LPM Lecture commentée 2 : Les soupirants de Marie - Littérature - Terminale L

LPM Lecture commentée 2 : Les soupirants de Marie - Littérature - Terminale L

Voici un cours de Littérature pour le Bac L, rédigé par notre professeur, qui abordera les soupirants de Marie de Montpensier à travers une lecture commentée de La Princesse de Montpensier de Mme de Lafayette.

Il s'agit de réaliser une analyse d'un passage du livre. Ce n'est pas exactement un commentaire littéraire car il nous intéresse plus de contextualiser le passage ainsi que d'y repérer des thématiques, qui pourront être intéressantes à l'échelle de l'œuvre. Le passage que vous allez étudier se trouve dans la première moitié de l'œuvre, après le retour du prince d'Anjou à la cour, où se trouve Marie.

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LPM Lecture commentée 2 : Les soupirants de Marie - Littérature - Terminale L

Le contenu du document


Introduction

  • Bornes du passage étudié : « La beauté de la princesse de Montpensier » à « toute autre passion que la sienne ».
  • Il s'agit de réaliser une analyse d'un passage du livre. Nous n'allons pas exactement réaliser un commentaire littéraire car il nous intéresse plus de contextualiser le passage ainsi que d'y repérer des thématiques, qui pourront nous intéresser à l'échelle de l'œuvre. Le passage que nous étudions, à présent, se trouve dans la première moitié de l'œuvre, après le retour du prince d'Anjou à la cour, où se trouve Marie.
  • Remarque : parfois, pour parler de la princesse de Montpensier, nous utiliserons le prénom qui lui est attribué dans le film de Bertrand Tavernier : Marie. Or, il faut se rappeler que, dans la nouvelle, ce dernier n'est jamais cité. En outre, le cours pourra regrouper diverses occurrences à « mademoiselle de Mézières » même si cette dernière est déjà devenue la femme du prince de Montpensier.

I. Situation du passage dans le livre

1. Ce qui précède

Notre premier travail est de contextualiser le passage vis-à-vis de l'œuvre. Dans ce passage, tous les soupirants actifs de Marie sont réunis. Nous excluons Chabannes qui, victime passive de sa passion, s'est visiblement refusé le droit d'atteindre le cœur de la princesse. Il est bon de connaître les divers éléments que nous avons en notre possession au sujet de chacun d'entre eux, à ce moment précis de l'histoire.

Dans les pages qui précédent ce passage, tous les personnages alimentant l'intrigue amoureuse ont déjà été présentés. Dès les premières pages de l'œuvre, nous avons fait la connaissance du duc de Guise, le prince et la princesse de Montpensier. Ensuite, nous avons découvert le comte de Chabannes lors de sa vie à Champigny avec la princesse, précédant son départ avec le prince, pour la reprise de la guerre. Enfin, le duc d'Anjou nous a été présenté de par ses différentes actions guerrières ainsi que diplomatiques mais aussi de par son intérêt sentimental envers Marie. Ce dernier a été éveillé lors de leur rencontre, proche de Champigny, alors que la princesse assistait à la pêche d'un saumon et que les ducs d'Anjou et de Guise étaient perdus près de Loches. Tombé sous le charme de Marie, le frère du roi prétend alors avoir une quelque affaire à régler dans les environs. Il réalise un court séjour à Champigny, lors duquel il s'éprend de Marie mais aussi lors duquel Henri de Guise déclare subtilement, à cette dernière, que ses sentiments n'ont point changé. Suite à cette visite, le prince de Montpensier est particulièrement contrarié et jaloux. Il reproche à sa femme d'avoir « reçu trop agréablement ces princes ». En outre, il a constaté que le duc de Guise observait particulièrement sa femme. Quant à Chabannes, toujours loyal à la princesse, se préoccupant pour elle, lui demande si elle a été affectée par la rencontre avec Guise, tout en lui rappelant précieusement la nature de ses sentiments pour elle. Elle ignore de telles allusions et lui affirme à nouveau que l'entrée de son cœur est à présent fermée. Néanmoins, le trouble dans lequel elle dit s'être trouvée et les qualités qu'elle octroie au duc nous font déjà douter de la lucidité de cette dernière …

La guerre reprend et tous les princes s'y attellent alors que la princesse se rend à Paris. Sur le champ de bataille, le duc d'Anjou tombe malade et décide de rentrer à Paris. Le narrateur évoque que la présence de Marie pourrait aussi avoir joué un rôle dans ce retour.


