Correction Philosophie - Bac L 2016 Polynésie

Correction Philosophie - Bac L 2016 Polynésie

digiSchool Bac L vous propose le corrigé de l'épreuve de Philosophie du Bac L 2016 de Polynésie Française.
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Les 3 sujets qui vous étaient proposés étaient les suivants : La politique est-elle une science ? ; Toute vérité est-elle vérifiable ? ; et une explication de texte d'Alain sur le rapport du langage à la pensée.

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Correction Philosophie - Bac L 2016 Polynésie

Le contenu du document


LA POLITIQUE EST-ELLE UNE SCIENCE ?


Notion en jeu : la politique.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « La politique est-elle une science ? », a trait à une notion classique du programme de terminale L, la politique, faisant partie du grand domaine du ‟politique”. Il va s’agir ici de se questionner sur l’essence même de la politique : est-elle une science ou autre chose, comme un art par exemple ? Comment qualifier de science quelque chose qui porte sur les affaires humaines et sur une certaine liberté ? N’est-ce pas antinomique ?

On pourrait comprendre ce sujet selon une portée épistémologique : il questionne quant au rapport que la politique entretient au savoir et se demande finalement quel type de savoir elle est.


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


DEFINITION DES TERMES

• la politique : ensemble des discours, actions et réflexions ayant pour objet l'organisation du pouvoir au sein d'une société. C’est aussi la ligne directrice, façon particulière de gouverner et d'administrer, en particulier un État.


• est-elle : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. Ici le sujet nous demande juste si la politique est une science. Cela signifie qu’il faut faire un sens à la deuxième dimension du verbe être, à savoir un verbe de nature ou d’essence. Est-il de la nature de la politique d’être une science


• une science : la science, au sens général, désigne l'ensemble des connaissances humaines qui se rapportent à des faits obéissant à des lois objectives (ou considérés comme tels) et dont la mise au point exige systématisation et méthode. Elle a pour finalité la vérité et l’objectivité.


MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

- sujet : la politique est-elle une science ?

- réponse évidente : non, a priori la politique n’est pas une science, car ses caractéristiques (la gestion des affaires humaines, la mise en forme d’un gouvernement, etc.) semblent impliquer une liberté contraire à toute scientificité, reposant quant à elle bien plus sur la nécessité.

- réponse opposée, qui réfute la première réponse, ou en montre les limites :  non seulement elle n’est pas une science, mais en plus il ne faudrait surtout pas la considérer comme telle ce sans quoi ce serait dangereux et elle pourrait bien se transformer en totalitarisme, ce qui serait contre-productif. 


↳ La tension est ici sensible : soit la politique est une science, soit la politique n’est pas une science, et dans ce cas pourquoi, et quelle est-elle alors ?


Cela amène alors la problématique : science et politique semblent relativement antagonistes du point de vue de leurs caractéristiques, l’une étant corrélative de la nécessité, l’autre de la liberté des actions humaines. Mais alors, est-il possible de concevoir la politique comme science ou non ? Pourquoi dans ce cas parlons-nous de sciences politiques ? Si la politique n’est pas une science, les êtres humains n’étant pas aussi figés dans leur histoire et leurs comportements que les chiffres mathématiques et les lois physiques peuvent l’être, alors qu’est-elle, cette politique ? Une technique ? Un art ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Non, la politique n’est pas une science, car a priori politique et science s’opposent en tous points.

1. Science et nécessité

Les objets des sciences semblent régis par une certaine immuabilité : les chiffres seront toujours intangibles, fixes, 2 ne sera jamais 4 et un triangle n’aura jamais plus ou moins de trois côtés. Pour différencier les sciences mathématiques, physiques, ou biologiques, des sciences touchant l’homme, on distingue sciences dures / et sciences molles, les premières étant celles de la nécessité, les autres non, plus des sciences interprétatives qu’autre chose. Dans ce sens peut-on parler de la politique comme d’une science ?


