Marie de Montpensier dans La Princesse de Montpensier - Littérature - Terminale L

Marie de Montpensier dans La Princesse de Montpensier - Littérature - Terminale L

Notre professeur a rédigé pour vous ce cours de Littérature sur la Princesse de Montpensier, et plus précisément sur le personnage de Marie de Montpensier.

Cette fiche se penche donc sur l'héroîne de La Princess de Montpensier : qui est Marie de Montpensier, dans la nouvelle et dans le film ? De quoi est-elle chargée par Mme de Lafayette ? Et par Bertrand Tavernier ?

Téléchargez gratuitement ci-dessous ce cours de Littérature sur le personnage de Marie de Montpensier dans le film et la nouvelle La Princesse de Montpensier.

Marie de Montpensier dans La Princesse de Montpensier - Littérature - Terminale L

Le contenu du document



Le personnage de roman, et par voie de conséquence, celui de la nouvelle, est un fondamental de la littérature, les deux genres relevant de démarches narratives connexes : fictif, le personnage est un être de papier créé et modelé par un auteur. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas ; cela signifie qu’il a une existence qui lui est propre, celle qui lui est donnée au sein d’une narration.

Marie de Montpensier n’a pas existé. Du moins pas comme elle apparaît dans la nouvelle. Marie de Bourbon a, quant à elle, existé. Fille de la branche des Bourbon-Montpensier, elle meurt à l’âge de 25 ans. La Marie de la nouvelle serait inspirée de la duchesse de Roquelaure dont les amours ressemblent de façon troublante à celles de la princesse : Marie-Louise de Montmorency-Laval, duchesse de Roquelaure, fut mariée à Antoine Gaston, duc de Roquelaure après avoir été la maîtresse de Louis XIV dont on dit qu’elle a porté l’enfant. Désormais mariée, elle devient la maitresse de François de Neufville ; ses histoires d’amour déchainent les commérages à la cour et les pamphlets pleuvent sur elle. L’on voit combien les amours peu conventionnelles de cette duchesse ont pu inspirer la rigoureuse Mme de Lafayette.

Pour autant, le lien entre la réalité et la fiction est secondaire ici et l’on doit comprendre que le personnage principal de notre nouvelle n’est pas une personne qui a existé mais une personne qui aurait pu exister, une sorte de synthèse de plusieurs types de personnes et de plusieurs types de destins : « Le romancier authentique crée ses personnages avec les directions infinies de sa vie possible. Le vrai roman est comme une autobiographie du possible, [...] le génie du roman nous fait vivre le possible, il ne fait pas revivre le réel » [1]. En d’autres termes, inventer un personnage c’est créer une réalité qui lui soit propre et c’est en ce sens que la réalité historique ou l’existence de Marie de Montpensier n’est pas une question : c’est le personnage qui nous intéresse.


Marie de Montpensier : un portrait en action et par touches successives

La première impression (fausse) qui pourrait se dégager d’une lecture peu attentive de la nouvelle est que peu de renseignements nous sont donnés sur Marie de Montpensier ; cette impression est la résultante de la façon novatrice en 1622 dont Mme de Lafayette décrit son héroïne, par un portrait en action et par touches successives. En d’autres termes, ce sont ses actions qui vont nous indiquer qui est Marie.

Sa beauté est soulignée de façon récurrente : elle montre « les commencements d’une grande beauté », et « cette belle princesse » dont la beauté touchera à une « si haute perfection » qu’ils [le duc d’Anjou et de Guise] la crurent surnaturelle » sera admirée de toute la cour : « elle attira les yeux de tout le monde par les charmes de son esprit et de sa personne »[2]. Son rang lui donne plus de valeur encore « cette grande héritière »[3] et la contraint en quelque sorte à une vertu et une mesure dont elle ne se dépare pas : « la vertu se joignant à ce reste d’impression, elle n’était capable que d’avoir du mépris pour tous ceux qui oseraient lever les yeux jusqu’à elle » [4]; la princesse sait se montrer réservée devant les ambassades masculines : « Elle répondit à leurs louanges avec toute la modestie imaginable, mais un peu plus froidement à celles du duc de Guise »[5].

Cependant, cette vertu se fissure au fur et à mesure de l’intrigue ; si elle répond « plus froidement à celles du duc de Guise », sûrement est-ce pour compenser la chaleur des sentiments qu’il lui inspire ; de plus, « sa vue lui apporta un trouble qui la fit rougir »[6] et elle se trouve rapidement tiraillée entre sa raison et sa passion, sa vertu et son désir : « Malgré toutes ces belles résolutions qu’elle avait faites à Champigny, elle commença à être persuadée de sa passion »[7].

