LPM Lecture commentée 5 : Gloire et mort en guise de fin - Littérature - Terminale L

LPM Lecture commentée 5 : Gloire et mort en guise de fin - Littérature - Terminale L

Découvrez notre dernière fiche de cours sur les lectures commentées de La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette pour le Bac L.

Il s'agit de réaliser une analyse d'un passage du livre. Nous n'allons pas exactement réaliser un commentaire littéraire car il nous intéresse plus de contextualiser le passage ainsi que d'y repérer des thématiques, qui pourront nous intéresser à l'échelle de l'œuvre. Le passage étudié se déroule après de départ de Chabannes et la fuite du duc de Guise du domaine du couple Montpensier.

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LPM Lecture commentée 5 : Gloire et mort en guise de fin - Littérature - Terminale L

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Introduction

  • Bornes du passage étudié : « L'écuyer ne trouve point le comte de Chabannes » à la fin de l'œuvre.
  • Il s'agit de réaliser une analyse d'un passage du livre. Nous n'allons pas exactement réaliser un commentaire littéraire car il nous intéresse plus de contextualiser le passage ainsi que d'y repérer des thématiques, qui pourront nous intéresser à l'échelle de l'œuvre. Le passage étudié se déroule après de départ de Chabannes et la fuite du duc de Guise du domaine du couple Montpensier.
  • Remarque : parfois, pour parler de la princesse de Montpensier, nous utiliserons le prénom qui lui est attribué dans le film de Bertrand Tavernier : Marie. Or, il faut se rappeler que, dans la nouvelle, ce dernier n'est jamais cité. En outre, le cours pourra regrouper diverses occurrences à « mademoiselle de Mézières » même si cette dernière est déjà devenue la femme du prince de Montpensier.

I. Situation du passage dans le livre

1. Ce qui précède

Le duc de Guise a sacrifié son possible mariage avec Madame afin que la princesse cesse de soupçonner que son amour envers elle ne soit pas véritable et qu'elle le croie quand il affirme qu'il n'éprouve pas de passion pour la sœur du roi. Afin de démontrer à l'ancienne mademoiselle de Mézières qu'il n'est point attaché à la future reine Margot, il ordonne donc qu'on organise et rende publiques ses noces avec « la princesse de Portien ». Par un tel acte, il assure à la princesse qu'il ne lui mentait point et n'éprouvait de sentiments pour Madame. Ils peuvent commencer à s'aimer tous deux. Or, la princesse est toujours contrariée par le fait qu'elle pense que son amant a fait part de leur secret au duc d'Anjou. Au fur et à mesure que se déroule l'une de leur conversation, la princesse assure au duc de Guise qu'il n'avait pas besoin de sacrifier son mariage avec Madame puisqu'elle même lui avait dit, le jour du bal, qu'elle ne serait pas jalouse s'il venait à prêter uniquement attention à cette dernière. Ils comprennent alors finalement que c'est Marie qui a réalisé, sans le vouloir, la confession de leur passion au duc d'Anjou. L'amour n'ayant plus de raison de ne pas exister, les sentiments du duc de Guise deviennent éclatants et, par inquiétude, le prince renvoie la princesse à Champigny. Pour continuer d'être en contact, les amants décident de s'écrire. Et, Marie pense à avoir recours à Chabannes pour qu'il permette la circulation de leurs lettres secrètes. Ayant été malade pendant l'entièreté du séjour à la cour, on se rend alors compte qu'il apparaît justement à nouveau quand on a besoin de lui. On voit à quel point ce personnage a une utilité narrative. On se souvient, en effet, que ce personnage est presqu'entièrement fictif : seul son nom n'est pas inventé. Si Madame de Lafayette a pris le soin de l'introduire dans l'Histoire (grand -h-), c'est car il aura un rôle à jouer dans l'histoire (petit -h-). On synthétisera, plus en profondeur, dans un autre cours, quelle est l'importance de ce personnage. Or, pour étudier le passage qui fait l'objet de cette lecture commentée, il est important de retenir que le personnage de Chabannes est particulier. Ce dernier va notamment permettre aux amants de se réunir pour une nuit, au sein du château, et causer, par la même occasion, la perte de la princesse. Les trois individus faisant trop de bruit, le prince soupçonne quelque chose et finit par entrer dans les appartements de sa femme pour y découvrir Chabannes, qui a permis la fuite d'Henri de Guise et a décidé de se faire passer pour le traître s'introduisant clandestinement dans la nuit. Alors qu'il devrait venger le bafouement de son honneur, le prince se voit incapable d'opérer un quelque affront envers son supposé ami, le comte de Chabannes. Accablé de douleur, ce dernier quitte Champigny. La princesse s'évanouit. Caché dans les bois, le duc de Guise attend de recevoir des nouvelles de cette dernière.

