Ressemblances et différences entre Les Faux Monnayeurs et le Journal des Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

Ressemblances et différences entre Les Faux Monnayeurs et le Journal des Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

digiSchool vous propose une fiche de révision de Littérature Terminale sur les Faux Monnayeurs d'André Gide.

Le thème est : Ressemblances et différences entre Les Faux Monnayeurs et le Journal des Faux Monnayeurs. Vous verrez dans un premier temps quelles sont les lignes de rencontres de l'oeuvre, puis lorsque que le roman rompt avec le journal.
Enfin, vous verrez que le journal est un travail préparatoire.

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Ressemblances et différences entre Les Faux Monnayeurs et le Journal des Faux Monnayeurs - Littérature - Terminale L

Le contenu du document

 

Problématique :

Entre le Journal et le roman des Faux-Monnayeurs, y a-t-il essentiellement des lignes de continuité ou des points de ruptures ?

 

DES LIGNES DE RENCONTRES

 

Le Romancier qui est incarné dans le personnage d'Édouard reflète très souvent le personnage réel qu'est André Gide. Ils partagent en effet la même vision sur l'écriture et d'ailleurs Gide affirme dans son Journal des faux-monnayeurs qu'il compose tous ses personnages à partir de l'observation de lui-même (p. 82) « Ce qui manque à chacun de mes héros, que j'ai taillés dans ma chair même, c'est ce peu de bon sens qui me retient de pousser aussi loin qu'eux leurs folies. ». De ce fait, on comprend qu'à travers les personnages qu'invente Gide, se reflètent toutes les observations, thèses, idées d'André Gide sur le monde et les humains qui l'entourent.

 

DEUX ROMANCIERS IDENTIQUES ?

En premier lieu on remarque qu'il y a une « mise en abîme » du romancier. (La mise en abîme se définit par exemple par : un tableau qui reflète un peintre qui peint un tableau, et ceci à l'infini). En effet, ici, Gide dépeint un personnage du nom d'Édouard, qui va raconter l'histoire et qui, de façon annexe, écrit son roman dont le personnage principal est un romancier. En effet, Edouard écrit lui-même un livre intitulé Les faux-monnayeurs, comme il le dit à la page 188 du roman. En somme on a la rédaction d'un roman fictif (le roman DU PERSONNAGE qu'invente d'Édouard), dans un roman fictif (le roman d'Édouard), dans un roman réel (le roman de Gide). On a donc une double mise en abîme, à travers ces trois romanciers au total. Par ailleurs Edouard expose ses idées sur son roman qu'on peut soupçonner appartenir à André Gide même, comme on le voit de la page 184 à 189. On voit aussi que la rencontre de Gide avec le jeune enfant scolarisé à Henri IV et qui vole un livre de géographie, se superpose presque en tous points sur la rencontre d'Édouard avec Georges. On a donc un glissement de la vie de Gide qui vient animer le personnage D'Édouard dans son roman.

 

DES INTUITIONS POURSUIVIES

Dans Le journal des faux-monnayeurs, Gide montre bien son point de vue sur ce qu'il projette de faire pour poser les bases de son roman :

 

« 1° Artistiques d'abord : le problème du livre sera exposé par une méditation d'Édouard.

2° Intellectuelles : le sujet de dissertation du bachot (« effleurer toute chose- ne prendre que la fleur »).

3° Morales : l'insubordination de l'enfant ; refus des parents (qui reprendront à ce sujet le sophisme de l'Angleterre vis-à-vis de l'Égypte ou de l’Irlande : si on leur laissait cette liberté qu'ils réclament, ils seraient les premiers à s'en repentir, etc). »

 

Ainsi, on voit que bien que tous ces éléments ne soient pas rigoureusement restitués, on retrouve bien dans le roman de Gide : le fait qu'Édouard expose des méditations, qui peuvent être des problématiques possibles de ce livre, on retrouve un sujet de bachot différent mais bien présent et il est sujet à un débat intellectuel entre Olivier et Bernard. Enfin on retrouve aussi l'insubordination de l'enfant vis-à-vis de ses parents à travers la fugue de Bernard. Et le retour final de Bernard chez ses parents fait comme triompher le devoir de l'enfant à accepter l'éducation des parents. Aussi, à la page 61 on remarque que Gide a poursuivi rigoureusement une attitude qu'il avait prédit (dans le Journal) qu'aurait Edouard : « Chaque fois qu'Edouard est appelé à exposer le plan de son roman, il en parle d'une manière différente. Somme toute, il bluffe ; il craint, au fond de ne pouvoir jamais en sortir. » On remarque qu'il ébauche ou décide des traits de ses personnages dans son travail préparatoire.

