Mise en valeur des relations amoureuses entre les personnages dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier - Littérature - Terminale L

Mise en valeur des relations amoureuses entre les personnages dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier - Littérature - Terminale L

Découvrez le cours de Littérature de Terminale L, rédigé par notre professeur, qui vous fera étudier comment Bertrand Tavernier met en valeur la nature particulière des relations amoureuses qu'entretiennent les personnages dans La Princesse de Montpensier.

Madame de Lafayette voulait une oeuvre éducative, Bertrand Tavernier un film d'amour. Comment chacun s'y prend-il pour parvenir à son but ? En quoi La Princesse de Montpensier est-elle une oeuvre qui s'inspire du roman courtois ?

Téléchargez gratuitement ci-dessous le cours de Littérature sur les relations amoureuses dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier.

Mise en valeur des relations amoureuses entre les personnages dans le film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier - Littérature - Terminale L

Le contenu du document



La princesse de Montpensier, un apologue ?

Deux forces sont en perpétuelle tension en la personne de la jeune princesse de Montpensier : la passion et la raison.

Le terme « passion » doit s’entendre comme synonyme de souffrance et c’est à dessein que l’auteur de la nouvelle le choisit pour rendre compte des affres et des dangers de la passion amoureuse. On retrouve là l’une des thématiques récurrentes de la littérature courtoise, celle des dangers de l’amour : « il était dangereux d’avoir pour beau-frère un homme qu’elle souhaitait pour mari » ou bien « elle ne plut que trop à ses hôtes » (nous soulignons « trop ») ou enfin, parlant du duc de Guise « sa passion n’avait point été sue de personne » qui sont autant d’éléments qui classent l’amour dans les choses dangereuses de la vie.

Cette dangerosité de l’amour se manifeste de diverses manières ; tout d’abord, le prince de Montpensier va rapidement montrer une jalousie tenace et parfois violente devant la beauté de son épouse : « Après deux année d’absence (…), il fut surpris de voir la beauté de cette princesse (…) et, par le sentiment d’une jalousie qui lui était naturelle, il en eut quelque chagrin ». Les difficultés s’annoncent par ce propos qui souligne deux choses : le jeune époux aime et désire sa femme mais il ne sait pas comment la rencontrer en ce sens qu’il ne parviendra jamais à en être aimé. S’il est l’époux, il n’atteindra jamais au statut d’amant. Par ailleurs, la princesse est vue comme l’objet de toutes les convoitises masculines et l’intuition de cet époux malheureux ne sera pas démentie : lui, le comte, les ducs de Guise et d’Anjou, autant d’hommes qui désirent cette femme, de manières parfois différentes et sans, les uns comme les autres, pouvoir l’atteindre. Cette beauté rend cette femme fatale : elle le sera pour le comte, elle perdra son mari qui se croira déshonoré, et elle n’aura pas le duc de Guise.

Bien plus dangereux est l’intérêt que lui porte le duc d’Anjou qui « fut touché du même mal que M. de Guise » ; nous notons le champ lexical de la contagion amoureuse qui s’essaime au long de la nouvelle : « le mal ; sa vue lui pourrait être dangereuse s’il y était souvent exposée ; la mortelle douleur » sont autant d’éléments qui montrent que l’amour apparaît souvent comme une maladie…mortelle. En l’occurrence, l’intérêt que le duc d’Anjou porte à la jeune princesse apparaît d’emblée au Balafré comme inquiétant lui qui comprend que ce duc « serait infailliblement son rival et qu’il lui était très important de ne pas découvrir son amour au prince » ; nous notons que dès l’abord, au moment de leur première rencontre, le duc d’Anjou se comporte plus comme un séducteur que comme un amant au sens courtois du terme : il « fut honteux d’abord de la liberté qu’il avait prise » mais « Sitôt qu’ils furent dans le bateau, le duc d’Anjou lui demanda à quoi ils devaient une si agréable rencontre ». On voit surgir sinon un prédateur du moins un homme habile dans son approche et qui sait se placer : « M. de Guise ne se mêlait point de la conversation » et « il lui [à la princesse] aida à monter à cheval ». C’est bien la beauté de Marie de Montpensier, « une beauté qu’ils crurent surnaturelle » qui attire le duc d’Anjou autant que le duc de Guise qui « pensait en lui-même qu’il pourrait demeurer aussi bien pris dans les liens de cette princesse » ; c’est la thématique des rets qui revient ici, empruntée elle aussi aux thèmes courtois. Ces deux ducs sont pris à l’amour que leur inspire, bien malgré eux, une femme d’une inoubliable beauté.

