Les emprunts autobiographiques dans Les Faux Monnayeurs d'André Gide : L'âge adulte - Littérature - Terminale L

Les emprunts autobiographiques dans Les Faux Monnayeurs d'André Gide : L'âge adulte - Littérature - Terminale L

digiSchool Bac L met à votre disposition ce cours de Littérature de Terminale L, rédigé par notre professeur, sur les emprunts autobiographiques dans Les Faux Monnayeurs d'André Gide. Cette fiche est la seconde partie du cours sur les emprunts autobiographiques : ici, vous aborderez l'âge adulte.
Voir la 1ère partie sur l'enfance de Gide

Vous verrez donc ici quels éléments autobiographiques issus de la vie adulte d'André Gide sont présents dans le roman, notamment à travers la figure de Marc Allégret, jeune amant de Gide, mais aussi au travers de la paternité avec Paul Gide, son père, et l'image d'André Gide lui-même devenu père. Enfin, vous verrez que la vie littéraire occupe pleinement la vie d'André Gide, ainsi des références autobiographiques et littéraires peuvent aussi se retrouver dans Les Faux Monnayeurs.

Téléchargez gratuitement ci-dessous ce cours de Littérature pour le Bac L sur l'âge adulte d'André Gide.

Les emprunts autobiographiques dans Les Faux Monnayeurs d'André Gide : L'âge adulte - Littérature - Terminale L

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Introduction

Du fait divers à l'article d'une revue psychanalytique, de la ressemblance littéraire niée à l'anecdote autobiographique révélé dans le Journal des Faux-Monnayeurs, les sources d'inspiration des Faux-Monnayeurs d'André Gide sont diverses, multiples, et riches – nous y avons consacré une fiche, "les sources des Faux-Monnayeurs". Et l'inspiration autobiographique n'est pas en reste : nous savons que Gide a révélé, dans son Journal des Faux-Monnayeurs, certains éléments autobiographiques qui l'ont inspiré pour l'écriture de son roman (l'écolier qui vole un livre, le vieux professeur de piano...)

Après avoir abordé l'inspiration que Gide tirait de son enfance, dans une première fiche, voyons à présent quels éléments autobiographiques issus de sa vie adulte sont présents dans le roman.

Pour plus de clarté, nous classons les éléments autobiographiques utilisés par thème, ce qui nous oblige à plus de brièveté ; mais le lecteur qui souhaiterait plus d'informations voudra bien se référer à la première partie de l'ouvrage de Pierre Masson, Lire les Faux-Monnayeurs, sur lequel nous basons notre étude, et dont la première partie est très complète à ce sujet.


I. La figure de Marc

Un autre réseau de références autobiographiques dans les Faux-Monnayeurs est lié à la personne de Marc Allégret, le jeune amant de Gide.


1. L'importance de Marc

En guise de remarque préliminaire, notons que la personne de Marc est importante pour le roman les Faux-Monnayeurs. En effet, les critiques de Gide notent que l'auteur avait dédié, en un sens, ses premiers écrits à son épouse Madeleine ; il écrivait pour elle, sous son contrôle.

Mais lorsque Gide commence à rédiger les Faux-Monnayeurs, il y a eu un "changement de gravité" (l'expression est de P. Masson) dans sa vie sentimentale : Madeleine, au courant des liaisons extra-conjugales et homosexuelles, s'est éloignée. Les Faux-Monnayeurs est le premier des textes de Gide qu'il écrit, non plus en fonction de Madeleine, mais en fonction de Marc.