2. Politique et liberté

Au contraire de la science, la politique porte sur la liberté, celle des affaires humaines, non soumises à un quelconque déterminisme. Et sur le contingent aussi, du coup, c’est-à-dire sur quelque chose de non prévisible et de relativement hasardeux. De plus, la politique, cherchant le juste gouvernement ou la juste gestion des affaires humaines, est de l’ordre des valeurs plus que de l’ordre de la vérité objective, contrairement là encore à la science.


II. Non seulement elle n’est pas une science, mais en plus il ne faut pas la considérer comme telle, ce serait dangereux.

1. L’homme ne peut se soumettre à être seulement un objet de science

L’homme est un sujet, un sujet libre, avec des intentions, une créativité, une subjectivité propre et inouïe qui dépassent totalement le statut d’objet scientifique. L’homme ne peut pas se limiter dans une catégorie, à n’être qu’un individu d’une espèce précise et fichée, étiquetée. L’homme parce qu’il a une conscience n’est pas objectivable. La science politique, comme on dit, étudie des phénomènes qui ont été généralisés, qui correspondent à des tendances mais pas à des réalités singulières. La politique est bien plus une casuistique qu’une affaire scientifique, et si elle se considère comme une science, ce n’est qu’en négligeant toute la subjectivité humaine.


2. Le risque du totalitarisme

L’idéologie totalitariste se prétend scientifique, et c’est au nom de la science qu’il prétend agir. Le Troisième Reich se fondait sur une pseudo biologie des races, on voit où cela a mené. Le totalitarisme en effet, ainsi que l’explique Arendt (Les origines du totalitarisme), entend contraindre le réel à des lois intangibles, alors que le référent du politique est au contraire une réalité vivante, libre, jamais fixée dans une pseudo-science.


III. La politique serait plutôt un art.

1. Un savoir-faire, une technè

La politique est pratiquement orientée, contrairement à la science qui est théoriquement orientée. Elle consiste en effet à mettre des moyens en œuvre (des lois, des réformes, des stratégies) en vue d’une fin précise (la sécurité intérieure, le progrès social, etc.). Ainsi elle repose sur une délibération, un calcul rationnel pour savoir quels moyens sont les plus pertinents à utiliser selon la fin visée (cf. Aristote, Ethique à Nicomaque).


2. Un véritable art ?

La politique est donc un savoir-faire pratique, mais pas aussi fixe dans le temps et intangible que peut l’être une technique. Cf. Hegel, Philosophie de l’histoire, le grand homme est celui qui a des intuitions incroyables, mais non théoriques, pour faire avancer l’humanité et réaliser la raison dans l’histoire. Cf. aussi Machiavel, Le Prince, pour qui la politique n’est pas une technique, trop stable, trop habituelle, mais un véritable art, une souplesse et une gymnastique mentales où l’homme d’État doit selon les changements des citoyens s’adapter sans cesse selon une ruse, une virtu.


TOUTE VERITE EST-ELLE VERIFIABLE ?


Notions en jeu : la vérité.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Toute vérité est-elle vérifiable ? », a trait à une notion classique du programme de terminale ES, la vérité, faisant partie du grand domaine de ‟la raison et le réel”. Il va s’agir ici de se questionner sur l’essence même de la vérité : est-elle donnée une fois pour toutes ou est-elle au contraire vérifiable ?

Ce sujet est donc à portée épistémologique : il questionne quant à la nature de la vérité.


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


DEFINITION DES TERMES

• toute : synonyme de totalité, sans exception. Invite donc à penser la nature même de la chose en question.


• vérité : vous repérez ici la notion du programme propre à ce sujet : la vérité. La vérité, c’est une connaissance sûre et certaine, une adéquation du jugement au réel. Mais attention à ne pas transformer le sujet ou à mal le comprendre, ici il est question de toute vérité, au sens de la totalité des vérités. Donc, il va falloir se demander si toute vérité, tous les types de vérités, sont vérifiables, ou non. 


• est-elle : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. Ici le sujet nous demande si toute vérité est vérifiable. Le verbe ‟être” alors va plus loin et désigne l’essence, la nature, et non pas seulement un état des lieux. Il s’agit ici de se questionner quant à l’essence même de la vérité : est-elle ou non vérifiable, par nature ?