Enfin, le comte de Chabannes, vertueux d’abord et désintéressé, voit en la princesse « tant de beauté, d’esprit et de vertu » qu’il « devint passionnément amoureux » d’elle et se met à « l’aimer de la plus violente et sincère passion qui fût jamais ». Hyperbolique, cet amour se montre à toute épreuve et Chabannes sera le meilleur représentant du chevalier au sens courtois. S’il n’en recevra pas de récompense, du moins pourra-t-il côtoyer Marie longtemps. Par ailleurs, cet amour sera mortifère pour lui à qui elle « fit avaler à longs traits tout le poison imaginable en lui lisant ses lettres, et la réponse tendre et galante qu’elle y faisait ». Mme de Lafayette nuance ici le costume d’innocente que Marie pourrait revêtir aux yeux du lecteur : elle n’hésite pas à torturer un homme en toute connaissance de cause et lorsque ce dernier décide de la laisser seule, elle le supplie de revenir autant « à cause de l’amitié qu’elle avait pour lui » que « par l’intérêt de son amour pour le duc de Guise où il lui était nécessaire ». La jeune femme victime, naïve devient ici calculatrice ; la relation au comte de Chabannes est posée : « Le comte revint, et en une heure la beauté de la princesse de Montpensier, son esprit et quelques paroles obligeantes le rendirent plus soumis qu’il n’avait jamais été ».

Nous voyons ici que Marie est au centre d’une tourmente amoureuse : son mari, Philippe de Montpensier, le duc de Guise, le duc d’Anjou et le comte de Chabannes sont autant de pressions amoureuses qui s’exercent chacune sur un mode différent.

Bertrand tavernier souligne ces dangers de l’amour en mettant dans la bouche de Mme de Mézières ces paroles qui en réalité sortent de la correspondance de Mme de Lafayette : « L’amour est la chose la plus incommode du monde ». Bien plus, Tavernier estime que les livres de Mme de Lafayette sont « des pamphlets contre l’amour ». Nous comprenons pourquoi le réalisateur fait de Marie une grande amoureuse bien plus que l’auteur de la nouvelle.

L’amour n’est pas seulement incommode. Mme de Lafayette assène une morale redoutable à l’issue de cette nouvelle et c’est à cet égard qu’elle prend des allures d’apologue sans pour autant verser franchement dans le genre : « Elle mourut peu de jours après (…) une des plus belles princesses du monde et qui aurait été la plus heureuse si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions ». Voilà qui appelle deux commentaires :

  • D’une part, le lecteur peut voir ici l’influence du classicisme en ce sens que la morale est sauve : dès l’incipit, la princesse a trois hommes à ses pieds. A la fin de la nouvelle, elle se retrouve seule et en quelque sorte sanctionnée de n’avoir pas laissé la vertu guider ses actions : « Elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant et le plus parfait ami qui fut jamais ». Bertrand Tavernier choisit de terminer le film sur une séquence montrant Marie de Montpensier sur la tombe du comte de Chabannes dont elle « touche la pierre de sa main nue ». Deux voix off accompagnent le spectateur dans cette fin de film ; celle de Chabannes d’abord puis celle de Marie qui conclut « Comme François de Chabannes s’était retiré de la guerre, je me retirais de l’amour. La vie ne serait plus pour moi que la succession des jours. Et je souhaitais qu’elle fût brève puisque les secrètes folies de la passion m’étaient devenues étrangères ». La comparaison entre l’amour et la guerre laisse éclater les références de Tavernier au roman courtois dont l’amant est toujours un guerrier de haut rang. Mais l’amour, une fois encore, comme la guerre, est un jeu dangereux ; parallélisme entre deux jeux qui conduisent à la mort ou à la solitude.