 

LORSQUE LE ROMAN ROMPT AVEC LE JOURNAL

 

Mais à de nombreuses reprises Gide décide d'abandonner des décisions qu'il a pourtant prises dans son journal. Il semblerait presque que le Journal soit en quelque sorte « raturé » par les nouvelles décisions, parfois contraires à celles du Journal, prises dans le roman. Le journal n'est alors plus une esquisse mais un moyen de tester des idées qui constitueront un moteur pour réinventer autre chose ensuite dans le vrai roman.

 

LES HYPOTHESES LAISSEES DE COTE

Il semblerait que Gide ait laissé de côté de nombreuses pistes. Par exemple un personnage féminin, se serait « fait enlever » écrit-il à la page 14 de son Journal, ce qui n'est pas le cas dans le roman. Par exemple à la page 20, Gide écrit que Edouard dirait : « Mon petit ami, vous ne savez pas observer ; voilà ce qui se passait d'important », - et il lui sortira la boîte pleine de fausses pièces. » Or ceci n'arrive en aucun cas dans le roman.  De même il n'existe pas dans le roman de personnage appelé « Fréchaut » qui aurait répondu à un juge : « Dites 'le cénacle' monsieur le juge. » comme cela est écrit à la page 22 du Journal. Aussi Gide souhaitait que le Pasteur s'exclamât ainsi : « Plût au ciel qu'il fût mort à la guerre ! Plût à Dieu qu'il ne fût jamais né ! » Ce qui n'est pas réellement arrivé dans le roman.

Aussi, comme on le voit à la page 26, Gide avait prévu que « Lafcadio occuperait le premier livre ; le second livre pourrait être le carnet de notes d'Édouard... » ce qui n'est pas le cas dans le roman, bien que le premier livre soit l'histoire racontée par le romancier André Gide, et non par le dénommé Lafcadio. Enfin il arrive dans le roman un moment où Gide doute de la nécessité d'insérer Lafadio dans le roman. Il écrit ainsi page 26 : « puis-je représenter toute l'action de mon livre en fonction de Lafcadio? » C'est uniquement et seulement en lisant Les Caves du Vatican dont l'écriture précède celle des Faux Monnayeurs, que l'on comprend qui est Lafcadio : le personnage principal des Caves du Vatican. En, réalité, les Faux-Monnayeurs étaient censés constituer la suite des Caves du Vatican. Mais Gide a abandonné cette décision en même temps que le personnage de Lafcadio.

Ensuite on trouve un contexte historique dans lequel se serait insérés les personnages dans le travail préparatoire du Journal : « chacun trouvant dans la guerre argument, et ressortant de l'épreuve un peu plus enfoncé dans son sens ». (p.27). Or dans le roman on ne trouve pas de trace du contexte politique ou historique de l'époque.

Aussi, Gide imagine par ailleurs un « vagabond » (p. 28) dont on ne retrouve aucune trace dans le roman si ce n'est dans le personnage de Bernard qui est en fugue. De même le plan du roman de Gide était le suivant à la page 31 du Journal : « Livre I: - « Les Subtils », Livre II.- « Le vin neuf et les vieux vaisseaux », Livre III. - « Le dépositaire infidèle » (p. 31). Ce plan n'a pas été réellement conservé dans le roman. Gide a donc ébauché des idées : il en a conservé de nombreuses et aussi en a abandonné d'autres. Il a transformé certains éléments qu'il voyait dans son travail préparatoire comme des éléments importants et parfois n'en a conservé que certains détails.