• vérifiable : du verbe “vérifier” qui signifie examiner, rechercher si une chose est vraie, si elle est telle qu’elle doit être ou qu’on l’a déclarée, confirmer qu’une chose est “vraiment vraie”. Se demander si toute vérité est vérifiable, c’est se demander si la vérité est prouvable, confirmable, si elle peut montrer qu’elle est vraie.


MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

- sujet : toute vérité est-elle vérifiable ? 

- réponse évidente :  oui, a priori toute vérité est vérifiable, sinon qu’est-ce qui nous prouve qu’il s’agit bien d’une vérité et non d’un dogme illusoire ? La vérification n’est-elle pas le principe méthodologique de toute vérité ?

- réponse opposée, qui réfute la première réponse, ou en montre les limites : et pourtant, si nous devions procéder à des vérifications de toutes les vérités, pourrions-nous vraiment établir de quelconques connaissances ? Ne devons-nous pas accepter l’idée de vérités approximatives ?


↳ La tension est ici sensible : soit la vérité est vérifiable par nature, soit elle ne l’est pas.


Cela amène alors la problématique : mais ne doit-on pas distinguer parmi les vérités certaines qui seraient vérifiables et d’autres non, ou au contraire il en va de l’essence-même de la vérité d’être ou non vérifiable ? Et si, à ce sujet, il y a différents types de vérité, que cela nous indique-t-il alors ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Oui, toute vérité est vérifiable, ce sans quoi nous ne pouvons savoir qu’une vérité est une vérité.

1. Une vérité, par définition, devrait être vérifiable.

Pour le sens commun, un énoncé vrai, donc une vérité, a pour critère de base d’être vérifiable par tous : « je ne crois que ce que je vois ». En effet, si on ne peut être certain qu’une vérité est vraie, en quel sens pourrait-on bien alors parler de vérité ? Dire qu’une vérité n’est pas vérifiable semble au premier abord paradoxal. 


2. Le rôle de vérification éclairée contre le dogmatisme et l’obscurantisme.

Vouloir vérifier la vérité, c’est vouloir comprendre les choses et se faire la mesure de ce que l’on connaît. Admettre des vérités invérifiables, à quel titre, pourquoi et comment ? Serait-ce à dire que certains détiendraient des vérités et d’autres non ? Ou alors serait-ce par une sorte de véracité divine, cf. Descartes, Méditations métaphysiques, II, que l’on saurait que toute vérité nous paraissant certaine de par sa clarté et sa distinction, est vraie ? N’avons-nous pas besoin du recours à l’expérience pour vérifier une vérité ?

Si nous ne vérifions pas une vérité, si cette dernière n’est pas vérifiable, ne tombons-nous pas dans l’obscurantisme et le dogmatisme, ces attitudes fixant les vérités une fois pour toutes, admettant des idées comme vraies par autorité, sans fondement réel, et sans possibilité de les discuter ou de vouloir les vérifier ? Le dogmatisme c’est tout à fait ça : considérer une affirmation comme incontestable et intangible par une autorité politique, philosophique ou religieuse qui emploiera dans certains cas la force pour l'imposer. 


↳ Par définition donc, toute vérité semble en effet, par nature, devoir être vérifiable, au risque sinon de ne plus être dans la vérité à proprement parler.


II. Mais le besoin de points fixes, admis une fois pour toutes, pour commencer et démarrer nos connaissances. Ou comment la vérité passe outre la vérification...

1. Les vérités premières, ces points fixes invérifiables.

Les vérités premières et axiomatiques sont des énoncés tenus pour vrais qui sont au fondement même de nos connaissances et certitudes, aussi diverses qu’elles soient. Ce type de vérités est comme un socle commun sur lequel la connaissance se construit, duquel les démonstrations découlent et les déductions se font. Elles ne sont pas vérifiables, parce que si elles l’étaient, cela rendrait caduque toutes les connaissances qui en découlent. Car ce qui demande à être vérifié n’est pas indubitable et met en branle nos certitudes. Ce type de vérités invérifiables, on les trouve de manière privilégiée en mathématiques ou en logique : il s’agit de ce qu’on appelle les axiomes, ces postulats admis au départ comme indémontrables mais d’où partent toutes les démonstrations. De là nous pouvons répondre que oui, il y a des vérités invérifiables, cf. les principes de Leibniz, « vérités innées » (Nouveaux essais), points de départ de tous nos raisonnements.