  • D’autre part, la Princesse de Montpensier, comme le fait remarquer justement Tavernier est une œuvre à thèse pour les jeunes filles. Du moins ce prisme de lecture nous semble-t-il judicieux en ce sens qu’il donne à voir la visée de Mme de Lafayette narrant cette histoire tragique de quatre destins amoureux ratés : celui de Marie, du duc de Guise, de Philippe de Montpensier et du comte de Chabannes. La morale est alors évidente : si la vertu avait conduit les actions de la princesse et non sa passion, elle n’aurait pas « consenti (…) à recevoir ses [le duc de Guise] vœux et (…) permi[t] de croire qu’elle n’était pas insensible à sa passion ». A l’image du Petit Chaperon Rouge qui désobéit à sa mère, symbole de la morale et de l’autorité en parlant au loup, la jeune princesse est punie pour sa conduite. Les jeunes filles qui lisent la nouvelle sont désormais prévenues… gare à celles qui se conduisent mal.


La Princesse de Montpensier et les influences du roman courtois

Lettrée, nourrie d’auteurs classiques, Mme de Lafayette reçoit de l’abbé Ménage une solide instruction. A n’en pas douter, elle a lu les œuvres de Chrétien de Troyes ou de Christine de Pizan. Nous allons voir combien notre auteur puise d’inspiration dans le roman courtois dans l’édification de ses personnages et dans les relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres.

Tout d’abord, les dangers de l’amour sont un motif traditionnel du roman courtois. Christine de Pizan rapportant le prétendu récit que lui aurait fait un duc, de ses amours écrit : « Mais il est temps de dire de quelle manière commença la grave maladie qui m‘a fait endurer par amour maints maux amers ». La princesse de Montpensier meurt d’amour lorsqu’elle apprend que le duc de Guise en épouse une autre et l’auteur parle de « la violence du mal ». L’amour est un danger redoutable, parfois mortel comme pour Marie de Montpensier qui en recevra « le coup mortel pour sa vie ». Nous mesurons là les apports du roman courtois dans l’écriture de Mme de Lafayette qui sait reprendre et jouer des thèmes propres à ce genre et les réutiliser dans sa nouvelle.

Bien plus, c’est à l’occasion d’une partie de chasse, métaphore érotique à peine voilée, que la rencontre décisive a lieu dans nombre de romans courtois. Ainsi, dans le Livre du duc des vrais amants, le narrateur est parti chasser avec son cousin lorsqu’il rencontre sa dame pour la première fois ; ainsi la princesse de Montpensier a-t-elle suivi son mari à la chasse mais « elle s’était trouvée trop lasse et était venue sur le bord de la rivière où la curiosité d’aller voir prendre un saumon qui avait donné dans un filet l’avait fait entrer dans ce bateau ». Elle rencontre alors le duc d’Anjou et le duc de Guise. Mme de Lafayette fait allusion à ses sources courtoises d’inspiration, écrivant « elle [cette nouvelle aventure] leur parut une chose de roman ».

Mme de Montpensier, comme nous l’avons évoqué plus haut, ne se livre pas, dans la nouvelle, aux caresses du duc de Guise et restera, en ce sens pure. Sans doute l’intervention de son époux alors que le duc de Guise, amené par le comte dans sa chambre sauve-t-elle sa vertu car son mari « donna la plus cruelle surprise qui ait jamais été à la princesse » ; le hasard n’est pas seul responsable de cet épisode où le prince comprend que sa femme n’est pas seule. En effet, s’il découvre lui-même que « le pont était abaissé », c’est Chabannes qui « répondit si haut qu’il fut ouï du prince de Montpensier », créant en quelque sorte les conditions de la situation finale en ce sens qu’il précipite la princesse devant les conséquences de ses amours malheureuses. Mme de Lafayette semble glisser au lecteur que ce comte, amoureux transi, jaloux parfois, ivre de fureur de voir celle qu’il aime se proposer à un autre et être le confident de cette dernière, que ce comte donc, intervient dans le cours des événements.


