Correction Explication de texte Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Correction Explication de texte Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Voici le corrigé de l'explication de texte (sujet 3) de l'épreuve de Philosophie du Bac L de Pondichéry 2017.
Le sujet 3 portait sur une explication de texte à réaliser, à propos d'un texte d'Alain sur le vote.
Téléchargez gratuitement ce corrigé, et retrouvez le sujet de cette épreuve de Philosophie Bac L de Pondichéry 2017, ainsi que les corrigés du sujet 1 et du sujet 2 !

Correction Explication de texte Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Le contenu du document


SUJET N° 3 : TEXTE D’ALAIN SUR LE VOTE
NOTION EN JEU : LA POLITIQUE.

 

AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve.

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques...

TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant :

« Voter, ce n’est pas précisément un des droits de l’Homme : on vivrait très bien sans voter, si l’on avait la sûreté, l’égalité, la liberté. Le vote n'est qu’un moyen de conserver tous ces biens. L’expérience a fait voir cent fois qu’une élite gouvernante, qu’elle gouverne d’après l’hérédité, ou par la science acquise, arrive très vite à priver les citoyens de toute liberté, si le peuple n’exerce pas un pouvoir de contrôle, de blâme et enfin de renvoi. Quand je vote, je n’exerce pas un droit, je défends tous mes droits. Il ne s’agit donc pas de savoir si mon vote est perdu ou non, mais bien de savoir si le résultat cherché est atteint, c’est-à-dire si les pouvoirs sont contrôlés, blâmés et enfin détrônés dès qu’ils méconnaissent les droits des citoyens. On conçoit très bien un système politique, par exemple le plébiscite1, où chaque citoyen votera une fois librement, sans que ses droits soient pour cela bien gardés. Aussi je ne tiens pas tant à choisir effectivement, et pour ma part, tel ou tel maître, qu’à être assuré que le maître n’est pas le maître, mais seulement le serviteur du peuple. C’est dire que je ne changerai pas mes droits réels pour un droit fictif. »

1 Vote par lequel un peuple abandonne le pouvoir à un homme. ALAIN, Propos, Le citoyen contre les pouvoirs.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.


PRESENTATION DU SUJET

Ce texte d’Alain a trait à une notion classique du programme de terminale L, “Société et État”,

faisant partie du grand domaine  la politique”.

Il s’agit d’un texte mêlant citoyenneté et politique puisqu’Alain y questionne les tenants et aboutissants du vote, acte démocratique par excellence, démocratique parce qu’il permet au citoyen de garantir ses libertés fondamentales en ayant un point de contrôle avec la classe dirigeante. Le but pour Alain est de démontrer, sans le dénigrer pour autant, que le vote ne saurait constituer un droit de l’Homme réel.


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.).

• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.

• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.

• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.

1. Situation du texte

Dans ce texte, extrait du livre Propos, chapitre “Le citoyen et les pouvoirs”, Alain...

2. Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait)

... s’intéresse au vote, et cherche à définir à quoi il sert, quelle est sa fonction, s’il s’agit bien d’un droit de l’homme ou non.

Problème du texte

Alors qu’il est considéré par tous, et l’opinion commune, comme un droit de l’homme fondamental, Alain explique que le vote n’en est pas un. Il soulève donc un paradoxe par rapport à la pensée traditionnelle. Comment procède-t-il ? Dénigre-t-il donc le vote ?

Thèse du texte (point de vue défendu par Alain)

Pour Alain, voter n’est pas un droit, parce que c’est le seul moyen pour un citoyen, de garantir, justement, les droits de l’Homme. Il est là pour permettre au citoyen de s’assurer, en démocratie, que le légal et le légitime coïncident et que le premier n’outrepasse pas le second. Le vote est le point de contrôle du citoyen sur les lois et sur le gouvernant.

Enjeu

L’enjeu ici est de faire du vote autre chose qu’un droit de l’homme, sans le dénigrer pour autant. Et c’est bien ce que fait Alain ici, puisqu’il le dit, sans le vote, nous serions dans des dictatures. Le vote étant le moyen que les droits se conservent, son utilité, sa valeur, sont réelles. C’est simplement sa finalité première, la liberté d’expression politique, qui est ici dévaluée.