2. Ce qui suit

Nous avons marqué la fin de ce passage avant l'introduction d'un nouveau personnage : « Madame », la sœur du roi, qui démontre un certain intérêt pour le duc de Guise. La princesse est quelque peu touchée quand elle apprend cette nouvelle. Conjointement, étant veuf, le père du prince de Montpensier se remarie et il s'unit à la sœur d'Henri de Guise. De telles circonstances forcent les deux maisons à se côtoyer davantage. Ainsi, Marie en vint un jour à être face à Henri de Guise et à lui exprimer le fait qu'elle trouve son attitude déplorable, étant donné qu'il lui parle de « passion » à son égard mais que le reste de la cour le voit tourné vers une autre.

II. Résumé linéaire du passage

Après avoir introduit le passage, en le situant au sein de l'intrigue, il paraît advenu de s'intéresser à l'extrait lui-même ; notamment en en proposant un court résumé. Une telle approche nous permettra de tirer facilement des premières conclusions :

  • Marie fait sensation à la cour.
  • Les sentiments du duc d'Anjou ne sont pas amoindris et, par toutes sortes de petites attentions, il témoigne cette affection à Marie, tout en veillant à ne pas attirer la jalousie du prince. Marie le traite avec une certaine froideur.
  • Le duc de Guise est touché par un mal semblable et l'intensité de sa « passion » se voit démultiplié. Il décide de déclarer ses sentiments à Marie ; ce qu'il fait lors d'une visite qu'il réalise chez la reine. Le prince de Montpensier surprend Marie et Henri de Guise discutant et, de par la physionomie (l'apparence de son visage) de sa femme, il comprend ce qui est en train de se réaliser derrière son dos. Le duc de Guise s'en va.
  • La princesse est contrainte de subir la jalousie de son mari qui, chagriné, lui interdit de parler à nouveau à Henri de Guise.
  • Les deux se font discrets mais, par allusions, Henri de Guise manifeste sa passion à la princesse. De telles attentions la touchent et elle commence à s'avouer que la détermination qu'elle manifestait à Champigny quant à l'impénétrabilité de son cœur se voit petit à petit atteinte par le réveil de la passion qu'elle éprouve pour Henri de Guise.

Analyse littéraire : le jeu des sentiments

1. Regards et observations

a. Le lexique de la vue

Le passage que nous étudions est ponctué par le lexique de la vue. En effet, on y trouve :

  • « yeux ».
  • « revoyant » (deux fois) et « revit ».
  • « témoignages trop éclatants » + « éclat ».
  • « vue ».
  • « voir ».
  • « être vu ».

Un tel lexique nous permet de tirer deux conclusions. La première est que l'amour naît et s'entretient par le maintien du regard. En général, dans la littérature, la scène de découverte de l'être aimé et de ses qualités physiques est un classique. Mais, outre ce premier contact visuel existe la permanence de ce dernier. C'est le fait de voir l'autre avec répétition qui permet au premier éclat de grandir, notamment car voir permet de ne pas oublier et traduit une certaine proximité qui pourrait amener à un contact. Une fois le contact envisageable, la passion peut prendre le dessus sur la raison. C'est notamment ce que le texte traduit au sujet d'Henri de Guise et de Marie, qui voient leur passion accentuée par le contact visuel : « Le duc de Guise acheva d'en devenir violemment amoureux », « cette passion (…) elle est si fort augmentée, en vous revoyant » et « (m)algré toutes ces résolutions qu'elle avait faites à Champigny, elle commença à être persuadée de sa passion, et à sentir dans le fond de son cœur quelque chose de ce qui avait été autrefois. »

b. Un monde de regards et de relations.

