux représentent les partisans du roman réaliste. Ils conçoivent l’écriture à partir d’un plan, où l’on connaît d’avance le début et le dénouement. L’auteur qu’incarne Édouard au contraire, ne sait pas exactement où il va. Il écrit à partir d’une idée. C’est l’idée qui doit guider l’auteur. En dehors de cette idée, le roman reste le « plus libre, le plus lawless » affirme Édouard page 182. Il ajoute que si les artistes se sont « cramponnés à la réalité » c’était par peur de la liberté. C’est très explicitement que Gide à travers Édouard énonce en quoi son roman est novateur par rapport au roman réaliste : « L’état c’est moi, l’artiste ; civile ou pas, mon œuvre prétend ne concurrencer rien. » Cette phrase dans la bouche d'Édouard fait écho à la fameuse expression qu’employait Balzac qui voulait, par ses romans « faire concurrence à l’Etat civil ». Le roman a donc une vocation qui est de faire réfléchir et penser le lecteur selon Gide. Mais jamais le roman n’aurait la vocation de concurrencer l’état civil. De ce fait, ce serait un travail davantage de journaliste et non de romancier. C’est donc par le refus de cette vocation journalistique que découle le refus du réalisme : parce que le roman n’est pas écrit contre un système politique, mais en faveur d’une idée à illustrer par la fiction.


SE LAISSER GUIDER PAR LES PERSONNAGES

Gide décide ainsi d’écrire non en fabricant ses personnages de toutes pièces, et en inventant leur histoire avant de passer au geste de l’écriture, mais il choisit au contraire de se laisser guider par l’écriture. Il invente donc son histoire au moment de l’écriture sans savoir ce qui arrivera à ses personnages. Il se laisse surprendre par sa propre inspiration. Il montre ainsi que ce sont les personnages de départ qui ont inventé les personnages secondaires, il s’est laissé guider par les personnages eux-mêmes au fil de la rédaction. Ainsi Gide écrit à la fin de la seconde partie :

« S’il m’arrive jamais d’inventer encore une histoire, je ne la laisserai plus habiter que par des caractères trempés, que la vie, loin d’émousser, aiguise. Laura, Douviers, La Pérouse, Azaïs… que faire avec tous ces gens-là ? Je ne les cherchais point ; c’est en suivant Bernard et Olivier que je les ai trouvés sur ma route. Tant pis pour moi ; désormais, je me dois à eux. »


Ici on remarque que le personnage est en premier plan et le narrateur au second, puisque le narrateur s’est contenté de suivre Bernard et Olivier pour rencontrer ensuite les autres personnages. Le narrateur laisse ainsi vivre ses personnages, au lieu de les guider lui-même. Le narrateur semble découvrir presque en même temps que le lecteur les événements de la vie des personnages.


L'ECRITURE DU ROMAN POUR ÉDOUARD : DE LA THEORIE A LA PRATIQUE

Édouard explique sa vision du roman qu'il souhaite rédiger. Pour lui le roman est un genre libre, sans règle à respecter. Il laisse place ainsi à l'improvisation, et à la surprise, comme on a pu le voir avant, avec la conception de l'écriture qu'avait Gide. Ainsi les conceptions du roman d'Édouard et de Gide sont semblables. Édouard affirme page 182 que « de tous les genres littéraires, [...]le roman reste le plus libre, le plus lawless... » On remarque aussi chez Édouard comme chez Gide le refus du réalisme, notamment lorsque le personnage d'Édouard affirme que c'est « par peur de cette liberté même [...] que le roman, toujours, s'est si craintivement cramponné à la réalité ». Édouard souhaite que le roman connaisse enfin « [...] ''cette formidable érosion des contours'' dont parle Nietzsche, et ce volontaire écartement de la vie, qui permirent le style [...] ». Ici, Édouard affirme que l'art doit éviter de mettre en scène rigoureusement le réel en l'imitant, et en le reproduisant à la lettre. Au contraire, pour lui le seul moyen d'obtenir une véritable œuvre d'art et d'inventer un style littéraire de qualité implique de s'écarter du réel et donc d'accepter un part d'irrationalité, de briser des codes et des règles classiques dans les techniques d'écriture. Par exemple, lorsque Gide juge ses personnages et les mets à distance, il brise un code classique du roman qui consiste à préserver l'illusion que la fiction est réelle. Il donne un exemple de la beauté qui découle du refus du réalisme. Cet exemple se trouve chez Racine dans la discussion entre Mithridate et ses fils. Édouard affirme que « jamais un père et des fils n'ont pu parler de la sorte et où néanmoins [...] tous les pères et tous les fils peuvent se reconnaître. » Ainsi pour Édouard, on n'approche jamais tant les sentiments psychologiques des individus de manière profonde et précise qu'en s'écartant d'une peinture réelle. Il est important d'utiliser l'artifice et le dépassement du réel pour pouvoir exprimer ce qui se joue réellement dans la conscience des individus. La fiction, quand elle rejette l'imitation du réel, est d'autant plus touchante pour les lecteurs, car en transfigurant le réel elle s'en approche davantage.

Enfin, si Édouard est un bon théoricien du roman, il n'est au contraire pas un grand écrivain. Édouard possède de grandes difficultés à écrire son roman. Il écrit son journal qu'il ne publiera pas et ce journal reflétera son ambition manquée.


L'ECRITURE POUR OLIVIER

On peut remarquer l'exigence d'Olivier en ce qui concerne l'écriture dans sa conversation avec le comte de Passavant. Ce dernier cherche une manière d'expliquer les nouvelles tendances en littérature au sein de sa revue. Voici la conversation entre les deux personnages :

« [...]Tenez qu'est-ce que vous penseriez de ''Vital'' Hein? ... ''Inconscient et vital''... Non? ... ''Élémentaire, robuste et vital''?