Annonce du plan (étapes par lesquelles Alain procède).

Pour mener à bien son argumentation, Alain procède en deux temps. Dans un premier temps, le philosophe explique que le vote, plus qu’un droit de l’Homme, est un moyen de conserver les droits de l’Homme que sont la sûreté, l’égalité, la liberté, puisqu’il agit comme un point de contrôle des lois et des gouvernants, qui les empêche de faire comme bon leur semble et de s’éloigner du service du peuple. Dans un second temps, Alain peut donc aller plus loin dans son idée que le vote n’est pas un droit de l’Homme réel, mais simplement – et c’est déjà énorme – l’arme démocratique par excellence. Il n’est un droit de l’Homme que fictif en comparaison aux autres droits.


PROPOSITION DE PLAN

Le vote, plus qu’un droit de l’Homme, est un moyen de conserver les droits de l’Homme.

« Voter, ce n’est pas précisément un des droits de l’Homme : on vivrait très bien sans voter, si l’on avait la sûreté, l’égalité, la liberté. »

↳ Alain va à l’encontre de la pensée traditionnelle quant au vote, puisqu’il réfute d’emblée le fait qu’il soit d’abord et avant tout un droit de l’homme. Ceci est paradoxal pour celui qui s’en tient à l’histoire et qui sait à quel point le vote a été le fruit d’une lutte pour sortir de l’hérédité royaliste, puis du suffrage censitaire des monarchies, puis pour que les femmes mêmes aient le droit de voter (XXème siècle seulement pour notre pays la France). Pour Alain, si le vote n’est pas précisément un droit, c’est qu’on pourrait très bien vivre sans voter... Mais dans certaines conditions, qui sont les suivantes: la sûreté, l’égalité, la liberté, qui quant à elles, sont précisément des droits de l’homme, énoncés comme telles dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Donc, le vote n’est pas un droit à proprement parler, par contre, il permet d’assurer les trois droits cités que sont la sûreté, l’égalité et la liberté. Il est donc un moyen de garantir des droits de l’homme et non un droit de l’homme en tant que tel, comme va le préciser la phrase suivante.

« Le vote n’est qu’un moyen de conserver tous ces biens. »

↳ Dans cette phrase, Alain pose la conclusion de sa démonstration antérieure : « le vote n’est qu’un moyen de conserver tous ces biens ». Autrement dit, dans une démocratie, les droits de l’homme suscités existent, mais il serait nécessaire d’agir pour ne pas les perdre, donc pour les conserver, et c’est en ce sens que le vote est fondamental. Le vote n’est qu’un moyen, donc il n’est pas une fin en soi ! Entre les lignes, on devine que pour Alain le vote sert à conserver ces droits fondamentaux plus qu’à exprimer une quelconque idée politique. Mais pourquoi ? Ces droits seraient-ils en danger ? Oui, comme le montre la phrase suivante.

« L’expérience a fait voir cent fois qu’une élite gouvernante, qu’elle gouverne d’après l’hérédité, ou par la science acquise, arrive très vite à priver les citoyens de toute liberté, si le peuple n’exerce pas un pouvoir de contrôle, de blâme et enfin de renvoi. »

↳ Dans cette phrase, Alain explique pourquoi nos droits fondamentaux peuvent ne pas durer si l’on n’y prend garde : à cause de la classe dirigeante, qui, si elle n’est pas contrôlée, finit par priver les citoyens de ses libertés. C’est donc l’idée que tout pouvoir non contrôlé finit par être abusif et néfaste pour les citoyens. Il faut donc contrer cette tendance, et le vote est le moyen du peuple pour cela. Un moyen à trois dimensions, mises en évidence par une gradation sous la plume d’Alain : 1) contrôler les dirigeants, 2) les blâmer, 3) les renvoyer. Le vote est donc un moyen pour le peuple de ne pas laisser la classe dirigeante, l’élite, prendre des décisions à ses dépens et les priver de leurs droits fondamentaux. Dit comme cela, ce n’est alors plus très original ni paradoxal, tant il est assumé que le vote est le moyen par lequel le peuple peut s’exprimer et contraindre la classe dirigeante. D’où le fait qu’il soit l’arme démocratique par excellence (avec évidemment le référendum, mais les deux n’agissent pas dans les mêmes circonstances). Par le vote, on rappelle ainsi que les lois qui ne sont pas là pour faire respecter les droits de l’homme n’ont pas lieu d’être. Le vote est ainsi un moyen de voir si le légal est bien légitime, d’où son caractère hautement démocratique pour Alain.

