Correction Explication de texte - Philosophie Bac L 2017 Liban

Correction Explication de texte - Philosophie Bac L 2017 Liban

Voici le corrigé de l'explication de texte de l'épreuve de Philosophie du Bac L 2017 du Liban.
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Le texte à expliquer était Phénomenologie de la perception, de Merleau-Ponty. Ces éléments de corrigé ne sont que des indications, des pistes à suivre pour comprendre le texte, des éventuelles clés de lecture mais ne constituent en aucun cas un corrigé type. Ils témoignent avant tout d'une méthode à adopter face à un texte. Ce corrigé se veut donc être un exemple parmi d'autres d'explication de texte qui fait appel à d'autres compétences que celles requises par la dissertation.

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Correction Explication de texte - Philosophie Bac L 2017 Liban

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EXPLICATION DE TEXTE

MERLEAU-PONTY, PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION (1945)


AVANT-PROPOS

Ces éléments de corrigé ne sont que des indications, des pistes à suivre pour comprendre le texte, des éventuelles clés de lecture mais ne constituent en aucun cas un corrigé type.

Ils témoignent avant tout d'une méthode à adopter face à un texte.

L'analyse des notions importantes, la logique personnelle de l'argumentation sont essentielles pour faire un bon travail le jour de l'épreuve.

Ce corrigé se veut donc être un exemple parmi d'autres d'explication de texte qui fait appel à d'autres compétences que celles requises par la dissertation.


INTRODUCTION

Amorce : Lorsque Sartre expliquait la logique de la honte que l'on ne peut pas éprouver seul, face à soi-même mais nécessairement par rapport à autrui qui est susceptible de m'humilier, il montrait le lien essentiel entre conscience de soi et conscience d'autrui. De la même manière, Merleau-Ponty met au jour la logique du désir dans ce texte.

Objection : Mais si la honte est un sentiment clair, aisé à décrypter, le désir lui, est marqué par la contradiction, ce que Merleau-Ponty appelle aussi "la dialectique". Il semble que notre rapport au corps dans le cadre du désir est un indice de cette contradiction qui nous habite lorsque nous désirons quelqu'un.

Problématique : L'enjeu de ce texte est de montrer quel est le véritable enjeu du désir, qui ne se réduit pas à un asservissement. Comme dans le cas de la honte, le désir de domination est le symbole d'un désir plus profond et plus difficile à déceler, celui d'être reconnu comme une conscience libre.

Thèse de l'auteur : Alors qu'on croit que le désir trouve sa satisfaction dans un pur rapport de forces, Merleau-Ponty nous explique qu'il a besoin de la reconnaissance mutuelle entre deux consciences qui sont celles de deux individus libres. Le corps désirant et désiré est toujours un corps intentionnel et donc conscient. 

Annonce de plan : Nous suivrons la logique de l'argumentation de Merleau-Ponty en commençant par nous intéresser à l'enjeu apparent de l'exposition du corps aux yeux d'autrui pour comprendre la nature du rapport dialectique entre conscience de soi et conscience d'autrui. La conjonction de coordination "mais" au milieu du texte introduit une rupture : ce qu'on prenait jusque-là pour un pur désir de domination cache en fait un désir plus souterrain, plus profond, celui d'être reconnu par autrui comme un sujet libre ; se joue dans ce rapport entre des consciences une signification métaphysique. Enfin, le cas spécifique du désir sexuel montrera la logique de la fascination et ses limites ainsi que le rôle de la conscience dans ce rapport. 


PREMIERE PARTIE

Dans cette première partie, Merleau-Ponty va expliciter les deux intentions à l'œuvre lorsque nous désirons montrer ou cacher notre corps à autrui. Ces deux intentions contradictoires tendent à prouver que le désir est un rapport dialectique entre le moi et autrui.


