Les didascalies 2/2 - Hernani - Littérature - Terminale L

Les didascalies 2/2 - Hernani - Littérature - Terminale L

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Cette fiche est la seconde partie de l'étude sur les didascalies sur Hernani.

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Les didascalies 2/2 - Hernani - Littérature - Terminale L

Le contenu du document

Avant d’entamer la lecture de cette fiche, assure-toi d’avoir lu la première partie, sur le rôle informatif des didascalies.

PRÉREQUIS

  • Connaître le rôle des personnages dans la pièce
  • Connaître la réception de la pièce

OBJECTIFS

  • Proposer une réflexion argumentée et illustrée

I. LA FONCTION DRAMATIQUE

A. Les didascalies et les conflits amoureux : « tres para una »

Les didascalies illustrent bien le sous-titre du manuscrit « Tres para una ». Attirant trois personnages masculins, doña Sol suscite la convoitise. À la scène 2 de l’acte I, Hernani et le roi combattent en duel. 

L’épée est au cœur des didascalies : « Ils croisent leurs épées. » Les didascalies ont bien une fonction dramatique : les relations conflictuelles entre les personnages font avancer l’intrigue. 

Elles permettent également de créer des coups de théâtre et de traduire la surprise : par exemple, quand Hernani comprend que son rival est le roi d’Espagne, on peut lire la didascalie : « HERNANI, dont les yeux s’allument. » Cette indication scénique sur le regard du personnage traduit sa stupéfaction. Le roi devient son rival amoureux tout en étant l’objet de sa vengeance, son père ayant assassiné le père d’Hernani.

Les didascalies dessinent les mouvements des personnages masculins vers la belle doña Sol. Ainsi, quand le roi se trouve seul face à celle qu’il convoite dans la scène 2 de l’acte II, il essaye de s’approcher d’elle. 

On relève de nombreuses didascalies traduisant un élan vers doña Sol : « s’avance précipitamment vers elle. », « Don Carlos court à elle et la retient par le bras. », « essayant de l’attirer. ». 

Les didascalies dressent le portrait d’un roi entreprenant cherchant à posséder la jeune doña Sol. On remarque que les didascalies concernant la jeune femme créent un mouvement opposé à celui de don Carlos : des mouvements de recul et des gestes traduisant son refus, par exemple « cherchant à se dégager de ses bras. », « le repoussant. », « Elle recule de quelques pas. » 

Les didascalies accentuent l’amour impossible entre le roi et la jeune Espagnole qui a déjà donné son cœur au rebelle, Hernani. La femme est donc l’objet de la violence masculine, notamment celle de don Carlos. 

Il utilise son statut de roi pour contraindre doña Sol à l’aimer et à le suivre, comme le soulignent les didascalies suivantes : « la saisissant avec violence. », « Il cherche à l’entraîner. », « Elle se débat dans ses bras. » Quand les deux personnages sont proches physiquement, la violence est au cœur de leurs échanges. Les didascalies illustrent bien la société patriarcale : l’homme a ici le pouvoir sur la femme. 

Mais, doña Sol ne se soumet pas au roi : en s’emparant de son poignard, elle arrive à reprendre le contrôle sur le roi et à créer une certaine distance : « Elle lui arrache le poignard de sa ceinture. Il la lâche et recule. » Seul Hernani peut enlacer amoureusement sa bien-aimée.

La pièce présente un certain nombre de duos amoureux lyriques entre les deux amants. Les didascalies permettent d’illustrer l’union des amants et le rapprochement de leur corps. On peut citer des didascalies insistant sur le sens du toucher, par exemple à la scène 4 de l’acte II : « DOÑA SOL, saisissant la main d’Hernani. », « HERNANI, tombant à ses genoux. », « DONA SOL, penchée sur sa tête. » 

Le « banc de pierre » mentionné dans cette scène permet de représenter le dévouement d’Hernani envers sa dame, celui-ci étant « à ses pieds » pour lui demander de profiter de l’instant présent ; ce qui incarne la réécriture de la célèbre formule Carpe Diem : « Car cette heure est à nous, et le reste est folie ! » (vers 690). Les didascalies insistent sur l’union du couple et le dévouement des amants, qui se donnent l’un à l’autre.

Les didascalies portent également sur les objets, souvent porteurs de mort dans la pièce, comme l’explique le metteur en scène Nicolas Lormeau : « J’ai listé, rapidement les accessoires nécessaires à l’action indiqués par Hugo et je me suis aperçu que nombre d’entre eux étaient des instruments porteurs de mort : épées, dagues, fiole de poison, etc. […] 

Hernani est aussi une tragédie où tous les personnages voyagent vers leur mort(1). […] »

Les didascalies ont bien une fonction dramatique liée à l’intrigue amoureuse : elles montrent l’union ou au contraire le refus amoureux. Mais, pour pouvoir approcher doña Sol, les prétendants doivent souvent avancer masqués, comme les conjurés.

