Les Faux Monnayeurs : Un roman d'apprentissage - Littérature - Terminale L

Les Faux Monnayeurs : Un roman d'apprentissage - Littérature - Terminale L

Consultez gratuitement ce cours de Littérature de Terminale L, rédigé par notre professeur, consacré aux Faux Monnayeurs d'André Gide.

Le roman des Faux-monnayeurs retrace l'évolution de personnages jeunes, qui se confrontent aux épreuves de la vie. Certains personnages s'assagissent face à ces difficultés et semblent ainsi grandir, alors que d'autres sombrent dans la violence. Pour analyser l'évolution psychologique de ces adolescents, Gide montrera d'une part le caractère structurant de l'amour familial, puis les dangers des diverses fréquentations pour le bien-être de ces personnages, et enfin il montre que le moteur de cette évolution est l'amour et le besoin de reconnaissance.

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Les Faux Monnayeurs : Un roman d'apprentissage - Littérature - Terminale L

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L'évolution de Georges : de la délinquance à la prise de conscience des dangers

Le personnage de Georges est assez secondaire dans le roman, mais son expérience est caractéristique de celle de nombreux adolescents qui font l'expérience des limites. En effet ce personnage, qui est un véritable délinquant, provoque son entourage pour se mettre en avant. Il rit par exemple aux blagues humiliantes de Ghéridanisol, son camarade de classe, (voir fiche sur l'imposture et la malveillance dans les Faux-monnayeurs). Toutefois les transgressions qu'il pratique ne se limitent pas à de simples moqueries : il est complice d'un commerce illégal. On le voit lorsqu'il cède au chantage de Ghéridanisol et achète dans un commerce des produits avec de fausses pièces. Il est en effet très influencé par le comportement de Ghéridanisol, il souhaite être admiré de ce camarade de classe qu'il trouve charismatique.

Aussi, la première fois qu'Édouard le rencontre, il est en train de voler un livre dans une librairie. Édouard est surpris par l'insolence de Georges, il rapporte dans son journal la scène qui suit la tentative de vol dans la librairie : « Il se tourna brusquement vers moi, comme hostilement, et sur un ton gouailleur et insolent, dont je ne l'aurais jamais cru capable et qui proprement me décomposa : « Dites donc... ça vous arrive souvent de reluquer les lycéens ? » C'est donc un adolescent qui ose braver les interdits.

Mais son évolution est marquée par une certaine responsabilité dans le meurtre de Boris. En effet, alors que Georges souhaitait mettre à l'épreuve Boris, soi-disant pour vérifier son courage, comme le souhaitait Ghéridanisol, en réalité ce dernier avait prévu de tuer Boris. (Rappelons que Ghéridanisol réalise ce meurtre en manipulant tout son entourage. Il fait croire à Phiphi et à Georges que cette mise à l'épreuve de Boris est simplement une tentative de vérifier son courage. Et il fait croire à Boris qu'il sera reconnu et entrera dans leur groupe des « Homme forts » s'il ose s'humilier en simulant un suicide en classe.) Mais Ghéridanisol avait en réalité chargé le pistolet qu'était censé utiliser Boris, et ce dernier meurt sans avoir vraiment conscience de son acte. C'est après ce meurtre, dans lequel Georges a une certaine responsabilité, pour ne pas avoir arrêté Ghéridanisol et pour ne pas avoir vérifié le pistolet, qu'il se remettra en question et pleurera dans les bras de sa mère : « Georges n'était pas si corrompu que son admiration pour Ghéridanisol ne cédât enfin à l'horreur. Lorsqu'il revint ce soir chez ses parents, il se jeta dans les bras de sa mère ; et Pauline eut un élan de reconnaissance envers Dieu, qui par ce drame affreux, ramenait à elle son fils ». Cette scène est importante car elle marque à la fois la réconciliation du fils avec sa mère, la faiblesse du délinquant qu'essayait d'être Georges, et la prise de conscience des limites et des dangers. Pour Georges, l'apprentissage de la vie se fait par la prise de conscience de la gravité et du danger et de ses actes de moqueries. Il éprouve le remords de s'être laissé manipulé.