Etude comparative de trois extraits : Le Livre du duc des vrais amants, Christine de Pizan ; Le Chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes ; La Princesse de Montpensier, Mme de Lafayette

Nous nous pencherons dans cette partie plus particulièrement sur les codes du rendez-vous courtois.

Le passage de la Princesse de Montpensier étudié ira de « Cependant, quelque peu de bruit qu’ils eussent fait en passant sur le pont », P.226 à « au duc de Guise et au comte de Chabannes », P.227. Nous comparerons cet extrait au rendez-vous secret chez Chrétien de Troyes et chez Christine de Pizan. Enfin, cet épisode sera étudié dans le film.

Extrait 1 : nouvelle de Mme de Lafayette.

 

Extrait 2 :

Lancelot a déclaré sa flamme à la reine Guenièvre, épouse du roi Arthur. Mais il a si bien su y faire et s’est montré si valeureux que cette dernière accepte un rendez-vous nocturne. Lancelot s’introduit dans le château.

Très vite, sans bruit, il s’est levé. Ce n’était pas pour lui déplaire si ne brillaient lune ni étoile, si ne brûlaient dans la maison chandelle, lampe ni lanterne. Jetant les yeux autour de lui, il s’en alla sans donner l’alerte. Tout le monde pensait qu’il passerait la nuit à dormir au fond de son lit. Mais sans compagnon et sans garde, il se hâte vers le verger. Il ne fit aucune rencontre et il eut aussi la chance qu’un pan du mur entourant le verger se fût depuis peu écroulé. Par cette brèche il s’introduit promptement et finit par venir à la fenêtre. Il s’y tient coi, sans tousser ni éternuer. La reine est apparue enfin dans la blancheur d’une chemise, sans robe ni tunique par-dessus, un manteau court sur les épaules en soie d’écarlate et peau de souslik. Quand Lancelot aperçoit la reine qui s’appuie contre la fenêtre munie de gros barreaux de fer, il lui donne en gage un salut plein de douceur qu’elle s’empresse de lui rendre, car un même désir les appelait lui vers elle et elle vers lui.

Le Chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes, XIIème siècle, Le livre de poche, Classiques médiévaux, P.106.

 

Extrait 3 :

Au sein d’un récit alternant une narration et des chansons amoureuses courtoises, Christine de Pizan nous raconte les tribulations amoureuses d’un jeune noble qui tombe sous le charme d’une dame mariée. Dans cet extrait, le jeune homme a obtenu un rendez secret avec celle qu’il vénère.

Elle veut aussi que l’on me cache dès mon arrivée, de sorte que ni les familiers de la maison ni les étrangers ne soient au courant, à la seule exception de son secrétaire. Elle me fera clairement connaître par mon cousin tout son plan et la façon précise dont elle veut que je me rende auprès d’elle. Qu’il me dise bien toutefois que je dois me comporter correctement en sa présence, sans rien me permettre qui puisse susciter son déplaisir ou ses reproches. Mon cousin la rassure et lui dit qu’elle peut avoir toute confiance, car j’aimerais mieux mourir que d’oser rien faire contre sa volonté. Il revint chargé de ces nouvelles, qui me parurent si bonnes et si agréables que, au comble de la joie, je croyais rêver. J’y pensais à chaque instant mais l’attente me semblait longue.