2. Ce qui suit

Rien ne suit le passage puisqu'il se termine par la fin de l'ouvrage. Seules nos réactions et analyses permettent à l'œuvre de se prolonger dans nos esprits, en prenant en compte la lourde sentence établie par le narrateur : les manques de prudence et de vertu de la princesse l'ont perdue. Il sera intéressant de constater que Bertrand Tavernier et son équipe ont choisi une fin différente à l'originale ; ouvrant alors un tout autre champ d'interprétations.

II. Résumé linéaire du passage

Après avoir introduit le passage, en le situant au sein de l'intrigue, il paraît advenu de s'intéresser à l'extrait lui-même ; notamment en en proposant un court résumé. Une telle approche nous permettra de tirer facilement des premières conclusions :

  • Le duc de Guise a envoyé son écuyer pour qu'il trouve Chabannes afin d'avoir des nouvelles de la princesse. Or, ce dernier ne le trouve pas. Il arrive néanmoins à se munir d'une information : la princesse est grandement malade. Il transmet alors cette nouvelle au duc qui, bien qu'inquiet, se résout à rentrer où le devoir l'appelle.
  • Le prince de Montpensier feint d'être malade pour ne pas avoir à rendre visite à sa femme. Au bout d'un certain temps, il est appelé à la cour où se prépare une offensive envers les protestants qui mènera à la Saint-Barthélemy.
  • Pendant la Saint-Barthélemy, le comte de Chabannes était logé chez des personnes qui l'assassinèrent après s'être souvenu qu'il avait fait partie du camp des huguenots.

Le lendemain, le prince de Montpensier trouve le corps du comte et, alors qu'il est d'abord triste de cette découverte, il se réjouit par la suite du fait que le hasard a opéré à la vengeance qu'il n'avait été capable de réaliser.

  • Le duc de Guise cherche à rendre justice à son père qui avait été assassiné et y parvient. Impliqué dans les divers événements diplomatiques qui envahissent la capitale et le pays, il oublie quelque peu la princesse et ne prend plus de ses nouvelles. En outre, il ne lui a pas écrit depuis leur entrevue et finit par s'éprendre de la marquise de Noirmoutier, à qui il vouera un amour sincère jusqu'à la fin de sa vie (d'après le narrateur).
  • Conjointement, la princesse commence petit à petit à retrouver son calme et la santé par la même occasion. Cependant, elle est particulièrement affligée par le mutisme de son amant. Enfin, alors qu'elle commence à envisager le caractère ingrat du duc, son mari l'informe du fait que le comte est décédé et elle apprend rapidement l'union du duc à la marquise. Suite à cette dernière nouvelle, elle perd la vie.

III. Analyse littéraire : conclusions

1. Personnages : des fins en parallèle

a. Le prince de Montpensier et le duc de Guise

On remarque que, dans ce passage, qui équivaut à la fin de la nouvelle, la violence et la cruauté l'emportent sur la paix, l'amour et l'amitié. Encore une fois, le passage est parsemé de mentions à la « douleur », la « violence » et le fait de « venger ». Ce triomphe de la violence est à la fois symbolisé par l'occurrence de la Saint-Barthélemy mais aussi par la subsistance de deux personnages masculins dont la personnalité ouvrait le récit sur un conflit et la haine. Il s'agit du prince de Montpensier et du duc de Guise. Ils apparaissent, en quelques sortes, comme des victorieux ; l'un plus que l'autre, il faut l'avouer. Guise semble, en effet, vainqueur de tout.

Quoi qu'il en soit, dans les deux cas, le prince voit son honneur sauver par la mort de son ancien ami à qui il s'était entièrement dévoué. On rappelle que le personnage de Chabannes est introduit par l'évocation des doutes de la reine quant à la faible sincérité et la possible traîtrise qui se cache derrière son changement de camp guerrier. A ces doutes, le prince de Montpensier avait répondu généreusement en le prenant sous sa protection et se portant garant de ses actes. Or, au vu du spectacle que lui donne à voir sa dernière rencontre nocturne avec Chabannes, a-t-il d'autres choix que de penser que ce dernier est d'une certaine façon un traître ? S'il n'est pas un traître politique, il est visiblement un félon en amitié (masculine). On notera que, pour sa traîtrise amicale, il a été tué en traître politique. Cette sentence vient cruellement mettre fin voire effacer à tout jamais l'amitié des deux hommes - car c'était bien celle-ci qui avait évité l'arrestation et la condamnation de Chabannes en hérétique. En quittant Champigny, il abandonne la protection du prince et se voit puni pour son premier crime : avoir fait partie du camp des huguenots. Ainsi, outre le fait que le prince est vengé, un certain retour en arrière est établi : c'est comme si le prince n'avait jamais été dupé et n'avait jamais considéré Chabannes comme un ami fidèle à qui il a accordé une protection politique en échange du fait de veiller sur sa femme. Incapable, par amitié, d'avoir condamné une traîtrise ou l'autre, le hasard lui a rendu une certaine justice.