a. Calcul des risques et rapport de force

L'exposition du corps, qui est voulue, qui témoigne d'une intentionnalité, fait courir un risque au moi donc il est conscient, celui d'être menacé par le regard d'autrui. Merleau-Ponty décrit là le moment d'observation réciproque entre deux consciences, entre deux corps. Si mon corps ne fascine pas autrui, je suis menacé d'être "dérobé à moi-même". L'exposition du corps parce qu'elle n'est pas "ordinaire", qu'elle consiste en un privilège accordé à autrui, au "regard étranger" est faite dans la crainte mais dans l'intention de soumettre l'autre. Le champ lexical de la bataille est implicite ("lui livrer autrui sans défense") dans ce début de texte mais prégnant. Soit mon corps va ma desservir et je vais être nié par autrui, néantisé dirait Sartre, bref je vais être méprisé, soit il va me servir d'arme pour asservir l'autre. Ce premier moment du jeu de regards est donc capital, il permet d'évaluer les forces, les faiblesses et les intentions des deux personnes. La construction de cette première phrase du texte est binaire, elle met en valeur donc d'une part l'intention du moi et d'autre part sa crainte s'il échoue à satisfaire son désir.


b. Un rapport dialectique

Le fait de vouloir exposer son corps est appelé par Merleau-Ponty "impudeur" tandis que le fait de vouloir le cacher, par crainte, est appelé "pudeur". Dans les deux cas, il s'agit d'un rapport intentionnel qui vise autrui. Mais ce rapport est traversé par une contradiction, ce qu'on appelle aussi une "dialectique". Cette dialectique se joue entre le moi et autrui et a la même forme que la dialectique du maître et de l'esclave telle qu'on la trouve formulée par Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit. Comme chez Hegel, Merleau-Ponty raconte dans ce texte le moment de la rencontre entre deux consciences qui visent toutes deux la reconnaissance. A l'issue du combat entre ces deux consciences animées du même désir, l'une va être reconnue comme "maître" de l'autre qui devient "esclave", à qui est donc provisoirement retirée la liberté. Les deux points explicitent cette thèse. Le corps est à la fois une force et une faiblesse pour la conscience. Il peut servir à m'objectiver, à faire de moi une chose, à me retirer ma liberté et mon individualité parce que je ne suis plus reconnu comme "personne". Mais il peut aussi servir à se rendre "maître" d'autrui. Dans les deux cas de figure, tout se joue dans les regards que l'un et l'autre s'adressent, et dans un rapport intersubjectif. L'enjeu est de "compter" comme "personne" pour l'autre. Par mon regard, je peux nier la présence d'autrui, en faisant comme s'il n'existait pas par exemple, en le méprisant. Le rapport dialectique est nécessairement un rapport inégal. 


Transition : Les deux consciences qui se rencontrent pour la première fois et qui s'exposent en montrant leurs corps sont d'emblée plongées dans un rapport de forces. A première vue, ce rapport témoigne d'un désir de domination (libido dominandi) qui trouve sa satisfaction dans l'asservissement de l'autre, réduit à un simple objet. Cependant, on va voir qu'une fois la bataille remportée, on découvre que cette maîtrise est une illusion et que l'intention du sujet qui s'expose aux yeux d'autrui est toute autre. 


DEUXIEME PARTIE

Quand l'autre est choséifié, désindividualisé, nié dans son existence par la conscience gagnante, on réalise que cette maîtrise est un leurre : "cette maîtrise est une impasse". Le moi ne désire pas seulement asservir l'autre, il veut être reconnu par lui et exige donc que l'autre soit également un sujet, doué de raison et de liberté sans quoi cette reconnaissance n'a aucune valeur. 


a. Le problème de la reconnaissance

Si l'autre est "fasciné", il est aliéné, il dépend entièrement du pouvoir du moi. Il m'a donc reconnu comme vainqueur, il est "sans défenses" mais au moment où il se rend, la reconnaissance perd toute sa valeur. En effet, être reconnu par un individu objectivé, esclave de moi, n'a aucun sens, je ne suis pas valorisé par cette reconnaissance. L'objet de mon désir était que cet individu en particulier, cette personne singulière, me reconnaisse comme conscience. Si la reconnaissance n'a pas lieu entre deux consciences libres, si elle n'est pas mutuelle, elle ne permet aucune maîtrise et ne provoque aucune satisfaction, le rapport intersubjectif n'a pas lieu d'être.


b. La signification métaphysique du rapport dialectique

Le corps n'est pas un simple instrument de domination qui intervient dans un rapport de force. Il est le support d'une "signification métaphysique", il renvoie à une conscience et témoigne d'une intention. Il exprime les risques encourus dans ce rapport entre deux consciences qui désirent la reconnaissance. Le corps, ses attitudes et ses jeux de regards montrent qu’on n’a pas affaire à un rapport désincarné entre des animaux qui se menacent mais entre "une pluralité de conscience". L'expression "signification métaphysique" veut dire que le corps fait référence à une réalité au-delà du niveau physique, au-delà de lui-même donc, à une conscience libre. En me montrant à autrui, je ne suis pas habité réellement par un désir de domination : "je cherche à être vu comme sujet". Je ne cherche pas à être vu tout court, l'impudeur est déjà la manifestation d'une volonté d'être reconnu comme conscience par une autre conscience de mon choix. 