 

DE NOUVEAUX PERSONNAGES DANS LE JOURNAL

Certains personnages ont été abandonnés par Gide au cours de la rédaction. En effet, au début du Journal des Faux-monnayeurs, Gide parle d'un personnage qui serait le personnage principal du roman (qui porte le même nom que le personnage principal des Caves du Vatican). Celui-ci est prénommé Lafcadio : « J'hésite depuis deux jours si je ne ferai pas Lafcadio raconter mon roman. » Pourtant il n'y a pas de trace du nom de Lafcadio dans le roman en question. Le lecteur du Journal se demande qui est donc ce Lafcadio dont Gide parle jusqu'à la page 39 du Journal. Au début de la lecture du Journal on pense que ce personnage serait Edouard qui aurait été ensuite renommé. Mais ce personnage ne peut en effet être Edouard, car à la page 39, Gide écrit que Lafcadio « a barre » sur Edouard et qu'il lui « a rendu toutes ces lettres ». Ceci peut nous faire penser au personnage de Bernard qui en effet après avoir rendu la valise et le journal à Edouard (et non ses lettres), commence à avoir un ascendant sur lui du fait de son amitié avec Laura. Mais ces hypothèses ne sont pas valides, bien qu'elles puissent traverser l'esprit du lecteur qui n'aurait pas lu Les Caves du Vatican. En réalité seule la lecture des Caves du Vatican nous indique qui est Lafcadio comme on l'a déjà expliqué plus haut.

De même on se demande au début du Journal : qui sont les deux sœurs ? Gide écrit à la page 14 : « Le roman des deux sœurs ». Puis il développe une histoire sur ces deux sœurs. Mais bien qu'il existe en effet les deux sœurs : Laura, et Sarah puis Rachel (qui semble avoir été ajoutée ensuite, probablement parce qu'il « n'est pas bon d'opposer un personnage à un autre » comme l'écrit Gide), on ne reconnaît pas tout à fait les pistes que Gide envisage en premier lieu dans son travail préparatoire du Journal. Il imagine en effet qu'une des sœurs épouse « un être vain, sans valeur, mais d'assez de vernis pour séduire la famille après avoir séduit la jeune fille ». Or dans le roman les seuls séducteurs qui soit vraiment présents sont Le Compte de Passavant et le frère d'Olivier, Vincent, qui aurait séduit Laura. Ensuite la description du ménage avec ce séducteur de peu de valeur rappelle le ménage de Pauline, lorsque Gide écrit dans le Journal, « elle cache aux yeux de tous le mépris et le dégoût qu'elle éprouve, prend à cœur et tient honneur à faire briller son mari, de couvrir son insuffisance, de réparer ses maladresses, de sorte qu'elle est la seule à connaître sur quel néant repose son « bonheur ». » (p.14). On a donc plusieurs personnages imaginés en un seul à travers cette description de ce que serait une des deux sœurs.

 

Enfin on remarque aussi que le personnage de Vincent est décrit beaucoup plus précisément dans le Journal et le travail préparatoire, notamment en ce qui concerne sa psychologie et ses sentiments intérieurs que dans le roman. Par exemple, lorsqu'à la page 70 du Journal, Gide écrit que Vincent « se croit devenir le diable. Et c'est quand tout lui réussit le plus qu'il se sent le plus perdu, Il voudrait avertir son frère Olivier, et tout ce qu'il tente pour le sauver tourne au dam d'Olivier et à son profit propre. Il sent vraiment qu'avec Satan il a partie liée. » Dans cet extrait on comprend davantage de choses concernant la personnalité de Vincent que dans le roman. Du moins ces détails descriptifs de sa psychologie passent dans le roman en arrière-plan et ne sont pas entièrement mis en lumière. Il semblerait ainsi que Gide avait prévu de décrire les pensées de Vincent du point de vue interne mais il a pris ensuite un autre parti au cours de la rédaction du roman.

