LPM Lecture commentée 1 : Le comte de Chabannes - Littérature - Terminale L

LPM Lecture commentée 1 : Le comte de Chabannes - Littérature - Terminale L

Notre professeur vous propose un cours de Littérature de Terminale L consacré à La Princesse de Montpensier. Ce cours est une lecture commentée consacrée à la présentation du Comte de Chabannes.

Il s'agit de réaliser une analyse d'un passage du livre. Notre professeur ne va pas exactement réaliser un commentaire littéraire car il est plus intéressant de contextualiser le passage ainsi que d'y repérer des thématiques qui pourront vous intéresser à l'échelle de l'œuvre. Le passage que vous étudierez se trouve dans les premières pages, lorsque le narrateur mentionne, pour la première fois le comte de Chabannes.

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LPM Lecture commentée 1 : Le comte de Chabannes - Littérature - Terminale L

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Introduction

  • Bornes du passage étudié : « Le prince de Montpensier, dans sa plus grande jeunesse, avait fait une amitié (…) à la bataille de Saint-Denis. »
  • Il s'agit de réaliser une analyse d'un passage du livre. Nous n'allons pas exactement réaliser un commentaire littéraire car il nous intéresse plus de contextualiser le passage ainsi que d'y repérer des thématiques, qui pourront nous intéresser à l'échelle de l'œuvre. Le passage que nous étudions, à présent, se trouve dans les premières pages, lorsque le narrateur mentionne, pour la première fois, le comte de Chabannes.
  • Remarque : parfois, pour parler de la princesse de Montpensier, nous utiliserons le prénom qui lui est attribué dans le film de Bertrand Tavernier : Marie. Or, il faut se rappeler que, dans la nouvelle, ce dernier n'est jamais cité. En outre, le cours pourra regrouper diverses occurrences à « mademoiselle de Mézières » même si cette dernière est déjà devenue la femme du prince de Montpensier.

I. Situation du passage dans le livre

1. Ce qui précède

Notre premier travail est de contextualiser le passage vis-à-vis de l'œuvre. Nous sommes intéressés par le fait d'identifier les raisons qui motivent l'apparition d'un personnage à ce moment précis de l'Histoire.

Dans les pages qui précédent ce passage, une majeure partie des personnages principaux de l'œuvre nous a déjà été présentée. Nous connaissons ainsi la situation de mademoiselle de Mézières ainsi que celle de la famille de Guise. Nous sommes déjà au courant des sentiments que cette jeune fille et le fils aîné des Guise partagent. Un premier drame a été introduit, représentant une sorte d'élément perturbateur : le prince de Montpensier est la motivation de la rupture de promesse de mariage entre la famille de Guise et celle de Mézières. Avec l'union du prince à mademoiselle de Mézières, ce sont plusieurs ruptures qui s'opèrent : sorte de rupture amoureuse entre cette jeune femme et Henri de Guise, rupture d'une parole faite par la famille de Mézières à celle de Guise, rupture d'une considération mutuelle entre le Prince de Montpensier et Henri de Guise au vu de l'emportement que ce dernier a manifesté en présence du prince. A la suite de tout cela, la princesse s'en doit aller à Champigny pour se protéger de la guerre, qui a déjà été mentionnée à l'ouverture de la nouvelle.

2. Apparition à point

Pour ainsi dire, c'est en toute logique que le Comte de Chabannes fait son apparition. Premièrement, ayant un rôle majeur dans l'intrigue générale de l'œuvre, il était quasiment inenvisageable qu'il ne soit pas présenté peu après l'introduction des différents nobles qui composent le premier nœud amoureux. Comme on le sait, à cette pelote de relations sentimentales, s'ajouteront encore deux personnages : le duc d'Anjou et le comte de Chabannes. Nous commençons par la présentation de ce dernier, qui accompagne la princesse à Champigny. Il représente un enjeu narratif car, sans lui aux côtés de la princesse, il n'y a de réelle motivation à mentionner le temps passé par la princesse à Champigny. D'ailleurs, quand elle s'y trouvera seule, quelques pages plus tard, le narrateur ne s'attardera que peu sur cet événement et en profitera pour parler des divers personnages masculins.

3. Ce qui suit

Nous avons marqué la fin de ce passage par le retour du prince de Montpensier à Champigny. Bien qu'heureux de revoir son ami Chabannes, il ne peut que constater avec « chagrin » qu'il ne connaît pas beaucoup sa femme et que la beauté de cette dernière risque d'attirer la convoitise d'autres. Chabannes se dévoue au couple pour que ce dernier vive paisiblement. La guerre apparaît à nouveau.