– Je crois qu'on pourrait encore trouver mieux, s'enhardit à dire Olivier, qui souriait sans sembler approuver beaucoup. »

Dans cet échange, on remarque qu'Olivier est plus exigent pour trouver la qualité d'une formulation que ne l'est Passavant. Olivier semble en effet mépriser un peu l'écriture de Passavant. Pourtant il accepte de travailler pour lui, bien qu'il ne l'admire en aucun cas. Olivier répond ainsi à Passavant, lorsque ce dernier lui propose de lui donner son nouveau livre (avec prétention) :

« - ''Je n'ai pas attendu de le recevoir de vous pour le lire.'' dit Olivier qui n'aimait pas beaucoup le livre de Passavant et tâchait de s'en tirer sans flagornerie tout en restant aimable. »

Par ce sous-entendu du narrateur et la réponse d'Olivier, on comprend donc la pensée d'Olivier. Il juge que Passavant est un piètre écrivain, et il entretient avec lui une forme d'hypocrisie afin d'obtenir un poste de rédacteur en chef au sein de sa revue littéraire. On peut donc affirmer qu'Olivier est légitimement ambitieux, mais que son jeune âge l'entraîne à ne pas sélectionner selon son goût les personnes qu'il fréquente et pour qui il travaille. Il semble donc corruptible et fragile en raison de ses ambitions.

Enfin, on remarque qu'Olivier tente de briller à la manière de Passavant, notamment lorsqu'il retrouve Bernard après son examen et qu'il répète une phrase de Passavant « que celui qui creuse s'enfonce, et que qui s'enfonce s’aveugle ; que la vérité, c'est l'apparence, que le mystère c'est la forme, et que ce que l'homme a de plus profond c'est sa peau. » Olivier tente de séduire par des phrases peu profondes mais qui créent une forte impression chez son interlocuteur. Il est donc facilement influençable par de mauvais écrivains à succès.


L'ECRITURE POUR LE COMTE DE PASSAVANT

L'écriture, pour le comte de Passavant, est une manière de se mettre en valeur socialement. On peut donc douter de ses exigences en termes de qualité littéraire et de recherche d'une valeur véritable. Il semble suivre les tendances de l'époque, pour optimiser son succès, sans la moindre quête d'originalité ou de nouveauté. On le remarque à la page 46, lorsqu'il dit à Vincent « Savez-vous ce que je suis en train d’écrire ? Mais vous ne le direz pas ... hein ! Vous me promettez... Un manifeste pour ouvrir la revue de Dhurmer. Naturellement, je ne le signe pas ... d'autant plus que j'y fais mon éloge... » L'écrivain semble utiliser la moindre occasion pour se flatter lui-même et accroître son narcissisme déjà imposant. L'écriture n'est en rien une étude sérieuse pour le comte de Passavant. Alors que dans le banquet des Argonautes Justinien qualifie le roman du comte de Passavant, La barre fixe, d'une « Illiade nouvelle », l'auteur accepte avec prétention cette comparaison à Homère, et ne proteste pas. Son entourage semble susceptible de flagornerie et l'auteur de la Barre fixe s'en accommode parfaitement. C'est un auteur à succès, mais avec très peu de talent. C'est le jugement d'Édouard qui permet de le comprendre, dans la première partie au chapitre VIII :

« Passavant prétend éclairer l’opinion ; c'est-à-dire qu'habilement il l'incline. Jamais aucun des livres d'Édouard n' fait lever tant d'articles; aussi bien Édouard n'a jamais rien fait pour s'attirer les bonne grâces des critiques. Si ceux-ci le battent froid, peu lui importe. Mais en lisant les articles sur le livre de son rival, il a besoin de se redire que peu lui importe. [...] Mais les livres de Passavant lui déplaisent ; Passavant lui paraît moins un artiste qu'un faiseur. »

Ainsi, l'écriture pour le comte de Passavant consiste à donner une illusion de qualité. Il tente de plaire aux critiques, de suivre l'air du temps et en tire un très grand succès. C'est un écrivain connu par la presse, et trop adulé de tous compte tenu de la médiocrité de ses romans. Il ne vise pas l'art mais le succès, pour lui « l'œuvre n'est pas tant un but qu'un moyen ».


L'ECRITURE POUR BERNARD

Bernard a une vision très authentique de l'écriture. Le jour même de son examen qu'il a tant préparé, il défend sa propre conception de la littérature et de ''l'esprit français''. Il affirme ainsi :

« je me suis payé une tirade contre l'esprit d'insouciance, de blague, d'ironie; ce qu'on appelle enfin ''l'esprit français'', qui nous vaut parfois à l'étranger une réputation si déplorable. J'ai dit qu'il fallait y voir, non pas même le sourire, mais la grimace de la France ; que le véritable esprit de la France, était un esprit d'examen, de logique, d'amour et de pénétration patiente ; et que si cet esprit-là n'avait pas animé La Fontaine, il aurait peut-être bien écrit des contes, mais jamais ses fables.[...]une charge à fond qui va peut-être me faire recaler. Mais je m'en fous j'avais besoin de dire ça. »

 

On voit que Bernard possède un esprit critique assez virulent, et tient à exprimer exactement ses pensées même si le risque de l'échec est important le jour de son épreuve. Il est en permanence en quête de sincérité et d'authenticité.

En ce qui concerne le style qu'il affectionne, Édouard écrit dans son journal que « Bernard est un réaliste » à la page 201. Édouard conclue cela après une discussion sur le roman avec Bernard, qui juge que tout roman doit s'écrire à partir d'un plan prédéfinit, sans laisser libre court à son imagination et sans improviser.

Fin de l'extrait

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