 

LE JOURNAL : UN TRAVAIL PREPARATOIRE

 

DES THESES MISES EN SCENE

On remarque que le Journal est un travail décisif dans les thèses qu'il énonce sur le roman et qu'il insère dans le roman. Par exemple, Gide se donne des conseils et des ordres dans son Journal comme à la page 15 : « Ne jamais exposer d'idées qu'en fonction des tempéraments et des caractères. » Aussi, Gide théorise d'abord les comportements que doivent avoir ses personnages avant même de savoir quelles actions précises ils réaliseront. Il écrit en effet à la page 16 : « Réprobation de ceux qui « se rangent » contre celui qui reste fidèle à sa jeunesse et ne renonce pas. Il me semble que ce soit lui qui soit dans l'erreur. » Or on remarque bien dans le roman que cette thèse montrant que l'évolution et le renoncement aux idées de jeunesses est préférable puisque le personnage de Bernard se transforme, grandit en quelques sortes et retourne à la fin du roman chez son père. De même Olivier fréquente le Comte de Passavant puis choisit l'amitié et l'amour qu'il a pour ses proches plutôt que le succès et l'arrogance. Ces deux personnages semblent s'être égarés puis avoir retrouvé leur chemin comme dans la thèse qui est énoncée dans le Journal. Aussi on peut penser au personnage de Georges qui, après l'assassinat de Boris s'effondre dans les bras de sa mère, parce qu'il a été sans le savoir complice du crime de Ghéridanisol, son ancien ami.

De même, à la page 24-25, Gide théorise les lignes qui guident le comportement du personnage de Vincent. Il lui laisse quatre temps pour évoluer :

« 1° Un motif noble (ou charitable) qu'il met en avant pour couvrir une vilenie. Il sait bien que sa famille aurait besoin de cette somme, mais ce n'est pas par égoïsme qu'il la détourne (le sophisme du bon motif). »

Dans cette première thèse qui explique un comportement, Gide fait référence aux raisonnements par sophismes pour élucider les décisions de Vincent. Il analyse aussi le fonctionnement psychologique du personnage, comme si Gide avait déjà observé ce fonctionnement chez de nombreux humains : « 3° Besoin, après la perte, de se sentir « au-dessus de l'adversité ». » Gide semble enfin expérimenter et mettre en scène des théories philosophiques lorsqu'il écrit par exemple : « Renoncement au « bon motif ». Théorie de l'action gratuite et immotivée. La joie immédiate. » Enfin Gide met en œuvre à travers ses personnages des observations personnelles : « 5° Griserie du gagnant. Absence de réserve. ».

Nous avons donc dans le Journal des thèses nombreuses qui semblent précéder la rédaction du roman. Dès lors le roman devient une mise en scène de ces thèses. Gide réalise des expérimentations de ces thèses énoncées dans le Journal au sein de son roman.

 

UN APPROFONDISSEMENT

Le travail préparatoire nous éclaire parfois sur des caractères des personnages, il en dit plus sur les véritables intentions des personnages par exemple p. 61, Gide révèle qu'Edouard « craint au fond de ne pouvoir jamais en sortir » en parlant de son roman. Mais en réalité dans le roman de Gide, cette crainte est visible, mais on ne voit à aucun moment Edouard nous l'avouer, ou se l'avouer à lui-même dans son journal intime. Comme on a pu le voir avec le personnage de Vincent, à la page 24, on apprend beaucoup plus sur sa psychologie et ses intentions dans le Journal que dans le roman. Son fonctionnement psychologique n'est pas explicité en effet dans le roman. Mais il l'est largement plus dans le Journal. De ce fait le Journal complète le roman, il élucide des parties des caractères laissés dans l'ombre. Enfin lorsque Gide écrit dans son Journal « Un mois plus tôt, une pareille réponse aurait indigné Olivier. Il sourit. » Dans le roman, on aurait pu croire qu'Olivier jouait un double jeu face à ses amis : celui du personnage vexé, et jaloux croyant avoir été trompé qui tente de montrer à ses amis qu'il est demeuré indifférent. Mais dans cette dernière phrase mentionnée à la page 69, on en comprend davantage sur Olivier : celui-ci est aux prises de Passavant, et se laisse tellement influencer qu'il a changé véritablement et ne s'indigne plus des mêmes choses.

 

CONCLUSION 

 

Ainsi le Journal des Faux-monnayeurs amène à des points de ruptures : on peut dire que ce Journal fonctionne comme une ébauche, une tentative dont certains portraits ou certaines intuitions sont raturées pour, de manière dialectique être abandonnées. D'autres intuitions sont de véritables leviers vers l'écriture du roman, ce sont des travaux écrits au brouillon dans le journal.

Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

Vasg79u4
20/20

merci beaucoup il etait tres utile. Je compte sur vous pour mes futurs travaux

par - le 08/10/2017

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