II. Résumé linéaire du passage

Après avoir introduit le passage, en le situant au sein de l'intrigue, il paraît advenu de s'intéresser à l'extrait lui-même ; notamment en en proposant un court résumé. Une telle approche nous permettra de tirer facilement des premières conclusions :

  • Le passage s'ouvre sur la présentation du Comte de Chabannes et son lien avec le reste de l'intrigue, qui réside dans le fait qu'il connaît le Prince de Montpensier.
  • Le passage présente la situation particulière de Chabannes : il a changé de camp religieux, passant de celui des huguenots à celui des catholiques. Un tel changement a attisé la méfiance de la cour, notamment de la reine qui voulait l'arrêter. Or, le prince de Montpensier le prend sous sa protection et sa responsabilité.
  • Le départ à Champigny est à nouveau évoqué.
  • Le comte et la princesse se côtoient. Une certaine amitié naît entre ces deux personnes.
  • L'amitié s'approfondissant, la confiance grandit et la princesse confie au comte qu'elle a éprouvé des sentiments pour le duc de Guise. On note alors que la confiance et le sentiment donnent envie de se confier ; une telle logique vient d'autant plus justifier la future déclaration amoureuse de Chabannes.
  • Chabannes « devient passionnément amoureux de cette princesse » mais tait les sentiments qu'il éprouve à un point tel que nulle personne ne pourrait les soupçonner.
  • Après une année, il ressent le besoin de lui confier ce qu'il éprouve à son égard. Il lui déclare ses sentiments amoureux. La princesse ne les partage pas et, calmement, lui exprime l'inconvenance d'une telle situation. Elle affirme qu'elle oubliera cette dernière et le gardera dans son cœur en tant que « meilleur ami ».
  • Tout revient à la normale puisque la jeune femme continue de traiter le comte comme elle le faisait auparavant. Toujours tout aussi liés par des liens d'amitié, la princesse continue même de lui parler, selon l'occasion, de l'inclination qu'elle a eue pour le duc de Guise. Pour le comte, la situation est affectivement difficilement supportable.
  • « Après deux années d'absence », le prince revient à Champigny car la paix est obtenue.

Ce résumé nous permet de constater plusieurs éléments. La narration est réalisée avec une certaine vitesse. Cela est notamment voulu par la forme du récit qui est une nouvelle. En outre, il apparaît que si de telles ellipses narratives sont réalisées, cela ne répond pas simplement à un souci de gain de temps mais aussi à un désir d'axer le propos sur le domaine des sentiments. Bien que le récit soit placé sous le modèle de la nouvelle historique, force est de (déjà) constater que les divers éléments de l'Histoire servent majoritairement de borne à l'intrigue sentimentale. Le ton est donné : la nouvelle s'intéressera à la princesse et aux sentiments amoureux de cette dernière et des personnes qui la côtoient. Se peint alors déjà l'image d'une princesse aux charmes multiples, dont la presque perfection anime, malgré elle, des sentiments de fouge dans le cœur des hommes. Tout aussi « sage » qu'est Chabannes, il ne peut lui résister. C'est ainsi que dans l'analyse littéraire, que nous allons réaliser ci-dessous, nous allons nous intéresser particulièrement au domaine du cœur.


III. Analyse littéraire : un monde de sentiments

1. Entre raison et cœur

Nous allons remarquer qu'en abordant les sentiments des divers personnages et la façon dont ils en parlent entre eux, le portrait psychologique de chacun d'entre eux commence à se dessiner. Tout au long de la nouvelle, la rapidité qui marque l'enchaînement des divers événements peut nous amener à penser que le narrateur ne possède que peu d'occasions pour décrire les divers mondes intérieurs de ses personnages. Néanmoins, on remarque qu'à l'aide de la répétition de certains faits, le narrateur nous invite petit à petit à entrevoir la personnalité de certains personnages.

Ainsi, le passage s'ouvre sur l'annonce de l'amitié du comte avec le prince de Montpensier. Et, notamment, le narrateur précise à quel point la nature de cette dernière, ayant poussé le comte à changer de camp religieux, a surpris la cour et notamment la « reine mère Catherine de Médicis ». Chabannes est donc directement placé sous l'emblème de l'ami visiblement très dévoué, capable de risquer de se mettre dans des situations inconfortables par amitié. On sera amené à constater tristement que si Chabannes fait son entrée dans la nouvelle d'une telle manière, c'est de façon semblable qu'il en sortira. On peut alors considérer que, bien qu'il soit « fort sage et fort doux », l'esprit de Chabannes est tout de même enclin à la passion. Il est passionnément dévoué en amitié et éprouvera, tout au long du roman, une « sincère passion » envers la princesse. Les sentiments de Chabannes nous sont alors présentés comme oscillant entre mesure et démesure. La mesure est retrouvée dans son attitude et le contrôle de ses émotions alors que la démesure se perçoit dans les moments où il semble privilégier le cœur à la raison.