2. La vérité comme besoin anthropologique avant tout.

La vérité peut même être vue comme un strict besoin au niveau anthropologique, au niveau de la vie des hommes en communauté. Nous avons besoin de partir de vérités partagées par tous, qu’on ne remet pas en question et qu’il ne nous viendrait pas à l’idée de vérifier, pour fonder nos connaissances et une vie en communauté. Cf. Wittgenstein, De la certitude, qui explique que les propositions certaines ou vérités premières, indiscutables car admises par tous, sont le socle de notre savoir, le fond sur lequel on distinguera ensuite le vrai et le faux, l’arrière-fond de notre pensée et notre connaissance des choses, notre « image du monde », notre « mythologie ». Cf. aussi Nietzsche, dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, qui explique que les mots sont des vérités créées de toutes pièces par les hommes et admises par tous pour qu’une vie ensemble soit rendue possible. Les mots permettent aux hommes de fonder une société, avec des règles de vie éthiques, mais aussi un monde vivable par les vérités scientifiques qu’ils croient détenir. Ces vérités-là, qu’elles soient vraies ou fausses, qu’importe, elles ont seulement pour but d’être un outil social, et vouloir les vérifier rendrait le tout tangible et invivable.


III. Seules les vérités scientifiques sont vérifiables par essence, et encore...

1. Le principe méthodologique de falsifiabilité.

C’est là le paradigme des vérités scientifiques pour qui la vérité ne doit pas échapper à la vérification, au travers de potentielles réfutations ou tentatives d’expérimentation. Cf. Popper (Logique de la découverte scientifique) et le principe méthodologique de “falsifiabilité ” ou de “réfutabilité”. C’est-à-dire que pour Popper, une vérité doit toujours être éprouvée pour tenter d’être réfutée, pour que petit à petit elle atteigne une assise véridique de plus en plus solide, pour être, par la négative, vérifiée, ou plutôt confirmée, puisque pour être vérifiée elle devrait résister à une infinité de réfutations possibles. Il s’agit simplement d'interroger de manière permanente la vérité pour toujours la tester, la rendre vérifiable tout le temps pour s’assurer que l’on va dans le droit chemin. Cf. Duhem et les vérités scientifiques comme strates, amoncellement de discours les uns sur les autres, qui se vérifient et dialoguent les uns avec les autres, à travers le temps (La théorie physique, son objet, sa structure). Mais cette vérification est un idéal jamais atteint, au sens où on ne peut jamais établir définitivement une vérité, c’est donc un principe méthodologique plus qu’une réalité.


2. Au sens strict, aucune vérité n’est finalement vérifiable.

Hormis donc les vérités scientifiques, qui supposent d’être vérifiées à l’infini, qui sont donc vérifiables mais pas de manière définitive, il paraît faux de considérer toute vérité comme vérifiable. Et en effet, la vérité étant l’adéquation du jugement de l’homme sur une réalité, comment pourrions-nous vérifier le bien-fondé de cette adéquation, sachant que l’homme n’a jamais accès à la réalité même ? Cf. Kant, Critique de la raison pure, la distinction choses en soi / phénomènes : l’homme ne voit les choses que par une perception particulière, qui donne une couleur aux choses qu’elles n’ont pas naturellement, de sorte qu’il perçoit des phénomènes, c’est-à-dire non pas des choses telles qu’elles sont en soi, mais des choses telles qu’elles nous apparaissent (cf. étymologie phainomenon, ce qui ‟apparaît”). Tout vérité humaine en tant précisément qu’elle est humaine n’est alors jamais réaliste ni vérifiable, mais toujours de l’ordre de l’interprétation et du prisme d’une appréhension des choses toujours biaisée.