Le personnage presque angélique qui nous est apparu lors de l’incipit se teinte désormais des couleurs de la passion et de celles de l’intrigue : lors du bal, elle n’hésite pas à lancer un avertissement à celui qu’elle croit être de Guise : « N’ayez des yeux ce soir que pour Madame »[8], lance-t-elle au duc d’Anjou, provoquant sa propre perte. Cet aspect d’intrigante que le lecteur lui découvre culmine dans la manipulation qu’elle fait du comte de Chabannes : « ne pouvant se résoudre à le perdre à cause de l’amitié qu’elle avait pour lui et par l’intérêt de son amour pour le duc de Guise où il lui était nécessaire »[9]. La princesse n’est plus ingénue ni blanche colombe. Elle sait se montrer cruelle, envers Chabannes par exemple à qui elle « fit avaler à longs traits tout le poison imaginable en lisant ses [le duc de Guise] lettres, et la réponse tendre et galante qu’elle y faisait »[10]. Sa froideur lors de l’aveu de ce même homme est édifiante : « elle ne prit pas la peine de se mettre en colère »[11].

Ce personnage de nouvelle, nous pourrions dire de romance, suscite l’intérêt du lecteur par la manière dont il est dessiné : Marie est successivement victime, amoureuse, aimée, bourreau. Femme d’amour au centre de toutes les convoitises des hommes, provoquant l’amour sans jamais le vivre pleinement, elle devient un personnage emblématique de femme qui souffre ; beaucoup ont retenu cet aspect de Marie de Montpensier, Mélanie Thierry la première qui en parle comme d’une « insoumise ». Tavernier insiste sur cet aspect qu’incarne à merveille l’actrice.


Etude d’image

Nous allons procéder à l’étude de l’image du DVD.

 

Cette affiche présente les cinq personnages principaux de la nouvelle et du film ; leur disposition est particulièrement intéressante :

  • Comme coincée au milieu de quatre hommes, la princesse se tourne de trois quarts vers le spectateur et semble le regarder. C’est vers son regard que se porte immédiatement celui du spectateur, un regard lourd et triste qui prolonge un maintien digne du rang de Marie de Montpensier et le visage fermé d’une femme qui souffre. Par ailleurs, sa tenue vestimentaire, typique des robes Renaissance la rend sensuelle et souligne sa place centrale, son rôle parfois d’enjeu entre ces hommes. De Guise ne lui dit-il pas à la fin du film qu’il la voulait parce que les autres la voulaient ?
  • Cette affiche comporte une réelle tension amoureuse voire sexuelle. Les hommes entourent la princesse comme une proie convoitée, ils sont tous armés, comme dangereux, redoutables et porteurs de cet attribut phallique que représente l’épée.
  • La guerre et l’Histoire sont présentes en filigranes avec ces quatre soldats dont Mme de Lafayette souligne la bravoure. La nouvelle insiste beaucoup sur la valeur de ces hommes : le duc de guise est le « Balafré », ses cicatrices étant les marques de son courage, son époux rentre de la guerre « tout couvert de la gloire qu’il avait acquise au siège de Paris »[12]. Tavernier reprend ce thème à l’écran lors de scènes de batailles grandioses dignes des meilleurs westerns et l’affiche les présente tous trois en tenue militaire d’apparat.


Marie de Montpensier à l’écran

Le film reprend tous les aspects étudiés plus haut du personnage de Marie de Montpensier mais certains sont moins marqués ou différemment traduits. Nous signalons par ailleurs que la princesse de Montpensier s’appelait en réalité Renée d’Anjou et était surnommée Mariette. C’est Bertrand Tavernier qui, reprenant ce surnom, l’appelle Marie. Alors que Mme de Lafayette n’appelle jamais son héroïne par son prénom, comme pour lui garder une considération et rappeler son rang (et les devoirs afférents), le réalisateur décide, lui de la nommer Marie. Ce faisant, nous voyons combien il personnalise ce personnage et le rend plus attachant pour le spectateur qui peut aimer Marie que pour le lecteur qui ne voit qu’une princesse.