L'évolution d'Olivier : de la jalousie à la confiance

Olivier apprend dans ce roman à faire confiance à ses proches. Il se croît trahi par Édouard qu'il aime et qui part en voyage avec son ami Bernard. Olivier, qui ne fait pas véritablement confiance à son entourage, se sent profondément blessé par le fait que ses deux amis partent ensemble en voyage. C'est notamment une phrase de la lettre de Bernard qui lui laisse imaginer à tort qu'Édouard et Bernard auraient une liaison amoureuse « Une phrase surtout de la lettre de Bernard le torturait, que Bernard n'aurait jamais écrite s'il avait pressenti tout ce qu'Olivier pourrait y voir : « Dans la même chambre », se répétait-il- et l'abominable serpent de la jalousie se déroulait et se tordait en son cœur ». Sa jalousie est si grande qu'il décide de se rapprocher du Comte de Passavant pour rendre à son tour jaloux Édouard et Bernard. Olivier croit qu'Édouard l'abandonne pour Bernard et tente de le rendre à son tour jaloux dans une lettre très prétentieuse qu'il envoie à Bernard. Ainsi, par une réaction narcissique et prétentieuse Olivier pense pouvoir séduire Édouard, ou retrouver l'estime de lui-même. On voit en effet que les seules paroles sincères de la lettre sont très amères : « Dis à l'oncle E... que je pense à lui constamment; que je ne puis pas lui pardonner de m'avoir plaqué et que j'en garde au cœur une blessure mortelle ». Dès lors, Olivier va se laisser influencer par le Comte de Passavant alors qu'il méprise ses travaux littéraires, comme on le voit lorsque le Comte lui demande son avis sur s'il aimerait lire son livre. Olivier répond ainsi : « Je n'ai pas attendu de le recevoir de vous pour le lire », dit Olivier qui n'aimait pas beaucoup le livre de Passavant et tâchait de s'en tirer sans flagornerie tout en restant aimable. » Ainsi Olivier, influencé par Passavant, va à son tour tenter de séduire son entourage et de devenir prétentieux pour être admiré. Mais devant l'ironie de Bernard qui, en sortant de son examen, par exemple s'exclame en voyant les vêtements bourgeois d'Olivier : « Qu'il est beau ! » ce dernier ne parvient pas devant Bernard à donner une véritable illusion de son bonheur. Les sentiments d'Olivier sont ainsi décrits : « Olivier, qui croyait ne plus jamais rougir, rougit. Comment ne pas voir, dans ces mots malgré leur ton très cordial, de l'ironie ? »

C'est après le banquet des Argonautes, qu'Olivier se sentira humilié devant ses amis, après avoir eu un conflit en public avec Dhurmer et décidera de tenter de se suicider sous le poids de la honte. Édouard le découvre encore en vie près du gaz ouvert et le sauve. Le banquet de Argonautes révélera à Olivier son véritable désir qui n'est pas d'être admiré et célèbre mais d'être aimé de ses proches. Il décide donc d'abandonner ses projets d'écriture avec le Comte de Passavant pour vivre avec Édouard et donc pour retrouver celui qu'il aime vraiment. Son apprentissage de la vie passe par la peur de la trahison, qui l'amène à se laisser influencer, puis à ressentir de la honte à s'être associé à des gens qu'il méprise, pour finalement commettre un acte suicidaire dans lequel il exprime sa détresse. Il ressent donc des remords et de la honte de son comportement qui consistait à sauver l'estime qu'il avait de lui-même (auprès de Passavant), après avoir été blessé par Édouard, en ne se croyant pas aimé de lui. Ce personnage apprend alors à distinguer la reconnaissance sociale du véritable amour. Il est donc sauvé de l'hypocrisie sociale et des faux-semblants par l'amour d'Édouard.


L'évolution de Bernard : de la révolte à l'amour

Bernard est, au début du roman, un personnage révolté contre la société et l'hypocrisie bourgeoise comme on le voit dans une conversation qu'il a avec Olivier : « Parbleu! Les bourgeois honnêtes ne comprennent pas qu'on puisse être honnêtes autrement qu'eux. » Il décide donc d'écrire une lettre pour rejeter son père avec virulence et vivre une vie libre, après avoir découvert qu'il était son fils illégitime. Il ne reconnaît plus l'autorité de ce père avec qui il n'a aucun lien de sang et choisit alors de fuguer. Au début du roman, Bernard rejette les faux-semblants, les valeurs bourgeoises, l'hypocrisie et l'inauthenticité. Mais