« Quand je vote, je n’exerce pas un droit, je défends tous mes droits. »

↳ Conclusion ici d’Alain, ou sa thèse explicitée : si le vote n’est pas à considérer comme un droit, c’est que l’acte même de voter constitue une défense de tous mes droits. Ce pouvoir globalisant du vote excède donc le fait qu’il fasse partie de mes droits. Il est le droit qui garantit tous les autres.

Le vote, donc, est l’arme démocratique par excellence, mais il n’est pas un droit de l’Homme à proprement parler.

« Il ne s’agit donc pas de savoir si mon vote est perdu ou non, mais bien de savoir si le résultat cherché est atteint, c’est-à-dire si les pouvoirs sont contrôlés, blâmés et enfin détrônés dès qu’ils méconnaissent les droits des citoyens. »

↳ Insistance là encore sur l’utilité réelle du vote : elle est moins dans l’idéologie que nous défendons et dans le candidat ou le groupe que nous soutenons que dans le fait de contrôler le pouvoir et le punir s’il va à l’encontre des droits des citoyens. Peu importe selon Alain qu’un vote soit perdu ou non, en ce sens. Il est même au contraire toujours gagnant puisqu’il garantit mes droits. Peu importe le choix idéologique que permet le vote, donc la liberté d’expression qu’il contient, ce qui importe le plus c’est la garantie de tous les droits qu’il permet. Alain se place ici d’un point de vue quantitatif : ce qui importe c’est tous les droits garantis et non un seul droit en particulier.

« On conçoit très bien un système politique, par exemple le plébiscite, où chaque citoyen votera une fois librement, sans que ses droits soient pour cela bien gardés. »

↳ Un cas particulier, une exception, dans le vote, existent : le plébiscite, qui va à l’encontre de ce qu’Alain vient de dire quant au pouvoir du vote de conserver nos droits, c’est le plébiscite, l’acte par lequel les hommes remettent tous les pouvoirs à un homme seul parce que sa décision fait l’unanimité. Le plébiscite c’est un vote où le consensus est tel que l’homme de pouvoir n’est pas du tout remis en question. Le vote n’y trouve pas son sens usuel ni sa fonction première.

« Aussi je ne tiens pas tant à choisir effectivement, et pour ma part, tel ou tel maître, qu’à être assuré que le maître n’est pas le maître, mais seulement le serviteur du peuple. »

↳ Exemplification par Alain de ce qu’il vient de dire : pour lui peu importe l’homme pour lequel il vote, car cet homme si le citoyen ne prend pas garde sera un maître, avec la méfiance qui s’impose (voler les droits des citoyens), seul importe de s’assurer que cet homme soit le serviteur du peuple uniquement. Vision idéaliste d’Alain ici, malgré son fond de réalisme, car quoiqu’il en soit, voter en suffrage universel n’implique pas forcément que notre élu nous serve... (cf. des choses comme le 49.3, entre autres). Ceci s’appliquerait si le vote était beaucoup plus continu, ou dans une démocratie plus aboutie encore.

« C’est dire que je ne changerai pas mes droits réels pour un droit fictif. »

↳ Le vote là encore est considéré comme l’arme démocratique par excellence, il est le rappel que le pouvoir est là uniquement pour servir le peuple, et pour contrôler les dirigeants et faire en sorte qu’ils ne s’écartent pas de ce principe. Mais ce que veut dire précisément Alain ici, qui surenchérit son idée que le vote n’est pas un droit de l’homme à proprement parler, c’est qu’il y a une non équivalence totale entre les droits humains fondamentaux et le vote, les premiers sont réels, le second reste fictif, car il n’est pas au même niveau que les autres et il n’aurait aucun intérêt si les autres pouvaient rester pérennes sans son secours.

Fin de l'extrait

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