TEXTE D’ALAIN SUR LE RAPPORT DU LANGAGE A LA PENSEE


Notion en jeu : le langage.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« La langue est un instrument à penser. Les esprits que nous appelons paresseux, somnolents, inertes, sont vraisemblablement surtout incultes et, en ce sens qu’ils n’ont qu’un petit nombre de mots et d’expressions ; et c’est un trait de vulgarité bien frappant que l’emploi d’un mot à tout faire. Cette pauvreté est encore bien riche, comme les bavardages et les querelles le font voir ; toutefois la précipitation du débit et le retour des mêmes mots montrent bien que ce mécanisme n’est nullement dominé. L’expression « ne pas savoir ce qu’on dit » prend alors tout son sens. On observera ce bavardage dans tous les genres d’ivresse et de délire. Et je ne crois même point qu’il arrive à l’homme de déraisonner par d’autres causes ; l’emportement dans le discours fait de la folie avec des lieux communs. Aussi est-il vrai que le premier éclair de pensée, en tout homme, et en tout enfant, est de trouver un sens à ce qu’il dit. Si étrange que cela soit, nous sommes dominés par la nécessité de parler sans savoir ce que nous allons dire ; et cet état sibyllin est originaire en chacun, l’enfant parle naturellement avant de penser, il est compris des autres bien avant qu’il se comprenne lui-même. Penser c’est donc parler à soi. »


ALAIN, Humanités, 1946. 


La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 


PRESENTATION DU SUJET

Ce texte de d’Alain a trait au langage, notion fondamentale du programme de terminale L, que l’on peut retrouver dans le grand domaine de la culture. Il s’agit plus précisément pour l’auteur de se questionner quant aux rapports entre la pensée et le langage. Lequel est premier et permet l’autre ?

Il s’agit donc d’un texte à dimension linguistique, questionnant les tenants et aboutissants du propre de l’homme qu’est le langage, de son rôle par rapport à la pensée.


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.). 


• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.


• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.


• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes classiques d’une Introduction telles que les séries générales doivent le faire (vous, vous n’avez qu’à répondre aux questions, mais pour le faire bien, vous ne pouvez négliger cette étape, qui fondera votre réponse à la question n°1), ce que nous allons donc faire ici :


1) Situation du texte 

Dans ce texte, extrait du livre Humanités, Alain...


2) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait) 

… traite du langage, de son rapport à la pensée.


3) Problème du texte

Le langage provient-il de la pensée ? Ou est-ce le contraire, la pensée qui se fait dans le langage ? Si les deux sont reliés, est-ce à dire qu’il y a proportionnalité entre vocabulaire et intellect ?


4) Thèse du texte (point de vue défendu par Alain) 

Alain explique que la pensée provient du langage, que le langage n’exprime donc pas la pensée mais la permet. Il va ainsi à l’encontre de la conception traditionnelle du langage selon laquelle la langue exprime d’une manière limitée la pensée qui quant à elle serait parfaitement illimitée et infinie.


5) Enjeu

Redéfinir les rapports du langage et de la pensée de manière moins idéaliste.


6) Annonce du plan (étapes par lesquelles Alain procède)

Pour mener à bien son argumentation, Alain procède en trois temps. Tout d’abord, Alain énonce sa thèse : le langage est le moyen de la pensée, « l’instrument à penser », ce qui signifie qu’il est ce qui permet la pensée. Pourquoi ? Alain donne trois raisons qui constituent les trois temps du texte. Première raison : l’inculture est manque de mots, de vocabulaire. Deuxième raison : la démence est bavardage creux, mécanique, dénué de sens. Troisième raison : le langage apparaît spontanément, sans vouloir dire grand-chose, et c’est la quête de sens qui fait advenir la pensée.


PLAN EXPLICATIF DU TEXTE

I. La langue comme outil de la pensée. Preuve 1. L’inculture est manque de mots, de vocabulaire.

« La langue est un instrument à penser. »

↳ La langue est le milieu dans lequel la pensée se forme, naît et se crée. La langue sert la pensée, elle en est le moyen (d’où le mot « instrument »). Donc la pensée se façonne par la langue. C’est là la thèse d’Alain, formulée d’emblée et de laquelle il va faire découler explications et précisions.


