Correction Explication de texte - Philosophie Bac L 2017 Washington

Correction Explication de texte - Philosophie Bac L 2017 Washington

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Ce texte de Malebranche a trait à deux notions classiques du programme de terminale L, "le désir", faisant partie du grand domaine "le sujet", et "le bonheur", faisant quant à lui partie intégrante du thème de "la morale".

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Correction Explication de texte - Philosophie Bac L 2017 Washington

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EXPLICATION DE TEXTE : MALEBRANCHE

Notion en jeu : le désir


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« La raison nous assure que puisqu’il n’est pas en notre pouvoir de borner nos désirs, et que nous sommes portés par une inclination naturelle à aimer tous les biens, nous ne pouvons devenir heureux qu’en possédant celui qui les renferme tous. Notre propre existence nous fait sentir que nous ne sommes pas heureux dans la possession des biens dont nous jouissons, puisque nous en souhaitons encore d’autres. Enfin, nous voyons tous les jours que les grands biens dont les princes et les rois même les plus puissants jouissent sur la terre, ne sont pas encore capables de contenter leurs désirs ; qu’ils ont même plus d’inquiétude et de déplaisir que les autres, et qu’étant, pour ainsi dire, en haut de la roue de la fortune, ils doivent être infiniment plus agités et plus secoués par son mouvement que ceux qui sont au-dessous et plus proches du centre. Car enfin ils ne tombent jamais que du haut ; ils ne reçoivent jamais que de grandes blessures ; et toute cette grandeur qui les accompagne et qu’ils attachent à leur être propre, ne fait que les grossir et les étendre, afin qu’ils soient capables d’un plus grand nombre de blessures et plus exposés aux coups de la fortune. »

MALEBRANCHE, De la recherche de la vérité, 1675.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 


PRESENTATION DU SUJET 

Ce texte de Malebranche a trait à deux notions classiques du programme de terminale L, “le désir”, faisant partie du grand domaine ‟le sujet”, et “le bonheur”, faisant quant à lui partie intégrante du thème de “la morale”.

Il s’agit d’un texte mêlant donc deux thèmes très proches, le désir et le bonheur, puisqu’il va de soi que l’on ne peut espérer être heureux sans avoir de satisfaction minimale de ses désirs. Mais au travers de ce rapport entre désir et bonheur, Malebranche va plus loin et se heurte aux questions de la matérialité ou non du bonheur (suffit-il d’avoir une certaine existence matérielle pour être heureux ?) et de l’universalité de sa difficulté d’accès (les gens d’élite, nés sous une bonne étoile, sont-ils plus heureux que les autres ?).


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.). 


• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.


• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.


• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.


1) Situation du texte 

Dans ce texte, extrait du livre De la recherche de la vérité, Malebranche...


2) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait)

... s’intéresse aux rapports étroits qu’entretiennent le désir et le bonheur...


3) Problème du texte

... et se demande ainsi comment, au vu de l’éternelle insatisfaction et insatiabilité du désir, parvenir au bonheur, c’est-à-dire à un état de satisfaction continue ?


4) Thèse du texte (point de vue défendu par Malebranche)

Pour Malebranche, il n’y a pas de solution à cette question. Le désir est par nature illimité, sa tendance est de se déplacer à un autre bien dès qu’un bien est possédé… c’est sans fin, du coup impossible d’être heureux en considérant que le bonheur est matériel. Preuve en est : les êtres d’élite, nés sous la bonne étoile, sont dans une situation encore pire que celle des gens lambdas.


5) Enjeu

L’enjeu de ce texte est, pour Malebranche, double : 1° montrer que le bonheur n’est pas matériel et que la condition humaine, à l’instar d’un Pascal, est malheureuse par nature ; 2° montrer que tout le monde est égal dans cette quête inassouvie du bonheur, les grands de ce monde ne font pas exception et ont une situation peut-être même plus pénible que la nôtre.


6) Annonce du plan (étapes par lesquelles Malebranche procède)

Malebranche procède ainsi en deux temps. D’abord, il montre, de manière très générale, que l’homme, en proie à un désir absolument insatiable, ne saurait trouver son repos que dans le plus grand des biens : l’apaisement, le bonheur... mais ce bonheur est introuvable tant que l’homme est en proie au désir, c’est un cercle vicieux. Ensuite, dans un second temps, Malebranche démontre que les hauts gens de ce monde ne font pas exception : au vu de leur situation spatio-métaphysique, que l’on comprendra avec la métaphore de la roue de la fortune et de leur position en hauteur sur cette roue agitée, les princes et les rois sont les plus secoués, agités par l’existence.


PROPOSITION DE PLAN

PARTIE 1 : L’HOMME EN PROIE AU DESIR INSATIABLE NE TROUVE SON REPOS QUE DANS LE PLUS GRAND DES BIENS : LE BONHEUR.