En comparaison à la victoire du duc de Guise, celle du duc de Montpensier a un peu moins d'allure. Effectivement, le duc venge lui-même son père et, alors que le prince de Montpensier est finalement un veuf qui n'a jamais été aimé, le duc de Guise est un jeune marié qui, d'après le narrateur, connaîtra la passion tout au long de sa vie. Plus violent encore que le prince de par son arrivisme et son pro-catholicisme, c'est bien le duc de Guise, et tout ce qu'il représente, qui l'emporte. Avec ce personnage, outre la sentence politique, s'impose une sentence amoureuse : la passion est souvent malheureuse. Seul celui qui sait placer ses intérêts au-dessus d'elle pourra échapper entièrement à son joug et ne pas être une de ses victimes.

2. Une fin tragique.

a. Des victimes coupables ?

Bien que la conduite de la princesse soit assez explicitement condamnée et soit présentée comme coupable, il paraît difficile de ne pas la placer quelque peu du côté des victimes. De même, comme nous l'avons légèrement introduit, bien que le comte de Chabannes soit un personnage positif dans son dévouement à la princesse et victime de ce dernier, il paraît compliqué de ne pas le placer du côté des coupables, en amitié. Comment expliquer alors le caractère dual de ces personnages ? C'est la passion qui nous le permet car ce qui amoindrit le caractère péjoratif du rôle d'intermédiaire coupable de Chabannes, c'est qu'il le fait pour servir la princesse à qui la passion le soumet. De même, la princesse, coupable de son manque de vertu, est tout de même victime de l'ingratitude de Guise, qui n'est absolument pas niée par le narrateur. Elle se retrouve « la plus malheureuse du monde » d'avoir tout risqué pour ce dernier alors qu'elle aurait pu être « la plus heureuse » si elle s'était méfiée des coups de la passion. Le mariage, la raison et la vertu sont les garants de l'ordre social et protège des arrivistes. Coupable d'avoir méprisé ces piliers sociétaux, elle se voit catapulter dans la souffrance. Avant de vivre pleinement sa sentence, qui est en fait la mort, elle se voit obligée d'expérimenter la douleur, « la violence du mal », qui apparaît alors comme un procès moralisateur. En effet, se réveillant de sa maladie en étant quelque peu plus raisonnable, elle veut tout de même très rapidement savoir si son amant lui a écrit. Cette horrible nuit n'a pas tout à fait refroidi sa passion. Il en faut plus pour qu'elle apprenne de ses crimes. C'est bien la douleur, notamment sociale, qui va enseigner à la princesse où est sa faute. La première plaie sociale se trouve dans le mutisme du duc de Guise alors que la deuxième et la troisième sont incarnés par la parole. C'est la parole de son mari qui l'instruit de la mort de Chabannes et c'est celle de toutes sortes de personnes qui lui fait connaître la situation de la marquise de Noirmoutier. Comment la princesse pourrait-elle se sentir bien dans un monde social qui lui enseigne que chacune des décisions qu'elle a prises a conduit au mal ? C'est cette exposition à la douleur qui permet au narrateur de nous transmettre une conclusion que la princesse a visiblement tirée : elle a perdu à la fois « l'estime de son mari, le cœur de son amant et le plus parfait ami ». L'exposition seule de cette sentence aurait peut-être pu suffire à instaurer la visée édifiante de l'œuvre. Or, force est de constater que cette dernière prend d'autant plus de sens de par le fait que la jeune princesse reçoit coup par coup le fruit de ses imprudences. Par un mouvement de gradation, elle est abattue progressivement jusqu'à ce qu'elle reçoive finalement « le coup mortel pour sa vie ». Tragique, ce dispositif d'écriture permet à la leçon d'avoir plus de puissance.

b. Histoire et histoire

Il faut noter qu'il n'est pas anodin que l'œuvre se termine en ayant comme toile de fond la Saint-Barthélemy. Un tel choix répond à diverses logiques. D'abord, l'ouvrage commence en réalisant un lien direct entre la guerre et l'amour, dont les « désordres » semblent entretenir des points communs. En mettant fin aux passions amoureuses alors qu'un événement diplomatique marquant se produit, l'auteur donne la sensation que la boucle est bouclée et justifie le fait d'avoir lié l'Histoire à l'histoire en affirmant qu'il s'agit bien d'une stratégie narrative opportune. Bien que nous l'ayons déjà quelque peu abordé via le personnage de Chabannes, nous traiterons plus du lien entre récit et Histoire dans un autre cours. Mais, il convient déjà de dire que, dans une telle optique, l'auteur lie la douleur guerrière collective à celle de la vie du domaine amoureux, qui est privée. A l'échelle temporelle de l'ouvrage (contexte de quelques années de guerres de religion), la violence semble atteindre son paroxysme avec la Saint-Barthélemy. A la violence des hommes se battant pour des thématiques religieuses s'allie la violence des cœurs des amants, maîtresses et maris, souffrant de différentes inclinations et passions. En réalisant de tels liens entre une chose et l'autre, on pourrait imaginer que le texte invite à faire preuve de mesure, en général, dans quelque situation.

Fin de l'extrait

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