REPÈRE (1) : Carnet de mise en scène de Nicolas Lormeau, sociétaire de la Comédie-Française, pour la représentation d’Hernani à Montpellier (2012) et au théâtre du Vieux-Colombier (2013), publié dans Hernani, édition Atlande, collection Clefs Bac, rédigé par Sylvie Vieilledent, pages 203 et 204.

B. Didascalies, dissimulations et révélations

Tout d’abord, le manteau de la nuit permet de dissimuler les prétendants de doña Sol et les conjurés. Ainsi, quatre actes sur cinq se passent la nuit. Les didascalies insistent sur la volonté des personnages de masquer leur véritable identité. 

C’est le cas de don Carlos quand il pénètre dans la chambre à coucher de doña Sol : « le manteau sur le nez et le chapeau sur les yeux. » Le costume permet de masquer le visage de don Carlos et donc de dissimuler son statut.

Hernani est quant à lui déguisé en pèlerin à l’acte III (scène 2) quand il se présente sur le seuil de la porte du palais de don Ruy Gomez. Victor Hugo fait très certainement un clin d’œil à Shakespeare, Roméo étant lui aussi déguisé en pèlerin quand il se rend au bal donné par les Capulet et rencontre pour la première fois la belle Juliette. 

Le costume de pèlerin permet de duper le duc qui apprend à son hôte que la tête du rebelle Hernani est mise à prix. 

La révélation de la véritable identité du pèlerin est donc source de surprise pour don Ruy Gomez et ceux qui l’entourent : « Tous se retournent étonnés. Il déchire sa robe de pèlerin, la foule aux pieds et en sort un costume de montagnard(2). » : la révélation de la véritable identité est confirmée par la réplique « Je suis Hernani(3). », le rebelle revendiquant son nom de proscrit.

Les didascalies montrent à quel point les secrets et les dissimulations sont au cœur de l’intrigue et permettent d’avancer vers le dénouement. Mais elles permettent également de révéler la complexité des personnages.

REPÈRE (2) : Acte III, scène 3.

REPÈRE (3) : Idem.

C. La complexité des personnages

Les didascalies traduisent une vision non manichéenne des personnages ; ainsi, si don Carlos est présenté dans la scène d’exposition comme un roi violent et corrupteur « tirant de sa ceinture une bourse et un poignard », on remarque grâce aux didascalies son évolution dans l’acte IV. Deux longs monologues lui sont consacrés, notamment le monologue à la scène 2. 

Avant de prendre la parole, don Carlos « tombe dans une profonde rêverie(4) ». Ensuite, il « tombe à genoux devant le tombeau(5) » : la récurrence du verbe « tomber » montre un nouveau visage du personnage : un personnage qui avoue sa fragilité, son besoin d’être conseillé et guidé pour devenir un bon souverain. 

Ce verbe sera à nouveau employé dans les didascalies de la scène 4 de l’acte IV, quand l’empereur fait preuve de clémence : « Hernani s’agenouille. Don Carlos détache sa Toison d’or et la lui passe au cou. », « Les conjurés tombent à genoux. » : les didascalies insistent sur la reconnaissance de l’empereur par ceux qui souhaitaient la mort du roi. 

Pourtant, ce bonheur est éphémère et le son du cor va venir rompre la félicité des amants.

REPÈRE (4) : ​Acte IV, scène 1.

REPÈRE (5) : Acte IV, scène 2.

II. LA FONCTION SYMBOLIQUE

A. Des lieux et costumes symboliques

Les didascalies n’ont pas seulement une fonction informative ou dramatique, elles ont aussi une fonction symbolique. Ainsi, l’armoire dans laquelle le roi se cache dans la scène d’exposition peut être lue comme un viol symbolique : « DON CARLOS, ouvrant avec fracas la porte de l’armoire(6). » : cette didascalie insiste sur la violence du roi violant l’intimité d’une jeune femme et obéissant à ses caprices.

REPÈRE (6) : Acte I, scène 2.

