Tiresias dans Oedipe roi de Sophocle et Pasolini : Symbolique du personnage (2/2) - Littérature - Terminale L

Tiresias dans Oedipe roi de Sophocle et Pasolini : Symbolique du personnage (2/2) - Littérature - Terminale L

Voici un document de Littérature de Terminale L sur Oedipe roi, de Sophocle et de Pasolini : Symbolique du personnage Tiresias.

Vous découvrirez tout d'abord que Tiresias est le représentant du sacre. Puis, une partie sera également consacrée à l'aveuglement et au savoir dans le mythe de Tiresias.

Téléchargez gratuitement ce document de Littérature pour le Bac L.Retrouvez la première partie de ce cours sur la représentation du personnage de Tirésias dans Oedipe roi.

Tiresias dans Oedipe roi de Sophocle et Pasolini : Symbolique du personnage (2/2) - Littérature - Terminale L

Le contenu du document

 

INTRODUCTION

Tirésias, le personnage du devin aveugle, apparaît assez peu dans Œdipe roi de Sophocle et de Pasolini : joué par le tritagoniste chez Sophocle, il n'arrive en scène qu'au premier épisode ; et Pasolini ne lui consacre guère qu'une apparition supplémentaire. Pourtant, si Tirésias apparaît relativement peu, il n'en est pas moins un personnage à l'importance cruciale, de par la fonction dramatique qu'il occupe, comme de par sa symbolique.

Que symbolise Tirésias dans Œdipe roi ?

Représentant du sacré, le devin introduit le thème crucial de la cécité comme gage de savoir.

 

LE REPRESENTANT DU SACRE

Dans la mythologie grecque, Tirésias est déjà perçu comme un représentant du sacré. En effet, en contact avec la divinité, il dit la vérité. Pasolini ajoute à ce portrait du sacré la thématique de la pauvreté.

 

LE REPRESENTANT DE LA DIVINITE

Le porte-parole du divin

Comme la Pythie avant lui, Tirésias est le représentant de la divinité dans l'histoire d'Œdipe. Il l'est déjà dans la mythologie : en effet, selon la version du mythe de Tirésias la plus répandue, Athéna aurait retiré la vue à Tirésias après qu'il ait transgressé un intérêt visuel (selon la version la plus courante de cette histoire, Tirésias aurait vu Athéna se baigner nue) ; puis la déesse aurait accordé au jeune Tirésias, en compensation, un don de divination. Tirésias connaît le destin accordé aux hommes par les dieux.

Ainsi, le Coryphée présente Tirésias en ces termes : "le devin qu'habite le dieu" (v. 298)

Pasolini, quant à lui, effectue un parallèle entre Tirésias et la Pythie, en les représentant tous deux assis, devant un arbre faisant de l'ombre.

 

Le rôle de la musique

Tirésias apparaît également lié au divin dans Œdipe roi de Pasolini dans la mesure où il reprend à la flûte le thème du quatuor de Mozart (il s'agit du quatuor à cordes numéro 19 en ut majeur K465). Or, ce thème de Mozart est lié à la fatalité : il apparaît à des moments du film qui présentent une forme de révélation. Il est aussi lié à la mère : le thème apparaît par exemple quand Jocaste tient son nourrisson dans ses bras, dans le pré.

Par ailleurs, le dieu Apollon, qui s'exprime à travers l'oracle de Delphes (la Pythie), est le dieu de la musique ; or, Tirésias est musicien, puisqu'il joue de la flûte.

Ainsi, le lien entre Tirésias et la musique est aussi l'expression de sa proximité avec le sacré.

 

LE TENANT DE LA VERITE

Puisque Tirésias est le porte-parole du divin, il est aussi le tenant de la vérité. Pour reprendre les paroles du Coryphée qui présente Tirésias : "Regarde : le devin qu'habite le dieu, l'homme qui nourrit en son sein, comme nul autre, la vivante Vérité !" (v. 298 – 299).

Et c'est effectivement la fonction dramatique de Tirésias, que de révéler toute la vérité à Œdipe : durant l'entretien qui les oppose, il lui révèle ainsi qu'il est lui-même l'assassin de son père...

 

L'assassin de cet homme, celui que tu cherches, je te le dis, c'est toi ! (v. 363)

 

...mais aussi qu'il commet l'inceste avec sa mère...

 

A ton insu, tu es engagé avec ce que tu as de plus cher dans les liens les plus infâmes,

 sans voir dans quelle horreur tu baignes (v. 366)

 

On découvrira qu'il a près de lui des enfants dont il est tout ensemble le frère et le père ;

que de la femme dont il est né, lui le fils, il est aussi l'époux ;

qu'il a ensemencé le même sillon que son père (...) (v. 457)

...et qu'il finira sa vie mendiant et aveugle

 

Car il sera aveugle, lui, dont les yeux sont ouverts ;

il mendiera, lui, qui est dans l'opulence (v. 455)

 

Seule l'Hubris d'Œdipe l'empêche de percevoir la vérité des paroles de Tirésias. Le spectateur/lecteur est alors tout à fait au courant de la situation d'Œdipe, et regardera le protagoniste plonger dans le déni de la réalité.

 

LA REPRESENTATION DE LA PAUVRETE

Tirésias, incarnation de la vérité et de la divinité, est également pauvre.