La deuxième conclusion qu'il est possible de tirer est au sujet du lien entre le regard et la cour. Dès la première phrase du passage, une telle approche est assumée : « elle attira les yeux de tout le monde ». La thématique de la vision est propre à la vie de la cour, où le contrôle social de ses différents membres s'établit en écoutant, regardant et analysant l'attitude de chacun. Au sein de ce « tout le monde », qui représente la cour, courent des bruits. Ainsi, on remarque qu'il existe, à la cour, un monde visible, qui est assumé car il respecte les conventions sociales et, conjointement, un monde invisible, caché et subversif, au sein duquel prennent notamment forme les relations secrètes. Dans le passage étudié, nous sommes face aux deux types d'univers de la cour. Dans celui qui est admis, les personnages ont pour objectif de « faire connaître par » des actions quels sont leurs sentiments. C'est d'ailleurs ce que le duc de Guise ne veut faire ; en partie car il craint qu'une telle démarche enseigne certes ses sentiments à la princesse de Montpensier mais aussi au reste de la cour. On apprendra d'ailleurs qu'il n'a pas tort de se méfier de ce point puisque, très vite, il se trouvera au sein d'une rumeur, parlant d'une relation que lui et la sœur du roi entretiendrait. Quoi qu'il en soit, son désir de vouloir agir discrètement, quant à mademoiselle de Mézières, est explicitement perceptible à l'aide des fragments de phrase : « tenir sa passion cachée » et « ''je veux que vous sachiez seule que je suis assez hardi pour vous adorer'' ». Le duc d'Anjou, quant à lui, plus inscrit dans les codes sociaux et moins fougueux que le duc de Guise, s'autorise à témoigner avec prudence son inclination à la princesse. Notamment, il se méfie de la « jalousie » du prince et ne s'autorise ainsi pas certains comportements. En agissant d'une telle façon, il s'inflige une certaine censure, qui est propre au regard et au contrôle social dont nous parlions précédemment. De plus, un tel fait fait à nouveau ressortir un élément important : la jalousie du prince de Montpensier. Elle est un ressort narratif important. On ne connaît que peu de choses à propos du prince. A ce stade de l'intrigue, il a principalement été défini par sa haine et sa jalousie. Nous savons qu'il a une aversion pour le duc de Guise au vu de son comportement passé lié à la rupture de la promesse d'engagement de mademoiselle de Mézières à son frère. Cette haine qu'éprouve le prince est tellement forte qu'elle lui empêche de se réjouir des exploits guerriers d'Henri de Guise. Cette façon de tourner en négatif des éléments à priori positifs s'applique aussi au sein de son mariage. En effet, il ne se réjouit pas de la beauté extrême de sa femme car son naturel jaloux lui fait penser à la convoitise que d'autres personnes témoigneront à son égard. Quand il reçoit les ducs de Guise et d'Anjou, c'est cette même jalousie qui est très vite mentionnée et qui semble même injuste puisqu'il « trouvait mauvais que sa femme se fût trouvée dans ce bateau. » Dans le passage que nous étudions, sa jalousie est à la fois connue du duc d'Anjou mais aussi de Marie et Henri de Guise qui, en se parlant, l'attisent indirectement. Une fois de plus, Marie en récolte d'ailleurs les orages alors que ses soupirants non. Cela nous permet d'introduire qu'elle semble passive dans cette partie du texte ; ce qui nous intéresse en ce que cela marque une rupture avec début de l'œuvre.


2. Des attitudes en contraste

a. Les hommes

Alors que nous venons de parler de l'attitude du prince, qui est marqué par la jalousie, il peut sembler intéressant de comparer les diverses attitudes des soupirants de Marie dans ce passage. Notamment, on remarque que Chabannes n'est pas mentionné ; ce qui est à la fois quelque peu logique d'un point de vue narratif mais aussi ce qui, symboliquement, marque son retrait amoureux. Il ne fait pas partie de la troupe de coqs qui entend à se disputer la princesse. Il a su voir sa passion réduite au silence par le calme et l'indifférence de la princesse. Tel n'est pas le cas d'Henri de Guise qui dit que ni la « sévérité » de la princesse, ni « la haine » du prince ne sauraient éteindre cette passion qui l'anime. Conjointement, le narrateur évoque que la froideur de Marie envers le duc d'Anjou aurait pu être un motif, pour d'autres, pour diminuer sa « passion ». Mais, pour lui, tel n'est pas le cas. On peut supposer que leur jeunesse ne leur permet pas d'atteindre la sagesse du comte de Chabannes. Or, telle n'est pas l'unique explication. En effet, alors que Chabannes avait vu ses sentiments réduits à néant par la triple mention de « jamais », les déclarations du duc de Guise reçoivent un tout autre accueil.

b. Marie et les hommes

Nous avons pu observer l'attitude sage et déterminée de Marie à Champigny notamment de par la façon dont elle avait réagi suite à la déclaration d'amour du comte de Chabannes. Elle avait fait preuve d'un certain calme et lui avait expliqué méthodiquement pourquoi il valait mieux, pour elle, oublier ce qu'il venait de lui confier. Ainsi n'est pas sa réaction face aux propos d'Henri de Guise. A cette réactivité d'esprit dont elle avait preuve à Champigny il faut opposer la passivité dont elle fait preuve dans ce passage. Elle n'interrompt d'ailleurs d'abord pas le duc. En outre, quand elle lui répond par la suite, le narrateur tait ses paroles comme si ces dernières étaient secondaires et sans importance car le mal est fait : Marie a été troublée par Guise une nouvelle fois. La passivité de la princesse est aussi marquée par le fait qu'elle se retire avec tristesse « dans son appartement » lorsque son mari lui interdit de parler au duc. Certes, il s'agit d'une attitude d'obéissance à son époux commune à l'époque dans laquelle elle vit, néanmoins on remarquera que, selon les moments, Marie est capable de faire preuve de plus de défiance. Enfin, le point culminant de cette passivité est sa capitulation face aux sentiments qu'elle éprouve pour Guise et le rejet de les combattre pour garder les portes de son cœur fermé. Il s'agit bien dans ce passage d'une véritable rupture et on notera que cette dernière a été, en partie, amorcée par la vie à la cour, et par les regards qui y sont présents.

Fin de l'extrait

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