« Les esprits que nous appelons paresseux, somnolents, inertes, sont vraisemblablement surtout incultes et, en ce sens qu’ils n’ont qu’un petit nombre de mots et d’expressions ; »

↳ Gradation d’Alain pour exprimer les esprits incultes : « paresseux », c’est-à-dire manquant d’envie intellectuelle, manquant d’entrain et d’esprit actif, « somnolents », dans un état de veille intellectuelle, activité mise sur pause, « inerte », qui manque de vie et ne bouge pas du tout... Cette inculture s’explique par le manque de savoir uniquement, et pas par une mauvaise activité spirituelle, cf. ils ne disposent que de peu de mots, qui les empêchent de penser convenablement ou selon le minimum requis. 


« et c’est un trait de vulgarité bien frappant que l’emploi d’un mot à tout faire. »

↳ le vulgaire, à entendre ici comme limité intellectuellement, est celui qui est limité dans son vocabulaire, au point de n’avoir que quelques mots à utiliser pour des choses pourtant très variées.


 II. La langue comme outil de la pensée. Preuve 2. La démence comme bavardage creux ou mécanique.

« Cette pauvreté est encore bien riche, comme les bavardages et les querelles le font voir ; »

↳ L’inculture est pauvre, mais riche au sens qu’elle est fertile en bavardages, en discours vides et creux, ainsi qu’en querelles, en disputes vaines où l’on brasse des mots par émotions et passions.


« toutefois la précipitation du débit et le retour des mêmes mots montrent bien que ce mécanisme n’est nullement dominé. »

↳ le mot « mécanisme » est ici lourd de sens. Alain veut dire par là que dans le bavardage et les querelles, l’usage des mots tournent à vide et en mode presque automatique, dénué de sens.


« L’expression « ne pas savoir ce qu’on dit » prend alors tout son sens. On observera ce bavardage dans tous les genres d’ivresse et de délire. »

↳ Dans les états de colère, nous avons tendance à dégurgiter des mots, à les vomir, sans savoir ni comment ni pourquoi. Il en va de même dans l’ivresse et le délire. Dans ces états, on ne sait pas ce qu’on dit et la pensée semble bien détachée des mots employés. Détachée ? Pas vraiment puisqu’Alain dit après qu’on « déraisonne ». Donc bien plutôt, les états de colère, d’ivresse, de délire, etc. montre, par la déraison, que la pensée et le langage sont liés.


« Et je ne crois même point qu’il arrive à l’homme de déraisonner par d’autres causes ; l’emportement dans le discours fait de la folie avec des lieux communs. »

↳ Le langage et son usage mauvais sont la seule et unique raison du déraisonnement... ou de la « folie », qui est bien déraisonnement, démence, de-mens, absence de raison.


III. La langue comme outil de la pensée. Preuve 3. La quête de sens des mots et l’avènement de la pensée

« Aussi est-il vrai que le premier éclair de pensée, en tout homme, et en tout enfant, est de trouver un sens à ce qu’il dit. Si étrange que cela soit, nous sommes dominés par la nécessité de parler sans savoir ce que nous allons dire ; » 

↳ Le besoin de parler est antérieur à la formation bien claire de la pensée. Le langage ne permet donc aucunement de traduire une pensée, puisque nous parlons d’abord en n’ayant qu’une pensée floue. La pensée est motivée alors par le langage, dont on cherche le sens, sous une apparence floue et confuse.


« et cet état sibyllin est originaire en chacun, l’enfant parle naturellement avant de penser, il est compris des autres bien avant qu’il se comprenne lui-même. Penser c’est donc parler à soi. »

↳ Donc, on ne parle pas avec soi-même avant de penser. L’expression « tournez 7 fois sa langue avant de parler » est donc fausse dans ses présupposés. On se parle à soi-même seulement quand on parle, et ce parce que cela provoque alors une pensée : on cherche à comprendre ce que l’on dit.  La pensée ne se forme donc qu’au contact des mots, pas avant. Le langage n’est donc pas ce qui peut empêcher une pensée infinie de s’exprimer, il est ce qui fait naître la pensée.

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