Hernani se cache lui aussi à l’acte III, don Ruy Gomez ne pouvant désobéir à la loi de l’hospitalité : « Don Ruy Gomez va à l’un des tableaux, qui est son propre portrait et le dernier à gauche ; il presse un ressort, le portrait s’ouvre comme une porte et laisse voir une cachette pratiquée dans le mur(7). » 

Cette didascalie est intéressante à plus d’un titre : tout d’abord, Hernani se cache derrière le portrait du duc ; il fait ainsi, d’une certaine façon, partie de la lignée des ancêtres des Silva. Le dramaturge insiste sur le décor machiné (« il presse un ressort ») : la cachette devient une machine infernale, emprisonnant Hernani dans le passé et refermant la porte vers le futur. 

La cachette devient donc un tombeau, l’acte suivant se déroulant dans les caveaux qui renferment le tombeau de Charlemagne.

REPÈRE (7) : Acte III, scène 5.

Les costumes sont également symboliques. Ainsi, dans l’acte V, deux couleurs dominent : le blanc et le noir. Comme dans l’acte III, doña Sol est en habit de mariée et est associée à la pureté, à la lumière alors que son époux est vêtu « tout en velours noir, avec la Toison-d’Or au cou. » 

La couleur de son habit est prémonitoire et annonce son destin tragique. C’est aussi le cas du costume de don Ruy Gomez qui apparaît en domino noir à la scène 1 de l’acte V : « Entre un domino noir qui traverse lentement le fond du théâtre. » Le costume est hautement symbolique : le domino noir peut être interprété comme l’allégorie de la Mort ; ce que remarque par exemple don Sancho : « Nous viens-tu de l’enfer ? ».

Les didascalies ont bien une fonction symbolique. Intéressons-nous désormais aux didascalies sonores et à leurs enjeux.

REPÈRE (8) : Acte V, scène 1.

B. L’importance des didascalies sonores

La scène d’exposition comporte une didascalie faisant appel au sens de l’ouïe : « On frappe à une petite porte dérobée à droite. Elle écoute. On frappe un second coup. » 

La porte marque la frontière entre l’intérieur (l’intimité de la chambre) et l’extérieur (ici la menace qu’incarne le roi). Les coups annoncent la violence du roi et son impulsivité. 

Le signal entre les amants est également un signal sonore, repris par le roi à la fin de la scène 1 de l’acte II : « Don Carlos […] frappe des mains à deux reprises. » 

Il n’est donc pas étonnant que le pacte entre don Ruy Gomez et Hernani soit scellé grâce à un instrument à vent, le cor, qui est l’attribut d’Hernani, comme on peut le lire à la scène 7 de l’acte III : « HERNANI, lui présentant le cor qu’il ôte de sa ceinture. », et que nous entendons à la scène 3 de l’acte V, interrompant le bonheur des amants : « On entend le bruit lointain d’un cor dans l’ombre. » 

Le cor permet de faire résonner le serment d’Hernani, comme si la voix du père mort appelait le fils à le rejoindre.

Conclusion

Les didascalies, très présentes dans la pièce, ont donc plusieurs fonctions : une fonction informative permettant de situer l’intrigue, de caractériser les personnages et de créer une atmosphère nocturne propice aux dissimulations et aux secrets ; une fonction dramatique car les didascalies font avancer l’intrigue, notamment l’intrigue amoureuse ; les nombreux coups de théâtre sont en lien avec les didascalies. 

Enfin, les didascalies ont bien une fonction symbolique : elles annoncent le destin tragique des personnages mais montrent également l’union des contraires comme l’ombre et la lumière.

LE PETIT + DANS TA COPIE

La question sur les didascalies interroge la représentation de la pièce et sa mise en scène. Il est donc important de connaître les choix de certains metteurs en scène comme le décor spectaculaire dans la mise en scène de Vitez de 1985 : les mains géantes remplacent les portraits des Silva et représentent le poids du passé. 

Nicolas Lormeau, quant à lui, a choisi un tombeau qui devient le lit des amants, montrant ainsi l’union d’Eros et de Thanatos.

POUR ALLER PLUS LOIN …

Je t’invite à lire le carnet de mise en scène (inédit) de Nicolas Lormeau, publié dans l’édition Atlande consacrée à Hernani. Il y explique le choix du lieu (le théâtre du Vieux-Colombier et sa disposition bi-frontale), des costumes, des accessoires, des lumières… Il justifie par exemple le choix d’un décor vide et d’une scénographie sonore : « le son sera notre principal décor(9) ».

REPÈRE (9) : Carnet de mise en scène de Nicolas Lormeau, sociétaire de la Comédie-Française, pour la représentation d’Hernani à Montpellier (2012) et au théâtre du Vieux-Colombier (2013), publié dans Hernani, édition Atlande, collection Clefs Bac, rédigé par Sylvie Vieilledent, page 201.

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