2. Les lettres perdues, lettres qui perdent

a. La correspondance brûlée d'André et de Madeleine

Le premier des emprunts autobiographiques lié à Marc, dans les Faux-Monnayeurs, est d'ailleurs une référence à cette rupture avec Madeleine : peu de temps après avoir rencontré Marc, Gide se rend avec lui en Angleterre. Durant ce voyage, Madeleine, jalouse, brûle toutes les lettres que Gide lui avait adressées, ce qui brise l'auteur à son retour : il écrit "Mon oeuvre ne sera plus jamais que comme une symphonie où manque l'accord le plus tendre". Le motif de ces lettres perdues est présent dans le roman.

b. Les lettres légères d'Oscar Molinier

Les premières lettres à disparaître sont celles d'Oscar Molinier, le père de Vincent, d'Olivier et de Georges. Ces lettres, qui révélaient son adultère, ont été dérobées par son fils Georges : il s'agit donc d'une référence en forme de pied de nez pour Gide.

c. Les lettres de La Pérouse

Lorsqu'il rend visite à La Pérouse, dans la première partie du roman, Edouard s'entend dire que l'épouse du vieux professeur de piano, avec qui il ne s'entend plus, a brûlé les lettres que son frère lui avait adressées.

Pour reprendre l'analyse de Pierre Masson : dans cet épisode, Gide mêle deux expériences autobiographiques – sa propre expérience avec Madeleine, et celle de son ancien professeur de piano Marc de Lanux. Dans son Journal, il raconte une visite qu'il lui fait en 1914 : "Dans une petite malle dont il gardait la clef, il avait enfermé les lettres de son frère (...) Le jour vint où, ouvrant ce coffret, La Pérouse trouva les lettres de son frère en désordre (...) Il n'eut avec Madame de La Pérouse aucune explication, mais il brûla aussitôt ces papiers" (Journal p. 468)

Aucune des deux expériences autobiographiques n'est donc reprise à la lettre : elles sont toutes deux sublimées.


3. Le couple de Marc Allégret et d'André Gide

En outre, de nombreux lecteurs des Faux-Monnayeurs ont voulu voir, dans le couple que forment le romancier Edouard et le jeune Olivier dans le roman, une image du couple que formaient Gide et Marc Allégret dans la vie.

Cette interprétation est d'autant plus plausible que le personnage de Passavant, dans les Faux-Monnayeurs, passe pour être une représentation de Jean Cocteau. En effet, Gide n'appréciait pas Cocteau, un auteur qu'il jugeait artificiel, et il était très jaloux de la relation d'amitié que Marc entretenait avec Cocteau ; or, dans le roman, le jeune Olivier noue cette amitié avec Robert de Passavant, avec qui il part même en voyage, et Passavant est disqualifié comme écrivain par Edouard dès la première partie du roman.

Aussi l'empreinte du couple qu'André Gide formait avec Marc Allégret est-elle présente dans les Faux-Monnayeurs.


II. La paternité et Monsieur Profitendieu

Le thème autobiographique de la paternité empreint également les Faux-Monnayeurs. La paternité est double : c'est l'image du père, Paul Gide ; c'est aussi l'image d'André Gide lui-même, devenu père.


1. La figure de Paul Gide

La figure de Paul Gide, le père de l'écrivain, qu'il a perdu étant jeune, s'inscrit particulièrement dans le personnage de Monsieur Profitendieu, le père de Bernard. Pour reprendre l'analyse de Pierre Masson : "[Profitendieu], juriste, enrichi par son mariage, habitant à Paris rue de T., il est, de toutes les créations de Gide, celle qui s'approche le plus – encore que très imparfaitement – de la personne de Paul Gide, professeur de droit à la Faculté de Paris qui, ayant épousé une riche héritière, habita avec sa famille au 2 de la rue de Tournon" (Masson, P. ; Lire les Faux-Monnayeurs, p. 17)

Monsieur Profitendieu, malgré ses faiblesses et ses ridicules, pourrait bien être une image de Paul Gide ; d'autant qu'il est l'un des rares personnages du roman à apparaître innocent : il n'est coupable d'aucune faute morale.

L'attitude de Bernard à son égard peut nous interroger : effectivement, Bernard quitte le domicile familial au début du roman, après avoir surpris une correspondance amoureuse dans laquelle il apparaissait que Monsieur Profitendieu n'était pas son véritable père. Mais il nous faut noter qu'à la fin du roman, le jeune Bernard retourne auprès de son père, après que sa mère ait quitté, à son tour, le domicile : il a fallu l'éloignement de la figure maternelle – qui, dans le cas de Gide, est une figure castratrice – pour que l'enfant retrouve enfin le père aimé.