« La raison nous assure que puisqu’il n’est pas en notre pouvoir de borner nos désirs, et que nous sommes portés par une inclination naturelle à aimer tous les biens, nous ne pouvons devenir heureux qu’en possédant celui qui les renferme tous. » 

Malebranche évoque ici le rapport extrêmement classique entre le désir et le bonheur. Vision classique qu’est la sienne en effet du désir, à l’instar du tonneau des Danaïdes de Platon, insatiable, illimité, à jamais insatisfait, nous ne pouvons par les borner. Pire encore, notre désir ne se porte pas sur un bien en particulier, mais sur tous les biens ! Extension maximale du désir donc, qui par nature donc, ne pourrait ni être comblé ni satisfait. 

Mais alors, à courir après l’impossible, nous sommes voués au malheur, attendant sans cesse de satisfaire un désir qui lui ne se satisfait pas. La solution de Malebranche se trouve alors de manière restrictive : nous ne pouvons être heureux qu’en possédant le bien qui renferme tous les autres biens. On devine que ce dernier est le bonheur.


« Notre propre existence nous fait sentir que nous ne sommes pas heureux dans la possession des biens dont nous jouissons, puisque nous en souhaitons encore d’autres. » 

Malebranche évoque un constat pour expliciter sa phrase juste avant. Le constat selon lequel la possession des biens dont nous jouissons ne nous suffit pas, sous-entendue l’idée d’éternelle insatisfaction qui nous anime. Et si ces biens que l’on possède ne nous suffisent pas, c’est pour une raison toute simple : s’ils nous comblaient, nous n’en désirerions pas d’autres. Cf. la phrase de Saint Augustin, « être heureux c’est continuer à désirer ce que l’on possède ».


PARTIE 2 : L’EXEMPLE PARLANT DES ETRES DE L’ELITE QUE SONT LES PRINCES ET LES ROIS, OU CORROBORATION QUE LE DESIR N’EST PAS MATERIEL.

« Enfin, nous voyons tous les jours que les grands biens dont les princes et les rois même les plus puissants jouissent sur la terre, ne sont pas encore capables de contenter leurs désirs ; »

↳ Malebranche effectue une gradation et passe du commun des mortels à la classe supérieure de la population, les princes et les rois les plus puissants, dont on s’imagine souvent qu’ils ont un lien avec le divin et qu’ils sont les plus heureux, puisqu’ils possèdent tout. Or que nous dit Malebranche ? Que malgré tous ces biens, aussi immenses soient-ils, ces êtres de l’élite ne sont pas plus aptes que les autres à contenter leur désir. Donc, le désir ne dépend pas d’une quantité de biens possédée, ni même de la qualité de ces biens. Il n’est pas matériel, il dépend d’autre chose. Mais de quoi ? Et comment le combler, alors ? 


« ... qu’ils ont même plus d’inquiétude et de déplaisir que les autres, et qu’étant, pour ainsi dire, en haut de la roue de la fortune, ils doivent être infiniment plus agités et plus secoués par son mouvement que ceux qui sont au-dessous et plus proches du centre. »

↳ Pire encore, ce que nous montre cet exemple, c’est que ces êtres de l’élite sont encore plus malheureux que les autres. Cela constitue, semble-t-il, un véritable paradoxe (paradoxe = ce qui va à l’encontre de la doxa, de l’opinion commune) ... Mais pourquoi Malebranche défend-il cette idée ? Pour l’expliquer, il a recours à une image, et à une analogie spatiale. L’image, c’est la rouge de la fortune, or les êtres de l’élite y sont situés en haut, contrairement au commun des mortels situés plutôt au centre... Or si l’on est en haut, forcément lorsque la roue tourne, on est plus désorienté que si l’on était au milieu. Le mouvement est plus fort. Par analogie donc, les princes et les rois sont beaucoup plus agités et en proie au secouement que les autres, donc ils ne sont pas dans le repos de l’âme ou la sérénité, constitutifs du bonheur.


« Car enfin ils ne tombent jamais que du haut ; ils ne reçoivent jamais que de grandes blessures ; et toute cette grandeur qui les accompagne et qu’ils attachent à leur être propre, ne fait que les grossir et les étendre, afin qu’ils soient capables d’un plus grand nombre de blessures et plus exposés aux coups de la fortune. »

↳ Sous la plume de Malebranche, la métaphore spatiale continue. Parce qu’ils sont en haut de la roue de la fortune, les princes et les rois tombent de plus haut, se font de ce fait plus mal en tombant, et récoltent ainsi une extension beaucoup plus grande que les autres. C’est logique, leur superficie étant plus étendue, ils sont sujets à plus de cibles que ceux dont l’existence ne constitueraient qu’un point... Leçon de morale ici de Malebranche, donc : ne pas envier les princes et les rois, si leur existence semble plus douce, plus empruntée, plus envieuse d’un point de vue matériel, leur position métaphysique sur la roue de la fortune les condamne à être les plus malheureux parmi tous... Inutile de préciser évidemment qu’une telle explication métaphysico-spatiale des êtres d’élite est facilement réfutable par le poids de la réalité : comment soutenir qu’un esclave serait moins en proie aux malheurs qu’un roi ?

Fin de l'extrait

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