 

La pauvreté de l'ermite

Chez Sophocle, on peut deviner l'humilité de la condition de Tirésias à sa prédiction à Œdipe : non seulement Œdipe perdra la vue, mais il "mendiera" (v. 455). Si Œdipe devient un autre Tirésias, un deuxième aveugle, un deuxième musicien dans le film de Pasolini, nous pourrions en déduire que Tirésias se trouve également dans une condition d'humilité.

Dans le film de Pasolini, la pauvreté de Tirésias devient plus évidente de par ses vêtements : Tirésias ne porte qu'un long manteau de laine marron, sobre, usé. Il n'a même pas de chapeau pour l'abriter du soleil.

Cette pauvreté du devin aveugle rejoint les images de l'ermite, du sage.

 

La pauvreté de l'ouvrier

Pasolini lie l'humilité du personnage qui incarne la vérité, et la divinité, à une autre thématique qui lui est chère : celle de la condition ouvrière.

Ainsi, l'acteur qu'il a choisi pour incarner Tirésias, Julian Beck, est connu pour ses prises de positions anarchistes, pacifiques et révolutionnaires – une imagerie politique dans laquelle Pasolini se reconnaissait lui-même.

Par ailleurs, dans l'épilogue de son film, Pasolini montre Œdipe transformé en Tirésias : vieilli, les cheveux blanchis, devenu aveugle, il erre guidé par Angelo, et joue de la flûte – exactement comme Tirésias avant lui. Mais, contrairement à Tirésias, il ne joue pas le quatuor de Mozart : il joue l'air du "Chant des martyrs de la révolution de 1905", un chant d'inspiration révolutionnaire. Les pas d'Œdipe le mènent ensuite à la sortie d'une usine, les ouvriers évoluent dans le paysage de la banlieue urbaine.

Pasolini s'est toujours senti proche des milieux les plus humbles, d'où son amour pour les paysages des banlieues urbaines, et pour les jeunes hommes issus des classes ouvrières. Il n'est pas anodin qu'il relie ici, par l'intermédiaire de l'image de Tirésias, la classe ouvrière au sacré, et au divin !

 

L'AVEUGLEMENT ET LE SAVOIR

L'autre thématique intrinsèquement liée au personnage de Tirésias est celle de la cécité et du savoir.

AVEUGLEMENT ET SAVOIR DANS LE MYTHE DE TIRESIAS

Selon la version la plus courante du mythe de Tirésias, le devin aurait perdu la vue après avoir transgressé un interdit visuel. En effet, il aurait aperçu la déesse Athéna se baignant nue : la déesse lui a donc enlevé la vue. La mère de Tirésias aurait réclamé une compensation pour son fils à la déesse ; et celle-ci lui aurait alors donné le don de la prédiction.

Le paradoxe est présent dans la définition même du personnage : Tirésias voit la vérité, parce qu'il ne voit pas les apparences. Il est voyant car non-voyant. La connaissance et la cécité sont intrinsèquement liés.

 

LE THEME DE LA VISION ET DE L'AVEUGLEMENT

La thématique de l'aveuglement est présente à de nombreuses reprises dans le film de Pasolini ; il est intéressant de noter qu'elle est liée à la divinité – et par extension à la connaissance, puisque les dieux connaissent le destin auxquels ils ont condamné les hommes.

Ainsi, le soleil aveugle souvent Œdipe, et aveugle le spectateur, rendant l'image illisible : or, le soleil est une métaphore courante pour les dieux...

De plus, lorsqu'Œdipe s'obstrue la vision (lorsqu'il met son bras sur ses yeux) et qu'il tourne sur lui-même, afin de laisser le hasard décider de sa prochaine destination, ce sont les dieux qui s'expriment, et qui lui font fatalement suivre le chemin de... Thèbes !

 

ŒDIPE, DOUBLE DE TIRESIAS

Œdipe, qui voit le monde, ne peut pas voir la vérité de sa condition. Tirésias, en revanche, qui ne voit pas le monde, peut voir la vérité chez Œdipe : les personnages sont donc, lors de leur confrontation du premier épisode, l'exact opposé l'un de l'autre.

Mais, lorsqu'il aura admis la vérité sur sa condition, Œdipe se crèvera les yeux : il devient donc le double de Tirésias, un aveugle qui voit.

Il est d'autant plus un double de Tirésias qu'il acquiert son apparence physique : ses cheveux se blanchissent, il joue de la flûte, et Angelo est son guide.

Enfin, Œdipe devient voyant : à la fin du film de Pasolini, en arrivant dans le pré, il reconnaît sans le voir le lieu où sa mère l'a emmené étant enfant. Il s'agit là de la dernière image du film, et des dernières paroles prononcées.

CONCLUSION

La symbolique du personnage de Tirésias, comme sa fonction dramatique, font de lui un personnage très important : il est porteur des thèmes du sacré, de la vérité, et du divin, c'est-à-dire des thèmes les plus importants de l'œuvre. Par ailleurs, le lien entre la cécité et la connaissance, la vérité, fait de lui l'opposé d'Œdipe... avant qu'Œdipe ne devienne son double !

On pourrait considérer Œdipe, notamment à la fin du film de Pasolini, comme une image de Tirésias. Le protagoniste d'Œdipe roi devenant Tirésias, comment ne pas considérer Tirésias comme un personnage central de la tragédie ?

Fin de l'extrait

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