Marie apparaît plus froide dans la nouvelle que dans le film. Son indifférence envers le comte chez Mme de Lafayette ne s’y retrouve pas et la dernière séquence du film nous révèle au contraire une Marie capable de sentiments vraiment tendres envers ce comte quand elle ne se montre qu’intéressée et parfois inutilement cruelle dans le texte : « Marie s’agenouille, touche la pierre de sa main nue, se relève et sort »[13]. Elle est aussi plus ouvertement passionnée à l’écrit qu’à l’écran. Une première partie d’explication évoquée auparavant consiste à rappeler que l’auteur du texte appartient au mouvement du classicisme et donc crée des personnages mesurés, dans la retenue ainsi que l’édictent les règles du classicisme. L’honnête homme du théâtre de Molière ou l’honnête femme chez Mme de Lafayette. Tavernier, en 2010, peut s’affranchir de ces règles, celle de la bienséance, par exemple qui fait que jamais Marie et le duc de Guise ne consomment leur amour dans la nouvelle, toujours empêchés par un tiers : « L’arrivée de la duchesse de Montpensier (…) empêcha le duc de Guise de lui faire voir les transports de sa joie » écrit Mme de Lafayette, toute à l’art de l’euphémisme. Au contraire, Marie de Montpensier se donnera au duc : « c’est elle qui défait sa chemise, qui prend la main de Guise pour la poser sur son sexe »[14]. Nous précisons que cette séquence précise apparaît dans le scénario mais pas dans le film. Tavernier a précisé que les éléments supprimés du scénario s’y trouvaient entre crochets. C’est le cas ici.

Un peu de narratologie : le portrait en action de la princesse au sein de la nouvelle est fait par une narratrice hétérodiégétique : Mme de Lafayette narre une histoire dont elle ne fait pas partie mais elle s’autorise à y intervenir : « comme l’on se peut imaginer »[15] écrit-elle, prenant le lecteur à témoin des sentiments du comte de Chabannes. Elle est de plus une narratrice omnisciente : « il pensait en lui-même qu’il pourrait demeurer aussi bien pris dans les liens de cette belle princesse »[16]. Ce procédé narratif lui permet de dessiner un personnage complexe et c’est en cela que l’on peut rejoindre Jean d’Ormesson affirmant qu’elle « crée le roman moderne »[17]. Le personnage qu’elle dessine est particulièrement fouillé et dense, trait d’autant plus étonnant que la nouvelle, dont la forme empêche normalement d’approfondir les portraits des personnages, n’est pas pour Mme de Lafayette une forme limitative. En l’occurrence, Mme de Montpensier est belle, de haut rang, mais encore vertueuse et passionnée, froide ou indifférente pour l’un mais passionnée pour l’autre, tiraillée mais passionnée toujours. Mais si la passion la définit d’abord, elle ne se résume pas à cela.

Tavernier a perçu la complexité du personnage de Mme de Lafayette. Et pour la traduire, il choisit la monstration qui est le mode de communication qui consiste à montrer des personnages qui agissent. Deux entités narratives interviennent alors au cinéma : le réalisateur, Bertrand Tavernier et le monteur, Sophie Brunet. Le premier filme et crée des séquences, le second les réunit. Ainsi peut-on comprendre la nécessité absolue de scènes qui n’apparaissent pas dans la nouvelle : la gifle reçue par Marie de son père, la nuit de noces publique et son insupportable impudeur, la mort de Chabannes, la scène d’amour de Marie et de Guise. Autant d’éléments ajoutés dans le récit filmique qui permettent de dresser de Marie un portrait complet et complexe qui culmine dans la scène de l’aveu du comte : « Je voulais sentir tous les changements dans le personnage de Marie sans jamais utiliser les artifices du montage ». Tavernier nous raconte ici comment il « portraitise » son héroïne. Le choix du plan séquence, sans coupure donc sans montage permet au réalisateur de montrer Marie de Montpensier « sans avoir coupé le plan »[18]. Le réalisateur explique que Marie se montre « gamine, altière, extrêmement méprisante, humiliante sans s’en rendre compte (…) puis de nouveau la jeune élève qui veut avoir raison contre son professeur. (…) Je trouve que Mélanie passe d’une couleur à l’autre avec une aisance, une délicatesse qui me laissent confondu d’admiration »[19].

L’intérêt de ne pas monter une telle séquence est justement de souligner la complexité du personnage et tous ses états de conscience qui se fondent les uns dans les autres, faisant de Marie de Montpensier cet être bon et mauvais, cruel et adorable, futile et profond, celui que nous dessine Mme de Lafayette. C’est là, pensons-nous que se trouve la clé du passage du personnage du papier à la toile, qui le fait se lever de sa page et s’animer sur un écran de cinéma.

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