2. André Gide, père

L'expérience de la paternité change André Gide : en 1923 naît Catherine Gide, la fille naturelle d'André Gide et d'Elisabeth van Rysselberghe. En 1924, alors que son enfant, âgée d'un an, s'éveille à la vie, l'auteur écrit dans le Journal des Faux-Monnayeurs : "Profitendieu est à redessiner complètement. Je ne le connaissais pas suffisamment, quand il s'est lancé dans mon livre. Il est beaucoup plus intéressant que je ne le savais." (JFM, p. 87)

Aussi le père de Bernard est-il l'image autobiographique de la paternité pour Gide : à la fois de la paternité de son défunt père, et de son expérience après la naissance de sa fille.


III. La littérature

A considérer que la vie littéraire occupe pleinement la vie d'André Gide, des références autobiographiques et littéraires peuvent aussi se retrouver dans les Faux-Monnayeurs.


1. Le cercle littéraire et artistique

Certaines personnalités du monde littéraire et artistique, contemporaines de Gide, sont représentées dans le roman.

a. Jean Cocteau

La plus célèbre de ces personnalités littéraires est bien sûr Jean Cocteau, qui est le principal modèle pour le personnage de Robert de Passavant.

Passavant, comme Cocteau, est une personnalité littéraire reconnue, mais Edouard le juge artificiel et opportuniste : "Les convictions artistiques dont il fait montre, ne s'affirment si véhémentes que parce qu'elles ne sont pas profondes ; nulle secrète exigence de tempérament ne les commande ; elles répondent à la dictée de l'époque ; leur mot d'ordre est : opportunité." (FM, p. 79)

Le roman de Passavant qui est jugé ainsi par Edouard, la Barre fixe, est une référence à un roman de Cocteau, Le Grand écart.

Nous avions vu, par ailleurs, que cette représentation de Cocteau pouvait être motivée par la jalousie que Gide entretenait à son égard, en raison de sa proximité avec Marc.

b. Alfred Jarry

Une autre personnalité littéraire présente dans les FM est bien sûr Alfred Jarry, l'auteur d'Ubu roi, qui prend part au banquet des Argonautes, où il se soûle. Gide jugeait Jarry aussi artificiel, littérairement parlant, que Cocteau.

Il nous faut noter que la présence de Jarry dans le roman est un anachronisme de Gide (intentionnel ou pas) : Jarry meurt en 1907, alors que l'Action française, journal cité dans les premiers chapitres des FM, n'est publié qu'à partir de 1908.

c. Les autres personnalités littéraires et artistiques

D'autres personnalités littéraires et artistiques, qui faisaient partie du monde de Cocteau, sont représentées dans le roman :

  • Cob-Lafleur pourrait être une représentation de Raymond Radiguet
  • Strouvilhou et ses amis pourraient incarner le dadaïsme, voire le surréalisme naissant
  • La Joconde à moustaches, dont il est fait mention, est un clin d'œil à Marcel Duchamp
  • Le fer à repasser à clous est probablement une référence à Man Ray

2. Edouard, romancier et diariste

En outre, le fait qu'Edouard soit, en un sens, un double gidien – romancier qui écrit un roman intitulé les Faux-Monnayeurs, tout en tenant un journal – est bien sûr une forme de référence autobiographique.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à vous reporter à la fiche que nous consacrons au personnage d'Edouard, ou encore au procédé de mise en abyme dans les Faux-Monnayeurs.


Conclusion

Bien que les Faux-Monnayeurs ne soit pas un roman autobiographique, nous voyons que certains éléments de la vie de l'auteur sont toutefois présents dans le texte – au-delà de ceux que Gide a révélés dans son Journal des Faux-Monnayeurs.

Fin de l'extrait

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