Cette mesure dans le sentiment est aussi présente, dans le passage, à travers le personnage de Marie. Lorsque le narrateur retranscrit la façon dont Marie parle à Chabannes de son « inclination » pour Guise, il précise qu'elle en parle en termes de quantité avec, notamment, l'adverbe de quantité « presque » et la proposition relative « ce qu'il était nécessaire ». Il faut alors savoir que du XVI è siècle jusqu'au plus tard le XIX è, certains écrivains s'intéressent à la façon dont naît l'amour. C'est une thématique que l'on retrouve notamment chez madame de Scudéry (XVII è), Marivaux (XVIII) et Stendhal (XIX è). Avec l'émergence de la préciosité au XVII è siècle, les écrivains prennent pour habitude de vouloir aborder le sentiment de façon galante mais aussi presque scientifique en le disséquant afin de diviser le processus amoureux en diverses étapes. En somme, il s'agît comme dans Clélie (de madame de Scudéry) de définir un cheminement que le sentiment prend pour arriver jusqu'à l'amour. Une telle étude permet notamment de ne pas réduire le sentiment à une simple pulsion, qui souvent est grivoise. Dans le passage que nous étudions, Marie paraît très sage ainsi que mesurée et, selon un raisonnement semblable, est capable d'expliquer en quoi la nature de ses sentiments pour Guise ne se résume qu'à l'« inclination » et n'est donc point à craindre. On retrouve aussi sa sagesse et sa mesure lorsqu'elle explique à Chabannes, presque mathématiquement, pourquoi les sentiments qu'il dit éprouver ne peuvent être reçus par sa personne et considérés avec plus d'attention (et intention). En confrontant l'attitude de Marie à celle de Chabannes, force est de constater que la mesure se traduit par la capacité d'enfermer le sentiment dans ce que les normes sociales dictent. C'est notamment ce à quoi la princesse fait référence en rappelant à Chabannes son âge, divergeant de celui de la jeune femme, et la différence de statut social qui les éloigne. Or, ce respect de l'ordre social n'est uniquement possible que lorsque le jugement n'est pas altéré par la passion. Et, on voit que ce passage annonce subtilement que l'aveuglement, à la fois de Chabannes via la princesse et de cette dernière vis-à-vis de Guise, sera ce qui les perdra tous les deux. Pour le moment, cet aveuglement est traduit par le fait que le comte ne doute pas du discours que Marie tient quant à Guise. De même, ses capacités d'analyse sont amoindries puisque lorsqu'il se déclare, il s'apprête à « essuyer des orages » alors que la princesse lui répond avec calme. En outre, il déclare sa flamme à la princesse alors que la façon dont elle lui a parlé de son inclination pour Guise explicite de façon assez claire que n'importe quel nouvel homme tentant d'atteindre son cœur essuiera un échec. Alors que le message de Marie est déjà retranscrit de façon à être assez limpide, le narrateur rend encore plus perceptible l'attitude non logique de Chabannes lorsqu'il s'éprend de Marie. En effet, l'adverbe de concession « néanmoins » (« et néanmoins, il ne put se défendre ») accentue le fait que se passe quelque chose de non attendu.

2. Les sentiments assaillants

Cette incapacité de l'âme à analyser avec mesure les diverses situations vient notamment de la nature du sentiment amoureux, qui est une rude et intense attaque que subit le sujet. Transpercé et touché, le cœur répand son flux de sentiments dans tout le corps au point qu'au bout d'un certain temps, il devient impossible de lui résister.

L'amour est effectivement présenté tel un assaillant dans ce passage. Notamment, on retrouve présent le lexique du combat avec « se défendre », « violente », « les combats ». En outre, il semble qu'une fois que cet ennemi se soit présenté à l'individu, il soit presqu'impossible de lui résister entièrement. Or, la défaite n'est pas tout à fait honteuse car l'ennemi est de taille. Pour présenter à quel point la princesse est munie de dangereux charmes en une situation périlleuse, le narrateur a recours à certaines hyperboles (s'apparentant à une esthétique du roman de Chevalerie). Ainsi, on peut lire : « tant de beauté, d'esprit et de vertu », « une vertu extraordinaire », « une des personnes du monde la plus achevée », « tant de charmes », « si près ». Les adverbes d'intensité « tant » et « si » ainsi que l'adjectif mélioratif « extraordinaire » et le superlatif « la plus (...) » dépeignent bien une certaine emphase dans la vision et/ou l'expression de la réalité. A noter que le style hyperbolique est aussi utilisé pour exprimer les conséquences de l'attaque : « aimer de la plus violente », « le comte pensa mourir » ; le but étant bien de montrer à quel point un amour inassouvi et non réciproque cause des grandes peines. Ayant accepté sa sentence (ponctuée d'une triple expression de « jamais » anéantissant toute possibilité d'union), Chabannes tire d'autant plus de mérites à agir tel qu'il le fait par la suite. Le sentiment est alors présenté comme une fatalité (« L'amour fit en lui ce qu'il fait en tous les autres ») contre laquelle il est tout de même possible de lutter ; favorisant, en quelques sortes, la souffrance de l'amour inassouvi à la facilité de la volupté. Chabannes, guerrier blessé d'amour, ne déserte pas et continue d'honorer son devoir auprès de la princesse. Néanmoins, on verra que s'il arrive à résister à la tentation de posséder la princesse, il ne pourra résister à vouloir défendre les intérêts de cette-dernière ; quitte à ce que cela soit folie. Comme nous l'avons déjà quelque peu introduit, il faudra alors apporter des nuances quant au personnage de Chabannes.

Fin de l'extrait

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