Mais au cours de sa fugue, Bernard lit le journal intime d'Édouard, et comprend qu'il doit porter secours à Laura qui est dans une très grande détresse affective et financière. Il tombe alors amoureux d'elle et ce qui transforme son regard sur le monde. Il va lui vouer une admiration infinie et il finira par comprendre que les liens de sang importent moins que les liens affectifs. Il décidera donc à la fin du roman de rentrer chez son père et de le reconnaître. C'est ainsi que lorsque Bernard avoue à Laura son amour pour elle qu'il revient sur son comportement passé et sa manière de voir le monde, il affirme ainsi : « Je me prenais pour un révolté, un outlaw, qui foule au pied tout ce qui fait obstacle à son désir ; et voici que, près de vous, je n'ai même plus de désirs. J'aspirais à la liberté comme à un bien suprême, et je n'ai pas plutôt été libre que je me soumis à vos... » Puis plus loin il affirme qu'il possédait un esprit de contradiction vis à vis de sa famille, qui l'amenait à se voir comme un anarchiste : « Savez-vous ce dont j'avais le plus horreur là-bas ? C'est du luxe. Tant de confort, tant de facilités... Je me sentais devenir anarchiste. » Mais ses idées anarchistes se renversent au contact de Laura : « A présent, au contraire, je crois que je tourne conservateur. » Mais en réalité, s'il change de point de vue sur le monde et la liberté, il préserve son souhait de pureté et d'authenticité puisqu'il ajoute ensuite : « Oh ! Laura ! Je voudrais, tout le long de ma vie, au moindre choc, rendre un son pur, probe, authentique. Presque tous les gens que j'ai connus sonnent faux. » Bernard semble ainsi dans son évolution, garder son rêve d'authenticité absolue, mais accepter l'autorité parentale ainsi que la soumission par amour. Il ne ressemble plus à l'adolescent anarchiste et révolté contre tout qu'il était lorsque, à la fin du roman, il retourne chez son père.


L'évolution de Vincent : un personnage qui s'assombrit

Au début du roman, Vincent est influencé par le Comte de Passavant et joue de l'argent au jeu. Il a par ailleurs mis enceinte Laura et d'après le compte rendu qu'en fait Olivier à Bernard, il l'a abandonnée et laissée seule enceinte. Il apparaît donc d'abord comme un personnage simplement égoïste et sans sentiments. Sa méchanceté est donc assez banale et commune. Mais son profil psychologique est déjà dessiné dès les premiers chapitres, il ressent de la douleur même dans les bons instants de sa vie, il a déjà les caractéristiques d'un personnage instable psychologiquement comme on le voit dans la phrase suivante : « Vincent, tout en marchant, médite; il éprouve que du rassasiement des désirs peut naître, accompagnant la joie et comme s'abritant derrière elle, une sorte de désespoir. » Mais c'est lorsqu'il part avec Lady Griffith et qu'à la fin du roman son histoire est racontée dans une lettre d'un ami de Passavant, que l'on comprend que Vincent est devenu fou et qu'à force de disputes, il a noyé son amante, « [il] parle d'une femme qui l'accompagnait et qui, si j'ai bien compris, a dû se noyer dans le fleuve, certain jour que leur embarcation a chaviré. Je ne serais pas étonné que mon compagnon ait favorisé la noyade ». Vincent a donc tué Lady Griffith. L'apprentissage de la vie est donc pour lui un véritable échec étant donné qu'il n'acquiert aucune sagesse de vie, et devient littéralement fou à la fin du roman comme on le voit dans ce passage de la lettre au chapitre XVI de la partie III : « Il a dû lui arriver quelque aventure, car, en rêve ou dans l'état de demi-sommeil où il lui arrive souvent de tomber (et alors il converse avec lui-même comme si je n'étais pas là), il parle sans cesse de mains coupées. » On remarque que ce personnage ne parvient pas à aimer véritablement qui que ce soit et c'est ce qui semble le perdre à la fin de l'histoire. Il ne parviendra donc jamais à se structurer.

On remarque donc que le sentiment amoureux et l'affection est un sentiment qui permet aux personnages jeunes d'évoluer. Les personnages privés d'amour, comme Vincent et La Pérouse deviennent fous et ne parviennent pas à vivre heureux. Gide distingue par ailleurs les sentiments amoureux et amicaux d'une reconnaissance sociale superficielle. Georges et Olivier semblent grandir lorsqu'ils assument leur sensibilité. Les moments de l'histoire où ils se laissent influencer ne les présentent pas sous leur meilleur jour.

Fin de l'extrait

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