Celle qui s’était attaché mon cœur ne m’oublia pas : le jour dit elle m’envoya quelqu’un. C’est avec des transports de joie que je reçus le messager de haut rang qui m’apporta l’heureuse nouvelle tant souhaitée : à la nuit tombée, je devrais me rendre vers celle que mon cœur désirait. (…)

Je fus donc emmené à l’écart pendant que la femme de chambre allumait le feu dans la chambre. Ma dame arriva, vêtue d’un grand manteau : elle avait pour toute compagnie une seule dame, celle dont j’ai parlé plus haut, qu’elle avait choisie entre toutes et qu’elle tenait par la taille. Elle l’envoie se coucher car dit-elle, elle ne veut pas la faire veiller pour ne pas qu’elle se fatigue. On ferme la porte derrière elle. Alors cette dernière vient me chercher et m’amène jusqu’à ma dame.

Christine de Pizan, Le Livre du duc des vrais amants, 1403-1405, V2483 à 2668, P.291 et sq.

L’étude comparée des trois extraits nous permettra de saisir la nature des liens qui existent entre ces trois œuvres et les emprunts que fait Mme de Lafayette aux motifs courtois.

Il existe une similarité presque exemplaire quant au cadre dans lequel se déroule le rendez-vous amoureux ; Chrétien de Troyes fait sortir Lancelot alors que « ne brillaient lune ni étoile », Christine de Pizan place l’action « à la nuit tombée » et Mme de Lafayette plonge ses personnages « dans l’obscurité de la nuit ». Bien plus, dans les trois récits, le thème de la chambre de la femme, sanctuaire qui symbolise l’acte sexuel en ce sens que l’homme y parvient à la nuit tombée, en secret et dans un état de fébrilité propre à nos trois héros, ce thème est donc récurrent : la reine Guenièvre apparaît en tenue éminemment sensuelle, « à la fenêtre » et vêtue « d’une chemise, sans robe ni tunique ». La réaction de Lancelot est sans équivoque : « il s’y tient coi ». Chez Christine de Pizan, « la femme de chambre allumait le feu dans la chambre » et Mme de Lafayette place l’action « dans la chambre de la princesse ». Si le lecteur moderne peut avoir du mal à percevoir le comble de l’érotisme de telles situations, il lui suffit de considérer la condition féminine de l’époque afin de comprendre combien transgressives sont ces situations dans lesquelles des hommes qui ne sont pas les maris sont introduits dans des lieux sanctuarisés comme la chambre.

Par ailleurs, nos trois héros, Lancelot, le duc des vrais amants et le duc de Guise sont tenus au secret à cause d’un environnement dangereux pour eux et pour leur amour : « sans compagnon et sans garde », Lancelot « ne fit aucune rencontre » et se réjouit que la nuit soit noire sans « lune ni étoile » ; une fois arrivé, il attend « sans tousser ni éternuer ». La dame de Christine de Pizan « veut aussi que l’on me [le duc des vrais amants] cache dès mon arrivée, de sorte que ni les familiers de la maison ni les étrangers ne soient au courant » ; quant à la princesse de Montpensier, si elle est honteuse de se trouver seule avec le duc, pour autant, elle a fait ouvrir le pont-levis, (métaphore sexuelle) et « le prince de Montpensier qui, par malheur, était éveillé dans ce moment, l’entendit ». Les trois extraits développent cette thématique d’un environnement hostile qui isole mais rapproche les amants qui sont seuls contre tous.

Enfin, ces trois passages soulignent la vertu de ces dames et le respect qui leur est dû et qu’elles attendent. Ainsi Lancelot ne commence-t-il que par « un salut plein de douceur qu’elle s’empresse de lui rendre » ; l’amant, chez Christine de Pizan assure savoir se tenir en présence d’une dame : « j’aimerais mieux mourir que d’oser rien faire contre sa volonté ». Et la princesse de Montpensier, après avoir accepté la venue du duc de Guise « avait quelque honte de se trouver seule avec lui ».

La nuit, le secret et le respect, trois thèmes récurrents du roman courtois et qui se retrouvent chez Mme de Lafayette, attestant des emprunts de cette dernière à ce genre issu du Moyen-Age.

Bertrand Tavernier traite le thème du rendez-vous des séquences 114 à 128 de son scénario. Mais il refond et relit à nouveau un certain nombre d’éléments qu’il traite à sa façon.