Transition : Tout rapport intersubjectif prend la forme d'une lutte pour la reconnaissance entre deux consciences qui désirent être vues comme des sujets. Une fois le schéma posé, Merleau-Ponty introduit le cas spécifique du désir sexuel.


TROISIEME PARTIE

Le désir sexuel est un cas spécifique du schéma général de la dialectique maître/esclave qui caractérise l'ensemble des rapports intersubjectifs. Il mobilise les mêmes comportements : pudeur, impudeur, désir de fasciner et crainte, mais de façon exacerbée et plus individualisée.


a. Une lecture métaphysique du désir sexuel

On a eu tendance dans la tradition philosophique à lire le désir sexuel sous le prisme de l'instinct, en réduisant le corps à un support de passions. Dans cette perspective, on a procédé à une lecture biologique du phénomène du désir sexuel sans prendre en compte le fait qu'il engageait deux individus, deux personnes et donc deux consciences libres. Le désir sexuel a lui aussi une signification métaphysique. En exposant mon corps à la nudité et donc au regard d'autrui, je désire qu'il le reconnaisse comme le signe de ma conscience libre. Le désir sexuel concerne deux personnes qui se choisissent et qui se jugent, qui s'évaluent. Le corps n'est pas qu'un corps, il n'est pas un simple objet mais "un corps animé par une conscience".


b. La figure du témoin

La dimension métaphysique du désir explique l'hostilité potentielle à l'égard d'un tiers observateur. Celui-ci détourne l'attention de l'être désiré, il devient un adversaire à la satisfaction du désir éprouvé par le moi. Il peut devenir l'objet du désir de l'autre et son intervention dans le rapport entre deux personnes brise la dynamique de la reconnaissance qui s'est engagée. Si le moi perçoit une attitude trop "naturelle" ou des "propos trop détachés", il prend ce comportement pour de l'indifférence en lisant les signes qui lui parviennent. Cette indifférence est un obstacle à la reconnaissance de sa valeur, de sa singularité et le réduit à un corps parmi d'autres, tandis que le tiers est perçu comme sujet par l'objet du désir. Il y a alors conflit entre des consciences qui sont toutes animées par une même intention : être vues comme des sujets. Le désir sexuel est forcément aliénant parce que celui qui est trop "libre d'esprit" échappe à la fascination et donc à la possibilité d'une reconnaissance exclusive entre deux consciences. 


CONCLUSION

Bilan : Nous avons donc explicité le schéma général du rapport intersubjectif qui fait intervenir deux consciences désirant être reconnues comme sujets en exposant leurs corps et en envoyant un certain nombre de signes de reconnaissance.

Thèse de l'auteur : La dynamique de la reconnaissance qui prend la forme d'un rapport dialectique entre le moi et autrui ne se réduit pas à un désir de domination ou d'asservissement. En exposant mon corps à la personne de mon choix, je veux qu'il lui reconnaisse sa valeur, qui est intimement liée au sujet libre que je suis. 

Intérêt du texte / Ouverture : Cette lecture du schéma général du désir est inédite même si elle reprend largement les acquis de la pensée de Hegel. S'il est question de conscience et de lutte pour la reconnaissance, la grande nouveauté de l'approche proposée par Merleau-Ponty est qu'il procède à une lecture proprement phénoménologique du désir comme l'indique le titre de son ouvrage. Il essaye d'en comprendre la logique en analysant le sens des attitudes corporelles et place ainsi le corps au cœur des réflexions sur l'intersubjectivité. On pourrait poursuivre dans cette voie en s'intéressant à la philosophie du corps propre qui consiste à caractériser le rapport que le moi entretient avec son propre corps. 

Fin de l'extrait

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