Tout d’abord, les thèmes courtois du secret et de la nuit sont repris et respectés : « EXT NUIT ». Chabannes, c’est le cas de le dire, est chevaleresque : s’il n’hésite pas un seul instant à affronter le duc de Guise qui s’est introduit dans les jardins du château de la princesse : « son mari, ses gens et moi-même vous en empêcheront », il accepte pour le bonheur de celle qu’il aime d’introduire l’amant dans la chambre : « Donnez-moi votre parole que si elle refuse de vous parler, vous accepterez votre défaite ». On voit combien saillantes sont les influences courtoises dans ces séquences. Chabannes parle de défaite, usant du langage guerrier dans le domaine de l’amour.

Cependant, si la nouvelle de Mme de Lafayette voit le rendez-vous s’interrompre brutalement avec l’intervention du mari qui « donna la plus cruelle surprise qui ait jamais été à la princesse », Tavernier choisit une toute autre voie. Dans le film, le duc de Guise parviendra à ses fins : « Marie sent instinctivement qu’en se donnant elle se perd » ; rappelons que Tavernier affirme que « L’adaptation scénique a exigé plusieurs changements majeurs », dont celui-ci. Le réalisateur nous donne à voir un événement qui n’a pas lieu chez Mme de Lafayette selon qui la perte morale de son héroïne ne passait pas par un acte charnel. Il suffisait qu’il y ait tromperie, mensonge, rendez-vous secret pour que l’adultère soit consommé. Mais Tavernier persiste et signe : « il me semblait que la tension sexuelle et amoureuse, en creux dans leurs rapports, devait se résoudre. Sinon le ton risquait de paraître moralisateur ou abstrait ». Les deux adjectifs que nous soulignons nous montrent la nature même de la passation d’un écrit à l’écran : l’écran est un art visuel, il donne à voir pour n’être pas abstrait, pour être concret. Bien plus, pour ne pas sembler « moralisateur », Tavernier qui refuse « cette volonté moralisatrice » a aussi « refusé de faire mourir Marie à la fin ».

Ce rendez-vous secret est par ailleurs, dans le film, l’occasion de la résolution d’un conflit qui oppose de Guise et la princesse de Montpensier. Le fameux quiproquo du bal a mis Marie de Montpensier dans une situation difficile : dans la nouvelle, « Le mariage du roi avec l’empereur Maximilien remplit la cour de fêtes et de réjouissances ». A cette occasion, la princesse va confondre le duc de Guise et le duc d’Anjou dont les « habits étaient tous pareils ». Elle glisse à l’oreille du duc d’Anjou un avertissement destiné à son rival, le duc de Guise. Ce quiproquo va entraîner un froid entre les amants, qui se résoudra chez la duchesse de Montpensier : « à force de disputer et d’approfondir, ils trouvèrent qu’il fallait qu’elle se fût trompée dans la ressemblance des habits ». Ce quiproquo se résout chez Tavernier durant le rendez-vous de la jeune femme avec de Guise « Marie et Guise se sont éclairés mutuellement sur la méprise du bal » mais c’est Chabannes qui en fait les frais : « il [Chabannes] s’éloigne au pas de sa monture et se fond dans la ville », chassé par Philippe de Montpensier. La résolution du quiproquo se termine sur la séquence où les amants se retrouvent enfin et font l’amour.

Mme de Lafayette décide d’une fin fermée et définitive dont la morale est évidente : ne pas respecter les règles de la société, de la morale, de l’Eglise conduit à une mort certaine à cause des affres de la passion. Ce sort n’est guère enviable. Tavernier choisit de ne pas « condamner [Marie] une deuxième fois » et fait « une fin ouverte ». Les différences entre la nouvelle et le film sont, on le voit désormais, dues aussi bien à des volontés du réalisateur qui s’empare d’une histoire et de personnages, à des interprétations personnelles de ce dernier (voir fiche I, et l’interprétation autour du terme « tourmentée ») et à des époques différentes qui ne reçoivent pas de la même façon des histoires identiques.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac L le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac L

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac L

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?